Articles Tagués ‘Montréal’

Texte : Catherine Gignac

Spectaculaires, colorées, fantasmagoriques, elles frappent l’imagination. Dans les années 1880 à 1930, elles sont placardées sur les murs de toutes les grandes villes.

Les affiches publicitaires de l’âge d’or de la magie ensorcellent le regard par leurs couleurs, leur beauté, leur folie. Une attirance toute naturelle que l’être humain entretient depuis toujours envers le mystère et l’inconnu. Inspirées des arts du théâtre et du cirque, ces annonces mettent en scène Houdini, Thurston, Carter et d’autres grands magiciens. Cent ans plus tard, elles continuent de captiver l’œil moderne et sont désormais considérées comme des œuvres d’art.

Le Musée McCord vous invite à découvrir ces affiches issues de l’âge d’or de la magie à travers son exposition Illusions – L’Art de la magie, présentée jusqu’au 7 janvier 2018. Ces publicités géantes proviennent de la collection Allan Slaight, l’une des plus vastes au monde sur le thème de la magie. Une centaine d’œuvres sont exposées, dont des affiches, des documents, des livres rares et certains objets ayant appartenu à des magiciens de renom. Les véritables menottes utilisées par Houdini lors de ses spectacles pourront d’ailleurs être contemplées par le public.

Dans cette immersion au cœur de la magie, le visiteur est invité à déambuler à travers cinq pièces. Chacune d’entre elles présente un type d’illusion différent : apparition et disparition, décapitation, lévitation, évasion et mentalisme. À travers chacun de ces types d’illusion, les thèmes du spiritualisme, de l’orientalisme et de la transmission du savoir sont explorés.

On s’interroge également sur le rôle de la femme dans le monde de la magie. Plus souvent qu’autrement, elle sert d’assistante au magicien; c’est elle que l’on décapite, que l’on scie en deux. On lui attribue toutefois des pouvoirs divinatoires, et certaines magiciennes parviennent à se démarquer dans l’univers du mentalisme.

Assemblage de miroirs, château de cartes géant, ambiance sonore mystérieuse, extraits cinématographiques : tout y est pour créer une atmosphère sensorielle des plus captivantes. Au début du parcours, la technique d’apparition et de disparition, aussi connue sous le nom de « fantôme de Pepper », est dévoilée d’emblée. Ne serait-ce que pour enfin comprendre ce tour utilisé par tant de grands magiciens, une visite au Musée McCord s’impose.

L’exposition Illusions – L’Art de la magie est présentée au Musée McCord de Montréal du 26 mai 2017 au 7 janvier 2018 et s’adresse à tous les groupes d’âge. À compter de l’automne, des ateliers, des conférences et des activités éducatives seront organisés.

Pour toutes les informations sur l’exposition : www.musee-mccord.qc.ca/fr/expositions/magie

CRITIQUE DE LA PIÈCE LA VAGUE PARFAITE, DE GUILLAUME TREMBLAY ET OLIVIER MORIN, MISE EN SCÈNE PAR GUILLAUME TREMBLAY

Texte : Karine Tessier

En 2016, à l’affiche au Théâtre Espace Libre, puis au Théâtre Aux Écuries, La Vague parfaite avait cartonné. Présentée à guichet fermé dans les deux salles, la pièce avait ravi à la fois le public et les critiques. Le Théâtre du Futur complète cet été son tour du chapeau en présentant son opéra surf au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, dans le cadre des festivités entourant le 375e anniversaire de Montréal.

Photo : Toma Iczkovits.

Quelque part entre demain et dans 100 ans, sur l’île de Tahiti, une dizaine de jeunes athlétiques et bronzés coulent des jours heureux. Une existence de rêve faite de jus verts, de yoga, de surf et de polyamour. Mais leur vie n’est pas sans défi! En effet, les membres des deux clans, les Cools et les Wannabes, multiplient les efforts pour atteindre le sommet de la hiérarchie du groupe.

Les changements climatiques ayant déréglé la planète, on annonce l’arrivée prochaine d’un tsunami, que nos joyeux surfeurs considèrent comme la vague parfaite, sorte de Saint Graal pour les amateurs de planche. Ils y voient l’occasion idéale pour réaliser l’exploit d’une vie et, ainsi, atteindre le plus haut niveau de coolness.

