Articles Tagués ‘Cinéma’

Texte : Karine Tessier

Après avoir été projeté en première mondiale au dernier Festival international du film sur l’art à Montréal, le documentaire Libre d’Hélène Bélanger-Martin sort en salles au Québec. Dans ce neuvième film, la cinéaste suit pendant un an le sculpteur et peintre André Desjardins dans la réalisation d’une œuvre colossale. Un moyen métrage intimiste, qui révèle toute la beauté de la création et des liens humains tissés grâce à elle.

Libre, c’est également le nom d’un personnage sculpté par André Desjardins, un être, comme l’explique son créateur, ancré dans le moment présent. Un an après la naissance de cet homme de bronze aux traits sereins, l’artiste décide d’en faire une version monumentale, de deux fois la taille d’une personne, un format qui révèlera encore davantage la puissance tranquille de l’œuvre. Il se donne un an pour accomplir sa besogne.

C’est cette aventure artistique, mais aussi humaine qui est illustrée par le film d’Hélène Bélanger-Martin. Un processus qui n’est pas dépourvu de rationalité, découpé en de multiples étapes, toutes cruciales et nécessitant une patience sans faille. De la numérisation des croquis à l’installation sur les berges du lac Memphrémagog, en passant par l’impression en 3D d’une armature et la correction d’erreurs de proportions, chaque instant fascine.

Les scènes dans lesquelles André Desjardins réfléchit, scrute, façonne, polit, retouche son personnage sont magnifiques dans leur simplicité. Dépouillées de tout artifice, ces séquences sont entrecoupées de plans de la nature québécoise dans ce qu’elle a de plus beau à offrir. Quelques mélodies minimalistes signées Nicolas Marquis se greffent à l’ensemble et ajoutent à l’état méditatif dans lequel nous plonge Libre.

On ne peut qu’être impressionné par le talent de l’artiste, un sculpteur et peintre autodidacte, passionné depuis l’enfance par la construction, le design et l’art. On est tout autant touché par ses souvenirs de jeunesse, souvent heureux, mais parfois tragiques, et les confidences d’un de ses plus fidèles amis et de collectionneurs dévoués.

Pas étonnant qu’Hélène Bélanger-Martin ait su aussi bien nous présenter l’artiste et l’homme qu’est André Desjardins. D’abord, il est son conjoint depuis de nombreuses années. Ils se connaissent par cœur. Mais la cinéaste est également une passionnée d’art, tellement qu’elle a ouvert la Galerie Roccia, à Magog, il y a maintenant plus de 10 ans. Son amour indéfectible pour la création visuelle se remarque tout autant dans sa filmographie, dans laquelle on retrouve de multiples courts métrages documentaires consacrés aux artistes et à leurs méthodes de travail.

Pour André Desjardins, créer, c’est le bonheur. On ne pourrait être plus d’accord. En assistant à la naissance de son œuvre plus grande que nature dans Libre, on se sent privilégié, ému, avec un désir renouvelé de découvrir le travail de nos artistes québécois.

Libre d’Hélène Bélanger-Martin est présenté du 13 au 19 avril à la Cinémathèque québécoise de Montréal, puis en tournée partout dans la Belle Province. Pour les dates, on consulte le site d’André Desjardins ici.

Pour voir la bande-annonce du documentaire, c’est ici.

Pour visionner gratuitement certains des films d’Hélène Bélanger-Martin, notamment Émotionnisme et Devenir, qui mettent aussi en vedette André Desjardins, c’est ici.

Pour en savoir plus sur la Galerie Roccia, c’est ici.

