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CRITIQUE DU SPECTACLE UN TEMPS POUR TOUT, de Sovann Rochon-Prom Tep.

Texte : Karine Tessier

Photo : David Wong.

Un large carré blanc dessiné au sol. Dispersés tout autour, des coussins, des plantes et quelques meubles dépareillés. De la fumée odorante s’échappe d’un encensoir. Alors que les spectateurs prennent place sur les coussins à même le sol ou dans les gradins, on distribue des tasses de thé brûlant.

Jean-Édouard Pierre Toussaint alias Sangwn s’avance seul sur le carré blanc. Il esquisse d’abord ses mouvements avec retenue. Puis, les muscles et l’esprit s’échauffent, et la chorégraphie s’intensifie. Le corps du danseur est traversé par toute une gamme d’émotions, se traduisant parfois par de puissants soubresauts. Sa respiration fait office d’instrument, rompant le silence qui règne dans la salle. Des sons s’échappent de sa bouche. Un mot, répété encore et encore : love. Tantôt avec tendresse, tantôt avec fureur. « Bonjour, tout le monde! Je sais pas quoi dire, comme. » Mais Sangwn a déjà tellement dit.

Ce numéro d’ouverture d’Un Temps pour tout, dernière œuvre de Sovann Rochon-Prom Tep, a su rapidement capter l’attention du public. Il est en quelque sorte une invitation à suivre les trois danseurs dans leurs expérimentations vocales et physiques pendant la prochaine heure et demie. Et, à cet appel, les spectateurs répondent spontanément oui.

À Sangwn, se joignent Fréderique Dumas alias PAX et Ja James Britton Johnson alias Jigsaw. Les trois se connaissent depuis une dizaine d’années et tirent leur épingle du jeu dans la communauté hip-hop montréalaise et internationale. En solo, en duo ou tous ensemble, ils enchaînent les mouvements naturellement, avec complicité, et se lancent des encouragements.

Le spectacle, le plus souvent, prend des airs de grosse fête improvisée. Mais, à d’autres moments, le temps semble suspendre son vol. Lorsque Jigsaw, après des salutations fébriles, raconte par sons et par gestes l’histoire d’arbres, le public est tantôt amusé, tantôt provoqué, mais surtout captivé. Le danseur se démarque à nouveau dans la deuxième partie du spectacle, alors qu’il chante des mélodies aux accents blues couché sur le sol, les yeux fermés.

Contrairement à bien des performances de danse hip-hop, Un Temps pour tout est interprété sur de la musique jouée en direct. Les talentueux Vithou Thurber-Prom Tep, au clavier, et Thomas Sauvé-Lafrance, à la batterie, performent en totale symbiose avec les trois interprètes. Leurs rythmes, alliant hip-hop organique et synthétiseurs très 80’s, sont hyper accrocheurs.

Habitués des battles et des jams, les trois danseurs ont dû, cette fois, sortir de leur zone de confort. Travailler avec ou sans musique, chanter, offrir des performances plus longues qu’à leur habitude. Ils relèvent ce défi avec brio, bien ancrés dans le moment présent, le cœur grand ouvert.

Sovann Rochon-Prom Tep. Photo : Christian Moreau.

Pour mettre au monde sa dernière création, le polyvalent Sovann Rochon-Prom Tep a travaillé en étroite collaboration avec les artistes, considérant leur vécu comme une matière première. Ils ont fonctionné par essais et erreurs pour mettre en scène leurs expériences, bien plus que des mouvements. L’humain est au centre de l’œuvre. Et le ressenti a préséance sur l’esthétisme.

Les spectateurs qui étaient dans la salle le soir de la première pourront témoigner de la sensibilité du danseur et chorégraphe… qui a profité de l’entracte pour faire tirer des gâteaux, marinades et savons fabriqués par lui et son père. Une scène plus que rare dans les théâtres et qui a touché droit au cœur les gens présents.

Photo : David Wong.

Un Temps pour tout est une réflexion à la fois intime et collective sur l’identité et la communication humaine. Bien que le public ne participe pas concrètement au spectacle, il est interpellé de multiples façons. On tente d’attirer son attention, de l’impressionner, de le provoquer, de tisser des liens avec lui. Il assiste aux multiples métamorphoses de Sangwn, PAX et Jigsaw, qui se présentent à lui avec sincérité.

