Texte : Adyt

Photo: MEG

Photo: MEG

C’est reparti pour une 16e édition du Montreal Electronique Groove (MEG), festival qui s’étale sur deux fins de semaine, du 24 juillet au 2 août, et qui permet de découvrir une belle brochette d’artistes électro, hip-hop, pop ou rock, d’ici et d’ailleurs.

Le MEG, qui a été créé en 1999, continue année après année à nous faire découvrir la relève dans plusieurs styles musicaux, tout en étant un point de rencontre pour les gens de l’industrie et une vitrine pour la scène urbaine montréalaise, en collaborant avec Osheaga et Piknic Électronik. Adeptes du FOMO (Fear Of Missing Out), n’ayez crainte! Voici nos suggestions :

Pif Paf Hangover, le 24 juillet au Divan Orange

Groupe formé en 2009, Pif Paf Hangover a sorti son premier album Curry Love en mars dernier, disque indie pop/rock/électro (imaginez donc!). Ce quatuor − Manu (synthé et voix), Frank (batterie), Maxo (guitare et voix), ainsi que Gab (basse et voix) – est un habitué de la scène. Avec leur premier EP, ils ont écumé les festivals : OUMF, Artefact, M pour Montréal… Vous pourrez les voir au Divan Orange avec L’Indice et Navet Confit.

 

The Posterz, le 24 juillet à La Sala Rossa

Phénomène hip-hop montréalais qui dépasse de plus en plus les frontières de la Belle Province, The Posterz nous a régalés avec son premier EP Starship & Dark Tints, en téléchargement gratuit, en octobre 2013. Offrant un mélange de trap et d’EDM (Electronic Dance Music), ce trio montréalais qui spit en anglais est souvent comparé à The Underachievers. Leur mixtape sera réédité fin juillet dans une version augmentée. Ils ont récemment sorti un vidéoclip pour accompagner le très bon morceau « All I Know ». Vous pourrez les voir à La Sala Rossa avec Les Anticipateurs et le beatmaker J.u.D..

 

Mozart’s Sister, le 25 juillet à La Sala Rossa

C’est la Montréalaise Caila Thompson-Hannant qui se cache derrière le moniker Mozart’s Sister, objet musical difficilement étiquetable. La chanteuse et musicienne se classe dans un nouveau genre, la dirt pop. On retrouve dans sa musique de la pop et de la house, qui accompagne des textes sombres. Après deux EP, Dear Fear et Hello, qui ont connu un succès certain, Mozart’s Sister s’apprête à sortir son premier album. Being, qu’elle a entièrement produit seule (composition, arrangements et enregistrement), sortira en août sur le label Asthmatic Kitty Records. Le premier extrait « Enjoy » est sorti en mai. Vous pourrez la voir à La Sala Rossa avec FOXTROTT et Propofol.

 

Soirée Soulection, le 25 juillet au Belmont

Soulection a été fondé en 2011 par Joe Kay, Guillaume Bonte et Andre Powers. Basé à Los Angeles, ce projet multiforme est à la fois une étiquette de disques, un collectif d’artistes (15 beatmakers et près d’une dizaine de D.J.) et une émission de radio. On retrouve sur le label deux artistes montréalais, Da-P et Modlee & Vlooper. Vous entendrez plusieurs membres du collectif sur les White Labels Series, quatre tracks gratuites d’un des artistes de la maison. Vous pourrez aussi les découvrir au Belmont avec les beatmakers Sango et Da-P, ainsi que les D.J. Andre Power et Eden Hagos.

 

Suuns, le 26 juillet à la SAT

Ce groupe montréalais a beaucoup fait parler de lui en 2013. Son album Images du Futur, sorti au Canada sur le label montréalais Secret City Records, était sur toutes les lèvres et dans tous les écouteurs. Le morceau « 2020 » s’est même retrouvé sur la bande originale du film Only God Forgives de Nicolas Winding Refn. Ce second effort, réalisé par Jace Lasek des Besnard Lakes, offre un mélange élégant de rock, de post-punk et de rock psychédélique. En live, le quatuor nous emmène dans une atmosphère oppressante et sensuelle. Vous pourrez les voir à la SAT avec deux autres groupes de Montréal, Seoul et Technical Kidman, qui vient de sortir un nouvel EP.