Photo : Toma Iczkovits.

Lorsque le raz-de-marée déferle sur leur paradisiaque île du Pacifique, certains perdent la vie, alors que les autres trouvent refuge sur un radeau construit avec des planches de surf. Est-ce la fin de l’espoir pour ces demi-dieux, comme « un sandwich au beurre de peanuts de quelqu’un allergique au beurre de peanuts »? Ou trouveront-ils asile dans un autre pays ou même sur Tahi Slande 3D, une bulle en verre?

En 2012, le Théâtre du Futur nous avait offert sa première production, un opéra rock désopilant sur le controversé expert en marketing Clotaire Rapaille. Dès le départ, Guillaume Tremblay, Olivier Morin et l’auteur-compositeur-interprète Navet Confit ont choisi de créer des œuvres critiquant de façon acerbe la société dans laquelle nous vivons, le tout enrobé d’un humour aussi absurde que délicieux.

Photo : Toma Iczkovits.

La Vague parfaite ne fait pas exception. Dans ce délire irrévérencieux, on se moque allègrement de ces douchebags trop occupés à se regarder le nombril pour se préoccuper des autres habitants de leur île ou des conséquences des changements climatiques. On se paie la gueule de ceux qui misent tout sur l’apparence et la branchitude. Et on observe avec sarcasme une société qui voue un culte à la performance, tout en faisant l’apologie du mieux-être et de la relaxation. Une fable d’anticipation, certes, mais dans laquelle on se reconnaît tous au moins un petit peu.

Photo : Toma Iczkovits.

Derrière ce bordel hautement jouissif, se cache une démarche artistique aussi riche que rigoureuse. Les rôles principaux sont incarnés par des interprètes lyriques à la technique impeccable, qui chantent, en plusieurs langues, avec une intensité dramatique des textes déjantés, ponctués de « dudes » et de propositions grivoises. Le tout sur des mélodies complexes, magnifiques, jouées sur scène par le talentueux Philippe Prud’homme.

Photo : Toma Iczkovits.

À l’instar des opéras plus traditionnels, des surtitres sont projetés sur un écran, afin de traduire les chansons. Un procédé qui, entre les mains de ces comiques créateurs, ne sera qu’un moyen de plus de faire rigoler le public. Et ce n’est qu’une des références aux productions lyriques que l’on retrouve dans La Vague parfaite. Les auteurs du spectacle, se donnant comme mission de décloisonner l’opéra, s’en sont donné à cœur joie, comparant le sommeil des personnages sur le radeau « au deuxième acte à l’Opéra de Montréal » et projetant sur une planche de surf le visage de Marc Hervieux, qui surmonte un corps aux abdominaux d’acier.

Photo : Toma Iczkovits.

La dernière production du Théâtre du Futur propose au public montréalais le mélange idéal pour la saison d’été : un humour osé, des airs irrésistibles, des artistes de talent, ainsi qu’une réflexion pertinente sur les travers du monde dans lequel on vit. Si vous n’avez pas assisté à l’une des représentations de cette pièce en 2016, c’est votre chance. Allez, laissez-vous emporter par la vague!

La Vague parfaite, de Guillaume Tremblay et Olivier Morin, mise en scène par Guillaume Tremblay, est présentée les 20 et 21 juin, puis les 6, 7, 9 et 10 juillet, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal.

Pour toutes les informations : www.theatredaujourdhui.qc.ca/vagueparfaite

 

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CRITIQUE DE LA PIÈCE LES LAISSÉS POUR CONTES, D’UN COLLECTIF D’AUTEURS, MISE EN SCÈNE PAR VALÉRIE LE MAIRE

Texte : Karine Tessier

Des histoires qui auraient pu nous arriver, à vous comme à moi. Des gens ordinaires, qui deviennent chacun à leur façon des héros extraordinaires. Des personnages qui prennent leur courage à deux mains pour s’affirmer, exiger le respect, confier leurs regrets, défricher des terrains jusqu’ici inexplorés au fond d’eux-mêmes, dénoncer des événements tragiques.

