Articles Tagués ‘Dédé Fortin’

Texte : Véronique Bonacorsi

Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Quelques semaines avant l’ADISQ, la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique s’est réunie pour célébrer les succès de ses membres. Pas moins de 45 trophées ont été remis le soir du 12 septembre, au Métropolis de Montréal, à une sélection d’artisans contribuant à la musique au pays. Une grande réunion de famille pas trop formelle où tous les invités sont gagnants.

Ariane Moffatt, auteure-compositrice de l'année. Photo : Benoît Rousseau.

Ariane Moffatt, auteure-compositrice de l’année. Photo : Benoît Rousseau.

Dix Prix Chansons populaires (francophones) ont été décernés. Parmi eux, Ariane Moffatt pour Debout, qui, pour reprendre les mots de l’artiste, n’est pas une chanson portant sur sa personne seule qui « se roule dans sa shit », mais plutôt sur la ténacité du couple. Moffatt a aussi été sacrée Auteure-compositrice de l’année, un accomplissement que la chanteuse attribue à sa virée pop.

Jean Leloup. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Jean Leloup. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Paradis City de Jean Leloup, favorite incontestée des radios, s’est mérité le même honneur, tout comme L’Amour est un monstre par les hommes de Valaire et Karim Ouellet, qui ont envahi la scène pour accepter leur prix et se lancer dans une prestation improvisée de Dégénération, un peu au désarroi de l’animateur de la soirée, le chanteur Stéphane Archambault de Mes Aïeux, qui tenait à ce l’on maintienne un certain décorum… Son appel ne semble pas avoir été entendu par les contributeurs de Fanny venus récolter leur trophée, Alex Nevsky et Yann Perreau, responsable de la mise en scène du gala, qui se sont mis à se relancer des obscénités à la blague.

High Klassified est reparti avec le Prix Musique électronique. Photo : Benoît Rousseau.

High Klassified est reparti avec le Prix Musique électronique. Photo : Benoît Rousseau.

 

Le chanteur Wesli, qui s'est vu remettre le Prix Hagood Hardy, dans la catégorie musique du monde. Photo : Benoît Rousseau.

Le chanteur Wesli, qui s’est vu remettre le Prix Hagood Hardy, dans la catégorie musique du monde. Photo : Benoît Rousseau.

Pour leurs prouesses à l’étranger, Coeur de Pirate et Grimes ont partagé le Prix international, dont les remerciements préenregistrés ont été relayés par vidéo. Carry On (Oublie-moi) de Coeur de Pirate s’est aussi valu un Prix Chanson populaire.

Le groupe Loud Lary Ajust a remporté le prix Musique urbaine. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Le groupe Loud Lary Ajust a remporté le Prix Musique urbaine. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

La SOCAN a récompensé plusieurs productions audiovisuelles : 30 vies, 19-2, Salmigondis, Food Factory en font partie, ainsi que Eduardo Noya Schreus pour le film Mommy. « Wow! Je savais pas que mon accent était si fort! », s’est exclamé le compositeur d’origine péruvienne en montant sur scène après la vidéo d’introduction où il expliquait son travail.

Le gagnant de "La Voix" Yoan a reçu le Prix Musique country. Photo : Benoît Rousseau.

Le gagnant de « La Voix » Yoan a reçu le Prix Musique country. Photo : Benoît Rousseau.

Un nouveau prix cette année, celui de l’éditeur de l’année, a été remis à Ho-Tune. Comme l’a rappelé la chef des affaires au Québec pour la SOCAN, Geneviève Côté, l’édition de la musique, ou tout ce qui touche à sa gestion, est souvent un rôle oublié, mais il s’avère essentiel à la survie des artistes.

Safia Nolin, lauréate du Prix Révélation. Photo : Benoît Rousseau.

Safia Nolin, lauréate du Prix Révélation. Photo : Benoît Rousseau.

Sur le thème de la nouveauté, Safia Nolin, qui a remporté le Prix Révélation pour 2016, a adorablement entamé son discours : « Allô, c’est gênant. J’ai envie de pipi », avant de lire les notes écrites sur sa main. Du côté des vétérans, Alain Chartrand s’est valu un Prix Hommage – et une chaude ovation! – pour son implication dans le festival Coup de cœur francophone.

Loud Lary Ajust, Klô Pelgag et Pierre Kwenders. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Loud Lary Ajust, Klô Pelgag et Pierre Kwenders. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Bien sûr, un gala sans performances musicales ne serait sans doute pas un gala réussi. De ce côté, le public a été assez choyé. La première prestation de la soirée réunissait Klô Pelgag, Pierre Kwenders et Loud Lary Ajust pour une intéressante reprise de Le Début d’un temps nouveau de Stéphane Venne, récipiendaire du Prix Empreinte culturelle. Dans ses remerciements, Venne a souligné qu’il avait écrit cette chanson il y a 46 ans, afin de documenter, en quelque sorte, la vie en 1970. « Écrivez pour la personne qui écoute », a-t-il conseillé à ses pairs aspirant à la longévité.