Texte : Karine Tessier

Alors que la douceur du printemps nous remonte le moral et que les mesures sanitaires liées à la COVID-19 s’allègent, la 38e édition du Festival international de cinéma Vues d’Afrique de Montréal bat son plein! Pour son retour en salles, l’événement propose, du 1er au 10 avril, 118 films produits par 44 pays, dont 30 % ont été réalisés par des femmes. C’est donc un rendez-vous à la Cinémathèque québécoise, pour savourer des courts, moyens et longs métrages, de la fiction, des documentaires et des œuvres d’animation. Entre deux projections, on fait un détour par Le Baobar, le temps de prendre un verre, assister à un spectacle de musique ou d’humour et déguster la poutine africaine créée par le chef Edmond, du restaurant et traiteur Diolo.

Fragments Urbains a vu, pour vous…

Ayam

En arabe, « ayam » signifie « des jours ». Dans ce superbe court métrage signé par la Marocaine Sofia El Khyari, on suit les préparations pour la fête de l’Aïd al-Adha, la plus importante célébration dans la religion musulmane. Tout en faisant la cuisine, trois générations de femmes se racontent : la volonté de la grand-mère d’apprendre à lire et à écrire, à une époque où c’était mal vu pour une jeune fille de fréquenter l’école, l’histoire d’amour avec le grand-père… Un récit de famille tissée serrée, de tradition et de résilience, illustré par des dessins aux riches coloris, couchés sur du papier kraft. Rien d’étonnant à ce que les films de cette créatrice de talent aient été récompensés dans de nombreux festivals, un peu partout sur la planète.

Présenté dans un programme de courts métrages, le 2 avril.

Autrement d’ici

Lénine Nankassa Boucal, d’origine sénégalaise, a choisi de s’établir à Rimouski, il y a plusieurs années. Aujourd’hui, il est coordonnateur du Cabaret de la diversité, qu’il a fondé, une initiative pour favoriser le vivre-ensemble dans cette municipalité du Bas-du-Fleuve. Dans ce moyen métrage, il se confie sur sa vie dans la Belle Province et nous présente deux de ses concitoyens, Shanti Park, de la Corée, et Moustapha Ndongo, du Sénégal. Avec son documentaire, le sympathique cinéaste souhaite montrer que les immigrants s’intéressent à la culture du Québec et que celui-ci est ouvert à l’intégration des nouveaux arrivants.

On est vite touchés par les confidences de Lénine, Shanti et Moustapha, qui ont trouvé ici de nouveaux amis, mais qui se sont surtout découvert de nouveaux talents et des forces insoupçonnées. Des propos empreints d’humour et de sagesse, illustrés par les magnifiques images de cette région de l’est de la province, signées Philippe Chaumette. À voir absolument.

Présenté le 2 avril.

Balalaïka

Sur le rythme de Kalinka d’Ivan Larionov, classique folk russe du 19e siècle, une femme vit de bien étranges hallucinations… après avoir dégusté un poulet rôti! On rigole franchement devant les expressions tantôt abasourdies, tantôt horrifiées de l’héroïne. Un très court film, à peine deux minutes, franchement réjouissant, réalisé par la talentueuse cinéaste et illustratrice égyptienne Maii Mohamed Abd Ellatif. On en aurait pris bien plus!

Présenté dans un programme de courts métrages, le 2 avril.

La Danse des béquilles

Chaque matin, Penda se rend à Dakar pour mendier, pour aider sa mère à faire vivre la famille. Assise dans son fauteuil roulant, les écouteurs sur les oreilles, elle ondule au rythme de la musique et sourit, exultant la joie de vivre. Rêvant de devenir danseuse professionnelle, elle voit dans sa rencontre avec un jeune chorégraphe la chance d’atteindre son objectif. Mais, pour ce faire, elle devra surmonter bien des obstacles, notamment son handicap et l’attitude autoritaire de sa mère, autrefois elle-même artiste.

Ce court métrage du Sénégalais Yoro Niang est une histoire d’amour… pour la danse, narrée au son des tambours et de la kora. On y constate la puissance de l’art dans l’émancipation d’une femme victime de préjugés, tout autant que dans la réconciliation des membres d’une famille brisée.

