CRITIQUE DE FRANK DE LENNY ABRAHAMSON

Texte : Véronique Bonacorsi

Photo: Magnolia Pictures

Photo : Magnolia Pictures

Que faire lorsqu’on nourrit l’ambition d’un musicien, mais qu’on ne possède pas le talent? On rejoint un groupe d’artistes originaux au nom imprononçable, dirigé par un génie portant une tête de cartoon!

Pour Jon (Domhnall Gleeson), l’opportunité d’échapper à sa vie banale survient lorsqu’il assiste à la maladroite tentative de suicide du claviériste des Soronprfbs. Le gérant des musiciens, Don (Scoot McNairy), invite spontanément Jon à jouer avec eux, sans demander d’audition. Le jeune banlieusard se ramasse alors sur scène, puis dans une cabine éloignée en Irlande, et enfin à un réputé festival américain, parmi une bande d’éclectiques personnages. Au centre de ceux-ci : Frank (Michael Fassbender, pour autant qu’on sache), chanteur charismatique et loufoque qui porte en tout temps un imposant masque sphérique aux yeux bleus écarquillés et à la bouche entrouverte. L’arrivée de Jon, qui pousse la formation à flirter avec la célébrité, menace particulièrement la relation codépendante entre le prodige éponyme et sa proche collaboratrice Clara (Maggie Gyllenhaal).

Photo: Magnolia Pictures

Photo : Magnolia Pictures

Où trouve-t-on l’idée pour une telle excentricité? L’œuvre s’inspire d’abord de la vie du musicien Chris Sievey et de son alter ego Frank Sidebottom, reconnu pour la tête dessinée qu’il portait en spectacle. Des années après la disparition de son Frank, Sievey désire faire renaître le farfelu personnage. Il contacte donc son ami Jon Ronson, son claviériste pour la période 1980-1990, qui écrit un article racontant leur parcours incongru pour le journal The Guardian. Peter Straughan, le coscénariste de Ronson pour le film The Men Who Stare At Goats, lui propose alors qu’ils adaptent ce récit pour le cinéma. Les scénaristes choisissent alors de s’éloigner de la simple biographie et d’incorporer des éléments d’autres musiciens marginaux pour construire un Frank tout neuf.

Photo: Magnolia Pictures

Lenny Abrahamson, réalisateur. Photo : Magnolia Pictures

Cette liberté créatrice a séduit Lenny Abrahamson (What Richard Did, Garage), un réalisateur irlandais relativement inconnu, qui se spécialise en personnages uniques, mais sympathiques. N’ayant pas à endosser le fardeau de relater des faits véridiques de A à Z, Abrahamson a su matérialiser à l’écran le ton merveilleusement bizarre de Frank, qui se promène entre extrême comédie physique et silencieuse tragédie.

Selon les acteurs, le cinéaste avait une vision très claire de ce qu’il voulait, tout en gardant une ouverture aux suggestions et à l’inspiration du moment. Une méthode qui s’est avérée fructueuse les jours de tournage des scènes musicales. Pour préserver l’authenticité des performances, les chansons des Soronprfbs, des compositions originales de Stephen Rennicks, ont été jouées par les acteurs eux-mêmes et enregistrées live. Il en résulte une ambiance sonore anti-traditionnelle, expérimentale, tout en demeurant mélodieuse, parfaitement représentative de l’univers surréaliste du film. Et lorsque Frank s’aventure dans ce qu’il pense être de la pop, pour écrire sa « chanson la plus plaisante », cela produit une hilarante absurdité.

Photo: Magnolia Pictures

Photo : Magnolia Pictures

Cet étrange joyau n’aurait pas fonctionné sans l’apport dévoué de la distribution. Avec sa première véritable saucette dans le domaine comique, Michael Fassbender (Shame, X-Men : Days of Future Past, 12 Years a Slave) prouve qu’il n’est pas l’un des acteurs les plus hot de l’heure seulement grâce à son beau visage. Malgré sa vision périphérique diminuée par le gigantesque masque, l’acteur a confié avoir accueilli la façade de papier mâché comme une libération. Le spectateur assiste ainsi à une prouesse de jeu corporel, conjuguant subtilité et exagération. Même si Frank semble tout droit sorti des dessins animés du samedi matin, on perçoit sa vulnérabilité, ce qui nous fait réaliser que nous faisons bien face à un être humain complexe. La performance nuancée de Fassbender est mise en valeur par celle, tout autant convaincante, de Domhnall Gleeson (About Time), l’interprète du héros un peu naïf et point d’ancrage de la « normalité » pour le public.

