Archives de la catégorie ‘Événements’

Texte et photos : Karine Tessier

Photo : David Wong.

Rares sont les projets qui fusionnent les domaines de l’art et de la santé. Présenté à Tangente, dans l’Édifice Wilder, l’événement multidisciplinaire Les Jeux du crépuscule, dont la création et la direction artistique sont signées Ariane Boulet, se veut une réflexion aussi intime que grandiose sur notre rapport au vieillissement et à la maladie. En plaçant la danse au service de l’humain, l’artiste nous invite à explorer ces passages obligés de l’existence, pour les adoucir et, peut-être, les réinventer.

Une œuvre chorégraphique d’abord, mais également une exposition, des ateliers de coprésence, des discussions, un recueil de poèmes. Un bouquet d’activités, que le public peut découvrir en tout ou en partie et pendant lesquelles il est parfois invité à participer.

Photo : David Wong.

Le spectacle est le résultat de huit années de visites dans plus d’une vingtaine de CHSLD, avec le projet Mouvement de passage. Ariane Boulet et ses acolytes y ont côtoyé des dizaines de personnes âgées en perte d’autonomie ou en fin de vie, insufflant dans leur quotidien souvent difficile un brin de magie. Ils ont égayé les chambres, les espaces communs et même les couloirs des établissements de soin et ont permis aux aînés de s’exprimer, d’interagir, de stimuler leur créativité, de se raconter à travers les gestes et la musique, sans même prononcer un mot. Les résidents ont tissé des relations avec l’autre, un défi immense, dont la réalisation est facilitée par l’intervention de l’art.

Ce sont toutes ces expériences, à la fois banales et hors du commun, douloureuses et légères, tragiques et hilarantes, qui nous sont racontées par les talentueux interprètes des Jeux du crépuscule. Des souvenirs physiques, sensoriels et émotifs, témoins de transformations personnelles résultant du vieillissement et de la maladie. Une dame qui offre à une danseuse une visite guidée de sa chambre, comme si la pièce exiguë tenait davantage d’un majestueux château. Une résidente à l’âme séductrice qui caresse sensuellement le bras d’un artiste, l’œil coquin. Un vieillard malentendant qui « écoute » la mélodie en ressentant les vibrations qui émanent du sol. Une femme atteinte de démence qui, chaque jour, « attend l’autobus » devant la porte de l’ascenseur.

Il émane de l’œuvre d’Ariane Boulet une bienveillance et une tendresse touchantes, un profond respect pour les aînés rencontrés et leurs vies si riches. Sans taire la souffrance,  la créatrice et ses complices proposent au public de focaliser sur l’apport des personnes âgées à notre société, leur générosité, leur humour, leurs 1 000 histoires. Le groupe nous assure qu’il y a, dans les CHSLD, lieux où les conditions de vie et de travail sont parfois pénibles, un « potentiel de party à chaque coin de couloir ».

Photo : David Wong.

Cette sensibilité à fleur de peau, couplée à des habiletés techniques certaines, fait d’Audrey Bergeron, Lucy M. May, Isabelle Poirier, David Rancourt, Georges-Nicolas Tremblay et Julie Tymchuk de grands interprètes. Charismatiques, ils nous offrent un récit qu’on savoure doucement et qui nous fait tantôt rire à gorge déployée, tantôt s’essuyer une larme furtive sur la joue. Si la chorégraphie nous émeut autant, c’est aussi parce qu’elle nous confronte à notre propre fragilité, au caractère inéluctable de la maladie et de la mort.

Photo : David Wong.

Pour accompagner les mouvements fascinants des danseurs, la voix et les mélodies sublimes de Marie Vallée, qui signe la direction musicale, la composition et l’interprétation de la bande sonore des Jeux du crépuscule. La performance de l’artiste sur et aux abords de la scène, plutôt que l’utilisation de pistes préenregistrées, ajoute à l’ensemble une intensité captivante.

On quitte la salle chaviré, avec en main un petit poème d’Ouanessa Younsi, autrice et psychiatre, ainsi qu’une semence de fleur de calendule, symbole du cycle de la vie. De petites attentions qui permettront à l’œuvre d’Ariane Boulet de nous accompagner encore plus longtemps dans le temps.

Bande-annonce ici.

Pour toutes les infos, c’est ici.

Atelier : Rencontre avec la technologie de la présence.

Juste avant la représentation, on a eu le privilège d’assister à une des activités inspirées par les recherches des scientifiques Stefanie Blain-Moraes et Naila Kuhlmann. Un petit capteur attaché à notre doigt, pour enregistrer les données de notre système nerveux, on s’est laissé guider par les directives de l’animateur Marco Pronovost. Après quelques profondes respirations, on a été invité à explorer et développer une connexion avec un autre participant à l’atelier, en improvisant des mouvements. Puis, les chercheuses ont analysé les chiffres recueillis, en plus de nous en dire davantage sur leurs travaux. Passionnantes, leurs études ont notamment permis d’observer chez des patients atteints de démence des réactions physiques à l’autre, comme si le corps conservait des souvenirs de rencontres passées que l’esprit a oubliées.

Pour en apprendre plus, c’est ici.

Exposition de Marie-Hélène Bellavance

Lors de ses ateliers créatifs donnés en CHSLD, l’artiste visuelle propose aux résidents et à leurs proches aidants de fabriquer de petites maisons à souvenirs, remplies de fragments de leur histoire personnelle. Avec ce projet intitulé La Maison que j’habite, moi, elle aide les aînés, souvent isolés, déracinés, encore davantage pendant la pandémie de COVID-19, à prendre conscience que leur maison est avant tout à l’intérieur d’eux-mêmes et qu’il est toujours possible de s’y réfugier. Dans l’exposition présentée en accompagnement aux Jeux du crépuscule d’Ariane Boulet, Marie-Hélène Bellavance propose au public les créations des personnes âgées avec qui elle a travaillé, mais aussi ses propres peintures et installations, délicates et précieuses, qui reprennent les thèmes qui l’inspirent depuis ses débuts, soit la vie, la mort, la transformation et la résilience.