Dans les rôles de Penda et de sa mère, Dème Coumba et Mbaye Awa sont sublimes. Ces grandes interprètes nous livrent des personnages complexes, parfois durs, mais qui irradient la grâce et la beauté. Mentionnons que la musique du film a été composée par Didier Awadi, membre fondateur du groupe hip-hop Positive Black Soul, bien connu des Montréalais.

Présenté le 2 avril.

Bande-annonce ici.

Dans les mains de Dieu

Quand Samir, qui travaille dans une boutique d’électronique, a besoin de repos, il oublie son téléphone et va marcher dans le désert marocain. Cette fois, il part à la recherche de son pote Saïd, sans garantie de le retrouver. Sur le chemin, il fait des rencontres, raconte de savoureuses anecdotes de tournage, se confie sur ses maints échecs professionnels et se livre à l’introspection.

Le réalisateur Mohamed Rida Gueznai a tourné son premier film à l’âge tendre de 12 ans, avec pour tout équipement un téléphone portable. Lauréat, en 2019, de plusieurs prix pour son court métrage documentaire Le Vieil Homme et la montagne, présenté dans 24 pays, il récidive avec un excellent premier long métrage, Dans les mains de Dieu, un road movie avec, comme vedette, un homme au cœur d’or et à l’esprit bohème, nostalgique d’un temps où les gens ne dépendaient pas des nouvelles technologies. Le cinéaste, aidé de son collègue Mohamed Reda Kouzi, signe une direction photo spectaculaire, qui sublime les beautés du pays de l’Afrique du Nord. Un artiste à surveiller.

Présenté le 2 avril.

Pour toutes les informations, c’est ici.

ENTREVUE AVEC NICOLAS PAQUET, RÉALISATEUR DU DOCUMENTAIRE ESPRIT DE CANTINE

Texte : Karine Tessier

Dans de nombreux villages du Québec, des restaurants miniatures, souvent appelés cantines, casse-croûtes ou roulottes à patates, servent burgers et poutines à la population locale, aux travailleurs et aux touristes. Mais ces petits commerces sont aussi des lieux de rencontre chers aux communautés rurales.

Pour son documentaire Esprit de cantine, Nicolas Paquet est allé à la rencontre des propriétaires et gestionnaires de ces incontournables restos, ainsi que de leur fidèle clientèle. En résulte un portrait intime, qui met en lumière le courage et la détermination de gens d’affaires qui sont prêts à tout pour que survive cette tradition québécoise. Fragments Urbains s’est entretenu avec le cinéaste, quelques jours avant la sortie en salles de son dernier film.

Le cinéaste Nicolas Paquet. Photo : Nadine Boulianne.

Vos documentaires précédents abordent les thèmes des entreprises indépendantes face aux multinationales, de l’exploitation minière et des droits autochtones. Pour vous, est-il incontournable que vos films soient engagés?

Ça ne l’était pas au départ. Pour La Règle d’or (2011), qui se penche sur les grands bouleversements suite à l’arrivée d’une compagnie minière à Malartic, ça me motivait de parler d’injustice, de tout ce qui était perdu par la population locale et qui était gagné par une petite minorité. Il y a là un aspect politique plus à l’avant-plan, plus lourd.

Mais ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est la tradition, ce qu’on garde de nos ancêtres, comme dans L’Âme d’un lieu, autopsie d’une boulangerie (2009) et Les Sucriers (2017). C’est davantage le quotidien, l’arrière-scène, la vie. Il y a quand même un discours présent, mais c’est moins ce qu’on voit en premier. Pour moi, c’est une façon de montrer un visage très vivant, dynamique, souriant de la vie rurale, un peu à l’encontre de la couverture médiatique, qui s’intéresse surtout à la dévitalisation, à l’exode et aux pertes d’emplois.

Bien sûr, ça se poursuit avec Esprit de cantine. C’est une partie de notre identité, entre autres l’identité rurale, très attachée à ces petits restaurants. Ça représente 50 à 80 ans de l’histoire québécoise.

Photo : Nicolas Paquet.