Le film de Lenny Abrahamson propose un feu roulant de savoureux dialogues, intelligemment ficelés, des situations cocasses, mais aussi beaucoup de cœur. Encore mieux, Frank réalise l’exploit de laisser le pouvoir au spectateur d’interpréter les émotions que ce visage cartoonesque imperturbable reflète. Si le masque agit comme barrière de protection pour le personnage, il nous déroute et nous force à constater qu’on ne se sent à l’aise avec soi-même que lorsque notre image dans les yeux de l’autre nous satisfait.

Photo: Véronique Bonacorsi

Notre journaliste, arborant le masque remis au public à la projection du film au festival Fantasia. Photo : Véronique Bonacorsi

Projeté en première mondiale à Sundance en janvier 2014, et cet été en première québécoise au Festival international de films Fantasia, Frank prend l’affiche sur le continent nord-américain en sortie limitée ce mois d’août.

Site Web officiel du film: http://www.magpictures.com/frank/

CRITIQUE DU FILM GUARDIANS OF THE GALAXY DE JAMES GUNN

Texte : Véronique Bonacorsi

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Quarante-cinq ans après sa première apparition en bande dessinée, Guardians of the Galaxy s’aventure au cinéma. Le film coécrit et réalisé par James Gunn (Slither, Super) propose une promenade interstellaire virevoltée, en compagnie des protagonistes peut-être les moins nobles de l’univers de Marvel.

Un Terrien du nom de Peter Quill (autoproclamé Star-Lord, interprété par Chris Pratt), sous les ordres du pirate Yondu (Michael Rooker), dérobe un artefact, un globe recelant un noir pouvoir extrêmement puissant, qui appartient à Ronan l’Accusateur (Lee Pace). Alors commence la dégringolade des mésaventures pour Quinn. La vie se charge de lui jeter dans les jambes les étranges créatures qui deviendront ses alliés : la belle assassine Gamora (Zoe Saldana), l’imposant maniaque Drax (Dave Bautista, également lutteur vedette de la WWE), le dangereux semi-cybernétique raton-laveur Rocket (Bradley Cooper), et l’arbre humanoïde Groot (Vin Diesel). Malgré eux, ils deviennent les « Gardiens », chargés de protéger une planète en péril de l’effrayant Ronan.

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Oui, l’histoire de Quill commence comme tout récit de héros : avec la perte d’un être cher. Mais là s’arrête la ressemblance. Ici, le groupe des Gardiens est constitué d’individus égoïstes au passé reprochable. Ces antihéros deviennent amis, en quelque sorte, lorsqu’ils découvrent qu’ils n’ont pas à être des perdants, qu’ils peuvent accomplir quelque chose d’important. C’est ce côté si humain qui résonne le plus auprès des spectateurs. Les acteurs principaux se débrouillent assez bien pour insuffler un caractère plus terre à terre à leur personnage. Et bizarrement, le plus attachant de tous est incontestablement Groot, qui ne possède physiquement aucune once d’humanité.

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Une autre incongruité de Guardians of the Galaxy : le ton. Alors que les histoires épiques de ce genre adoptent un style sérieux où des moments de légèreté s’insèrent, ce film semble virer cette formule sens dessus dessous. On se retrouve dans une comédie qui intègre des instants de gravité. Mais même ces passages peuvent provoquer le rire. À l’origine des situations les plus comiques : Drax, être quasi shakespearien. Une approche surprenante, rafraîchissante même, quoique certains pourraient la trouver dérangeante.

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Le mix qu’écoute Quill sur son Walkman en tout temps, son seul souvenir tangible de sa vie sur Terre, sert de bande originale aux péripéties et contribue grandement à générer un côté ludique au long métrage. On nous propulse ainsi dans ces aventures extraterrestres sur les airs de Moonage Daydream de David Bowie et Cherry Bomb des Runaways. Nostalgiques des bons vieux classiques des années 1980, vous serez servis!