DANGER, le 1er août au Belmont

Derrière cet alias, se cache Franck Rivoire, musicien, D.J. et graphiste/designer. Représentant la nouvelle vague de la French Touch, DANGER est un serial remixer (Estelle, Midnight Juggernauts, La Roux). Il a sa propre étiquette de disques, 1789, et un autre projet, SUNSET. Ambiance assurée, puisque ses performances sont toujours agrémentées de visuel. Vous pourrez le voir au Belmont entouré de quatre Canadiens : Das Mörtal, Omni, Pomo et Mr. Nokturn.

 

Acid Arab, le 2 août à la Place des Festivals (gratuit)

Guido Minisky et Hervé Carvalho, le duo derrière Acid Arab, avait pour ambition de faire un mariage improbable de musiques à la marge, l’acid house aux États-Unis et la musique orientale en Europe. Pari réussi, avec cette musique qui vous fera nécessairement vous déhancher. Ils ont d’ailleurs fait appel à une quinzaine de producteurs pour réaliser Acid Arab Collections. Vous avez deux chances de les voir en live : sur la Place des Festivals ou encore sur le MEG Boat, pour une croisière endiablée.

 

Site Web officiel du MEG : http://www.megmontreal.com/fr/

Texte : Karine Tessier

Photo: Nuits d'Afrique

Photo: Nuits d’Afrique

Depuis une semaine, Montréal vibre au rythme du Festival international Nuits d’Afrique. À l’occasion de cette 28e édition, plus de 600 artistes venus de 35 pays sont en ville pour divertir petits et grands.

Toujours très populaire, le Village des Nuits d’Afrique s’installera au Quartier des spectacles pour cinq jours d’activités gratuites, du 16 au 20 juillet 2014. Parmi les nombreuses prestations offertes, voici celles que Fragments Urbains vous suggère d’inscrire à votre agenda.

Les Lions noirs – 16 juillet à 14:25

Ce groupe, formé l’an dernier, fait partie des Étoiles du Métro, un programme lancé en 2012 par la Société de transport de Montréal. D’origines multiples, les membres de la formation proposent des mélodies atmosphériques, ponctuées de percussions, dans un style qu’ils ont baptisé international groove. À découvrir à Nuits d’Afrique… avant de les recroiser dans une station de métro pendant votre trajet quotidien vers le bureau.

 

Féfé – 16 juillet à 20:05

Quelques jours après avoir mis le feu au Cabaret du Mile-End, le Coup de cœur de cette édition de Nuits d’Afrique remet ça à l’extérieur. Ex-membre de la formation hip-hop Saïan Supa Crew, ce Nigérian issu de la banlieue parisienne évolue en solo depuis 2009. Mais plusieurs l’ont découvert l’année suivante, alors qu’il a interprété en duo avec le rappeur K’Naan la version française de Wavin’ Flag, l’hymne officiel de la Coupe du monde de soccer 2010. Irrésistibles, les compositions de Féfé flirtent avec le hip-hop, la soul, le reggae, la chanson française et les rythmes africains, le tout assaisonné de quelques solos de guitare décoiffants. Cramponnez-vous, ça risque d’exploser.

Sierra Leone’s Refugee All Stars – 16 juillet à 21:30

L’histoire du groupe à elle seule mérite qu’on s’y attarde. À la fin des années 1990, le Sierra Leone est déchiré par une guerre civile qui dure depuis une décennie. Dans un camp de réfugiés, des musiciens se réunissent et jouent pour apaiser la souffrance de leurs compagnons d’infortune. Aidée par le Centre d’étude et de coopération internationale, une ONG canadienne, la formation lance un premier album en 2006. Sur des mélodies traditionnelles, auxquelles se mêlent jazz et reggae, les Refugee All Stars chantent l’espoir et la paix.

British Dependency – 17 juillet à 20:05

Originaire d’Anguilla, le trio propose un reggae teinté de soca, de zouk et de calypso. Créé en 2010, c’est trois ans plus tard qu’il se fait remarquer à l’international. Après avoir enregistré un troisième album à Kingston en Jamaïque, les membres de British Dependency sont partis en tournée aux États-Unis, invités par les célèbres Wailers, puis au Canada. Difficile de ne pas se laisser envoûter par les compositions sensuelles de ces Caribéens.