L’événement artistique Les Jeux du crépuscule d’Ariane Boulet a été présenté du 28 avril au 1er mai 2022 à Tangente, à l’Édifice Wilder, à Montréal.

Texte : Karine Tessier

Alors que la douceur du printemps nous remonte le moral et que les mesures sanitaires liées à la COVID-19 s’allègent, la 38e édition du Festival international de cinéma Vues d’Afrique de Montréal bat son plein! Pour son retour en salles, l’événement propose, du 1er au 10 avril, 118 films produits par 44 pays, dont 30 % ont été réalisés par des femmes. C’est donc un rendez-vous à la Cinémathèque québécoise, pour savourer des courts, moyens et longs métrages, de la fiction, des documentaires et des œuvres d’animation. Entre deux projections, on fait un détour par Le Baobar, le temps de prendre un verre, assister à un spectacle de musique ou d’humour et déguster la poutine africaine créée par le chef Edmond, du restaurant et traiteur Diolo.

Fragments Urbains a vu, pour vous…

Ayam

En arabe, « ayam » signifie « des jours ». Dans ce superbe court métrage signé par la Marocaine Sofia El Khyari, on suit les préparations pour la fête de l’Aïd al-Adha, la plus importante célébration dans la religion musulmane. Tout en faisant la cuisine, trois générations de femmes se racontent : la volonté de la grand-mère d’apprendre à lire et à écrire, à une époque où c’était mal vu pour une jeune fille de fréquenter l’école, l’histoire d’amour avec le grand-père… Un récit de famille tissée serrée, de tradition et de résilience, illustré par des dessins aux riches coloris, couchés sur du papier kraft. Rien d’étonnant à ce que les films de cette créatrice de talent aient été récompensés dans de nombreux festivals, un peu partout sur la planète.

Présenté dans un programme de courts métrages, le 2 avril.

Autrement d’ici

Lénine Nankassa Boucal, d’origine sénégalaise, a choisi de s’établir à Rimouski, il y a plusieurs années. Aujourd’hui, il est coordonnateur du Cabaret de la diversité, qu’il a fondé, une initiative pour favoriser le vivre-ensemble dans cette municipalité du Bas-du-Fleuve. Dans ce moyen métrage, il se confie sur sa vie dans la Belle Province et nous présente deux de ses concitoyens, Shanti Park, de la Corée, et Moustapha Ndongo, du Sénégal. Avec son documentaire, le sympathique cinéaste souhaite montrer que les immigrants s’intéressent à la culture du Québec et que celui-ci est ouvert à l’intégration des nouveaux arrivants.

On est vite touchés par les confidences de Lénine, Shanti et Moustapha, qui ont trouvé ici de nouveaux amis, mais qui se sont surtout découvert de nouveaux talents et des forces insoupçonnées. Des propos empreints d’humour et de sagesse, illustrés par les magnifiques images de cette région de l’est de la province, signées Philippe Chaumette. À voir absolument.

Présenté le 2 avril.

Balalaïka

Sur le rythme de Kalinka d’Ivan Larionov, classique folk russe du 19e siècle, une femme vit de bien étranges hallucinations… après avoir dégusté un poulet rôti! On rigole franchement devant les expressions tantôt abasourdies, tantôt horrifiées de l’héroïne. Un très court film, à peine deux minutes, franchement réjouissant, réalisé par la talentueuse cinéaste et illustratrice égyptienne Maii Mohamed Abd Ellatif. On en aurait pris bien plus!

Présenté dans un programme de courts métrages, le 2 avril.

La Danse des béquilles

Chaque matin, Penda se rend à Dakar pour mendier, pour aider sa mère à faire vivre la famille. Assise dans son fauteuil roulant, les écouteurs sur les oreilles, elle ondule au rythme de la musique et sourit, exultant la joie de vivre. Rêvant de devenir danseuse professionnelle, elle voit dans sa rencontre avec un jeune chorégraphe la chance d’atteindre son objectif. Mais, pour ce faire, elle devra surmonter bien des obstacles, notamment son handicap et l’attitude autoritaire de sa mère, autrefois elle-même artiste.

Ce court métrage du Sénégalais Yoro Niang est une histoire d’amour… pour la danse, narrée au son des tambours et de la kora. On y constate la puissance de l’art dans l’émancipation d’une femme victime de préjugés, tout autant que dans la réconciliation des membres d’une famille brisée.

Dans les rôles de Penda et de sa mère, Dème Coumba et Mbaye Awa sont sublimes. Ces grandes interprètes nous livrent des personnages complexes, parfois durs, mais qui irradient la grâce et la beauté. Mentionnons que la musique du film a été composée par Didier Awadi, membre fondateur du groupe hip-hop Positive Black Soul, bien connu des Montréalais.

Présenté le 2 avril.

Bande-annonce ici.

Dans les mains de Dieu

Quand Samir, qui travaille dans une boutique d’électronique, a besoin de repos, il oublie son téléphone et va marcher dans le désert marocain. Cette fois, il part à la recherche de son pote Saïd, sans garantie de le retrouver. Sur le chemin, il fait des rencontres, raconte de savoureuses anecdotes de tournage, se confie sur ses maints échecs professionnels et se livre à l’introspection.

Le réalisateur Mohamed Rida Gueznai a tourné son premier film à l’âge tendre de 12 ans, avec pour tout équipement un téléphone portable. Lauréat, en 2019, de plusieurs prix pour son court métrage documentaire Le Vieil Homme et la montagne, présenté dans 24 pays, il récidive avec un excellent premier long métrage, Dans les mains de Dieu, un road movie avec, comme vedette, un homme au cœur d’or et à l’esprit bohème, nostalgique d’un temps où les gens ne dépendaient pas des nouvelles technologies. Le cinéaste, aidé de son collègue Mohamed Reda Kouzi, signe une direction photo spectaculaire, qui sublime les beautés du pays de l’Afrique du Nord. Un artiste à surveiller.

Présenté le 2 avril.

Pour toutes les informations, c’est ici.