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Imaginé en 3D dès le départ, le projet de Gunn constituait une tâche visuellement ambitieuse. Puisque l’action se déroule presque entièrement dans une galaxie lointaine, il fallait que le produit final soit à la fois crédible et époustouflant. Le travail a été mené à terme avec brio par les équipes des costumes, supervisée par Dan Grace (la série Dark Knight, le prochain Avengers : Age of Ultron), des décors et des effets spéciaux. Ce monde, basé sur la version de la bande dessinée de 2008 de Dan Abnett et Andy Lanning, s’il ne possède pas la profondeur philosophique de la saga X-Men, a le mérite de présenter un emballage complexe impeccable.

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Guardians of the Galaxy ne profite pas de la reconnaissance qu’ont reçue les films de superhéros précédents, tels que ses cousins les Avengers. James Gunn et ses associés avaient donc comme défi d’introduire cet univers riche à un tout nouvel auditoire. Les forces cosmiques doivent considérer que c’est mission accomplie : dans la voie de réaliser la loi hollywoodienne de la trilogie, un deuxième volet a été annoncé au Comic-Con de San Diego, une semaine avant même la sortie du premier opus.

D’abord projeté en présentation spéciale à guichet fermé au Festival international de films Fantasia à Montréal, Guardians of the Galaxy de James Gunn est à l’affiche au Québec depuis le 1er août 2014.

Site Web officiel du film : http://marvel.com/guardians

CRITIQUE DU FILM BOYHOOD DE RICHARD LINKLATER

Texte : Véronique Bonacorsi

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« Que feras-tu les 12 prochaines années? » Voilà de quelle façon déconcertante le réalisateur Richard Linklater approcha ses potentiels collaborateurs pour un ambitieux projet cinématographique. Une folle proposition, une épreuve de patience… et, aujourd’hui, un film touchant où le vrai héros est la vie elle-même.

L’histoire de Mason (Ellar Coltrane), c’est plus que le simple récit du passage à l’âge adulte d’un petit garçon rêveur. C’est aussi les communs épisodes de dispute avec sa sœur, Samantha (Lorelei Linklater, la fille du réalisateur), bonne élève, soucieuse de plaire. C’est sa relation avec ses parents divorcés : Olivia (Patricia Arquette), l’ancre de la famille, qui a la pire chance en amour, et Mason senior (Ethan Hawke), ludique mais impliqué, malgré qu’il voie ses enfants à intervalles irréguliers. Ainsi, nous sommes témoins de ce portrait de famille, évoluant sur plus d’une décennie, à travers le regard de Mason junior.

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Certes, on peut qualifier Richard Linklater de visionnaire pour avoir imaginé un projet de si longue haleine, jamais tenté auparavant en cinéma de fiction. Il ne faut cependant pas croire que l’Américain avait prévu chaque dialogue et tournure de Boyhood  dès 2002. En fait, seul le facteur de temps apparaissait clair (le film fut baptisé au départ The Untitled 12 Year Project) dans l’esprit du réalisateur et scénariste. Pour créer son personnage central, de ses six ans jusqu’à ses 18 ans, Linklater a dû réunir toute son équipe pour une semaine chaque été, à la manière d’un camp de jour.  Le processus de création s’est fait de manière organique, résultant en une authenticité du produit inatteignable si on avait eu recours au maquillage et aux effets spéciaux.

L’acteur principal, Ellar Coltrane, aujourd’hui âgé de 19 ans, constitue indiscutablement un ingrédient-clé du succès de l’œuvre. Comme ses compagnons du grand écran, son jeu d’acteur apparaît naturel, même si échelonné sur une période de tournage incroyable. Probablement parce que la propre vie de Coltrane a influencé le parcours de son personnage de Boyhood. Linklater a d’ailleurs affirmé en entrevue s’être inspiré de la personnalité nonchalante et délicatement mystérieuse de sa vedette, ainsi que de ses intérêts. Parmi ceux-ci : la passion pour la photographie. La dimension photographique s’applique d’ailleurs à la structure du film. On penserait parcourir l’album-souvenir des protagonistes, dont les clichés ont été pris par l’appareil photo que sont les yeux de Mason. Tandis que les images des différentes périodes de sa jeunesse se succèdent, que le temps laisse ses empreintes corporelles sur les personnages, nous sommes quelque peu surpris, mais émus, de voir le garçon grandir, et les adultes (les toujours très beaux Arquette et Hawke) vieillir.