Une tradition menacée, notamment, par les multinationales.

Pendant le tournage de La Règle d’or, on suivait l’une des propriétaires de casse-croûte. Je voyais ces gens d’affaires comme des résistants, qui tiennent à bout de bras leur commerce, sept jours sur sept, face à des chaînes de restauration rapide. Ils sont une espèce de contrepoids. La somme de travail qu’ils accomplissent chaque été, l’ingéniosité dont ils font preuve d’une année à l’autre…

C’est un pan très vivant, même puissant de la ruralité. Ces personnes l’incarnent. Ce n’est pas toujours facile. Il y a des défis, des obstacles. Mais elles sont capables de maintenir ce qu’elles ont bâti.

Photo : François Gamache.

Les protagonistes de votre documentaire sont des femmes. C’était votre souhait de braquer les projecteurs sur des propriétaires et gestionnaires féminines?

J’aurais pu faire un film avec des hommes, mais ça aurait faussé la réalité. Parce que 80 à 90 % des propriétaires et gestionnaires des casse-croûtes sont des femmes. C’est un milieu de femmes. J’ai recueilli plusieurs témoignages de femmes qui ont repris le commerce des mains de leur mère. Ce sont des femmes souvent dans la cinquantaine, qui ont élevé leurs enfants. Et elles voulaient leur propre petit commerce, maintenant qu’elles ont du temps à y consacrer.

Souvent, il s’agit d’une bâtisse récupérée et modifiée avec l’aide des membres de leur famille. Ce n’est pas trop compliqué. Elles en tirent un revenu. Mais elles doivent avoir la capacité d’être près du public parfois jusqu’à 12 heures par jour.

Photo : François Gamache.

Justement, dans Esprit de cantine, on voit que l’importance de ces lieux dans les villages va bien au-delà de l’offre alimentaire!

Tout à fait! Il y a une dynamique qui s’installe dans ces restos. Leur rôle social est très visible, très important dans plusieurs villages. Souvent, il s’agit des seuls lieux où peuvent discuter les voisins. Ils parlent de tout, de politique, de leurs problèmes de santé. Les personnes âgées viennent y boire un café tous les matins. C’est, parfois, leur seul moyen de briser la solitude.

Les images de votre film ont été magnifiquement mises en musique par l’auteur-compositeur-interprète Fred Fortin. Comment s’est passée cette collaboration?

Il s’est joint au projet assez tard. Je savais que je voulais de la musique, alors qu’il n’y en a pas dans tous mes films. Mimi, l’une des protagonistes d’Esprit de cantine, m’a suggéré du country. Mais je ne voulais pas renforcer le stéréotype qui lie la musique country et la ruralité. Quand j’ai entendu le plus récent album de Fred Fortin, je me suis dit : c’est tellement ça! Un peu western, mais c’est renouvelé, ça va ailleurs. J’aime beaucoup la sensibilité de ce musicien, malgré son côté rock ou cabotin. Je trouvais que ça collait.

Il avait déjà fait la musique d’un documentaire, il y a quelques années. Je l’ai appelé, on a discuté du projet. Puis, je lui ai envoyé une copie de travail du film. Et il était intéressé. J’aimais également l’idée de choisir quelqu’un qui a grandi en région et qui connaît les cantines.

Les premières scènes de votre documentaire se déroulent sur un rythme lent, presque méditatif, qui sublime des actes qui font partie du quotidien des employés de casse-croûtes, comme la préparation de la nourriture et le nettoyage.

Oui, certainement! Parfois, c’est presque une chorégraphie. Si on n’avait pas pris le temps de bien filmer, de bien cadrer, on n’aurait pas senti cette beauté-là. Quand je disais aux gens que j’allais tourner un film à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, Chez Émilie, ils ne voyaient pas le potentiel. C’est bien plus que des poutines et des burgers! Je trouvais important de rendre la beauté à ces lieux-là.