Texte : Karine Tessier

The Butterfly Effect, de Mirov. Photo : artch.org

Du 27 au 30 septembre, si vous passez par le Square Dorchester, vous aurez la surprise d’y trouver plus de 150 œuvres d’art contemporain, disposées dans des arches blanches. Des peintures, photographies, sculptures, impressions textiles et meubles créés par 21 artistes émergents, dans le cadre de la première édition du projet Artch. Fragments Urbains est allé faire un tour sur les lieux, alors qu’on s’affairait au montage de cette exposition d’envergure.

Chimère, de Richelli. Photo : artch.org

L’initiative, née d’une collaboration entre Art souterrain, Carrefour jeunesse-emploi Montréal Centre-Ville et JACK Marketing, vise à faire découvrir des créateurs prometteurs au public autant qu’au marché de l’art. Ces jeunes ont été sélectionnés par un jury au printemps dernier, puis ont reçu une bourse de 1 000 dollars, ainsi qu’une formation d’une cinquantaine d’heures. Ils ont pu approfondir leurs connaissances sur la gestion financière, les droits d’auteur, le réseautage, la scénographie. L’événement qui se déroule cette semaine, en plein cœur du centre-ville de la métropole, c’est la dernière étape du projet Artch.

Femme paisible, de Kevin Calixte. Photo : artch.org

« J’ai déjà fait des expositions dans des cafés ou de petites galeries privées. Mais un événement grand public, touchant autant de personnes, c’est la première fois, confie Geneviève Bilodeau-Blain. Avoir la reconnaissance d’un jury aussi prestigieux, c’est vraiment super. C’est un beau projet inclusif, même pour ceux qui, comme moi, sont autodidactes. »

« Je me souviens de la phrase d’un galeriste : « Si je prends un artiste sous mon aile, c’est comme si je me mariais avec. » Ça permet de comprendre pourquoi c’est dur d’entrer dans les galeries. Artch permet d’avoir une belle visibilité, de se faire connaître du grand public, mais également du marché de l’art », explique Thierry du Bois.

Diffractions glorieuses, de Maude Corriveau. Photo : artch.org

Pour épauler ces 21 jeunes créateurs, des ambassadeurs, comme Claudine Prévost, Francisco Randez, Anaïs Favron et Marie-France Bazzo. Et aussi une porte-parole, Geneviève Borne. « J’adore la jeunesse! J’adore encourager, donner un coup de main. J’ai été vraiment charmée par les œuvres de ces jeunes artistes là. Et j’ai été charmée par le programme, en fait, qui leur donne accès à un lieu très, très passant du centre-ville de Montréal. »

L’exposition Artch, c’est également l’occasion idéale de s’initier à l’art contemporain, qu’on souhaite ici démocratiser. Des ateliers gratuits sont d’ailleurs offerts au public. Et, sur le site du Square Dorchester, des guides seront présents pour orienter les visiteurs et leur faire découvrir leurs coups de cœur.

Crumbling Love, de Chloé Larivière. Photo : artch.org

« L’art contemporain, c’est tellement large. Le public ne sera pas forcément touché par tel art, mais il le sera par un autre. Et je pense que chacun peut trouver un petit peu un point d’accroche », affirme Thierry du Bois. Le photographe présentera notamment au public son projet Monster. « Ce sont des têtes de tracteurs, qui représentent un peu le visage des travailleurs des temps modernes. Les nouvelles technologies ont complètement transformé le paysage dans lequel on est. »

Monster, de Thierry du Bois. Photo : artch.org

De son côté, Geneviève Bilodeau-Blain propose aux visiteurs des collages colorés. « Je joue avec le microscopique, le macroscopique. Je mélange l’abstraction avec ce que je pense être du moléculaire, comme toutes les dynamiques internes. C’est un peu un clin d’œil à ma formation universitaire en biologie. »

Balançoire, de Geneviève Bilodeau-Blain. Photo : artch.org

Amoureuse de l’art contemporain, la porte-parole Geneviève Borne lance une invitation enthousiaste au public. « Ça nourrit l’âme de contempler de l’art. C’est ludique! C’est inspirant! Ce que je souhaite aux jeunes artistes, c’est de vendre des œuvres au public, d’être découverts par des collectionneurs ou des galeries d’art. C’est comme ça, parfois, qu’une carrière est lancée. »

Buffet galbé, de Douglas Mackay. Photo : artch.org

L’exposition Artch est présentée du 27 au 30 septembre 2018 au Square Dorchester, à Montréal.

Pour toutes les informations : artch.org

Texte : Karine Tessier

Visuels créés par les artistes Pénélope et Chloë.

Du 25 mai au 3 juin, à Montréal, les murs s’abattent. Entre les différentes disciplines artistiques. Entre ceux qui foulent les planches et le public. Mais aussi dans les profondeurs insondables de notre imaginaire. À OFFTA, festival d’arts vivants, on laisse à une cinquantaine d’artistes du théâtre, de la danse et de la performance tout l’espace nécessaire pour créer. Pour cette 12e édition, ils s’interrogent sur les frontières, un thème aussi rassembleur que polarisant. Morceaux choisis d’une programmation débridée, qui fait la part belle à l’hybridité.

Danse Mutante, c’est le relai chorégraphique imaginé par l’incontournable Mélanie Demers et sa compagnie MAYDAY. Prenant racine dans la métropole, la création poursuivra sa route à New York, Bamako, Anvers/Rotterdam, avant de se poser à nouveau à Montréal, à l’automne 2019, à l’occasion d’un événement-marathon. On savourera chaque mouvement esquissé par Francis Ducharme et Riley Sims, sur des mélodies de Mykalle Bielinski.

Si vous êtes charmé par les rimes et les notes envoûtantes de cette dernière, sachez qu’elle proposera, à OFFTA, son concert immersif Mythe, où s’entrelacent chant polyphonique, poésie orale et improvisation. La communion de six femmes, qui chanteront leur rapport au temps, à l’autre, à elles-mêmes.

À mille lieues de l’univers éthéré de Mykalle Bielinski, MAC(DEATH), de Jocelyn Pelletier. Sur scène, l’œuvre de Shakespeare prend des airs de concert métal. L’artiste fait un doigt d’honneur aux codes traditionnels, désireux de faire résonner les classiques ici et maintenant.

