CRITIQUE DE LA FAMILLE BÉLIER D’ÉRIC LARTIGAU

Texte : Véronique Bonacorsi

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Caressez-vous un rêve? Et si l’atteinte de celui-ci entrait en contradiction avec vos responsabilités? C’est ce dilemme, avec une dimension particulière, auquel se retrouve confronté le personnage central de La Famille Bélier, un feel-good movie à la française réalisé par Éric Lartigau (Prête-moi ta main, Les Infidèles). Qui a dit que les Américains étaient les seuls à pouvoir rêver en grand?

Photo : Les Films Séville.

Photo : Les Films Séville.

Paula (Louane Emera) a 16 ans. Elle a toutes les apparences d’une adolescente normale : elle se rend à l’école en transport en commun, a une meilleure amie qui parfois la frustre et se sent gênée autour des garçons. C’est d’ailleurs parce que Gabriel (Ilian Bergala), le garçon sur qui elle a un œil, fait partie de la chorale de l’école que Paula décide de s’y joindre. La jeune fille se découvre alors un don, que son professeur de chant, M. Thomasson (Éric Elmosino), la pousse à développer jusqu’à sa pleine capacité, en participant à un concours national qui permettrait à Paula d’étudier le chant à Paris. Cette opportunité l’éloignerait par contre de la ferme familiale, où l’adolescente remplit une tâche vitale : interprète au quotidien pour ses parents (Karin Viard, François Damiens) et son frère (Luca Gelberg), tous sourds. Un fossé se creuse au cœur de la famille Bélier, tandis que Paula vit un tiraillement identitaire.

Photo : Les Films Séville.

Photo : Les Films Séville.

Quelque 80 jeunes filles ont auditionné pour le rôle principal, avant que le choix ne s’arrête sur Louane Emera, qui campe ici son premier rôle au cinéma. Les téléspectateurs français auront eu l’occasion d’entendre la voix de la soprano à la téléréalité The Voice en 2013, où elle a atteint les demi-finales de la compétition. Le plus grand défi pour Emera ne constituait donc pas l’aspect musical du film, mais l’apprentissage du langage des signes en parallèle avec le dialogue. Avec une candeur émouvante, la nouvelle actrice offre une performance naturelle, qui lui a d’ailleurs valu le César du Meilleur espoir féminin 2015.

Photo : Les Films Séville.

Photo : Les Films Séville.

La distribution de soutien brille tout autant. Outre les hilarantes répliques du pompeux Thomasson – délicieusement rendues par Éric Elmosino –, une bonne partie des émotions vécues par les personnages doivent transparaître sans un souffle de dialogue. Se dégage des gesticulations impétueuses de la mère et de la rudesse réservée du père un comique manque de pudeur, libéré par l’impossibilité d’être entendus. Les personnages secondaires ne constituent cependant pas de purs véhicules humoristiques : que ce soit la course à la mairie de Rodolphe Bélier ou la disparition du rêve de chanteur de Gabriel, chacun suit sa propre aventure en juxtaposition avec le parcours de Paula, raconté par les chansons de Michel Sardou. Et toutes les performances travaillent de concert pour nous communiquer l’essence émotionnelle de chaque scène : l’amour qui unit cette famille interdépendante.

Photo : Les Films Séville.

Photo : Les Films Séville.

La controverse entourant la décision du réalisateur de donner les rôles des parents à deux comédiens entendants – et reconnus – est compréhensible, mais elle s’avère assez absurde, vu l’efficacité de jeu de Viard et Damiens. Du propre aveu de Lartigau, des acteurs sourds – comme le garçon interprétant le frère de Paula – auraient très bien pu incarner Gigi et Rodolphe Bélier. Seulement, déjà en lisant le scénario initial de Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg, le cinéaste savait qui il voulait voir donner vie à ces personnages.

De plus, s’il a désiré porter à l’écran La Famille Bélier, c’est parce qu’il s’agit d’une histoire sur la famille. Un récit de la peur d’une séparation. Un conte de l’envol d’une fille qui devient femme. Ce film ne se veut pas un documentaire sur les sourds.

Photo : Les Films Séville.

Le cinéaste Éric Lartigau. Photo : Les Films Séville.

Peut-être que, malgré les leçons intensives de la LSF (langue des signes française), les acteurs ont gesticulé des signes qui ne voulaient malheureusement parfois rien dire. Qu’importe, lorsque les émotions désirées sont ressenties? La communauté sourde peut bien reprocher une « surutilisation » de la musique comme symbole du choc culturel entre les mondes entendant et non entendant, elle qui ne se plaint aucunement de n’avoir entendu une note de sa vie. Si c’est le cas – et sans vouloir manquer de respect –, c’est qu’elle n’est tout simplement pas apte à comprendre que la musique EST la chose la plus magique au monde. Oui, comme le chantait Michel Sardou : « La vie, c’est plus marrant, c’est moins désespérant en chantant… »

Vous pouvez maintenant essuyer vos larmes en privé : La Famille Bélier est disponible en DVD depuis le 18 août 2015.

