Articles Tagués ‘Festival international de cinéma Vues d’Afrique’

Texte : Karine Tessier

L’affiche de la 34e édition de Vues d’Afrique, une oeuvre de Mucyo, artiste lauréat du concours d’illustration 2018.

La 34e édition du Festival international de cinéma Vues d’Afrique bat son plein à Montréal du 13 au 22 avril 2018. Le plus grand événement du genre consacré au continent africain et à sa diaspora propose aux cinéphiles 88 films de 33 pays, mais également des concerts, des découvertes gastronomiques, des expositions d’arts. Incursion dans la programmation de cette célébration incontournable de la diversité.

Vous appréciez les courts et longs métrages africains, mais admettez en connaître bien peu sur l’industrie cinématographique de ce continent? Trois documentaires vous permettront d’en comprendre les rouages. Dans Écran à fric, écran magique, de Cédric Souaille, projeté en première mondiale, on s’interroge sur le phénomène Nollywood, la prolifique industrie du cinéma nigériane. Dans Destin commun, hommage à trois éclaireurs du septième art, de Stéphane Vieyra, on s’intéresse à l’histoire du cinéma africain, à travers le parcours de trois de ses pionniers : Jean Rouch, Paulin Soumanou Vieyra et Ousmane Sembène. Finalement, dans Tahar Chériaa, à l’ombre du baobab, de Mohamed Challouf, on dresse le portrait du père du panafricanisme cinématographique. Soulignons qu’une exposition sur le cinéaste-ethnologue Jean Rouch est en plus présentée à la Cinémathèque québécoise pendant le festival.

Du côté de la fiction, vous devez voir la comédie parisienne La Vie de château, de Modi Barry et Cédric Ido. Vous y suivrez l’élégant Charles, chef d’un groupe de rabatteurs embauchés par des salons de coiffure afro pour attirer de nouveaux clients, qui rêve de lancer son propre commerce.

Si vous préférez les drames, I Am Not a Witch, de Rungano Nyoni, est un must. On y raconte l’histoire bouleversante d’une fillette de neuf ans accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières.

Les plus petits et les plus grands apprécieront le film d’animation camerounais Minga et la cuillère cassée, de Claye Edou. Minga, c’est une jeune orpheline qui vit chez une femme acariâtre.

Passionnés d’arts engagés, on vous propose le documentaire Burkinabè Rising, l’art de la résistance au Burkina Faso, d’Iara Lee. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, une communauté d’artistes et de citoyens résiste et demande des changements politiques, de façon pacifique.

Dans Aziz’Inanga, éclipse du clair de lune, d’Alice Aterianus-Owanga, projeté en première internationale, on dresse le portrait de cette influente chanteuse, qui mêlait rythmes traditionnels, jazz et pop. Celle qui a connu la gloire des années 1970 à 1990 est disparue de la scène musicale de façon brutale il y a 20 ans, un mystère que la documentariste tente de percer.

Profitez de votre passage au festival pour vous détendre au Baobar, situé à la Cinémathèque québécoise. Pendant la durée des festivités, vous y trouverez des traiteurs haïtien et africain, des spectacles de musique, ainsi qu’une sélection de courts métrages de réalité virtuelle. Ces films vous plongeront, entre autres, dans un festival d’arts de rue au Ghana et une zone de guerre du Sud-Soudan.

Vues d’Afrique, c’est aussi le Rallye-Expos, un parcours d’arts visuels à découvrir gratuitement un peu partout dans la métropole jusqu’au 30 juin prochain. Ce mois-ci, il vous sera notamment possible de visiter une exposition photo au Consulat général d’Égypte et d’apprécier le talent de photographe du rappeur Samian à La TOHU.

Pour toutes les informations sur le Festival international de cinéma Vues d’Afrique et sa programmation, rendez-vous au : www.vuesdafrique.com

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CRITIQUE DE FLOWER GIRL DE MICHELLE BELLO

Texte : Karine Tessier

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La fleuriste Kemi (Damilola Adegbite) n’en peut plus d’attendre que son petit ami avocat Umar (Chris Attoh) lui demande sa main. Mais voilà, le jeune homme, préoccupé par sa prochaine promotion, ne partage pas les visées romantiques de sa copine. Après une querelle, Kemi fait la connaissance d’un séduisant acteur de cinéma, Tunde (Blossom Chukwujekwu), qui propose de l’aider à reconquérir Umar.

La cinéaste Michelle Bello a rédigé le premier jet du scénario de Flower Girl alors qu’elle étudiait à la maîtrise en communication dans une université américaine. Grande fan de comédies romantiques hollywoodiennes, elle décide d’adapter le genre pour rejoindre les jeunes couples de la classe moyenne de Lagos. Elle confie ensuite son texte à son frère Jigi, qui signera la version finale, sortie dans les salles nigérianes en 2013.

Peuplé de personnages colorés, dont la délicieuse Stella (Bikiya Graham-Douglas), le film a connu un beau succès sur grand écran au Nigéria, là où beaucoup d’œuvres connaissent une courte sortie dans les cinémas, avant d’être lancées en DVD. Il a aussi remporté trois prix aux Nolly Awards 2014, l’équivalent des oscars dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

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Le second long métrage de Michelle Bello, certes, n’impressionne pas par ses prouesses techniques. On y remarque même quelques faux pas en ce qui a trait au montage ou à la bande son. Mais tout amateur de rom coms américaines y trouvera son compte. En effet, l’œuvre emprunte allègrement aux codes hollywoodiens du genre : du potinage entre copines, une héroïne qui subit une métamorphose beauté, des parents qui s’investissent un peu trop dans la vie amoureuse de leurs enfants, des quiproquos à profusion, des secrets mis au jour…

Ajoutons à cela des personnages au look d’enfer, des scènes de fête glamour, des images superbes de Lagos et des stars charismatiques. Ce serait bien dommage de bouder son plaisir devant ce conte de fée moderne.