Il y a 70 ans, ce sont les signataires du manifeste Refus global qui se questionnaient sur les contraintes sociales. Leur percutant texte trouve-t-il encore écho auprès des Québécois, des décennies après sa parution? L’exposition Refus Contraire, à laquelle une vingtaine d’artistes et d’intellectuels ont contribué, se penche sur la question. À voir à la Galerie de l’UQAM, du 16 mai au 16 juin.

Vous vous passionnez pour l’envers du décor? Tendez l’oreille à la quotidienne OFF.Radio, qui proposera, tout au long du festival, des panels et des performances en lien avec sa programmation. Les émissions, enregistrées au Monument-National, seront disponibles sur les différentes plateformes de l’événement. Parmi les thèmes abordés : la notion de frontière dans le processus de création, la mémoire collective, les arts du cirque.

Pour son œuvre performative et expérimentale Nous serons universel.le.s, Kamissa Ma Koïta s’est nourrie autant des approches féministes, des mouvements altermondialistes et queer, que de la culture populaire. Une expérience immersive, où vous vous interrogerez sur les notions de privilèges sociaux.

L’une des six résidences de création présentées lors de cette 12e édition d’OFFTA, le projet Après la rue, de Mireille Camier et Ricard Soller i Mallol, juxtapose les récits de quatre artistes qui ont vécu de l’intérieur un mouvement de contestation populaire d’importance : la révolution verte à Téhéran en 2009, la révolution du jasmin à Tunis en 2011, les indignés à Barcelone en 2011, ainsi que le printemps érable à Montréal en 2012.

Aalaapi ᐋᓛᐱ, c’est un laboratoire conçu à partir d’un documentaire radiophonique, fruit d’une collaboration entre Québécois et Innus, qui donne la parole à des jeunes de 20 à 32 ans, qui se confient sur leurs passions, leurs peurs, leurs doutes.

Finalement, un rendez-vous incontournable de ce festival d’arts vivants, le MixOFF – Frontières & Boundaries, le résultat de plusieurs semaines de rencontres entre artistes et chercheurs, qui ont réfléchi ensemble sur le thème des frontières.

Pour tout savoir sur la programmation : offta.com

Texte : Karine Tessier

Pour sa 11e édition, la foire Papier 18 se pose encore cette année dans les vastes espaces d’Arsenal art contemporain Montréal, dans le quartier Griffintown. Du 19 au 22 avril, le premier événement du genre en Amérique du Nord vous donne à voir les créations de 300 artistes, représentés par 40 des plus importantes galeries d’art canadiennes. Voici les suggestions de Fragments Urbains pour profiter à fond de cette célébration.

Kiosque de la Galerie Hugues Charbonneau, Papier 16. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Il s’agit de votre initiation aux arts visuels et vous aimeriez être guidés? Papier 18 a pensé à vous en offrant différentes visites commentées. Et si vous n’êtes pas rassasiés, pourquoi ne pas assister à l’une des nombreuses tables rondes? À la discussion L’Art thérapie : de la théorie à l’action, seront présentées des réalisations témoignant de l’impact concret de l’art thérapie dans la métropole. En 2018, y a-t-il encore des sujets tabous en arts visuels? Absolument! Il en sera question au panel Damage Control : Dealing With Controversy In Recent Contemporary Art. Alors qu’il est question depuis plusieurs années du fameux plafond de verre qui empêcherait les femmes d’atteindre les plus hautes sphères des affaires, des finances et de la politique, qu’en est-il du milieu de l’art contemporain? On réfléchira à la question à la table ronde Le Plafond de verre : la place des femmes dans le milieu de l’art contemporain.

Oeuvre de Dominique Pétrin, kiosque de la Galerie Antoine Ertaskiran, Papier 17. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Vous préférez déambuler d’un kiosque à l’autre librement? Ne passez pas sans vous arrêter devant l’espace de la Galerie Antoine Ertaskiran, de Montréal. Vous y attendront les créations de Kim Dorland, connue pour ses forêts tantôt sombres, tantôt aux couleurs néon, les buildings de nuit d’Aude Moreau et les collages de papier sérigraphié de Dominique Pétrin.

Stikki Peaches, Jasmine, 2017, Mixed-Media on cardboard, 87,63 x 87,63 cm.

De son côté, la Galerie Station 16, située dans la métropole, revient cette année avec les sculptures aux messages politiques, sociaux et environnementaux de Laurence Vallières, les célèbres boîtes de sirop d’érable de WHATISADAM, ainsi que les œuvres empreintes de la culture pop des années 1980 et 1990 de l’incontournable Stikki Peaches.

Kit King, Gemini, 2017, Huile sur papier, découpé et riveté sur un support acier et aluminium, 127 x 188 cm.

Les artistes du kiosque de la Galerie Youn, de Montréal, ne laisseront personne indifférent. Kit King présentera ses portraits intimes qui défient les normes. Robin Crofut-Brittinham exposera ses réflexions délicates, entre mythologie et science-fiction, sur les relations qui unissent l’humain, la flore et la faune. Puis, il y aura les sculptures de papier découpé de Joey Bates, des fleurs immaculées minutieusement travaillées.

Du côté du Studio 21 Fine Art, d’Halifax, il vous faut admirer les tissages composés de découpures de magazines d’I-Chun Jenkins.

Poursuivez votre visite en allant jeter un œil aux oiseaux de proie de René Derouin, au kiosque de la Galerie Michel Guimont, de Québec, de poétiques observations sur la nature et la société actuelle.

Suite Ottawa No.18 – Gabrielle (Roy)
2018, eau-forte rehaussée à l’acrylique et au graphite, 30 x 23 cm.

Vous êtes des fans finis du très populaire Marc Séguin? Vous serez comblés en visitant la foire. Deux kiosques auront sur leurs murs des créations du célèbre Québécois, soit la Galerie Simon Blais, située dans la métropole, et la Galerie Jean-Claude Bergeron, d’Ottawa.

Shan Kelley, Disclosures (In the warmth of her arms I thought only of you.) (2017).