Le courage, c’est le thème de la cinquième édition des Laissés pour contes, une pièce présentée du 16 au 27 mai 2017 aux Ateliers Jean-Brillant, dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Suite à un appel de textes, sept contes urbains ont été sélectionnés et sont joués devant public dans un spectacle déambulatoire. La mise en scène de Valérie Le Maire privilégie la proximité entre l’assistance et les acteurs. Le public, séparé en petits groupes, visite les « ruelles des contes », dans lesquelles se retrouvent sept univers multisensoriels. Le sculpteur Jean Brillant signe la scénographie de l’œuvre, élaborée à partir de sa collection de sculptures, faites de matériaux naturels et industriels.

Le comédien David Bélanger, dans le conte « Madeleine », de Marianne Moisan. Photo : Thomas L. Archambault.

Dans Madeleine, de Marianne Moisan, un jeune homme (David Bélanger), nous raconte l’histoire de Madeleine, une cliente régulière au dépanneur où il bosse. Une femme qui rêvait de faire fortune. Entre une bouchée de croustilles et une rasade de boisson gazeuse, le jeune spécule sur ce qui a bien pu arriver à Madeleine, qui s’est mystérieusement mise à changer. Aurait-elle finalement remporté le gros lot? Un conte sur la foi, mais également la peur du changement, qui nous fait prendre conscience que c’est souvent le fait même de rêver qui nous rend heureux, et non la réalisation de nos souhaits les plus fous.

La comédienne Tania Kontoyanni dans le conte « Bleu Néon », de Pierre-Marc Drouin. Photo : Thomas L. Archambault.

La création de Pierre-Marc Drouin, Bleu néon, met en vedette Tania Kontoyanni (magnifique, avec une performance toute en subtilité). Ce soir, Laurence a un rancard avec un homme qui lui plaît beaucoup. Mais elle hésite. Avant de sortir, elle nous raconte la soirée de son anniversaire, il y a trois ans, alors qu’elle attendait une amie en sirotant un cocktail dans un bar miteux. Et sa rencontre, fulgurante, avec un bel et sombre inconnu. Si la soirée a d’abord pris des airs de flirt sensuel, elle s’est terminée dans l’horreur. Laurence a été violée. Une expérience traumatisante et humiliante qui l’a brisée. Un conte bien d’actualité, alors que les initiatives pour dénoncer la culture du viol et expliquer le consentement sexuel se multiplient au Québec, mais aussi à l’étranger.

La comédienne Carmen Sylvestre, dans le conte « Un temps avant la nuit », de Pierre Chamberland. Photo : Thomas L. Archambault.

Un de nos coups de cœur de la soirée : la merveilleuse Carmen Sylvestre, dans Un temps avant la nuit, de Pierre Chamberland. Dans le rôle de Marguerite, une vieille dame « parkée » dans un CHSLD par un de ses fils, la comédienne est infiniment touchante. Assise dans un fauteuil roulant suspendu à de lourdes chaînes, la femme révèle des parcelles de sa vie : son mariage avec son beau Marcel, la naissance de ses deux enfants, ses vacances au bord de l’eau. Des souvenirs doux qui contrastent avec les conditions navrantes dans lesquelles elle survit. Une prise de conscience implacable sur la perte de la dignité des aînés, dans une société où règnent en maîtres la performance et la productivité.

La comédienne Andréanne Théberge, dans le conte « Lucie-aux-phobies », de Marie-Ève Charbonneau. Photo : Thomas L. Archambault.

Lucie travaille dans un bureau. Elle a peur des autres. Quand sa psychologue lui suggère de sortir de sa zone de confort, la jeune femme se dit que le party de bureau de la période des Fêtes est l’occasion idéale pour commencer à déployer ses ailes. La soirée ne se déroulera pas tout à fait comme prévu. Après un dur réveil dans les toilettes de l’entreprise, la mine déconfite et la tête dans le brouillard, Lucie reprendra le contrôle de sa vie. Dans Lucie-aux-phobies, de Marie-Ève Charbonneau, la charmante Andréanne Théberge incarne une fille parfaite dans son imperfection, et surtout hyper attachante. Entourée d’une cinquantaine de classeurs métalliques rouillés, éclairés de l’intérieur, Lucie raconte ses petits et grands malheurs, mais non sans une bonne dose d’humour.