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En plus des traces physiques, le scénario de Boyhood offre des indices historiques et culturels emblématiques du début des années 2000 aux États-Unis. Cela facilite les transitions d’année en année;  les nombreuses ellipses ne dérangent pas. Une année, Mason senior se lance dans une critique du gouvernement de George W. Bush; plus tard, il entraîne ses enfants dans la campagne pro-Obama. Un moment, le jeune Mason joue avec son Game Boy; quelques années après, il se plaint de l’obsession nationale qu’est devenu Facebook. Quant à la trame sonore, tant intra qu’extradiégétique, elle met parfaitement en valeur l’époque en question. Coldplay, Britney Spears et The Black Keys, entre autres, contribuent tous à situer le spectateur et à générer l’émotion appropriée. Parfois, une référence musicale agit en tant que miroir pour l’univers mis en scène devant nos yeux. La scène où le père explique son amour pour la chanson Hate It Here de Wilco est éloquente. La simplicité des paroles, le quotidien rempli de précis petits détails, la lutte constante de la vie… Ce même côté pur, nu, qu’on retrouve dans Boyhood rend l’œuvre d’autant plus poignante.

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Le passage à l’âge adulte constitue un thème récurrent du cinéma américain. Mais Linklater a choisi de ne pas raconter des histoires de premières fois, typiques des films abordant ce thème. Par exemple, on ne voit pas Mason perdre sa virginité, mais plutôt la jouer cool devant ses amis, autour d’une bière, qui prétendent avoir de nombreuses aventures sexuelles.

Autre particularité : il n’y a pas de catastrophe ou d’élément déclencheur clair du récit. Un exploit admirable, car l’écran nous captive et on oublie que le film dure près de trois heures. Il est vrai que notre curiosité veut automatiquement que certains éléments de l’histoire soient plus développés. Or, Boyhood possède le mérite d’arriver à montrer l’émotion brute, qui survient à l’instant même, pour dépeindre une fresque à la fois particulière et générale. Cette œuvre fait plus qu’aborder le questionnement tumultueux de l’existence humaine, elle le vit. L’être humain ne suit pas un chemin tracé. Il fait de son mieux pour traverser les différentes épreuves qui se présentent à lui.

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Impossible, donc, d’ignorer la valeur de Boyhood. Déjà récipiendaires de plusieurs prix de festivals, dont les grands honneurs au Berlin International Film Festival, Richard Linklater et son œuvre prouvent que la patience peut être récompensée. Le courageux réalisateur a su donner une malléabilité au temps, son complice pour sa trilogie des Before, sans dénaturer son caractère furtif. Le dosage s’avère heureux, le film coule bien. Oui, le processus de création peut paraître plus impressionnant que l’histoire en tant que telle. Mais la nouveauté se crée grâce à l’approche intimiste du projet. Boyhood, c’est la somme des petites choses qui composent la jeunesse. Un spectacle d’une simplicité grandiose.

Boyhood de Richard Linklater, d’abord projeté en première québécoise au Festival international de films Fantasia à Montréal, est à l’affiche au Québec depuis le 25 juillet 2014.

Site Web officiel du film : boyhoodmovie.tumblr.com/

Texte : Adyt

Photo: MEG

Photo: MEG

C’est reparti pour une 16e édition du Montreal Electronique Groove (MEG), festival qui s’étale sur deux fins de semaine, du 24 juillet au 2 août, et qui permet de découvrir une belle brochette d’artistes électro, hip-hop, pop ou rock, d’ici et d’ailleurs.