Page Facebook officielle du film : www.facebook.com/lafamillebelier.lefilm

Texte : Véronique Bonacorsi

Photo : Véronique Bonacorsi.

Photo : Véronique Bonacorsi.

Même si la frénésie des activités de la métropole se dissipe avec la fuyante lumière du jour, ceux dans le déni de la fin éventuelle de l’été peuvent encore profiter d’une brève évasion culturelle.  Le temps d’un trottoir, ils sont invités à faire un mini voyage dans le passé pour découvrir un Montréal en changement, gracieuseté du Musée McCord.

Passagers de train marchant dans la neige, près de la gare Windsor, centre-ville, vers 1969. Photo : Musée McCord.

Passagers de train marchant dans la neige, près de la gare
Windsor, centre-ville, vers 1969. Photo : Musée McCord.

Les oeuvres du photographe David W. Marvin tiennent la vedette de la 10e exposition hors murs du musée d’histoire. Ces clichés grand format, tirés des archives offertes par la veuve de l’artiste à l’institution, nous invitent à faire une tournée de la ville dans les années 1965 à 1975.

Photo : Véronique Bonacorsi.

Photo : Véronique Bonacorsi.

Créateur relativement inconnu, David Wallace Marvin doit peut-être en partie sa vision socialement éveillée à la perte de son ouïe, alors qu’il est enfant, marque de la scarlatine. Originaire de la Nouvelle-Écosse, orphelin, Marvin s’installe à Montréal à l’adolescence. Plus tard, il exercera le métier de correcteur d’épreuves, ce qui lui laissera amplement le temps pour d’intéressantes excursions citadines, appareil photo en main.

Homme marchant dans la rue Murray, Griffintown, vers 1970. Photo : Musée McCord

Homme marchant dans la rue Murray, Griffintown, vers 1970. Photo : Musée McCord

Des gamins marchant sur Dorchester, près d’un chantier. Des « magasineurs » et leurs sacs d’emplettes au centre-ville. Une dame en bikini couchée sur le béton d’un toit à Côte-des-Neiges. Une corde à linge dans une cour de Griffintown, où flottent des vêtements. Chaque photographie constitue une empreinte de vie d’une cité en perpétuelle reconstruction, qu’elle soit urbaine ou humaine.

Peintres de murale, centre-ville, vers 1969. Photo : Musée McCord.

Peintres de murale, centre-ville, vers 1969. Photo : Musée McCord.

Les images réunies pour cette exposition dépeignent avec humour et nostalgie le quotidien d’un environnement urbain aux apparences parfois hostiles. Plus que des banalités amusantes d’un temps révolu, ces instants de vie uniques, rendus éternels grâce au photographe, reflètent l’essence de la ville d’aujourd’hui. Avec ses idées, son désir inassouvi de se transformer, Montréal continue de susciter de nombreux débats politiques et sociaux. Et David W. Marvin a su lever le voile sur plusieurs de ces enjeux, probablement sans le savoir.

Photo : Véronique Bonacorsi.

Photo : Véronique Bonacorsi.

Vous retrouverez l’exposition David W. Marvin : Chroniques de rue 1965-1975 sur l’avenue McGill College, entre le boulevard de Maisonneuve et l’avenue du Président-Kennedy, face à la sculpture La Foule illuminée. Cette activité gratuite, accessible en tout temps, prend fin le 18 octobre prochain.

Site Web officiel du Musée McCord : www.mccord-museum.qc.ca/fr

CRITIQUE DE ELEPHANT SONG DE CHARLES BINAMÉ

Texte : Véronique Bonacorsi

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Depuis son introduction dans la sphère cinématographique avec J’ai tué ma mère, l’étoile de Xavier Dolan ne cesse d’éblouir, grâce au talent pluriel du jeune homme. Avec Elephant Song, thriller psychologique adapté de la pièce de Nicolas Billon, Dolan cède les commandes au réalisateur Charles Binamé (Maurice Richard, Le Piège américain) pour donner vie à l’esprit dominant dans un tête-à-tête angoissant.

La veille d’un Noël des années 1960, la disparition du docteur Lawrence (Colm Feore) suscite l’inquiétude d’un hôpital psychiatrique. On charge le docteur Greene (Bruce Greenwood), un administrateur rarement en contact avec les internés, d’enquêter discrètement sur l’affaire. Il rencontre la dernière personne à avoir vu le docteur Lawrence : Michael (Xavier Dolan), un jeune troublé, obsédé par les éléphants. Malgré les avertissements de l’infirmière Peterson (Catherine Keener), le docteur Greene se laisse entraîner dans un jeu de mensonges tout à l’avantage du patient. Une joute mentale, dévoilée grâce à un emboîtement narratif, qui révélera les maux profonds des protagonistes, pour culminer en une fin douce-amère.

Photo : SéŽbastien Raymond.

