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CRITIQUE DE LA PIÈCE NE M’OUBLIE PAS, DE TOM HOLLOWAY, MISE EN SCÈNE PAR FRÉDÉRIC DUBOIS

Texte : Julie Baronian

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La Compagnie Jean Duceppe présente, cette saison, Ne m’oublie pas, de l’auteur australien Tom Holloway. Bouleversante et captivante, cette pièce dramatique parle de colère, mais aussi de réconciliation et d’espoir; le tout basé sur un fait historique, méconnu de la majorité de la population.

Gerry (François Papineau) a eu une enfance très difficile. Arraché à sa mère (Louise Turcot) en Angleterre à l’âge de quatre ans, il a été envoyé par bateau en Australie, pour y travailler durement. Aujourd’hui âgé dans la cinquantaine, il est devenu un père alcoolique et violent. Sa fille (Marie-Ève Milot), ayant l’impression que quelque chose de terrible s’est passé dans l’enfance de son père, le confronte. Elle le force à rencontrer le travailleur social d’un organisme (Jonathan Gagnon), qui pourra l’aider à retrouver un membre de sa famille dans son pays d’origine, afin de mieux comprendre son passé, ses blessures.

Gerry découvrira alors que son prénom n’est même pas celui qu’il croyait, et que sa mère n’est pas morte, comme on le lui avait toujours dit. Tandis que sa mère, qui croyait son fils adopté par une bonne famille de Liverpool, découvrira ce qu’il est advenu de lui, en Australie, et tout ce dont il a souffert.

La mise en scène de Frédéric Dubois est classique et le décor est simple: quelques divans autour de la scène, une table de cuisine et des chaises au centre. Mais cette économie de moyens fait ressortir la puissance des mots du texte et les performances formidables de François Papineau et de Louise Turcot, dans les rôles du fils et de la mère. Un jeu d’acteurs très intense et émouvant, tout en nuances.

Photo : Caroline Laberge.

Photo : Caroline Laberge.

Louise Turcot est vraiment bouleversante dans ce rôle de mère fragile et pleine d’espoir, qui n’a cessé de célébrer, chaque année, l’anniversaire de son fils et de rêver à ce qu’il devait être devenu. Mais c’est aussi une mère pleine de colère, menaçante, qui ne se gêne pas pour dire ce qu’elle pense. Et François Papineau, incarnant un homme devenu violent et colérique, réussit à nous laisser entrevoir un côté sympathique et touchant à son personnage, à mesure que celui-ci en apprend davantage sur lui-même, qu’il évolue avec la découverte de son passé.

Photo : Caroline Laberge.

Photo : Caroline Laberge.

En plus de raconter l’histoire d’un drame familial terrible, Ne m’oublie pas est basée sur un fait historique peu connu. Les British Home Children, ce sont plus de 100 000 enfants de trois à 18 ans, provenant de milieux défavorisés, que le gouvernement britannique, soutenu par l’Église, a envoyés dans des pays de l’empire britannique, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, entre 1869 et 1968. Certains d’entre eux étaient orphelins; d’autres étaient arrachés à leur famille. Envoyés par bateau, frères et sœurs séparés, pour servir de travailleurs bon marché dans les colonies, ces enfants étaient maltraités et exploités.

10 à 12 % de la population canadienne seraient descendants de ces enfants britanniques exilés, soit environ quatre millions de personnes, dont 8 000 Québécois. John James Rowley, père de l’épouse de Jean Duceppe, et grand-père de sept enfants – dont Gilles, Monique et Louise Duceppe, tous impliqués dans la Compagnie – était l’un de ces British Home Children.

Photo : Caroline Laberge.

Photo : Caroline Laberge.

L’auteur Tom Holloway, né en Tasmanie, est l’une des principales nouvelles voix du théâtre australien. Ses œuvres ont été plusieurs fois récompensées et mises en scène en Australie et à l’étranger. Bien que l’histoire de la pièce se déroule en Australie et en Angleterre, la traduction de Fanny Britt, en québécois très moderne, jurons inclus, rapproche de façon intrinsèque les spectateurs québécois de ce drame. Il est aussi facile de faire une analogie entre les British Home Childen et les Orphelins de Duplessis ou encore les pensionnats autochtones, au Québec, en ce qui concerne les enfants maltraités, exploités et assimilés.

Photo : Caroline Laberge.

Photo : Caroline Laberge.