Le MEG, qui a été créé en 1999, continue année après année à nous faire découvrir la relève dans plusieurs styles musicaux, tout en étant un point de rencontre pour les gens de l’industrie et une vitrine pour la scène urbaine montréalaise, en collaborant avec Osheaga et Piknic Électronik. Adeptes du FOMO (Fear Of Missing Out), n’ayez crainte! Voici nos suggestions :

Pif Paf Hangover, le 24 juillet au Divan Orange

Groupe formé en 2009, Pif Paf Hangover a sorti son premier album Curry Love en mars dernier, disque indie pop/rock/électro (imaginez donc!). Ce quatuor − Manu (synthé et voix), Frank (batterie), Maxo (guitare et voix), ainsi que Gab (basse et voix) – est un habitué de la scène. Avec leur premier EP, ils ont écumé les festivals : OUMF, Artefact, M pour Montréal… Vous pourrez les voir au Divan Orange avec L’Indice et Navet Confit.

 

The Posterz, le 24 juillet à La Sala Rossa

Phénomène hip-hop montréalais qui dépasse de plus en plus les frontières de la Belle Province, The Posterz nous a régalés avec son premier EP Starship & Dark Tints, en téléchargement gratuit, en octobre 2013. Offrant un mélange de trap et d’EDM (Electronic Dance Music), ce trio montréalais qui spit en anglais est souvent comparé à The Underachievers. Leur mixtape sera réédité fin juillet dans une version augmentée. Ils ont récemment sorti un vidéoclip pour accompagner le très bon morceau « All I Know ». Vous pourrez les voir à La Sala Rossa avec Les Anticipateurs et le beatmaker J.u.D..

 

Mozart’s Sister, le 25 juillet à La Sala Rossa

C’est la Montréalaise Caila Thompson-Hannant qui se cache derrière le moniker Mozart’s Sister, objet musical difficilement étiquetable. La chanteuse et musicienne se classe dans un nouveau genre, la dirt pop. On retrouve dans sa musique de la pop et de la house, qui accompagne des textes sombres. Après deux EP, Dear Fear et Hello, qui ont connu un succès certain, Mozart’s Sister s’apprête à sortir son premier album. Being, qu’elle a entièrement produit seule (composition, arrangements et enregistrement), sortira en août sur le label Asthmatic Kitty Records. Le premier extrait « Enjoy » est sorti en mai. Vous pourrez la voir à La Sala Rossa avec FOXTROTT et Propofol.

 

Soirée Soulection, le 25 juillet au Belmont

Soulection a été fondé en 2011 par Joe Kay, Guillaume Bonte et Andre Powers. Basé à Los Angeles, ce projet multiforme est à la fois une étiquette de disques, un collectif d’artistes (15 beatmakers et près d’une dizaine de D.J.) et une émission de radio. On retrouve sur le label deux artistes montréalais, Da-P et Modlee & Vlooper. Vous entendrez plusieurs membres du collectif sur les White Labels Series, quatre tracks gratuites d’un des artistes de la maison. Vous pourrez aussi les découvrir au Belmont avec les beatmakers Sango et Da-P, ainsi que les D.J. Andre Power et Eden Hagos.

 

Suuns, le 26 juillet à la SAT

Ce groupe montréalais a beaucoup fait parler de lui en 2013. Son album Images du Futur, sorti au Canada sur le label montréalais Secret City Records, était sur toutes les lèvres et dans tous les écouteurs. Le morceau « 2020 » s’est même retrouvé sur la bande originale du film Only God Forgives de Nicolas Winding Refn. Ce second effort, réalisé par Jace Lasek des Besnard Lakes, offre un mélange élégant de rock, de post-punk et de rock psychédélique. En live, le quatuor nous emmène dans une atmosphère oppressante et sensuelle. Vous pourrez les voir à la SAT avec deux autres groupes de Montréal, Seoul et Technical Kidman, qui vient de sortir un nouvel EP.

DANGER, le 1er août au Belmont

Derrière cet alias, se cache Franck Rivoire, musicien, D.J. et graphiste/designer. Représentant la nouvelle vague de la French Touch, DANGER est un serial remixer (Estelle, Midnight Juggernauts, La Roux). Il a sa propre étiquette de disques, 1789, et un autre projet, SUNSET. Ambiance assurée, puisque ses performances sont toujours agrémentées de visuel. Vous pourrez le voir au Belmont entouré de quatre Canadiens : Das Mörtal, Omni, Pomo et Mr. Nokturn.