Photo : SéŽbastien Raymond.

C’est dans le cadre d’un cours à l’Université Concordia que Nicolas Billon écrit une version embryonnaire pour The Elephant Song. En 2004, la pièce est mise en scène pour la première fois au Stratford Festival, puis à Montréal trois ans plus tard, et connaît même du succès jusqu’à Paris. Attiré d’abord par le théâtre pour sa double nature publique et intime, Billon signe un premier scénario de long métrage avec l’adaptation de son propre récit.

Selon Charles Binamé, il s’agit d’un « pur hasard » si le cinéaste québécois d’origine belge s’est retrouvé à réaliser Elephant Song. Ayant vu la pièce il y a neuf ans, Binamé savait qu’il aurait à travailler en collaboration avec l’auteur pour atténuer le « trop » théâtral de l’œuvre, afin de réussir la transition au grand écran, visuellement beaucoup plus proche du spectateur.

Le cinéaste Charles Binamé.

Le cinéaste Charles Binamé.

Le réalisateur, s’il ne répète pas les scènes, se fait un plaisir de travailler en profondeur les profils et les motivations des personnages avec leurs interprètes. Avec Xavier Dolan, qui incarne le pivot de l’histoire, ils se sont attardés à construire un être complexe, aussi fort que fragile, prenant soin à ce que l’arc psychologique de Michael ne tombe pas dans les pièges faciles associés à un personnage avec des troubles mentaux. Une transformation réussie : Dolan, dans son premier rôle principal en anglais, offre une prestation subtilement émouvante à travers la psyché brisée et les manigances parfois sournoises de son protagoniste.

Malgré l’habileté de la réalisation, la dévotion des acteurs et des dialogues plutôt brillants, on ne ressort pas entièrement satisfait du visionnement de Elephant Song. Le film agit comme une bulle qui passe devant nos yeux sans qu’on ressente les échos de sa présence. Le duel entre Michael et le docteur Greene apparaît clairement injuste dès le départ, et le spectateur attend un revirement de situation, une réplique de Greene qui ne vient jamais.

Photo : Sébastien Raymond.

Photo : Sébastien Raymond.

La beauté dans la tristesse inhérente des personnages et les jeux de langage ne parviennent pas tout à fait à justifier la nécessité de ce film dans l’histoire du cinéma. Pourquoi ce choix spatio-temporel précis s’il n’engendre pas de réflexion sociale ou politique? Oui, les idées de l’homosexualité ou de la négligence des parents constituent sûrement des tabous pour l’époque. Mais il semble que, sans message précis, la chanson de l’éléphant sera vite oubliée une fois les yeux fermés.

Elephant Song a été tourné à Montréal, en Afrique du Sud et à Cuba, et regroupe une distribution majoritairement canadienne. La première a eu lieu au Festival international du film de Toronto. Le long métrage s’est mérité deux nominations aux prix Écrans canadiens : Interprétation masculine dans un premier rôle pour Bruce Greenwood et Meilleure adaptation pour Nicolas Billon, un trophée remporté par l’auteur.

Elephant Song est disponible en DVD depuis le 2 juin 2015.

ENTREVUE AVEC IZRA L DU GROUPE H’SAO

Texte : Karine Tessier

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C’est dans les années 1990 que se forme le groupe H’Sao, qui signifie Hirondelle des Sao, les ancêtres des Tchadiens. Au départ, les frères Rimtobaye et leurs amis d’enfance performent dans les églises. En 2001, ils débarquent pour une première fois en sol canadien pour les Jeux de la Francophonie, où ils remportent la médaille de bronze au concours de chansons. Séduits, ils déménagent leurs pénates à Montréal. Depuis, la formation a conquis le public partout sur le globe avec ses voix envoûtantes et ses mélodies, qui allient le gospel, la soul, le jazz et les sonorités traditionnelles africaines.

Au Festival international Nuits d’Afrique, H’Sao montera sur la scène du Théâtre Fairmount de Montréal pour lancer son quatrième album, Saar, qui marque un retour aux sources, avec le style dépouillé qui est devenu sa marque de commerce. Fragments Urbains s’est entretenu pour l’occasion avec le benjamin du quatuor, Izra L.

H’Sao existe depuis une vingtaine d’années. Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de travailler, dans votre musique?

Déjà, l’environnement. Depuis plusieurs années, nous vivons au Québec. C’est un grand changement. Nous avons ici plus de facilité à faire les choses comme on le veut. Au Tchad, nous n’avions qu’une guitare. Ça nous a permis de développer notre côté vocal; nous imitions les instruments de musique. Ici, nous avons découvert de nouvelles influences, ajouté des instruments. Le groupe a toujours été ouvert aux musiques modernes, qu’elles viennent de l’Amérique du Nord ou de l’Europe.

À vos débuts, vous étiez reconnus pour vos prouesses a cappella.