HK et les Saltimbanks – 18 juillet à 21:30

Vous avez sûrement déjà entendu le morceau « On lâche rien ». Chanson-thème du candidat d’extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon lors des présidentielles françaises en 2012, c’était aussi l’une des favorites des manifestants du Printemps Érable chez nous. La musique de HK et les Saltimbanks, qui plaira assurément aux fans de Zebda, allie chanson française, sonorités maghrébines, hip-hop, reggae et rock. Sur scène, les artistes livrent leurs textes revendicateurs dans une ambiance festive. Fait inusité : sur leur dernier album, lancé en 2012, on trouvait une version reggae… d’« Amsterdam » de Jacques Brel. Pas banal.

Tabou Combo – 20 juillet 21:30

Demandez à vos amis antillais, ils insisteront pour que vous assistiez à la prestation de ces ambassadeurs du kompa. Fondé à Pétionville en 1968, le groupe remporte l’année suivante un concours à la télévision haïtienne. En peu de temps, la formation devient l’une des plus célèbres du pays. Après un hiatus de quelques années, en raison de l’exil de certains membres, Tabou Combo reprend du service en 1971. Depuis, ces légendes enchaînent les albums et les tournées, qui les mènent de Miami au Japon, en passant par la France.

Site Web officiel du Festival international Nuits d’Afrique : http://www.festivalnuitsdafrique.com/

Texte : Véronique Bonacorsi

 

Bens en 1952. Photo : Basil Zarov

Bens en 1952.
Photo : Basil Zarov

Gardien. Socialement responsable. Légende.

Combien d’établissements peuvent se vanter de jouir de qualificatifs aussi divers? Et une sandwicherie qui plus est? Bens le peut. Pendant presque 100 ans,  ce restaurant a été « le cœur et l’âme de Montréal et du Québec », selon le Dr Elliot Kravitz, petit-fils des fondateurs Ben et Fanny Kravitz.

Pas surprenant donc que cette entreprise familiale fasse l’objet de la nouvelle exposition Bens, le légendaire déli, qui se poursuit jusqu’au 23 novembre 2014 au Musée McCord, réputé pour faire découvrir – ou revivre – à ses visiteurs des morceaux incontournables de l’histoire montréalaise.

Fanny et Ben Kravitz, leurs enfants et leur beau-fils, vers 1953. Photo : Richard Arless Associates

Fanny et Ben Kravitz, leurs enfants et leur beau-fils, vers 1953.
Photo : Richard Arless Associates

Étrangement, le germe de la fameuse épopée du déli, nous devons l’attribuer à l’idée d’un couple d’immigrants lithuaniens d’ouvrir une confiserie. Cette vocation ne saura se concrétiser.  Dès l’ouverture du magasin, en 1908, Benjamin Kravitz et Fanny Schwartz se plient au désir criant des résidents et travailleurs du quartier qui leur réclament… des sandwichs!

Photo : Musée McCord

Photo : Musée McCord

Leur établissement connaît rapidement du succès. Il doit même déménager à deux reprises pour assurer le roulement de la clientèle. Chaque jour, des milliers de personnes – qui prennent en moyenne 12 minutes pour consommer leur repas! – franchissent les portes du restaurant. Parmi elles, des politiciens, des artistes et d’autres célébrités, dont la photo s’est retrouvée, à leur demande, sur les murs de Bens.

Un élément clé de l’engouement que suscitait la création des Kravitz, c’était clairement le refus de laisser un client quitter sans être repu. Et les Montréalais, de tous âges et de toutes origines, s’y sentaient comme chez eux. « Bens était votre maison, pas la nôtre », affirme l’héritier Elliot Kravitz.

Horloge, fin du 20e siècle. Photo : Réal Cyr

Horloge, fin du 20e siècle.
Photo : Réal Cyr

Contacté par la famille Kravitz à la fermeture du restaurant, en 2006, le Musée McCord confie à la conservatrice Céline Widmer la coordination d’une exposition qui permettrait de garder bien en vie le souvenir de cet ancêtre du fast food.