Le Prix Empreinte culturelle a été remis à Stéphane Venne. Photo : Benoît Rousseau.

Le Prix Empreinte culturelle a été remis à Stéphane Venne. Photo : Benoît Rousseau.

Roch Voisine a demandé au public de l’accompagner pour le refrain de Ma Mère chantait toujours, honorant le Classique de la SOCAN composé par Luc Plamondon et François Cousineau. Rigolant, Plamondon n’a pu s’empêcher de noter : « Ils me donnent la même photo depuis 20 ans! », désignant l’image ornant son trophée. Mais lorsqu’il est retourné sur scène pour Piaf chanterait du rock, un autre Classique, son message se voulait plus sérieux. Il accuse les radiodiffuseurs et télédiffuseurs d’ici de ne pas donner une assez grande place à la francophonie au profit des œuvres anglophones.

Éric Lapointe. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Éric Lapointe. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Un medley des désormais Classiques d’Éric Lapointe a été interprété : Fanny Bloom a démontré sa puissance vocale sur Terre promise (poussé par le vent), Matt Holubowski a fait ressortir la douce douleur de N’importe quoi,  et King Melrose a su donner du groove à Marie Stone. Preuve de la popularité de l’artiste, lorsque Lapointe s’est levé pour récupérer ses honneurs, toute la salle s’est mise à chanter N’importe quoi.

Richard Séguin. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Richard Séguin. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Un moment attendu de ce gala était l’hommage rendu à Richard Séguin, lauréat du Prix Excellence. Se sont joints Patrice Michaud, Elisapie Isaac, Luce Dufault, Coral Egan et Pierre Flynn pour une performance des grands succès de l’artiste, devant un montage photo de ce dernier. Le prix a été remis à Séguin par son ami Gilles Valiquette, membre du conseil d’administration de la SOCAN. L’homme a livré un discours parfois humoristique (« Un 45 tours, c’est comme un MP3 en plastique », a-t-il expliqué à la relève), mais aussi inspirant. Son travail prend tout son sens si des gens parviennent à y trouver des repères émotifs.

L'animateur de la soirée Stéphane Archambault pendant l'hommage rendu à la formation Les Colocs. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

L’animateur de la soirée Stéphane Archambault pendant l’hommage rendu à la formation Les Colocs. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

L’hommage rendu aux Colocs, dont cinq chansons se sont vu décerner le titre de Classique de la SOCAN, constituait un autre moment fort de la célébration. Avec un plaisir apparent, Stéphane Archambault lui-même a lancé le pot-pourri, suivi de Jonathan Painchaud – qui a prouvé les talents d’élocution de Dédé Fortin en s’enfargeant dans sa langue –, Philippe Brach, 2Frères et Alexe Gaudreault. Puis, les coauteurs de Juste une p’tite nuite ont témoigné du pouvoir catalyseur de leur défunt leader, rendu immortel grâce à l’organisme hôte. Réal et Sylvie Fortin, frère et sœur du chanteur, ont déploré l’absence de ce dernier, qui n’a pas eu la chance de monter sur cette scène, contrairement à tous les autres dans la salle. La sœur de Dédé a demandé aux gens de chercher de l’aide s’ils avaient des idées suicidaires. C’est sur cette note sombre que s’est terminée la soirée… avant que l’animateur invite tout le monde au buffet de burgers, grilled cheese et poutine bien arrosés!

Pour connaître tous les récipiendaires du Gala de la SOCAN 2016 et en savoir plus sur l’organisme : www.socan.ca/fr

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Texte : Karine Tessier

Expo_Musique_McCord_Affiche

Des chansons d’amour, de contestation, de célébration, d’affirmation. Des mélodies folk, hip-hop, rock, disco, yéyé, d’ici ou d’ailleurs. Et, à travers ces mots et ces notes, l’histoire de la Belle Province, des années 1960 à aujourd’hui. C’est ce que nous propose le Musée McCord avec son exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire, présentée jusqu’au 13 octobre 2014. L’occasion toute indiquée pour replonger dans ses souvenirs ou découvrir les rythmes qui ont enchanté les générations qui nous ont précédés. Voici, en 5 mots clés, le compte rendu de notre visite.