Au départ, ce n’était pas un choix, mais une nécessité puisque nous n’avions pas d’instruments! Mais ce n’était pas frustrant. Nous avions du plaisir à chanter, d’abord à l’église, puis à la maison. Les gens appréciaient nos voix. Mais, arrivés ici, nos performances a cappella sont devenues notre marque de commerce.

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Sur votre nouvel album, Saar, vous faites un retour aux sources, avec un son plus dépouillé.

Oui, avec seulement nos voix, une guitare et un peu de percussions. Ça faisait un bail qu’on nous le demandait! Au départ, on voulait faire un album carrément a cappella. Puis, on s’est retrouvés à travailler avec une guitare, comme nous le faisions à nos débuts.

H’Sao donne maintenant des concerts au Canada, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Europe, en Asie, en Australie… Comment les différents publics réagissent-ils à votre musique?

Leurs réactions sont communes. Les gens sont toujours ébahis, captivés quand nous chantons a cappella. Pour eux, c’est du jamais vu, du jamais entendu. Même s’ils ne comprennent pas un mot de ce que nous chantons, ils se retrouvent dans notre musique. Elle leur fait du bien. De notre côté, ça nous donne la force et la joie de continuer. Voir que le public adore nos spectacles, qu’il chante et danse avec nous, c’est un sentiment extraordinaire!

Vos fans ne comprennent pas toujours vos paroles, mais ils ressentent les émotions qui se dégagent de votre musique.

Exactement! C’est toujours la même chose partout. Comme quoi, au fond, on est différents, mais, à l’intérieur, spirituellement, on est tous de la même couleur.

 

Votre musique est empreinte de spiritualité. Quelle importance a la religion dans votre parcours artistique?

Notre père est pasteur. Donc, notre aventure a vraiment commencé à l’église, avec le gospel à l’africaine. Et ça nous a suivis jusqu’à aujourd’hui, c’est dans notre sang. Jeunes, on écoute et on accepte. Après, en vieillissant, on remet beaucoup de choses en question. Nous croyons toujours en Dieu, nous sommes toujours chrétiens, mais nous sommes très ouverts. Nous voyons la vérité en face, nous discutons. Nous assumons totalement ces remises en question; nous sommes bien là-dedans. Mais nous reconnaissons également que la religion est la base qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Sur vos albums, vous abordez des thèmes durs, comme la discrimination, l’exil, la guerre… Pour vous, un artiste se doit-il d’être engagé?

Ce n’est pas obligatoire. Nul besoin de tout intellectualiser. C’est un choix que nous avons fait. H’Sao s’est donné comme mission d’éduquer les gens, de dénoncer les choses qui ne vont pas. Surtout venant d’un pays comme le nôtre, qui n’est pas vraiment stable. Là-bas, c’est la dictature, la guerre, les gens opprimés et les mariages forcés. Nous avons eu la chance de nous établir ici, où nous avons appris beaucoup de choses, et nous voulons partager notre expérience. La population au Tchad ne sait pas qu’elle a des droits, une liberté, qu’elle n’a pas à subir ça. C’est un devoir, mais que nous accomplissons dans le plaisir.

Et comment H’Sao poursuivra-t-il cette mission dans les prochains mois?

Le groupe a beaucoup de spectacles en vue, davantage aux États-Unis. Depuis l’an dernier, la demande se fait croissante là-bas. Puis, nous prévoyons repartir au Tchad. Et nous avons aussi l’intention d’amener le nouvel album en France.

Site Web officiel du groupe : http://www.hsao.ca/

Site Web officiel du Festival international Nuits d’Afrique : http://www.festivalnuitsdafrique.com/

Texte : Karine Tessier

Photo : Festival du Jamais Lu

Photo : Festival du Jamais Lu

« Dehors, le soleil est le même pour tout le monde. »

Mais ce soleil, le personnage de Ces regards amoureux de garçons altérés ne l’a pas vu depuis 60 heures. Enfermé dans la chambre numéro 158 d’un sauna gai de la métropole, complètement défoncé au crystal meth, le jeune acteur se livre sur ses dépendances à la drogue, au sexe, à son amant Manu. Désormais, il ne s’appartient plus.

Dépossédé de son corps, son outil de travail, il a envie de disparaître. Mais pas totalement. Dans ce confessionnal jonché de vêtements, de préservatifs et de substances illicites, il hurle en quelque sorte un dernier cri du cœur, avant une fin éventuelle, attendue. À moins qu’il survive à cette nuit qui s’étire, encore et encore.

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Le monologue écrit et interprété par Éric Noël est rythmé, saccadé. Par moments, la lecture s’apparente à du slam. La poésie urbaine du dramaturge file à vive allure, sans s’arrêter, comme une locomotive se dirigeant vers un mur de briques, en totale perte de contrôle. Une véritable orgie de chairs anonymes, de bad trips, de mots qui atteignent en plein cœur.