Photo : Musée McCord

Photo : Musée McCord

Bens, le légendaire déli propose donc d’expérimenter à nouveau ce pan de notre héritage, grâce à un parcours nostalgique suivant les trois emplacements de l’établissement. En moins d’une heure, vous ferez le tour de menus, affiches, photos d’époque, slogans rigolos, coutellerie, tables, tabourets, et même un extrait de film mettant en vedette un artiste bien aimé encore de nos jours (nous vous réservons la surprise!).

Photo : Musée McCord

Photo : Musée McCord

Malheureusement, même si le Musée offre une introduction à l’exposition, le public ne pourra profiter du puits inépuisable d’anecdotes qu’est le Dr Kravitz, qui a grandi et travaillé chez Bens. Ses histoires, empreintes d’une touchante reconnaissance, auraient fait un merveilleux compagnon aux visiteurs curieux de l’institution réputée.

Publicité, vers 1980. Photo : Musée McCord

Publicité, vers 1980.
Photo : Musée McCord

De plus, une mise en garde s’impose : l’activité pourrait provoquer des gargouillements d’estomac si vous entreprenez votre parcours aux heures de repas! Mais ça vous donnera une bonne raison de faire un petit détour au Café Bistro du Musée et ainsi goûter à sa recette de viande fumée, inspirée de l’originale de Bens, au menu pour toute la durée de l’exposition.

Site Web officiel du Musée McCord : www.mccord-museum.qc.ca/fr/

Critique de la pièce PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine)

Texte : Karine Tessier

Crédit : Festival OFFTA

Crédit : Festival OFFTA

Créé en parallèle du Festival TransAmériques, le Festival d’arts vivants OFFTA programme les œuvres de jeunes créateurs d’avant-garde issus du théâtre, de la danse, de la performance… ou de tout cela à la fois. L’occasion tout indiquée de découvrir des artistes dont les noms seront bientôt sur toutes les lèvres. Pour cette 8e édition, OFFTA est resté fidèle à lui-même. À l’agenda : des soirées ludiques qui nous ont fait réfléchir sur le monde qui nous entoure.

« Nous vous invitons à prendre part à ce délicat rituel de la représentation.

Celui qui ouvre une brèche dans nos présents.

Celui qui modifie notre regard sur le monde. »

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Ce questionnement a pris des formes tout à fait étonnantes dans PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine) de Mélissa Larivière, Simon-Pierre Lambert, Charles Dauphinais et Maxime Carbonneau. Leur spectacle tient autant du théâtre expérimental, du laboratoire scientifique que du manifeste politique.

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Sur scène, les quatre artistes, vêtus de combinaisons dignes de celles d’agents de décontamination nucléaire, sont entourés de caméras, d’un écran, d’ordinateurs, d’un four à micro-ondes, de jouets. Ils évoluent dans ce bric-à-brac sur la musique du génial Navet Confit, qui emprunte cette fois au cinéma de science-fiction des années 1950, à la pop américaine, aux chants russes orthodoxes et à certains discours politiques célèbres.

PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine), c’est la biographie fantasmée de Léon Thérémine, un ingénieur russe né en 1896, disparu en 1938, retrouvé dans les années 1980 et décédé en 1993. Et l’inventeur du 1er instrument de musique électronique, qui porte son nom, dont on joue en bougeant les mains dans le champ électromagnétique émis par deux antennes. Un destin tragique qui a alimenté les rumeurs les plus folles : a-t-il été enlevé par les extraterrestres? Gardé prisonnier pour des raisons politiques? Le mystère plane toujours.

Ce retour sur la vie et l’œuvre de Léon Thérémine est le point de départ d’une réflexion pas banale sur les rapports humains, la célébrité et la noblesse de l’art. Peut-on vraiment connaître quelqu’un en lisant la page Wikipédia qui lui est consacrée? On y apprend des informations plus profondes que celles échangées autour d’un verre à l’heure de l’apéro, non? Et comment s’inscrit-on dans la mémoire collective? Par son travail, ou plutôt par les scandales dans lesquels on a été impliqué?