Cette année, plusieurs des créateurs présents à Papier 18 vous proposeront des œuvres qui nourriront les débats sur l’identité, qu’on parle de culture, de genre, d’orientation sexuelle ou de santé. De la Galerie Pierre-François Ouellette art contemporain, de Montréal, Meryl McMaster réfléchit sur les perceptions des cultures autochtones et européennes. Karen Tam, elle, illustre les représentations de l’Asie en Amérique du Nord et en Europe, quelque part entre les traditions et la société de consommation. Vous pourrez voir ses œuvres au kiosque de la Galerie Hugues Charbonneau, toujours de Montréal. Paul Petro Contemporary Art, de Toronto, exposera les fleuris sombres de Zachari Logan, qui explore, dans son travail, l’identité masculine. Et la galerie dc3 Art Projects, d’Edmonton, vous présentera les mots de Shan Kelley. L’artiste activiste exprime dans ses tableaux ses pensées sur l’identité, l’adversité, la maladie.

Oeuvres de Mitch Mitchell, kiosque dc3 Art Projects, Papier 17. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Pour toutes les informations sur la foire Papier 18 et sa programmation : papiermontreal.com

L’an dernier, à l’occasion de Papier 17, nous nous étions entretenus avec les dirigeants de la Galerie Station 16, de la Galerie Trois Points et de la Galerie Robert Poulin. Pour lire leurs réflexions sur l’impact de la foire sur les affaires de leurs galeries, ainsi que la place des médias sociaux dans le marché de l’art contemporain, c’est ici.

Texte : Karine Tessier

L’affiche de la 34e édition de Vues d’Afrique, une oeuvre de Mucyo, artiste lauréat du concours d’illustration 2018.

La 34e édition du Festival international de cinéma Vues d’Afrique bat son plein à Montréal du 13 au 22 avril 2018. Le plus grand événement du genre consacré au continent africain et à sa diaspora propose aux cinéphiles 88 films de 33 pays, mais également des concerts, des découvertes gastronomiques, des expositions d’arts. Incursion dans la programmation de cette célébration incontournable de la diversité.

Vous appréciez les courts et longs métrages africains, mais admettez en connaître bien peu sur l’industrie cinématographique de ce continent? Trois documentaires vous permettront d’en comprendre les rouages. Dans Écran à fric, écran magique, de Cédric Souaille, projeté en première mondiale, on s’interroge sur le phénomène Nollywood, la prolifique industrie du cinéma nigériane. Dans Destin commun, hommage à trois éclaireurs du septième art, de Stéphane Vieyra, on s’intéresse à l’histoire du cinéma africain, à travers le parcours de trois de ses pionniers : Jean Rouch, Paulin Soumanou Vieyra et Ousmane Sembène. Finalement, dans Tahar Chériaa, à l’ombre du baobab, de Mohamed Challouf, on dresse le portrait du père du panafricanisme cinématographique. Soulignons qu’une exposition sur le cinéaste-ethnologue Jean Rouch est en plus présentée à la Cinémathèque québécoise pendant le festival.

Du côté de la fiction, vous devez voir la comédie parisienne La Vie de château, de Modi Barry et Cédric Ido. Vous y suivrez l’élégant Charles, chef d’un groupe de rabatteurs embauchés par des salons de coiffure afro pour attirer de nouveaux clients, qui rêve de lancer son propre commerce.

Si vous préférez les drames, I Am Not a Witch, de Rungano Nyoni, est un must. On y raconte l’histoire bouleversante d’une fillette de neuf ans accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières.

Les plus petits et les plus grands apprécieront le film d’animation camerounais Minga et la cuillère cassée, de Claye Edou. Minga, c’est une jeune orpheline qui vit chez une femme acariâtre.

Passionnés d’arts engagés, on vous propose le documentaire Burkinabè Rising, l’art de la résistance au Burkina Faso, d’Iara Lee. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, une communauté d’artistes et de citoyens résiste et demande des changements politiques, de façon pacifique.

Dans Aziz’Inanga, éclipse du clair de lune, d’Alice Aterianus-Owanga, projeté en première internationale, on dresse le portrait de cette influente chanteuse, qui mêlait rythmes traditionnels, jazz et pop. Celle qui a connu la gloire des années 1970 à 1990 est disparue de la scène musicale de façon brutale il y a 20 ans, un mystère que la documentariste tente de percer.

Profitez de votre passage au festival pour vous détendre au Baobar, situé à la Cinémathèque québécoise. Pendant la durée des festivités, vous y trouverez des traiteurs haïtien et africain, des spectacles de musique, ainsi qu’une sélection de courts métrages de réalité virtuelle. Ces films vous plongeront, entre autres, dans un festival d’arts de rue au Ghana et une zone de guerre du Sud-Soudan.

Vues d’Afrique, c’est aussi le Rallye-Expos, un parcours d’arts visuels à découvrir gratuitement un peu partout dans la métropole jusqu’au 30 juin prochain. Ce mois-ci, il vous sera notamment possible de visiter une exposition photo au Consulat général d’Égypte et d’apprécier le talent de photographe du rappeur Samian à La TOHU.

Pour toutes les informations sur le Festival international de cinéma Vues d’Afrique et sa programmation, rendez-vous au : www.vuesdafrique.com

Texte : Karine Tessier

Après un long, très long hiver, pourquoi ne pas célébrer l’arrivée des beaux jours à l’un des plus grands festivals d’érable gratuits de la province? Du 22 au 25 mars 2018, plus de 80 000 personnes sont attendues à la huitième édition de la Cabane Panache et Bois rond, sur la Promenade Wellington, à Verdun. Une tonne d’activités et de spectacles gratuits, du shopping, des cocktails et des bouchées à petit prix… De quoi vous tenir bien au chaud et occupés pendant ce premier week-end printanier! Suivez le guide!

Premier arrêt, évidemment, la bouffe! Une quinzaine de restaurateurs de l’arrondissement revisiteront les plats traditionnels de la cabane à sucre. Une cinquantaine de bouchées vous raviront les papilles, pour aussi peu que 2 ou 4 $. Une belle façon de découvrir des endroits comme le Blackstrap BBQ, la Boulangerie rustique Sweet Lee’s, le Restaurant Les Street Monkeys ou Les Îles en ville.