 

Acid Arab, le 2 août à la Place des Festivals (gratuit)

Guido Minisky et Hervé Carvalho, le duo derrière Acid Arab, avait pour ambition de faire un mariage improbable de musiques à la marge, l’acid house aux États-Unis et la musique orientale en Europe. Pari réussi, avec cette musique qui vous fera nécessairement vous déhancher. Ils ont d’ailleurs fait appel à une quinzaine de producteurs pour réaliser Acid Arab Collections. Vous avez deux chances de les voir en live : sur la Place des Festivals ou encore sur le MEG Boat, pour une croisière endiablée.

 

Site Web officiel du MEG : http://www.megmontreal.com/fr/

Texte : Karine Tessier

Photo: Nuits d'Afrique

Photo: Nuits d’Afrique

Depuis une semaine, Montréal vibre au rythme du Festival international Nuits d’Afrique. À l’occasion de cette 28e édition, plus de 600 artistes venus de 35 pays sont en ville pour divertir petits et grands.

Toujours très populaire, le Village des Nuits d’Afrique s’installera au Quartier des spectacles pour cinq jours d’activités gratuites, du 16 au 20 juillet 2014. Parmi les nombreuses prestations offertes, voici celles que Fragments Urbains vous suggère d’inscrire à votre agenda.

Les Lions noirs – 16 juillet à 14:25

Ce groupe, formé l’an dernier, fait partie des Étoiles du Métro, un programme lancé en 2012 par la Société de transport de Montréal. D’origines multiples, les membres de la formation proposent des mélodies atmosphériques, ponctuées de percussions, dans un style qu’ils ont baptisé international groove. À découvrir à Nuits d’Afrique… avant de les recroiser dans une station de métro pendant votre trajet quotidien vers le bureau.

 

Féfé – 16 juillet à 20:05

Quelques jours après avoir mis le feu au Cabaret du Mile-End, le Coup de cœur de cette édition de Nuits d’Afrique remet ça à l’extérieur. Ex-membre de la formation hip-hop Saïan Supa Crew, ce Nigérian issu de la banlieue parisienne évolue en solo depuis 2009. Mais plusieurs l’ont découvert l’année suivante, alors qu’il a interprété en duo avec le rappeur K’Naan la version française de Wavin’ Flag, l’hymne officiel de la Coupe du monde de soccer 2010. Irrésistibles, les compositions de Féfé flirtent avec le hip-hop, la soul, le reggae, la chanson française et les rythmes africains, le tout assaisonné de quelques solos de guitare décoiffants. Cramponnez-vous, ça risque d’exploser.

Sierra Leone’s Refugee All Stars – 16 juillet à 21:30

L’histoire du groupe à elle seule mérite qu’on s’y attarde. À la fin des années 1990, le Sierra Leone est déchiré par une guerre civile qui dure depuis une décennie. Dans un camp de réfugiés, des musiciens se réunissent et jouent pour apaiser la souffrance de leurs compagnons d’infortune. Aidée par le Centre d’étude et de coopération internationale, une ONG canadienne, la formation lance un premier album en 2006. Sur des mélodies traditionnelles, auxquelles se mêlent jazz et reggae, les Refugee All Stars chantent l’espoir et la paix.

British Dependency – 17 juillet à 20:05

Originaire d’Anguilla, le trio propose un reggae teinté de soca, de zouk et de calypso. Créé en 2010, c’est trois ans plus tard qu’il se fait remarquer à l’international. Après avoir enregistré un troisième album à Kingston en Jamaïque, les membres de British Dependency sont partis en tournée aux États-Unis, invités par les célèbres Wailers, puis au Canada. Difficile de ne pas se laisser envoûter par les compositions sensuelles de ces Caribéens.

HK et les Saltimbanks – 18 juillet à 21:30

Vous avez sûrement déjà entendu le morceau « On lâche rien ». Chanson-thème du candidat d’extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon lors des présidentielles françaises en 2012, c’était aussi l’une des favorites des manifestants du Printemps Érable chez nous. La musique de HK et les Saltimbanks, qui plaira assurément aux fans de Zebda, allie chanson française, sonorités maghrébines, hip-hop, reggae et rock. Sur scène, les artistes livrent leurs textes revendicateurs dans une ambiance festive. Fait inusité : sur leur dernier album, lancé en 2012, on trouvait une version reggae… d’« Amsterdam » de Jacques Brel. Pas banal.