Il s’agit d’un spectacle qui intéressera autant les amateurs de hip-hop que ceux qui n’y connaissent rien. Mais, surtout, c’est un baume au cœur en ces temps où on semble parfois manquer cruellement d’humanité.

Un Temps pour tout, de Sovann Rochon-Prom Tep, a été présenté du 31 janvier au 4 février. Il sera repris en supplémentaires les 13, 14 et 17 mai prochains, toujours à La Chapelle Scènes contemporaines.

Toutes les informations ici : lachapelle.org/fr/programmation/un-temps-pour-tout

 

 

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Texte : Karine Tessier

Visuels créés par les artistes Pénélope et Chloë.

Du 25 mai au 3 juin, à Montréal, les murs s’abattent. Entre les différentes disciplines artistiques. Entre ceux qui foulent les planches et le public. Mais aussi dans les profondeurs insondables de notre imaginaire. À OFFTA, festival d’arts vivants, on laisse à une cinquantaine d’artistes du théâtre, de la danse et de la performance tout l’espace nécessaire pour créer. Pour cette 12e édition, ils s’interrogent sur les frontières, un thème aussi rassembleur que polarisant. Morceaux choisis d’une programmation débridée, qui fait la part belle à l’hybridité.

Danse Mutante, c’est le relai chorégraphique imaginé par l’incontournable Mélanie Demers et sa compagnie MAYDAY. Prenant racine dans la métropole, la création poursuivra sa route à New York, Bamako, Anvers/Rotterdam, avant de se poser à nouveau à Montréal, à l’automne 2019, à l’occasion d’un événement-marathon. On savourera chaque mouvement esquissé par Francis Ducharme et Riley Sims, sur des mélodies de Mykalle Bielinski.

Si vous êtes charmé par les rimes et les notes envoûtantes de cette dernière, sachez qu’elle proposera, à OFFTA, son concert immersif Mythe, où s’entrelacent chant polyphonique, poésie orale et improvisation. La communion de six femmes, qui chanteront leur rapport au temps, à l’autre, à elles-mêmes.

À mille lieues de l’univers éthéré de Mykalle Bielinski, MAC(DEATH), de Jocelyn Pelletier. Sur scène, l’œuvre de Shakespeare prend des airs de concert métal. L’artiste fait un doigt d’honneur aux codes traditionnels, désireux de faire résonner les classiques ici et maintenant.

Il y a 70 ans, ce sont les signataires du manifeste Refus global qui se questionnaient sur les contraintes sociales. Leur percutant texte trouve-t-il encore écho auprès des Québécois, des décennies après sa parution? L’exposition Refus Contraire, à laquelle une vingtaine d’artistes et d’intellectuels ont contribué, se penche sur la question. À voir à la Galerie de l’UQAM, du 16 mai au 16 juin.

Vous vous passionnez pour l’envers du décor? Tendez l’oreille à la quotidienne OFF.Radio, qui proposera, tout au long du festival, des panels et des performances en lien avec sa programmation. Les émissions, enregistrées au Monument-National, seront disponibles sur les différentes plateformes de l’événement. Parmi les thèmes abordés : la notion de frontière dans le processus de création, la mémoire collective, les arts du cirque.

Pour son œuvre performative et expérimentale Nous serons universel.le.s, Kamissa Ma Koïta s’est nourrie autant des approches féministes, des mouvements altermondialistes et queer, que de la culture populaire. Une expérience immersive, où vous vous interrogerez sur les notions de privilèges sociaux.

L’une des six résidences de création présentées lors de cette 12e édition d’OFFTA, le projet Après la rue, de Mireille Camier et Ricard Soller i Mallol, juxtapose les récits de quatre artistes qui ont vécu de l’intérieur un mouvement de contestation populaire d’importance : la révolution verte à Téhéran en 2009, la révolution du jasmin à Tunis en 2011, les indignés à Barcelone en 2011, ainsi que le printemps érable à Montréal en 2012.

Aalaapi ᐋᓛᐱ, c’est un laboratoire conçu à partir d’un documentaire radiophonique, fruit d’une collaboration entre Québécois et Innus, qui donne la parole à des jeunes de 20 à 32 ans, qui se confient sur leurs passions, leurs peurs, leurs doutes.

Finalement, un rendez-vous incontournable de ce festival d’arts vivants, le MixOFF – Frontières & Boundaries, le résultat de plusieurs semaines de rencontres entre artistes et chercheurs, qui ont réfléchi ensemble sur le thème des frontières.

Pour tout savoir sur la programmation : offta.com