Photo : Festival du Jamais Lu

Photo : Festival du Jamais Lu

Brisé, son personnage nous raconte par bribes ce qu’il a vécu, subi. Ce dont il se rappelle, et qui restera gravé longtemps dans la mémoire de son public. Il confronte les spectateurs à leurs propres désirs de noirceur, de sabotage, de mort. Pendant un peu plus d’une heure, tous sont solidaires, partageant une zone sombre dans laquelle évoluent tous leurs démons.

Repousser ses limites ou jouer sa vie? Défi ou autodestruction? Les paroles d’Éric Noël, aussi sublimes que dures à encaisser, ne font que poser une question on ne peut plus universelle : jusqu’où on peut aller trop loin?

Site Web officiel du Festival du Jamais Lu : www.jamaislu.com

Texte : Karine Tessier

Photo : Festival du Jamais Lu

Photo : Festival du Jamais Lu

Ce fut d’abord la Syrie, la Palestine, le Congo. L’auteur, metteur en scène et acteur Philippe Ducros y a séjourné pour observer, apprendre, s’inspirer. Il a tiré de ses carnets de voyage des œuvres puissantes, qui nous confrontent avec l’ailleurs, avec l’autre. Mais aussi avec nous-mêmes.

Son dernier itinéraire, le dramaturge l’a tracé ici-même, au Québec. Mais dans des coins de la province méconnus, inconnus de la plupart d’entre nous : les réserves autochtones, du Saguenay à la Gaspésie, en passant par la Côte-Nord.

Après un premier contact parfois difficile, teinté de méfiance, les gens rencontrés se sont prêtés au jeu de l’échange. Philippe Ducros a recueilli leurs confidences, a cueilli avec le plus grand des respects les parcelles de blessures passées que les autochtones ont accepté de lui révéler.

Des souvenirs douloureux liés aux abus dans les pensionnats, aux dérives de la Loi fédérale sur les Indiens. Des histoires de crime, de drogue, de suicide, réflexes face à la violence subie, moyens du bord pour paralyser le mal, à défaut de savoir comment le faire disparaître. Des revendications contre les forêts saccagées, les rivières harnachées, le pétrole déversé.

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Dans le cadre de la dernière édition du Festival du Jamais Lu à Montréal, en mai dernier, Philippe Ducros, accompagné sur scène des artistes innus Marco Dollin et Kathia Rock, a livré aux amoureux de théâtre des extraits de son récit sur le déracinement, l’endoctrinement, le refus de connaître et de reconnaître l’autre. Par cette prise de parole engagée, le public a pu faire la connaissance d’êtres forts, résilients, survivants. Des concitoyens, mais avec qui nous n’échangeons hélas que trop peu. Des voisins qui défraient les manchettes à peu d’occasions, et qui retournent dans l’ombre sitôt la dernière édition des quotidiens livrée sur le paillasson ou sur la tablette électronique.

Photo : Festival du Jamais Lu

Photo : Festival du Jamais Lu

Réserves / Phase 1 : la cartomancie du territoire est un laboratoire, un dialogue initié entre des peuples qui s’étudient, qui s’apprivoisent. Du théâtre documentaire nécessaire pour briser les stéréotypes et l’isolement. Mais aussi une réflexion des plus pertinentes sur la double position du peuple québécois, tout à la fois colonisé et colonisateur.

Site Web officiel du Festival du Jamais Lu : www.jamaislu.com

Texte : Karine Tessier

MURAL_logo

Du 4 au 14 juin 2015, la Main vibrera au rythme de la troisième édition de MURAL. D’abord un festival d’art public, l’événement propose aussi des concerts, des films, des conférences, des expositions, du shopping et de la bouffe en plein air. Mais surtout, il permettra aux Montréalais d’assister à la naissance de 20 nouvelles murales créées par des artistes d’ici et d’ailleurs, ce qui portera à 50 le nombre d’œuvres peintes depuis 2013. Un parcours coloré de plus de deux kilomètres sur le boulevard St-Laurent, à admirer toute l’année durant. Voici les événements qui ont retenu notre attention dans la programmation festive de MURAL cette année.

 

Vendredi 5 juin – High Klassified et Da-P – APT. 200

On l’a déjà vu aux platines de l’Igloofest et du Piknic Electronik, et on en redemande. Le jeune D.J. et producteur High Klassified, originaire de Laval et maintenant de l’équipe Fool’s Gold, le label du Montréalais A-Trak, nous envoûtera avec ses rythmes hip-hop mélodiques.

 

Oeuvre du duo de muralistes Bicicleta Sem Freio, qui sera au festival MURAL cette année.

Oeuvre du duo de muralistes Bicicleta Sem Freio, qui sera au festival MURAL cette année.

Samedi 6 juin – BOI-1DA et MYFRIENDERIC – APT. 200

Le producteur de Toronto BOI-1DA a travaillé, entre autres, avec Drake, Eminem, Rick Ross, Childish Gambino, Nicki Minaj, Meek Mill, Lil’ Wayne et Big Sean. Juste ça! Le passage dans la métropole de ce lauréat de trois prix Grammy est à ne pas manquer.