Je dis souvent qu’on doit magnifier l’anodin, en changeant un peu de perspective. Si on emprunte toujours le même chemin, on ne voit plus la beauté. Il faut redécouvrir les lieux, ce qui est magnifique autour de nous.

 

Présenté en première mondiale aux dernières Rencontres internationales du documentaire de Montréal, à l’automne 2017, le film Esprit de cantine, de Nicolas Paquet, est à l’affiche au Québec depuis le 20 avril 2018. Pour connaître les dates des prochaines projections aux quatre coins de la province, ainsi que des télédiffusions, consultez la page Facebook officielle du long métrage : www.facebook.com/espritdecantine

CRITIQUE DU FILM QUARTIERS SOUS TENSION, DE CAROLE LAGANIÈRE

Texte : Véronique Bonacorsi

Comment le petit café branché du coin ou la venue d’artistes dans un quartier considéré si peu cool il n’y a pas si longtemps peuvent-ils être reliés à l’exode forcé des habitants d’origine? Ces éléments représenteraient des symptômes de la gentrification. La documentariste Carole Laganière examine dans son dernier film, Quartiers sous tension, diffusé cette semaine à ICI Radio-Canada Télé, puis sur la plate-forme ICI Tou.tv, ce phénomène social et économique qui s’attaque aujourd’hui à sa ville natale de Montréal.

Rosemont-La Petite-Patrie, Hochelaga-Maisonneuve, Parc-Extension… L’embourgeoisement progressif de nombre d’arrondissements montréalais présente autant d’acteurs que de victimes. Alors que divers projets immobiliers hors de prix pour la population locale font leur apparition, de nouveaux entrepreneurs ouvrent des commerces au goût du jour, insufflant une revitalisation du quartier.

Quartiers sous Tension_BA from Laganière, Carole on Vimeo.

Avec Quartiers sous tension, Carole Laganière, qui a scénarisé et réalisé ce documentaire, dresse un portrait diversifié d’une transformation urbaine, à laquelle se retrouvent aussi confrontés les autres grands centres du monde, tels que Buenos Aires, Londres et Paris. À travers les témoignages de différents participants ou spectateurs, actifs ou impuissants, le discours entourant la gentrification se nuance.

Les uns connaissent la violence d’être expulsés de leur maison d’enfance. Les autres subissent du vandalisme sur leur boutique. Certains accueillent avec joie les jeunes familles dans leur voisinage. D’autres déplorent la tendance individualiste que symbolisent les condos. Mais tous ces groupes doivent-ils forcément s’opposer? Peut-être existe-t-il un moyen pour que ce désir de changement pour une ville meilleure ne se fasse pas au détriment des plus vulnérables…

Vous pourrez regarder le film Quartiers sous tension à ICI Radio-Canada Télé, le samedi 12 août à 21 h, dans le cadre de l’émission 1001 VIES. Le documentaire sera ensuite disponible sur la plate-forme ICI Tou.tv.

En attendant, vivez l’expérience interactive Gentriville, compagne du long métrage. Vous pourrez y visiter plusieurs quartiers de Montréal, mais également de Vancouver, de Paris, de Buenos Aires et de Londres. Vous irez à la rencontre de chercheurs, de militants, de résidents et de commerçants. Enfin, vous découvrirez votre profil dans l’échelle de la gentrification : ici.radio-canada.ca/gentriville

Page Facebook officielle du film Quartiers sous tension : www.facebook.com/QuartiersSousTension

Page Facebook officielle de l’expérience interactive Gentriville : www.facebook.com/Gentriville

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CRITIQUE DU FILM ROBERT DOISNEAU, LE RÉVOLTÉ DU MERVEILLEUX, DE CLÉMENTINE DEROUDILLE

Texte : Catherine Gignac

Le Baiser de l’hôtel de ville, de Robert Doisneau (1950).