Tabou Combo – 20 juillet 21:30

Demandez à vos amis antillais, ils insisteront pour que vous assistiez à la prestation de ces ambassadeurs du kompa. Fondé à Pétionville en 1968, le groupe remporte l’année suivante un concours à la télévision haïtienne. En peu de temps, la formation devient l’une des plus célèbres du pays. Après un hiatus de quelques années, en raison de l’exil de certains membres, Tabou Combo reprend du service en 1971. Depuis, ces légendes enchaînent les albums et les tournées, qui les mènent de Miami au Japon, en passant par la France.

Site Web officiel du Festival international Nuits d’Afrique : http://www.festivalnuitsdafrique.com/

Texte : Véronique Bonacorsi

 

Bens en 1952. Photo : Basil Zarov

Bens en 1952.
Photo : Basil Zarov

Gardien. Socialement responsable. Légende.

Combien d’établissements peuvent se vanter de jouir de qualificatifs aussi divers? Et une sandwicherie qui plus est? Bens le peut. Pendant presque 100 ans,  ce restaurant a été « le cœur et l’âme de Montréal et du Québec », selon le Dr Elliot Kravitz, petit-fils des fondateurs Ben et Fanny Kravitz.

Pas surprenant donc que cette entreprise familiale fasse l’objet de la nouvelle exposition Bens, le légendaire déli, qui se poursuit jusqu’au 23 novembre 2014 au Musée McCord, réputé pour faire découvrir – ou revivre – à ses visiteurs des morceaux incontournables de l’histoire montréalaise.

Fanny et Ben Kravitz, leurs enfants et leur beau-fils, vers 1953. Photo : Richard Arless Associates

Fanny et Ben Kravitz, leurs enfants et leur beau-fils, vers 1953.
Photo : Richard Arless Associates

Étrangement, le germe de la fameuse épopée du déli, nous devons l’attribuer à l’idée d’un couple d’immigrants lithuaniens d’ouvrir une confiserie. Cette vocation ne saura se concrétiser.  Dès l’ouverture du magasin, en 1908, Benjamin Kravitz et Fanny Schwartz se plient au désir criant des résidents et travailleurs du quartier qui leur réclament… des sandwichs!

Photo : Musée McCord

Photo : Musée McCord

Leur établissement connaît rapidement du succès. Il doit même déménager à deux reprises pour assurer le roulement de la clientèle. Chaque jour, des milliers de personnes – qui prennent en moyenne 12 minutes pour consommer leur repas! – franchissent les portes du restaurant. Parmi elles, des politiciens, des artistes et d’autres célébrités, dont la photo s’est retrouvée, à leur demande, sur les murs de Bens.

Un élément clé de l’engouement que suscitait la création des Kravitz, c’était clairement le refus de laisser un client quitter sans être repu. Et les Montréalais, de tous âges et de toutes origines, s’y sentaient comme chez eux. « Bens était votre maison, pas la nôtre », affirme l’héritier Elliot Kravitz.

Horloge, fin du 20e siècle. Photo : Réal Cyr

Horloge, fin du 20e siècle.
Photo : Réal Cyr

Contacté par la famille Kravitz à la fermeture du restaurant, en 2006, le Musée McCord confie à la conservatrice Céline Widmer la coordination d’une exposition qui permettrait de garder bien en vie le souvenir de cet ancêtre du fast food.

Photo : Musée McCord

Photo : Musée McCord

Bens, le légendaire déli propose donc d’expérimenter à nouveau ce pan de notre héritage, grâce à un parcours nostalgique suivant les trois emplacements de l’établissement. En moins d’une heure, vous ferez le tour de menus, affiches, photos d’époque, slogans rigolos, coutellerie, tables, tabourets, et même un extrait de film mettant en vedette un artiste bien aimé encore de nos jours (nous vous réservons la surprise!).