Pour faire descendre le tout, les bars du quartier vous serviront des cocktails préparés spécialement pour l’événement, vendus entre 2 et 6 $. On a hâte de tremper nos lèvres dans les recettes du Balconville, de la Taverne irlandaise Le Trèfle, du Bar Palco et du Bal Maltéhops. Aussi, vous pourrez déguster gratuitement les whiskys canadiens Crown Royal sur place.

Avant d’aller applaudir les musiciens en prestation au festival, faites vos emplettes au Magasin général, où vous attendront les créations de 18 artisans d’ici, des desserts aux tricots, en passant par des savons, des thés, des boissons alcoolisées et des jouets en bois.

Photo : Caroline Perron.

Sur les scènes de Cabane Panache et Bois rond, de la musique traditionnelle, bien entendu, mais aussi des rythmes folk, rock, hip-hop. À ne pas rater, le spectacle en formule homme-orchestre de Fred Fortin, qui reprendra des chansons de chacun de ses albums en version minimaliste.

Un coup de foudre assuré pour l’auteure-compositrice-interprète Sara Dufour, qui raconte ses drôles d’histoires sur des mélodies bluegrass irrésistibles.

Et les amateurs de hip-hop seront comblés par les beats vitaminés de Rednext Level et le rap engagé du toujours solide KNLO.

Pour compléter la programmation de cette fin de semaine des sucres endiablée, une multitude d’activités gratuites vous seront offertes. Vous pourrez écouter des contes et légendes, voir le documentaire Le Goût d’un pays de Francis Legault, mettant en vedette Fred Pellerin et Gilles Vigneault, vous essayer à la sculpture sur bois et au lancer de la hache, et faire connaissance avec des alpagas, des canards et des ânes miniatures.

Le printemps dans la métropole est lancé dans 3, 2, 1…

Pour toutes les informations sur Cabane Panache et Bois rond : www.promenadewellington.com/fr/evenement/cabane-a-sucre-montreal

Texte : Karine Tessier

Pour une 24e année, le festival Noël dans le parc convie les Montréalais à festoyer dans trois lieux de la ville, du 1er au 25 décembre. Plus de 100 spectacles et activités sont offerts gratuitement à la population à la place Émilie-Gamelin du Quartier des spectacles, ainsi qu’aux parcs des Compagnons-de-Saint-Laurent et Lahaie, tous deux situés sur le Plateau Mont-Royal.

On ne saurait résister aux attraits de cet événement, devenu au fil des ans un classique du temps des Fêtes dans la métropole. Pour l’occasion, les parcs participants sont transformés en villages féeriques, parsemés de cabanes de bois rond, où fleurent bon les sapins et les feux de joie. Sur l’un ou l’autre des sites, vous pourrez vous asseoir sur les balançoires, faire connaissance avec les moutons dans leur enclos, déguster saucisses, bières de microbrasserie, vin chaud épicé et chocolat chaud. Vous pourrez également y apprécier les performances d’artistes de cirque et de marionnettistes, en plus de remettre votre liste de cadeaux au père Noël (si vous avez été bien sage cette année, il va sans dire).

Photo : Emmanuel Crombez.

Vous êtes épris de traditions? On vous propose d’écouter des contes de Noël lors d’une promenade en carriole sur l’avenue du Mont-Royal ou encore de vous joindre aux participants de la Marche des flambeaux, qui aura lieu le 9 décembre.

Du côté de la programmation musicale, encore cette année, on frappe dans le mille! Le coup d’envoi sera donné, le 1er décembre, par la porte-parole de Noël dans le parc, l’auteure-compositeure-interprète Mara Tremblay, qui vient de lancer son tout nouvel album, Cassiopée. La sensible artiste est bien connue pour sa poésie d’une grande beauté, couchée sur des mélodies tantôt folk, tantôt ponctuées de guitares décapantes.

Tout de suite après, montera sur scène la géniale La Bronze, dont le deuxième album Les Corps infinis nous a totalement séduits. Impossible de ne pas être touché par cette charismatique auteure-compositeure-interprète et ses pièces pop, qui flirtent avec l’électro autant qu’avec le rock.

En fin de soirée, la groovy formation Valaire vous fera danser avec ses rythmes funk, soul et électro.

Le 9 décembre, si ce n’est déjà fait, découvrez la jeune artiste Désirée, que plusieurs ont connue lors de sa participation à La Voix. L’an prochain, elle lancera son premier album. D’ici là, elle livrera au public montréalais un amalgame de reprises et de pièces originales, chantées de sa voix un peu rauque, reconnaissable d’entre toutes.

Les amateurs de poésie ne seront pas en reste! En effet, le festival a programmé trois soirées réunissant sur scène des dizaines d’artistes, les 6, 16 et 20 décembre. S’ajoute à ces spectacles la performance de la reine du spoken word, Queen KA, le 13 décembre.

Le 15 décembre, c’est l’incontournable Louis-Jean Cormier qui sera sur les planches de l’événement, seul avec sa guitare. Attention coup de cœur!

Le lendemain, le 16 décembre, vous nous croiserez assurément au concert de KROY, la moitié du duo Milk & Bone. Son album Scavenger, qui joue en boucle dans nos écouteurs depuis sa sortie, l’an dernier, offre une électro pop planante aux arrangements riches, qui rappelle par moments Portishead ou Massive Attack.

Le même soir, faites le plein de hip-hop! D’abord, avec la performance du D.J. et auteur-compositeur-interprète Shash’U, qui a notamment collaboré avec Rihanna, Chromeo et Kaytranada. Le Montréalais s’est fait connaître de plusieurs mélomanes grâce à son association, il y a quelques années, au mouvement électro-hip-hop Piu Piu. Il sera suivi sur scène par Lary Kidd, anciennement de la formation Loud Lary Ajust, dont le premier album solo a ravi critiques et public. Sur des rythmes lourds, le rappeur s’exprime sur le succès, la mode et les clichés qu’on associe à la scène hip-hop.

Si vous avez envie de décorer votre salon pour les Fêtes avec un sapin naturel, sachez que vous pourrez vous en procurer un dans l’un des trois parcs où sera présenté le festival, ainsi que sur son site Internet. Votre achat, en plus d’enjoliver votre demeure, aidera grandement au financement de l’événement.