Une femme. Un homme qui la serre contre lui, amoureux. Un baiser. Et des gens indifférents et pressés au beau milieu de Paris. Ce cliché en noir et blanc a fait le tour du monde. Il est aussi celui qui m’a fait connaître le grand photographe français Robert Doisneau. Tout de suite, j’en suis tombée amoureuse. Doisneau, un nom qui rappelle les oiseaux,  un nom discret. Doisneau qui s’immisce dans la foule et se pose, photographie les gens dans leur quotidien, capture des moments de tendresse et d’amitié. Doisneau qui immortalise la vie urbaine dans toute sa beauté et sa laideur. Rendre le quotidien poétique, c’est ce qu’aura réussi ce grand artiste au cours de sa carrière.

Clémentine Deroudille, la petite-fille de Robert Doisneau, porte à l’écran la vie de celui qui est rapidement devenu l’un des plus célèbres photographes au monde. Dans son film Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, elle dresse un portrait juste et émouvant de son grand-père. Clémentine Deroudille est la réalisatrice, mais aussi la scénariste et la narratrice du documentaire.  À travers des archives inédites, elle nous fait revivre la vie familiale et professionnelle de l’artiste.  Elle raconte comment ce dernier porte malgré lui, grâce à ses photographies, l’essence même d’une époque. « Partout où il peut rencontrer du monde, ça donne des photos », nous dit-elle.

Robert Doisneau à New York en 1960.

Dans ce documentaire, celui qui n’a fait que photographier des gens toute sa vie et qui s’est toujours posé en observateur se retrouve sous les projecteurs.  On s’intéresse à la personnalité de Doisneau, à son intimité, ses amitiés, sa jeunesse, ses motivations profondes.  On revisite son œuvre, sa vie, de sa naissance en 1912 à sa mort en 1997. On s’immisce dans son environnement, on fait la connaissance de ses amis proches. Ses amis, c’était le poète Jacques Prévert, l’écrivain Daniel Pennac, la photographe Sabine Weiss, pour ne nommer que ceux-là.

90 ans de Baba, Chatillon-sous-Bagneux février 1980, de Robert Doisneau.

Clémentine Deroudille livre une narration juste et pertinente, poétique même, qui rend justice à l’œuvre de son grand-père. Elle la parsème de réflexions sur l’art et sur la vie. La photographie y est d’ailleurs décrite comme une lutte perdue d’avance avec le temps qui file. C’est un art qui flirte avec la mort, puisque l’œuvre photographique appartient au passé dès l’instant où elle naît.

Argenteuil Cité champagne 1984, de Robert Doisneau.

La vie de Doisneau est une inspiration pour tous ceux qui ont des rêves. Alors qu’il s’est fait licencier des Industries Renault où il exerçait le métier de photographe, il a lancé sa carrière de manière indépendante, et c’est à ce moment qu’il a créé ses plus belles œuvres et qu’il s’est fait connaître.  Selon Doisneau, pour exercer le métier de photographe, il faut être curieux, désobéissant et avoir une patience de pêcheur à la ligne.

New York mars 1966, de Robert Doisneau.

Aux curieux, aux désobéissants, aux rêveurs, je recommande ce film. Peut-être vous reconnaîtrez-vous dans cette célèbre réplique du photographe : « Dans le fond, j’essaie peut-être de faire ma photo pour ne pas mourir. »

Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, de Clémentine Deroudille, sort en salles au Québec le 19 mai 2017.

Site Web officiel du film : funfilm.ca/fr/films/robertdoisneau

Site Web officiel du photographe Robert Doisneau : www.robert-doisneau.com

ROBERT DOISNEAU, LE RÉVOLTÉ DU MERVEILLEUX- la bande-annonce (en salle le 19 mai) from Funfilmdistribution on Vimeo.

Texte : Audrwey A.

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Du mannequinat au cinéma, en passant par la case météo dans l’émission Le Grand Journal de Canal +, Charlotte Le Bon a su laisser son « empreinte » sur le petit et le grand écran en côtoyant de grands personnages. Elle a eu notamment l’occasion de « travailler » au côté d’Astérix devant la caméra de Laurent Tirard, se faire habiller par le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert et prêter sa voix à Joie dans Vice-Versa.