Oeuvre de la muraliste Faith47, qui sera au festival MURAL cette année.

Oeuvre de la muraliste Faith47, qui sera au festival MURAL cette année.

Mercredi 10 juin – conférence de Martha Cooper – Cinéma Excentris

La photojournaliste américaine Martha Cooper a notamment travaillé pour le New York Post dans les années 1970. Pourquoi sa participation à MURAL? C’est que l’artiste est surtout connue pour avoir documenté la scène new-yorkaise du graffiti dans les décennies 1970 et 1980. Elle a d’ailleurs publié un bouquin sur le sujet avec Henry Chalfant, Subway Art, lancé en 1984, puis réédité en 2009. Un must pour votre table à café!

Vendredi 12 juin – Eden de Mia Hansen-Løve – Cinéma Excentris

Ce long métrage raconte les tribulations de deux D.J. en pleine période d’effervescence de la musique électronique française. Au menu : sexe, drogue et French Touch. Pour en savoir davantage, lisez notre critique du film sur le site du Cinéma Excentris.

Fool's_Gold

Dimanche 14 juin – Fool’s Gold Homecoming, avec A-Trak, Rome Fortune, STWO, Post Malone, Shash’U, Nick Catchdubs, High Klassified, Simahlak, Nick Luxe

Champion de plusieurs compétitions internationales de platinisme, collaborateur de Kanye West sur ses premiers albums, le D.J. et producteur montréalais A-Trak est une star. Pour l’incontournable block party de MURAL, il s’amène avec la famille Fool’s Gold, l’étiquette qu’il a lancée.

 

On a aussi hâte de bouger sur le hip-hop lourd de l’Américain Rome Fortune, qui mêle beats classiques, trap et électro.

Et on n’oublie pas le groovy Montréalais Shash’U, avec ses sonorités hip-hop, funk et électro.

Oeuvre du duo de muralistes 2alas, qui sera au festival MURAL cette année.

Oeuvre du duo de muralistes 2alas, qui sera au festival MURAL cette année.

 

Le Market – parc du Portugal

Du shopping en plein air? On dit oui! Surtout que ce marché éphémère propose aux plus stylés des bijoux, vêtements et accessoires d’une vingtaine de griffes hyper branchées. Parmi nos marques favorites : les tissus à influence ouest-africaine de Clove Clothing, les broderies naïves de De l’île, les cotons ouatés déjantés de Pony, les délicates créations de This ilk, et les hoodies avec similicuir de Casablank.

Clove Clothing

Clove Clothing

De l'île

De l’île

Pony

Pony

This ilk

This ilk

Casablank

Casablank

Site Web officiel du festival MURAL : muralfestival.com

CRITIQUE DE MAPS TO THE STARS de DAVID CRONENBERG

Texte : Véronique Bonacorsi

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« Cronenberg est de retour! », aurait-on entendu lors du lancement, à Cannes, de Maps to the Stars. Le réalisateur David Cronenberg a été, ces dernières années, la proie des critiques pour la « mollesse » de ses projets, lui dont la réputation mondiale repose d’abord sur ses films d’horreur, tels Scanners ou The Fly. Il aura fallu la fable hollywoodienne tordue de Bruce Wagner, qui a écrit la première ébauche il y a une vingtaine d’années, pour que l’on puisse percevoir de nouveau l’étincelle distinctive du cinéaste canadien.

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Sous les feux des projecteurs éphémères de Los Angeles, orbitent des personnages en mal d’attention. L’actrice Havana Segrand (Julianne Moore) veut désespérément décrocher le rôle dans le remake du film qui a propulsé sa défunte mère (Sarah Gadon) à la notoriété. Elle engage une assistante, Agatha (Mia Wasikowska), une jeune femme mystérieusement défigurée. Mais les motivations de cette dernière consistent avant tout à réintégrer le cercle familial duquel elle a été chassée : le Dr Stafford Weiss (John Cusack), un coach de vie pour célébrités, Cristina (Olivia Williams), la mère gérante de la carrière de son fils, et Benjie (Evan Bird), acteur adolescent au comportement trouble. Une quasi-tragédie grecque mettant en vedette les fantômes qui dévorent les entrailles psychologiques de nos étoiles.

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Malgré l’aspect fantastique de Maps to the Stars, le récit s’inspire de l’expérience personnelle de son scénariste, Bruce Wagner, alors qu’il était chauffeur de limousine à Hollywood (en quelque sorte le rôle campé par Robert Pattinson). On ne devrait donc pas se surprendre que les dialogues sonnent si vrai, précis, aussi absurdes semblent-ils. Un humour très noir s’y dégage, qui peut à la fois déranger et chatouiller. La combinaison de ce scénario assez extrême avec le style dangereux de Cronenberg allait de soi.