Le site Web officiel de Noël dans le parc, pour acheter un sapin ou pour toutes les infos : noeldansleparc.com

Texte : Karine Tessier

Le collectif d’art engagé ATSA, Quand l’Art passe à l’Action présente, du 16 au 19 novembre, un événement de mobilisation citoyenne et artistique pour contrer les paradis fiscaux et les iniquités qui en résultent. Pas d’Radis Fiscaux : l’État d’Urgence propose, à la place Émilie-Gamelin de Montréal, des activités artistiques, d’information et d’échange.

Ce rassemblement vient clore une année 2017 chargée pour le groupe, qui fête cette année son 20e anniversaire. Au printemps dernier, il nous avait conviés à l’imposant Cuisine ta Ville, sur l’esplanade de la Place des Arts, dans la métropole. Puis, ATSA, Quand l’Art passe à l’Action est parti en tournée avec sa bien connue activité Le Temps d’une Soupe dans plusieurs arrondissements montréalais, ainsi qu’à Vancouver, en France, au Royaume-Uni et en Autriche.

Un an après le scandale des Panama Papers, et quelques jours à peine après les révélations sur les Paradise Papers, le sujet de l’évasion fiscale défraie les manchettes plus que jamais. On peut dire que Pas d’Radis Fiscaux : l’État d’Urgence arrive à point. Les cofondateurs d’ATSA, Quand l’Art passe à l’Action, Annie Roy et Pierre Allard, travaillent depuis quatre ans à cet événement, qui vise à informer, dénoncer, mais également à réfléchir à des solutions pour éradiquer les inégalités. Parce que, si les thèmes abordés par le collectif sont durs, ses créations ne sont jamais dénuées d’espoir.

Photo : page Facebook de ATSA, Quand l’Art passe à l’Action.

La programmation

Pour lancer les activités, le 16 novembre, le Radis Fiscal, un objet insatiable qui bouffe tout ce qui l’entoure, sera démoli sur la place publique. La destruction de cette piñata géante servira de défouloir, tout en étant le symbole d’une libération des « petits » face à une élite vorace, qui cherche constamment à accroître son pouvoir et ses gains matériels.

Puis, pendant quatre jours, la population aura l’embarras du choix : conférences, kiosques d’information, projection de documentaires, prestations musicales, performances, expositions, activité Le Temps d’une Soupe… Le tout présenté gratuitement, à l’extérieur et sous des chapiteaux chauffés.

Photo : page Facebook de ATSA, Quand l’Art passe à l’Action.

Pour ceux qui n’auraient jamais participé au Temps d’une Soupe, il s’agit d’une rencontre entre deux personnes qui ne se connaissent pas, qui discutent d’un thème (cette fois-ci, les paradis fiscaux) en dégustant un bol de soupe fumante préparée par les restaurants Soupesoup. Avant de se dire au revoir, les participants prennent la pose, des portraits qui s’ajouteront aux 2 033 photos réalisées ici comme à l’étranger.

Vous aimeriez participer à la création d’une œuvre d’art visuel? Le génial Émmanuel Laflamme invite la population à construire avec lui un grand château de cartes de crédit. De son côté, avec Cartographie sociale, Emmanuelle Jacques poursuit sa fascinante démarche sur l’espace. Vous pourrez, à l’aide des estampes et cartes créées par l’artiste, décrire vos trajets quotidiens, vos endroits préférés ou, au contraire, ceux que vous évitez.

Si vous n’avez jamais assisté à la pièce Hidden Paradise, d’Alix Dufresne et Marc Béland, voilà votre chance de voir une répétition bonifiée de l’œuvre inspirée d’une entrevue donnée par le philosophie Alain Deneault (qui participe également à Pas d’Radis Fiscaux : l’État d’Urgence) sur les évasions fiscales.

Pour les mélomanes, les concerts du rappeur Emrical et du musicien Doctor Nativo, qui mélange habilement reggae, hip-hop, cumbia et musique traditionnelle maya, sont à inscrire à l’agenda.

Vues de la rue. Photo : Mikaël Theimer.

À voir aussi, l’exposition de photos Vues de la rue réelle, le regard que portent sur la métropole des personnes en situation d’itinérance ou à risque, en collaboration avec le photographe Mikaël Theimer.

Et, si vous avez envie de vous engager, sachez que les organisateurs sont toujours à la recherche de bénévoles!

Annie Roy et Pierre Allard, cofondateurs d’ATSA, Quand l’Art passe à l’Action. Photo : Jean-François Lamoureux.

3 questions à Annie Roy, cofondatrice d’ATSA, Quand l’Art passe à l’Action

Au printemps dernier, quelques jours avant l’événement Cuisine ta Ville, nous nous étions entretenus avec l’artiste. Morceaux choisis de cette rencontre avec une femme passionnée, jamais à court d’idées pour changer le monde.

ATSA, Quand l’Art passe à l’Action a 20 ans cette année, en 2017. Comment arrive-t-on à se renouveler constamment après tant d’années?

Pour nous, à chaque fois qu’on crée, c’est la découverte d’un nouveau monde. C’est ça qui est extraordinaire de notre travail. Il y a une thématique qui prend forme. Et on va faire une sorte d’architecture sociale autour de ça, un événement qui va nous fusionner, nous mettre ensemble, nous faire vivre quelque chose d’extraordinaire, on l’espère, et qui va briser aussi des exclusions. Quand on est dans la rue et qu’on invite du monde de partout, on surprend les gens, on les sort de leur zone de confort. Ça les fait aller vers l’autre différemment. On brise des idées préconçues.

Vous abordez dans vos œuvres des thèmes durs, mais elles ne sont jamais dénuées d’espoir.

Il faut avoir le courage de la paix. Je pense que, dans notre travail d’artiste, c’est devenu de plus en plus important de trouver des moyens de travailler à la compréhension de l’autre, tout en dénonçant et en critiquant certaines situations. C’est vraiment différent d’être en contact direct. C’est une autre manière de s’informer, qui n’est pas des statistiques, des lectures, de grosses nouvelles.

Est-ce pour cette raison que vous avez changé le nom de votre collectif en 2001?