Audioguide. Un must! Tout en admirant pochettes de disque et instruments, vous pourrez écouter une centaine de pièces sous forme d’extraits ou en version intégrale. Vous n’êtes toujours pas rassasié à votre sortie? Procurez-vous la compilation exclusive au musée, en vente à la boutique.

Photo : Marylin Aitken, Musée McCord

Photo : Marylin Aitken, Musée McCord.

Robe signée Rudi Gernreich, vers 1969. Photo : Musée McCord.

Légèreté. À l’entrée de l’exposition, on est accueilli par les couleurs vives et les tubes pétillants de l’époque yéyé. Décennie de folie et de démesure, les années 1960 verront également la naissance du star system. Et si les minijupes des groupies raccourcissent à vue d’œil, les lecteurs de musique, eux, deviennent portatifs. Un premier pas vers le baladeur et le lecteur MP3.

Tourne-disque portatif, vers 1970. Photo : Musée McCord.

Tourne-disque portatif, vers 1970. Photo : Musée McCord.

Engagement. De la Révolution tranquille au Printemps érable, nombreux ont été les musiciens d’ici à entonner des chants engagés. Ils le font pour revendiquer de meilleures conditions de vie, contester des décisions politiques ou partager une quête identitaire. Comme l’a affirmé Robert Charlebois, lors de sa visite au Musée McCord en juillet dernier, « si l’on veut en savoir plus sur l’histoire d’un peuple ou d’une nation, on en apprend plus à travers les chansons que par tous les discours politiques mis bout à bout. »

Manuscrit Les Géants, de Loco Locass, 2003. Photo : Musée McCord.

Manuscrit Les Géants, de Loco Locass, 2003. Photo : Musée McCord.

Manuscrit. Parmi les 200 objets que contiennent les salles de l’exposition, quelques pages très spéciales. Sur le papier, sont couchés les mots de l’émouvante « Gens du pays », écrite par Gilles Vigneault quelques semaines à peine avant la Fête nationale de 1975. Un des coups de cœur des deux porte-parole de l’événement, Sébastien Desrosiers et Mouffe.

Guitare de Richard Séguin, vers 1980. Photo : Musée McCord.

Guitare de Richard Séguin, vers 1980. Photo : Musée McCord.

Photo : Marylin Aitken, Musée McCord.

Photo : Marylin Aitken, Musée McCord.

Créativité. L’imagination débordante des artistes québécois s’exprime tout autant dans leurs tenues de scène et la conception de leurs spectacles. Les fashionistas d’hier et d’aujourd’hui frissonnent devant les créations sculpturales de Michel Robidas pour la diva Diane Dufresne et les vêtements griffés portés par Céline Dion partout sur le globe.

Costume de scène de Rufus Wainwright, signé ZALDY, 2010. Photo : Musée McCord.

Costume de scène de Rufus Wainwright, signé ZALDY, 2010. Photo : Musée McCord.

Robe de Céline Dion, signée Versace, vers 2008. Styliste : Annie Horth. Photo : Musée McCord.

Robe de Céline Dion, signée Versace, vers 2008. Styliste : Annie Horth. Photo : Musée McCord.

Et la mise en scène des spectacles en met plein la vue aux fans venus applaudir leurs idoles. Certaines performances sont restées gravées dans les mémoires. On pense à L’Osstidcho en 1968, qui mettait notamment en vedette Mouffe. À 1 fois 5 qui, lors de la Fête nationale de 1976, a réuni sur les plaines d’Abraham, puis sur le mont Royal les Charlebois, Vigneault, Léveillée, Deschamps et Ferland. Et, plus récemment, au duo enflammé composé des légendes Oscar Peterson et Oliver Jones au Festival international de jazz de Montréal en 2004.

Lunettes de Dédé Fortin, vers 1995. Photo : Musée McCord.

Lunettes de Dédé Fortin, vers 1995. Photo : Musée McCord.

Ils ont dit…

« Le passé n’a pas été oublié. Mais l’histoire est formatée. On doit prendre du recul, digérer les manifestations culturelles des 20 ou 30 dernières années, poser un nouveau regard sur les œuvres. Et revaloriser notre patrimoine. »

-Sébastien Desrosiers, historien de l’art et animateur à CIBL, membre du comité consultatif et coporte-parole de l’exposition.

« Nous avons un devoir de transmission face aux jeunes. Quand j’ai commencé dans le métier, personne ne m’a dit quoi faire. Aujourd’hui, j’aide les jeunes artistes, pour qu’ils puissent en quelque sorte gagner du temps. Être une marraine, c’est ma vocation. »

-Mouffe, comédienne, chanteuse, auteure et metteure en scène, membre du comité consultatif et coporte-parole de l’exposition.

Site Web officiel du Musée McCord : http://www.mccord-museum.qc.ca/