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Des questions dans l’air du temps, soulevées autant par les médias de masse, la blogosphère que nos copains le samedi soir. Mais à aucun moment les interrogations du charismatique collectif de PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine) ne nous saoulent. Le travail de Mélissa Larivière, Simon-Pierre Lambert, Charles Dauphinais et Maxime Carbonneau est rafraîchissant, décoiffant. Et il sème en nous, entre deux éclats de rire, l’envie de changer le monde. Une invitation inusitée à l’action, qui se conclut par la mélodie de Eye of the Tiger du groupe Survivor, tirée de la bande originale de Rocky 3. Pas banale, on vous disait.

Site Web officiel du Festival d’arts vivants OFFTA : http://www.offta.com/

 

CRITIQUE DU FILM A SEPARATION D’ASGHAR FARHADI

Texte : Karine Tessier

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Devant le juge, Simin (Leila Hatami) demande à son mari Nader (Peyman Moadi) la permission de divorcer. Le magistrat explique qu’une raison valable doit motiver sa demande : un époux intoxiqué, violent ou qui refuse de lui donner de l’argent de poche. Mais Nader est gentil et aime Simin. Il refuse simplement de la suivre à l’étranger, elle qui ne souhaite qu’une chose : offrir à leur fille de 11 ans (Sarina Farhadi, la fille du réalisateur) une vie meilleure.

Après des échanges corsés, le mari accepte le divorce, mais conserve la garde de l’enfant. Veillant également sur son père atteint d’Alzheimer et de plus en plus diminué, Nader engage une aide-soignante (Sareh Bayat). Mais celle-ci n’a jamais parlé à son mari (Shahab Hosseini), un cordonnier au chômage dépressif et instable, ni demandé sa permission avant d’accepter le job. Lorsqu’une altercation dégénère entre Nader et sa nouvelle employée, les conséquences seront dramatiques. Alors que, sous nos yeux, l’intrigue se tisse et les rebondissements foisonnent, on est sûr que d’une chose : personne n’en sortira indemne.

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Les premières scènes de A Separation, écrit et réalisé par Asghar Farhadi, jettent les bases d’un drame familial qui rappelle les classiques d’Ingmar Bergman, une ressemblance qu’a reconnue sans hésitation l’Iranien de 42 ans dans moult entrevues. Mais rapidement, l’œuvre verse dans le thriller. Le cinéaste trace alors un véritable labyrinthe où, étourdis et abasourdis, ses personnages tentent de trouver (ou de faire) leur chemin.

La réalisation est sobre, laissant toute la place aux êtres complexes, jamais vraiment méchants, mais pas non plus blancs comme neige. En résulte un suspense passionnant filmé à la manière d’un documentaire, une méthode qu’Asghar Farhadi a déjà employée dans ses précédents longs métrages. À certains moments, on n’en oublie presque que le film est une fiction, une impression renforcée par le fait que l’ensemble de la distribution nous est à toutes fins pratiques inconnue. Criants de vérité, tous les acteurs sont impeccables, dirigés d’une main de maître par le réalisateur, qui, on ne sera pas étonné, a longtemps étudié le théâtre. Un véritable tour de force.

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Asghar Farhadi est aussi resté fidèle à ses thèmes de prédilection que sont le couple, la famille, le mensonge, la situation de la femme iranienne, le travail et la violence, d’abord présents dans Fireworks Wednesday et About Elly, puis dans le récent The Past. Et, bien sûr, il y a la séparation. Ou plutôt les séparations. Au-delà du divorce de Simin et Nader, d’autres déchirures modifieront à jamais les rapports faits d’orgueil et de préjugés qui lient les personnages entre eux. Oppositions entre les classes sociales, entre tradition et modernité, entre ville et campagne, entre le devoir et le droit, entre le bien et le mal.

Pas étonnant, donc, que A Separation obtienne les faveurs à la fois du public, des critiques et de l’industrie cinématographique. Le film a remporté l’Ours d’or à Berlin, alors que l’Ours d’argent de la meilleure actrice et celui du meilleur acteur ont été décernés à l’ensemble de la distribution. S’ajoutent le César du meilleur film étranger en France, ainsi que le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère à Hollywood.