Depuis le mois de septembre et jusqu’au 10 novembre prochain, c’est dans le troisième arrondissement parisien qu’on la retrouve à la Galerie Cinéma, pour sa première exposition intitulée One Bedroom Hotel on the Moon.

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À travers ses créations pleines d’humour, elle invite le public à venir découvrir son univers éclectique et poétique, où ses illustrations prennent vie sous les traits d’H.H. l’homme à la tête de cœur, de petites crottes devant lesquelles on ne peut s’empêcher de sourire, de peaux de banane, d’un monstre poilu et de petits mots « pour dire simplement de grandes choses ».

Après Charlotte Le Bon actrice et Charlotte Le Bon illustratrice, le public peut également faire connaissance, dans la salle de projection de la galerie, avec Charlotte Le Bon réalisatrice grâce à la bande-annonce de son court métrage Modern Monster tourné durant l’été 2015.

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L’exposition One Bedroom Hotel on the Moon de Charlotte Le Bon est présentée jusqu’au 10 novembre 2016 à la Galerie Cinéma.

Site Web officiel de la galerie : galerie-cinema.com

Site Web officiel de Charlotte Le Bon : www.lebonlebon.com

CRITIQUE DE FLOWER GIRL DE MICHELLE BELLO

Texte : Karine Tessier

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La fleuriste Kemi (Damilola Adegbite) n’en peut plus d’attendre que son petit ami avocat Umar (Chris Attoh) lui demande sa main. Mais voilà, le jeune homme, préoccupé par sa prochaine promotion, ne partage pas les visées romantiques de sa copine. Après une querelle, Kemi fait la connaissance d’un séduisant acteur de cinéma, Tunde (Blossom Chukwujekwu), qui propose de l’aider à reconquérir Umar.

La cinéaste Michelle Bello a rédigé le premier jet du scénario de Flower Girl alors qu’elle étudiait à la maîtrise en communication dans une université américaine. Grande fan de comédies romantiques hollywoodiennes, elle décide d’adapter le genre pour rejoindre les jeunes couples de la classe moyenne de Lagos. Elle confie ensuite son texte à son frère Jigi, qui signera la version finale, sortie dans les salles nigérianes en 2013.

Peuplé de personnages colorés, dont la délicieuse Stella (Bikiya Graham-Douglas), le film a connu un beau succès sur grand écran au Nigéria, là où beaucoup d’œuvres connaissent une courte sortie dans les cinémas, avant d’être lancées en DVD. Il a aussi remporté trois prix aux Nolly Awards 2014, l’équivalent des oscars dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Flower_Girl

Le second long métrage de Michelle Bello, certes, n’impressionne pas par ses prouesses techniques. On y remarque même quelques faux pas en ce qui a trait au montage ou à la bande son. Mais tout amateur de rom coms américaines y trouvera son compte. En effet, l’œuvre emprunte allègrement aux codes hollywoodiens du genre : du potinage entre copines, une héroïne qui subit une métamorphose beauté, des parents qui s’investissent un peu trop dans la vie amoureuse de leurs enfants, des quiproquos à profusion, des secrets mis au jour…

Ajoutons à cela des personnages au look d’enfer, des scènes de fête glamour, des images superbes de Lagos et des stars charismatiques. Ce serait bien dommage de bouder son plaisir devant ce conte de fée moderne.

Le film Flower Girl de Michelle Bello a été présenté au Festival international de cinéma Vues d’Afrique de Montréal dans le cadre d’un partenariat avec la NollywoodWeek de Paris.

Site Web officiel du film : flowergirlthemovie.com

Site Web officiel du Festival international de cinéma Vues d’Afrique : www.vuesdafrique.com

Site Web officiel de la NollywoodWeek de Paris, qui aura lieu du 2 au 5 juin prochains : www.nollywoodweek.com