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Séduit avant tout par le drame humain au coeur de l’histoire, le réalisateur de 71 ans souhaitait rester fidèle à l’honnêteté, peut-être un peu effrayante, des mots de Wagner. C’est pourquoi Cronenberg qualifie de « docu-drame » sa dernière aventure cinématographique, et rejette l’idée de satire, qui a perdu sa signification aujourd’hui. Son but n’était pas de se moquer de l’industrie hollywoodienne. Il a demandé à la distribution de jouer de manière aussi réaliste que possible, sachant que le côté comique se manifesterait grâce à l’essence même des situations mises en scène. Les spectateurs se retrouvent ainsi récompensés par des performances brutes remarquables, particulièrement des deux actrices principales, Julianne Moore et Mia Wasikowska. Moore a d’ailleurs déjà commencé à récolter des prix pour son rôle d’actrice hantée.

Le cinéaste David Cronenberg.

Le cinéaste David Cronenberg.

Maps to the Stars réunit de récurrents collaborateurs de « l’équipe cronenbergienne », du compositeur Howard Shore à la costumière Denise Cronenberg. On ne remarque pas tant leur apport à l’oeuvre, ce qui doit vouloir dire qu’ils ont réussi à travailler à l’unisson pour que triomphe la trame narrative, avec ses âmes exhibitionnistes, à la spiritualité empruntée, obsédées par l’idée d’exister. Ce commentaire social sur l’aberration de la condition humaine, emprisonnée dans son propre nombril, résonne bien plus que les quelques scènes visuellement perturbantes du film. Préparez-vous à un bad trip glamour difficile à digérer.

Maps to the Stars, le premier film de David Cronenberg tourné, en partie, aux États-Unis, a valu une nomination à la Palme d’Or à son réalisateur. Le film est disponible en DVD depuis le 21 avril 2015.

Texte : Véronique Bonacorsi

EspacePourLaVie

Proclamée année internationale de la lumière par l’UNESCO, 2015 sera aussi célébrée sous ce thème par Espace pour la vie grâce à sa nouvelle programmation.

Les équipes du Biodôme, de l’Insectarium, du Planétarium Rio Tinto Alcan et du Jardin botanique ont concocté des activités multidisciplinaires éclatantes permettant d’expérimenter la nature à travers la source même de sa vie. En explorant les variantes lumineuses que proposent les nouveautés, les visiteurs auront le privilège d’être aux premières loges de la synergie entre arts et sciences.

EspacePourLaVie_Insectarium_Lucioles

Cet été, à l’Insectarium, il sera possible de se glisser dans la peau d’une luciole, qui utilise de façon ludique sa lumière pour communiquer son désir de rencontre. Munis de divers objets et plongés dans un univers interactif, nous pourrons recréer le comportement de cet insecte luminescent et ainsi découvrir son mode de vie si poétique, mais fragile. À vos lucioles, présenté du 20 juin au 30 août, a été conçu par Étienne Paquette et Mathieu Le Sourd.

Photo : American Museum of Natural History.

Photo : American Museum of Natural History.

Photo: American Museum of Natural History.

Photo: American Museum of Natural History.

À l’opposé de ce qui est éclairé se trouve inévitablement un côté sombre. Avec les spectacles Dark Universe (dès le 7 juillet), en provenance du American Museum of Natural History, et Pluton : chronique d’une ex-planète (7 juillet au 8 novembre), le Planétarium se fixe la mission de nous faire voir l’infini invisible. La première présentation nous proposera un voyage intergalactique depuis l’événement du Big Bang, tandis que la deuxième nous rapportera des nouvelles de Pluton, depuis le premier survol de la sonde Horizons de la planète naine. De plus, en automne 2015, Aurorae célébrera les fascinantes aurores boréales.

Chloé Lacasse. Photo : Martin Tremblay.

Chloé Lacasse. Photo : Martin Tremblay.

Fanny Bloom. Photo : Christine Grosjean.

Fanny Bloom. Photo : Christine Grosjean.

Oliver Jones.

Oliver Jones.

« Des samedis et dimanches magiques ». C’est ce que nous réserve Charles-Mathieu Brunelle, le directeur d’Espace pour la vie, pour le Jardin botanique en 2015. Les cinq sens des promeneurs seront stimulés par les concerts inspirés dans la saulaie d’une multitude de musiciens, tels que Diane Tell, Florence K et Antoine Gratton. Et sur la grande scène, les projecteurs se tourneront vers les renommés Marc Hervieux (14 juin) et Oliver Jones (23 août). Un innovant parcours acoustique nous attend donc toutes les fins de semaine entre le 6 juin et le 30 août.

Outre les nouveautés, nous devons souligner le retour de quelques activités populaires. Du 20 juin au 7 septembre, le Biodôme offrira une deuxième chance de faire la connaissance avec sa bande de paresseux, qui a d’ailleurs connu la naissance d’un nouveau membre l’hiver dernier!