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Cette proposition d’Asghar Farhadi a un peu pris par surprise la planète cinéma depuis sa sortie. Parce que son auteur et ses acteurs nous sont encore peu familiers. Parce que le scénario est d’une intelligence remarquable et les images, d’une qualité indiscutable, tout ça avec un budget de moins de un million de dollars. Mais surtout, parce que le film nous révèle un Iran auquel on ne s’attend pas, infiniment plus nuancé que ce que nous montrent généralement les médias occidentaux. A Separation, c’est le portrait d’une société déchirée entre raison et passion, esquissé par un artiste d’exception.

A Separation d’Asghar Farhadi est disponible en DVD depuis août 2012.

Site Web officiel du film: www.sonyclassics.com/aseparation

Texte : Karine Tessier

Dans L’invention de la solitude, Paul Auster écrit : « Le simple fait d’errer dans le désert n’implique pas l’existence de la terre promise. » Terre promise. Lieu rêvé et fantasmé. Endroit de tous les possibles et de tant d’espoirs. Chacun à sa manière tente de trouver son chez-soi, là où tisser des liens, s’épanouir et trouver le bonheur.

Qu’arrive-t-il lorsque la société qu’on a idéalisée n’a que le doute, le désenchantement ou le regret à nous offrir? Lorsque le pays qu’on a choisi devient territoire hostile? C’est à ces questions que s’attardent ces courts métrages québécois, déjà projetés au Cinéma Excentris de Montréal sous le thème « Terre Promise », maintenant offerts en vidéo sur demande sur le site du distributeur Les Films du 3 mars. Tour d’horizon de ces histoires de quête.

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Sanctuaire d’Andreas Mendritzki

Dans une église convoitée par des promoteurs immobiliers, un prêtre (superbe Gabriel Arcand) accueille une famille d’immigrants illégaux menacés d’expulsion. Le lieu de culte devient alors milieu de vie, de travail, école et cour de récréation. Les chants religieux cèdent leur place aux berceuses espagnoles et aux jeux d’enfant, dont l’écho se réverbère sur les parois austères de ce temple désert, délaissé par les « pure laine ».

Le film d’Andreas Mendritzki, à la sublime photographie, en est un de contrastes. L’église y est présentée à la fois comme un symbole de réclusion et de liberté pour ces nouveaux arrivants, qui risquent la déportation sitôt le pied mis hors de ces murs de pierre. Et le catholicisme semble autant une croyance d’une époque révolue qu’un ensemble de valeurs des plus actuelles. Une réflexion dans l’air du temps, au moment où le débat sur la laïcité enflamme les Québécois et défraie les manchettes.

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Saison sèche de Diego Rivera-Kohn

Domingo (magnifique Don Juan Herrera) est un homme brisé, usé par le soleil et par la vie. Les seules compagnes de route de ce fermier indigène, dont la femme vient de mourir : une bouteille et une machette. Quelque part entre le désespoir et le délire, le vieillard erre et importune quiconque croise son chemin.

Très beau film sur l’isolement et le deuil, Saison sèche est dépourvu de tout misérabilisme. La réalisation de Diego Rivera-Kohn, sobre et élégante, oppose la fragilité de Domingo et le décor grandiose, tout de roc et de lumière crue, de la région d’Oaxaca au Mexique. Une œuvre bouleversante devant laquelle nul ne saurait rester insensible.

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Une chanson d’hiver d’Aonan Yang

Dans le bureau du médecin, Zhang, propriétaire d’un dépanneur, est désemparé. Lentement, il glisse une vieille radiographie dans une enveloppe brune couverte de caractères chinois. Le mal qui l’a accablé il y a 20 ans est-il revenu le hanter? Voulant épargner sa famille, l’homme choisit de souffrir en silence. Et au poids des responsabilités qui pèse sur ses épaules, s’ajoute alors celui du secret.

Étonnante que cette œuvre d’Aonan Yang. Avec bien peu de choses, le cinéaste nous transmet ce sentiment d’étouffement, cette peur qui paralysent le mari et père de famille. Quelques notes de piano, de longs corridors aux teintes délavées. Les petits gestes du quotidien qui revêtent un tout autre sens lorsqu’accomplis sous la menace de la maladie. Une illustration sensible des sacrifices faits par les immigrants de première génération pour assurer un avenir meilleur à leurs enfants.