À l’époque, quand on s’appelait Action Terroriste Socialement Acceptable, il y avait un peu de romantisme révolutionnaire derrière tout ça. C’était vraiment conceptuel : on va exploser dans l’espace public, on va être fortement médiatisés, on va mettre la lumière sur une cause. Mais sans violence réelle. De là le « Socialement Acceptable ».

Avec les années, la médiatisation des actes terroristes, les amalgames par rapport à certains groupes de personnes, le terme « terroriste » a perdu de sa connotation, je dirais, un peu plus large. En plus, on a des œuvres, maintenant, qui vont à l’international, qui vont à la rencontre de populations dans des endroits où de tels événements arrivent souvent. Et ça devient un manque de respect.

On a donc recentré le nom du collectif sur l’art, sur notre slogan, qui existe depuis de nombreuses années déjà. Le but n’est pas de faire table rase. Au contraire! Mais le monde a changé. Et, aujourd’hui, on a encore plus besoin d’événements comme les nôtres sur la place publique, pour mettre les gens en lien, contrer la violence et les préjugés.

 

Pas d’Radis Fiscaux : l’État d’Urgence, un événement de l’ATSA, Quand l’Art passe à l’Action, du 16 au 19 novembre 2017, à la place Émilie-Gamelin, à Montréal. Pour toutes les informations : www.atsa.qc.ca

ENTREVUE AVEC QUENTIN BRUNO, CHANTEUR, DANSEUR ET COMÉDIEN

Texte : Karine Tessier

Lundi, en début de soirée, au Cabaret Café Cléopâtre. Le musicien montréalais Ian Baird est au piano, alors que les six artistes de la troupe travaillent une chanson du spectacle Naked Boys Singing, dont la première québécoise aura lieu deux jours plus tard, dans le cadre de Fierté Canada Montréal 2017.

Lorsqu’ils débarquent dans une ville pour y présenter leur comédie musicale, les chanteurs, danseurs et comédiens doivent faire de petits ajustements, s’adapter aux lieux, répéter avec le pianiste (un musicien local est choisi pour chaque arrêt de la tournée). Mais, cette fois, à Montréal, les choses se sont compliquées. Deux des membres du groupe ont dû s’absenter pour des raisons familiales et ont été remplacés, seulement 48 heures avant la première représentation devant le public.

« Je n’ai aucun souci, lance en souriant Quentin Bruno, un des interprètes du spectacle, en prenant place à nos côtés le temps d’une brève entrevue. On va travailler demain, on va travailler mercredi matin… Mercredi soir, on aura quelque chose de parfait pour les spectateurs de la métropole. »

Changement de costume

Le Franco-Américain de 27 ans, qui a étudié la danse et le théâtre musical autant aux États-Unis qu’en France, est un touche-à-tout. Il bosse sur les planches, à la télévision, comme mannequin, en plus d’être auteur-compositeur-interprète. Il fait partie de la bande de Naked Boys Singing depuis bientôt un an.

« J’avais déjà fait quelques performances nu, mais c’était des œuvres très contemporaines. Alors, c’était un peu différent, se souvient Quentin Bruno. Les premières fois devant un public, on se demande : oh, mon Dieu, pourquoi je fais ça? Il y a une petite appréhension. Pendant 15 secondes. Et, après, on réalise qu’on est là pour raconter une histoire, et on oublie. La nudité devient notre costume. On s’habitue. Parce que, en fait, on n’est pas dans l’intimité, on est sur une scène. C’est comme aller à une plage naturiste! »

Tous identiques

Si Naked Boys Singing est présenté sur la route depuis un an, il est à l’affiche Off-Broadway depuis 1999. D’abord une comédie, la revue musicale se veut également touchante et nostalgique.

Les six gars de la troupe ne ménagent pas les efforts pour faire rigoler les spectateurs, mais espèrent tout autant faire ressentir des choses à ceux qui viennent les voir. Au fil de la quinzaine de chansons qui composent la pièce, des histoires se développent, des relations naissent. On y parle de désir, d’amour, d’être soi-même.

« C’est vraiment une œuvre universelle, affirme Quentin Bruno. Notre public est, certes, homosexuel, mais on attire toutes sortes de monde. Parce que le but final, c’est de dire : quand on est nus, on est tous identiques. On a tous un corps, on est tous des êtres humains sensibles. »

Naked Boys Singing est-elle donc une création engagée? Le volubile interprète fait une pause, choisit ses mots. « Je ne sais pas si, en lui-même, le spectacle a un message engagé. Je pense que la période et le monde dans lesquels on vit font qu’il est peut-être plus engagé qu’il ne l’était auparavant. »

Pour Orlando

Si la revue présentée ces jours-ci à Montréal n’est pas d’emblée porteuse d’un message politique, elle est on ne peut plus symbolique pour les artistes qui l’interprètent, qui tous vivent ou ont travaillé à Orlando, en Floride, là où, en juin 2016, une fusillade a fait près d’une cinquantaine de morts au Pulse, une boîte de nuit populaire dans la communauté LGBTQ. Une attaque revendiquée par le groupe État islamique.

« C’est un peu un échange culturel commémoratif, explique Quentin Bruno. C’est une façon de ne pas oublier ce drame et aussi de sensibiliser les gens. Qu’il y ait eu des tragédies comme celles du Pulse ou du Bataclan, à Paris, où j’ai vécu, ne doit pas nous empêcher de sortir. Continuons à vivre, à grandir en tant que communauté humaine, à se rassembler, à aller au théâtre, à boire des coups, à voir des choses qui sont belles, à être touchés. Soyons humains. »

Naked Boys Singing, créé par Robert Schrock, mis en scène par Tim Evanicki et produit par Acts to Grind Theatre, est présenté du 16 au 20 août 2017 au Cabaret Café Cléopâtre de Montréal, dans le cadre de Fierté Canada Montréal 2017.

Pour toutes les informations : www.fiertemontrealpride.com/project/naked-boys-singing

Page Facebook officielle de la compagnie Acts to Grind Theater : www.facebook.com/actstogrind

Site Web officiel de Quentin Bruno : www.iamquentinbruno.com

 

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