Les incontournables Jardins de lumière se déploieront une nouvelle fois lorsque la température recommencera à se rafraîchir et que les rayons du soleil se feront de plus en plus timides. Cette année, le mandat de concevoir le parcours nocturne du Jardin des Premières-Nations revient à Louis-Xavier Gagnon-Lebrun et Félix Dagenais, de ATOMIC3 inc. Le projet de ces derniers a été choisi grâce au premier concours en collaboration avec le Conseil des arts de Montréal.

Pour plus d’informations ou pour planifier votre visite, visitez le site Web officiel d’Espace pour la vie : espacepourlavie.ca

CRITIQUE DE BIG EYES DE TIM BURTON

Texte : Véronique Bonacorsi

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Si le modus operandi de Tim Burton (Alice in Wonderland, Frankenweenie) des 10 dernières années peut se résumer à mêler histoire farfelue, effets spéciaux colorés et Johnny Depp, Big Eyes détonne dans ce parcours cinématographique. Sa dernière aventure au grand écran raconte sobrement la fable véridique – mais assez étonnante – de la peintre Margaret Keane.

Dans la contrée non lointaine et tout à fait tangible de San Francisco, dans les années 1950, Margaret, mère divorcée et artiste inappréciée, rencontre Walter Keane. Après leur union, les Keane se retrouvent propulsés dans un monde de beatniks, où ils cherchent à faire connaître leurs peintures respectives. Lorsque les tableaux de Margaret commencent à gagner en popularité, non seulement son nouvel époux s’approprie le mérite, mais il parvient à convaincre sa femme de l’accompagner dans cette supercherie. Plus le couple s’embourbe dans ce mensonge – la plus grande fraude artistique de l’histoire – plus Margaret, transformée en usine humaine d’œuvres d’art, se perd, en tant qu’artiste et en tant que femme.

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Ayant eu du succès avec plusieurs biographies portées à l’écran (Man on the Moon, Ed Wood, aussi réalisé par Tim Burton), les partenaires d’écriture Scott Alexander et Larry Karaszewski se sont sentis interpellés par l’aspect incroyable de l’histoire de Margaret. Cette émouvante leçon de bravoure personnelle représentait aussi l’occasion d’aborder la culture parfois problématique de la consommation de l’art, ainsi que l’éveil du mouvement féministe, des thèmes toujours d’actualité. Les scénaristes, avec le souci de véracité, rencontrent Margaret Keane, afin de s’assurer des détails, mais surtout qu’elle se sente à l’aise avec ce qui allait être mis en scène.

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Pendant près d’une décennie, le scénario a maintes fois failli être porté au cinéma. Un souhait seulement concrétisé lorsque Tim Burton, un producteur très tôt dans le projet, se voit disponible pour immortaliser la vie d’une artiste qu’il a longtemps admirée, sans le savoir. Les peintures de « Walter » Keane étaient omniprésentes dans le paysage de la jeunesse de Burton – en tant qu’adulte, après la révélation de la fraude, il en a même commandé directement de la peintre – et il paraît évident qu’elles ont influencé le look signature de ses films.

Le réalisateur Tim Burton.

Le réalisateur Tim Burton.

Big Eyes constitue certainement la création la moins reconnaissable du réalisateur. Produite à petit budget, l’oeuvre repose sur le tourment d’un personnage central non verbal. L’esprit fantaisiste de Tim Burton opère ici dans les paramètres limités de la réalité. On parvient tout de même à sentir le caractère « surréel », à la manière d’un conte de fées, dans sa façon de présenter les mots de Alexander et Karaszewski, un scénario qui se veut inspirant, mais qui tombe parfois dans les clichés du film hollywoodien au happy ending.

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La plus belle prouesse de ce film biographique est accomplie par le duo de Amy Adams et Christoph Waltz. Les interprètes de Margaret et Walter Keane parviennent à nous faire croire en cette relation si invraisemblable psychologiquement, entre la douce peintre et le pro raconteur. Si Waltz paraît souvent, mais légitimement, caricatural dans son interprétation, il rend à merveille la dualité charmant-menaçant du personnage. De Adams, la vraie Margaret Keane, pour qui Big Eyes représente une expérience à la fois thérapeutique et traumatisante, parle d’une performance fantastique, et avec raison. L’actrice a su incarner la dignité et la délicatesse de son sujet, au lieu de la faiblesse qu’il s’en dégage à première vue. Et enfin, le public peut connaître la véritable âme qui se cachait derrière tous ces grands yeux.

Margaret Keane et Amy Adams.

Margaret Keane et Amy Adams.

Big Eyes réunit aussi quelques collaborateurs réguliers de Tim Burton, dont la costumière Colleen Atwood (Alice in Wonderland), gagnante de trois oscars. Lana Del Rey a coécrit la chanson titre, nommée aux Golden Globes. Amy Adams a reçu plusieurs nominations pour son rôle, et a même été récompensée du Golden Globe de la meilleure actrice.
Le DVD est disponible depuis le 14 avril 2015.

Site Web officiel du film : bigeyesfilm.com