Mais loin d’être une pièce politique ou documentaire, Ne m’oublie pas est plutôt intimiste. Elle raconte ce que peuvent avoir vécu et ressenti les victimes, autant les parents, à qui les enfants furent enlevés par le gouvernement, que les enfants qui ont été arrachés à leur famille. À travers l’histoire de Gerry et de sa mère, cette pièce donne aux victimes de cette tragédie la parole qu’ils n’ont jamais eue, pour qu’on comprenne leur colère, leur ressentiment, leur souffrance. Ne m’oublie pas nous donne envie d’en apprendre davantage sur ce pan méconnu de notre histoire, qui ne doit pas rester oublié. Mais surtout, il s’agit d’une pièce dramatique qui touche droit au cœur. Définitivement une pièce à ne pas manquer cette saison.

Ne m’oublie pas, une traduction de Fanny Britt de la pièce Forget Me Not de Tom Holloway, dans une mise en scène de Frédéric Dubois, est présentée du 15 février au 25 mars 2017 au Théâtre Jean-Duceppe, à la Place des Arts.

Pour toutes les informations : duceppe.com/a-l-affiche/ne-moublie-pas

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CRITIQUE DE LA PIÈCE LES HÉROS, DE GÉRALD SIBLEYRAS, MISE EN SCÈNE PAR MONIQUE DUCEPPE

Texte : Julie Baronian

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Le rideau s’ouvre sur la terrasse d’un hospice pour anciens combattants, surplombée d’un arbre majestueux. L’histoire se passe en France, en 1959. Il y a Philippe, peureux et un peu paranoïaque. Il y a Gustave, vieux grincheux et un peu fou. Et il y a Henri, vieux garçon éclopé, un peu poète, mais le plus réaliste des trois.

Photo : Carole Laberge.

Photo : Carole Laberge.

Incarnés par trois comédiens chevronnés dont la réputation n’est plus à faire, Marc Legault, Guy Mignault et Michel Dumont, ces trois amis, vétérans de la Première Guerre, se racontent leurs souvenirs, se plaignent de leur infirmière, se disputent, discutent… Et surtout, comme trois petits garçons dotés d’une imagination débordante, ils rêvent et élaborent des plans pour s’évader de l’hospice. Ce sera rien de moins que le projet insensé d’un voyage en Indochine, puis une simple proposition de pique-nique, pour finir avec une escapade au sommet de la colline, « là où le vent souffle sur les peupliers ». Mais rien n’est gagné d’avance pour nos trois héros… Philippe s’évanouit constamment, à cause d’un éclat d’obus logé dans son crâne; Gustave veut absolument apporter avec lui son ami, soit une lourde statue de chien en pierres; et Henri se déplace difficilement, à l’aide d’une canne. Partiront-ils vraiment, malgré toutes les difficultés? Ou le seul fait de faire des projets, en rêvant d’autre part, les tiendrait-ils tout simplement en vie?

Photo : Carole Laberge.

Photo : Carole Laberge.

Les trois comédiens sont excellents, dans cette mise en scène de Monique Duceppe, qui a opté pour la sobriété, avec une attention portée sur le jeu des acteurs. Le magnifique décor de la terrasse en pierres, recouverte de végétation, est de Normand Blais. Et les douces mélodies de Christian Thomas ajoutent à la beauté et à l’émotion.

L’auteur, Gérald Sibleyras, dramaturge et scénariste français, a écrit de nombreuses pièces, qui ont été nommées plus d’une fois aux Molières et qui sont jouées et traduites dans plusieurs pays. Ce qui l’amuse, dit-il, « c’est de choisir un sujet plutôt dramatique et d’en faire une comédie ».

Photo : Carole Laberge.

Photo : Carole Laberge.

En effet, on est loin de tomber dans la tristesse avec cette histoire. On rit, beaucoup. On est attendris aussi. Les Héros est définitivement une pièce drôle et touchante. On ne peut que se laisser émouvoir par ces trois vieux malcommodes liés d’une amitié forte et complice, mais ô combien attendrissants. Le spectacle fait également réfléchir. Conscient que le temps file à une vitesse effarante, confronté à notre propre mort, on sort de la salle avec plusieurs questions en tête. Sur la vie, les rêves, le bonheur, les regrets.

La pièce Les Héros, une adaptation de Michel Dumont de l’œuvre Le Vent des peupliers de Gérald Sibleyras, dans une mise en scène de Monique Duceppe, est présentée du 15 décembre 2016 au 4 février 2017 au Théâtre Jean-Duceppe.

Pour toutes les informations : duceppe.com/a-l-affiche/les-heros