Le film Flower Girl de Michelle Bello a été présenté au Festival international de cinéma Vues d’Afrique de Montréal dans le cadre d’un partenariat avec la NollywoodWeek de Paris.

Site Web officiel du film : flowergirlthemovie.com

Site Web officiel du Festival international de cinéma Vues d’Afrique : www.vuesdafrique.com

Site Web officiel de la NollywoodWeek de Paris, qui aura lieu du 2 au 5 juin prochains : www.nollywoodweek.com

CRITIQUE DE ITAL EL LAYL (THE NARROW FRAME OF MIDNIGHT) DE TALA HADID

Texte : Karine Tessier

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Des êtres qui cherchent, qui se cherchent. D’abord, un homme (Khalid Abdalla) qui suit la trace de son frère disparu au Maroc, en Turquie, puis en Irak. Et aussi, une fillette orpheline (Fadwa Boujouane) qui multiplie les tentatives pour s’affranchir d’un couple, qui planifie la vendre pour faire un gros coup d’argent (Hocine Choulri et Majdouline Idrissi).

Toute la distribution brille dans Itar el layl, scénarisé et réalisé par Tala Hadid, proposant une interprétation sensible, subtile, où les regards et les petits gestes sont d’une importance cruciale. Fadwa Boujouane, qui n’avait que sept ans au moment du tournage et pour qui c’est le premier film, y est bouleversante.

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Dans cette coproduction Maroc-Royaume-Uni-France, sortie en 2014, beaucoup de silences, infiniment plus évocateurs que les mots, qui n’arriveraient pas à dire tous les secrets gardés enfouis par les protagonistes et à expliquer toutes leurs blessures, dont certaines qui ne nous seront jamais racontées. On capte des bribes de souvenirs, de rêves. On recolle les morceaux de ces personnages brisés, mais résilients.

Ce premier long métrage de fiction de Tala Hadid, également photographe, est empreint de poésie. Les personnages y sont baignés d’une lumière dorée. Quant à la direction photo, elle sublime cette fable cruelle. Une vue d’une grande beauté, qui nous apprend qu’il est parfois essentiel de se perdre pour ensuite trouver le chemin qui nous ramènera à la maison. À voir absolument.

Présenté dans le cadre du Festival international de cinéma Vues d’Afrique à Montréal, Ital el layl est reparti avec une mention spéciale du jury, bien méritée.

Site Web officiel du film : www.thenarrowframeofmidnight.com

Site Web officiel du Festival international de cinéma Vues d’Afrique : www.vuesdafrique.com

CRITIQUE DE LAND RUSH D’OSVALDE LEWAT ET HUGO BERKELEY

Texte : Karine Tessier

Photo: Andrey Diarra

Photo: Andrey Diarra

À la fin du 20e siècle, les prix de la nourriture étaient plutôt stables sur le globe, et la famine déclinait. Mais en 2008, une crise alimentaire est venue bousculer le système en place. Des investisseurs étrangers, venus notamment de Chine, d’Arabie saoudite, de la Corée, ont investi le continent africain, là où se trouvent 60 % de toutes les terres arables de notre planète. Des millions d’hectares. Tout ça, avec la complicité des gouvernements en place, qui y voient une solution aux problèmes économiques de leurs pays respectifs.

Photo: Andrey Diarra

Photo: Andrey Diarra

Au Mali, où 75 % des habitants vivent du travail agricole, les avis divergent. Pour certains fermiers, c’est l’occasion de moderniser leurs techniques et d’offrir des emplois durables aux femmes. Mais pour la majorité, c’est une énième manifestation de l’impérialisme de certaines nations, des années après la décolonisation.

Land Rush est le dernier documentaire de la Camerounaise Osvalde Lewat et du Britannique Hugo Berkeley. Un film choc qui a été diffusé sur plus de 200 chaînes de télé à travers le monde. Un long métrage au propos essentiel, qui nous fait prendre conscience que la solution à cette crise nous appartient aussi, Nord-Américains. Un sujet sombre, qui contraste avec les images lumineuses du Mali, d’une beauté à couper le souffle.

La réalisatrice Osvalde Lewat. Photo: Antoine Tempe

La réalisatrice Osvalde Lewat.
Photo: Antoine Tempe

Le réalisateur Hugo Berkeley. Photo: Eli Cane

Le réalisateur Hugo Berkeley.
Photo: Eli Cane

L’année dernière, à l’occasion de sa 29e édition, le Festival international de cinéma Vues d’Afrique de Montréal a choisi de rendre hommage à Osvalde Lewat. Les cinéphiles de la métropole ont alors pu voir ou revoir ses œuvres marquantes, dont Land Rush.

La cinéaste engagée connaissait déjà bien la métropole puisqu’elle y a séjourné en 2000, le temps d’un stage à l’Institut national de l’image et du son. C’est d’ailleurs ici qu’elle a tourné son premier court métrage, Le calumet de l’espoir, sur le regard que portent les Nord-Américains sur les peuples amérindiens.

Photo: Andrey Diarra

Photo: Andrey Diarra

Osvalde Lewat travaille présentement à son premier film de fiction. En attendant, on peut voir Land Rush sur le site Web de l’organisme à but non lucratif Why Poverty?, qui se sert du septième art pour sensibiliser la population mondiale aux multiples visages de la pauvreté.

Site Web officiel de Why Poverty? : www.whypoverty.net