Le comédien Maxim Gaudette dans le conte « Christine », de Jean B. Couvrette. Photo : Thomas L. Archambault.

Dans une petite pièce remplie de casiers, qui évoque un vestiaire sportif, arrive un jeune homme (Maxim Gaudette), qui s’excuse de son retard. C’est qu’il a rencontré Christine, son amour de jeunesse, celle qui faisait battre son cœur quand il avait six ans. Puis, d’autres souvenirs déboulent. Les moments passés avec ses camarades de hockey à l’aréna. Ou dans la voiture, avec l’entraîneur. Tout jeune, il sentait bien que quelque chose ne tournait pas rond dans la vie de son ami. Les années ont passé, et il a compris. En dévoilant des secrets enfouis depuis trop longtemps, le personnage de Christine, de Jean B. Couvrette, se confie sur sa culpabilité, ses regrets de n’avoir pas fait davantage pour sauver son coéquipier des griffes de son agresseur. Un texte qui sert à merveille Maxim Gaudette, un acteur intense qu’on ne se lasse pas de voir au petit écran, au cinéma ou sur les planches.

La comédienne Véronique Pascal dans le conte « Mémoires », de Marie-Pascale Picard. Photo : Thomas L. Archambault.

Mémoires, de Marie-Pascale Picard, est un cri du cœur pour que la société accorde la dignité et le respect auxquels ont droit les membres des Premières Nations, dont plusieurs subissent, encore aujourd’hui, les conséquences des horreurs vécues dans les pensionnats autochtones. Une jeune métisse raconte la disparition de sa mère et les tentatives de sa grand-mère pour la retrouver dans les rues de la métropole. La comédienne Véronique Pascal livre son texte, cru et nécessaire, appuyée à La Fleur de macadam, une sculpture imposante, taillée dans l’acier et la pierre. Une création qui fait écho à la force de ces femmes, à leur résilience à toute épreuve.

La comédienne Ève Pressault dans le conte « Un pick-up pour quekpart », de Maryse Latendresse. Photo : Thomas L. Archambault.

Pour clore le spectacle, un conte plus léger, bien qu’il aborde la question du deuil d’un parent. Un pick-up pour quekpart, de Maryse Latendresse, c’est l’histoire d’un adolescent et de ses deux petites sœurs, qui, un soir, empruntent en secret le camion de leur beau-père pour se rendre à Montréal. Un road trip nocturne pour voir les feux d’artifice, sorte de signe que leur père disparu est toujours là, avec eux. Un joli texte interprété par la comédienne Ève Pressault.

Vous n’avez pu assister à l’une des représentations des Laissés pour contes cette année? Vous pouvez toujours faire la lecture des sept histoires en vous procurant le recueil sur le site de Coïncidences Productions.

www.coincidencesproductions.com/leslaissespourcontes.com

 

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Texte : Véronique Bonacorsi

Le président Charles de Gaulle, Montréal, juillet 1967, de Harry Benson.

Dire la vérité : telle est la mission que s’est donnée le photographe Harry Benson, tout au long de ses six décennies de carrière. Ce don pour capter l’honnêteté spontanée de ses sujets – qu’ils soient musiciens, politiciens ou monarques – a rendu légendaires les portraits de Benson. Une cinquantaine de ces photographies sont présentement rassemblées à la Galerie Got Montréal pour une exposition-vente, la première au Québec, inaugurée en avril dernier en présence de l’artiste.

Arriving, New York, 1964, photo des Beatles de Harry Benson.

De sa ville natale de Glasgow, en Écosse, Harry Benson avait l’ambition de parcourir le monde en tant que journaliste-photographe. Son voyage prévu dans le continent africain en ébullition politique n’a cependant pu se réaliser : Benson fut envoyé suivre la tournée américaine de la nouvelle sensation musicale de l’heure, un petit groupe rock dénommé… The Beatles. D’abord réticent à l’idée de couvrir un sujet si people, le photographe réalisa assez rapidement l’ampleur du phénomène qu’était en train de devenir le quatuor.