Site Web officiel des Films du 3 mars : http://www.f3m.ca/

Site Web de la vidéo sur demande des Films du 3 mars : http://www.f3msurdemande.ca/

CRITIQUE DU FILM THE TREE DE JULIE BERTUCCELLI

Texte : Karine Tessier

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Dans les terres arides du Queensland, Simone, une blondinette de huit ans, s’amuse à proximité d’une voie ferrée. Ses éclats de rire résonnent, empreints de cette irrésistible naïveté que seuls les enfants possèdent. Des éclats de rire qui se taisent avec la mort soudaine de son père Peter, terrassé par une crise cardiaque.

Alors que ses proches trouvent refuge tantôt dans le mutisme, tantôt dans le travail, Simone (étonnante Morgana Davies) persiste à croire que son père ne les a pas vraiment quittés, qu’il reviendra pour les protéger. D’ici là, elle discute avec lui à travers les branches d’un majestueux figuier qui s’élève tout à côté de la maison familiale. Elle passe bientôt de plus en plus de temps grimpée dans l’arbre, chérissant ces murmures qu’elle perçoit entre les feuilles. Elle y fait même son nid, entourée de ses objets fétiches, comme la montre que son père lui a remise juste avant de mourir.

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Lorsque sa mère Dawn (impeccable Charlotte Gainsbourg) fait appel à George (Marton Csokas) pour enlever les racines qui obstruent les canalisations autour de la demeure, le bonheur retrouvé de Simone s’assombrit. Pendant que la jeune veuve s’éveille au contact du rustre plombier, l’arbre se fait envahissant, menaçant. La famille n’a plus le choix et doit se débarrasser du figuier. Refusant de voir abattre le seul lien qui subsiste entre elle et son père, Simone y grimpera encore plus haut et refusera d’en redescendre.

Sept ans après Depuis qu’Otar est parti (césar du meilleur premier film), la Française Julie Bertuccelli revient avec une deuxième fiction, The Tree. D’abord présenté à Cannes en 2010, le long métrage a conquis le public, qui lui a réservé une ovation de sept minutes. Quelques mois plus tard, le l’œuvre récolte trois nominations méritées aux césars, pour meilleure adaptation, meilleure actrice (Charlotte Gainsbourg) et meilleure musique originale.

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La scénariste et réalisatrice désirait depuis longtemps construire une œuvre avec, comme point central, un arbre. Elle choisit finalement de transposer sur grand écran le roman de Judy Pascoe Our Father Who Art in the Tree. Pendant qu’elle travaille à l’adaptation du bouquin, son époux, le directeur photo Christophe Pollock, est foudroyé par la maladie et s’éteint. Cette disparition aura évidemment une influence sur l’écriture de Julie Bertuccelli, même si celle-ci insiste pour dire que The Tree n’est en rien autobiographique.

Alors qu’on pourrait s’attendre à un drame lourd et larmoyant, la proposition de la cinéaste est un film singulier sur la consolation. D’abord, il y a le deuil, dévastateur. Et soudain, la lumière, douce et bienfaisante. Pour illustrer son propos, Julie Bertuccelli a choisi de tracer un parallèle entre les sentiments humains et les paysages spectaculaires de l’Australie. Cette idée emprunte beaucoup au romantisme, apparu à la fin du 18e siècle en Allemagne. Les artistes se réclamant de ce courant artistique font la part belle dans leurs créations à la nature, vue comme un reflet de l’âme, mais aussi au fantasme. La petite Simone choisit d’être heureuse et s’évade pour échapper à la souffrance. En cela, elle nous rappelle un peu la petite Jeliza-Rose de Tideland de Terry Gilliam. La douleur causée par la perte d’un parent, l’imagination débordante d’une gamine dégourdie, l’arbre comme point d’entrée vers une sorte de monde parallèle où les pleurs font place à l’espoir.

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Malheureusement, à quelques moments dans The Tree, la magie se brise, les symboles étant trop appuyés. La scène où les lourdes branches du figuier se détachent et tombent sur la chambre de Dawn, après que celle-ci eut embrassé George, nous apparaît un peu facile. Un petit défaut qu’on oublie rapidement, tant le jeu des acteurs est sincère et les images d’une beauté sans faille.

The Tree de Julie Bertuccelli est disponible en DVD depuis octobre 2011.

Site Web officiel du film: http://www.thetreefilm.com/