Photo : Musée McCord

Photo : Musée McCord

Malheureusement, même si le Musée offre une introduction à l’exposition, le public ne pourra profiter du puits inépuisable d’anecdotes qu’est le Dr Kravitz, qui a grandi et travaillé chez Bens. Ses histoires, empreintes d’une touchante reconnaissance, auraient fait un merveilleux compagnon aux visiteurs curieux de l’institution réputée.

Publicité, vers 1980. Photo : Musée McCord

Publicité, vers 1980.
Photo : Musée McCord

De plus, une mise en garde s’impose : l’activité pourrait provoquer des gargouillements d’estomac si vous entreprenez votre parcours aux heures de repas! Mais ça vous donnera une bonne raison de faire un petit détour au Café Bistro du Musée et ainsi goûter à sa recette de viande fumée, inspirée de l’originale de Bens, au menu pour toute la durée de l’exposition.

Site Web officiel du Musée McCord : www.mccord-museum.qc.ca/fr/

Critique de la pièce PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine)

Texte : Karine Tessier

Crédit : Festival OFFTA

Crédit : Festival OFFTA

Créé en parallèle du Festival TransAmériques, le Festival d’arts vivants OFFTA programme les œuvres de jeunes créateurs d’avant-garde issus du théâtre, de la danse, de la performance… ou de tout cela à la fois. L’occasion tout indiquée de découvrir des artistes dont les noms seront bientôt sur toutes les lèvres. Pour cette 8e édition, OFFTA est resté fidèle à lui-même. À l’agenda : des soirées ludiques qui nous ont fait réfléchir sur le monde qui nous entoure.

« Nous vous invitons à prendre part à ce délicat rituel de la représentation.

Celui qui ouvre une brèche dans nos présents.

Celui qui modifie notre regard sur le monde. »

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Ce questionnement a pris des formes tout à fait étonnantes dans PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine) de Mélissa Larivière, Simon-Pierre Lambert, Charles Dauphinais et Maxime Carbonneau. Leur spectacle tient autant du théâtre expérimental, du laboratoire scientifique que du manifeste politique.

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Sur scène, les quatre artistes, vêtus de combinaisons dignes de celles d’agents de décontamination nucléaire, sont entourés de caméras, d’un écran, d’ordinateurs, d’un four à micro-ondes, de jouets. Ils évoluent dans ce bric-à-brac sur la musique du génial Navet Confit, qui emprunte cette fois au cinéma de science-fiction des années 1950, à la pop américaine, aux chants russes orthodoxes et à certains discours politiques célèbres.

PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine), c’est la biographie fantasmée de Léon Thérémine, un ingénieur russe né en 1896, disparu en 1938, retrouvé dans les années 1980 et décédé en 1993. Et l’inventeur du premier instrument de musique électronique, qui porte son nom, dont on joue en bougeant les mains dans le champ électromagnétique émis par deux antennes. Un destin tragique qui a alimenté les rumeurs les plus folles : a-t-il été enlevé par les extraterrestres? Gardé prisonnier pour des raisons politiques? Le mystère plane toujours.

Ce retour sur la vie et l’œuvre de Léon Thérémine est le point de départ d’une réflexion pas banale sur les rapports humains, la célébrité et la noblesse de l’art. Peut-on vraiment connaître quelqu’un en lisant la page Wikipédia qui lui est consacrée? On y apprend des informations plus profondes que celles échangées autour d’un verre à l’heure de l’apéro, non? Et comment s’inscrit-on dans la mémoire collective? Par son travail, ou plutôt par les scandales dans lesquels on a été impliqué?

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Des questions dans l’air du temps, soulevées autant par les médias de masse, la blogosphère que nos copains le samedi soir. Mais à aucun moment les interrogations du charismatique collectif de PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine) ne nous saoulent. Le travail de Mélissa Larivière, Simon-Pierre Lambert, Charles Dauphinais et Maxime Carbonneau est rafraîchissant, décoiffant. Et il sème en nous, entre deux éclats de rire, l’envie de changer le monde. Une invitation inusitée à l’action, qui se conclut par la mélodie de Eye of the Tiger du groupe Survivor, tirée de la bande originale de Rocky 3. Pas banale, on vous disait.

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