Les présidents John F. Kennedy et Charles De Gaulle, Paris, 1961, de Harry Benson.

Ce projet inouï, combiné à une habileté à mettre les gens à leur aise, a indéniablement permis à l’Écossais de percer l’intimité d’une longue liste de célébrités par la suite : Michael Jackson, Sophia Loren, Barack Obama, la reine Elizabeth II… Ses photos ont orné les parutions de LIFE, Forbes, Newsweek, Paris Match, Time et Vanity Fair. L’an dernier, le photographe a fait l’objet d’un documentaire, intitulé Harry Benson : Shoot First. Puis, il a été récompensé en avril par l’International Center of Photography de New York pour l’ensemble de son oeuvre.

The Beatles et Cassius Clay (Muhammad Ali), Miami, février 1964, de Harry Benson.

L’exposition Harry Benson : Personnes d’intérêt offre une poignée de clichés, imprimés sur papier d’archive, de l’impressionnante œuvre de l’artiste. Bien sûr, nous y retrouvons surtout des moments croqués de la tournée de John, Paul, George et Ringo, incluant la fameuse bataille d’oreillers. On peut aussi admirer un Muhammad Ali concentré ou taquin. Un Charles de Gaulle serrer des mains, cet inoubliable jour de 1967, à Montréal. Et le regard percutant d’une Amy Winehouse qui bouleverse. Loin de l’insipidité des clichés de paparazzi des magazines à potins, chaque photographie de Harry Benson a su éterniser l’essence des grands.

Amy Winehouse, London, 2007, de Harry Benson.

L’exposition-vente est présentée du 28 avril au 28 mai 2017 à la Galerie Got Montréal. Acheteurs potentiels, sachez que les prix affichés se chiffrent entre 7 000 à 26 000 dollars, et que les autres ne sont révélés que sur demande.

Installée dans le Vieux-Montréal depuis plus d’un an, la Galerie Got Montréal est la plus récente galerie de Frédéric Got. La première, fondée en 1991, se trouve à Barbizon, en France. Ces galeries permettent à leurs visiteurs de découvrir l’art contemporain d’artistes de tout acabit.

Site Web officiel de la Galerie Got Montréal : www.galeriegotmontreal.com

Site Web officiel du photographe Harry Benson : www.harrybenson.com

Texte : Karine Tessier

« Flower 5 », de la série Specimen, de Zachari Logan (2016).

Du 21 au 23 avril, l’Arsenal, Art contemporain, à Montréal, sera pris d’assaut par les amateurs d’art, collectionneurs, professionnels et les curieux dans le cadre de la 10e édition de Papier, la plus grande foire d’art contemporain au Québec. L’occasion idéale de découvrir le travail de 300 artistes, représentés par 39 galeries canadiennes, de débuter ou d’enrichir sa collection personnelle, et d’assister à des visites guidées et tables rondes.

À l’approche de cet événement festif, Fragments Urbains a posé quelques questions à trois galeristes de la métropole, pour en apprendre plus sur leur métier et avoir un avant-goût de ce qu’ils présenteront au public lors de Papier 17.

« Fusillade d’ivoire », de Laurence Vallières (2016).

Galerie Station 16

Entrevue avec Amanda Brownridge, directrice des communications et historienne d’art.

Depuis quand Galerie Station 16 participe-t-elle à la foire Papier?

Normalement, pour participer à des foires, une galerie doit exister depuis quelques années. Nous sommes présents à l’événement depuis deux ans, maintenant.

L’impact de Papier est-il facilement perceptible sur les affaires de votre galerie?

La foire permet de rejoindre un public différent de celui qu’on attire généralement. Elle nous permet d’exposer et d’être vus par des collectionneurs autant montréalais que du reste du Canada.

Pour beaucoup de visiteurs, c’est la première fois qu’ils entendent parler de notre travail. Certaines personnes sont étonnées de nous voir dans un tel événement. C’est un choc pour elles, mais un bon choc! D’ailleurs, l’an dernier, beaucoup de gens sont partis directement de Papier 16, dans le Vieux-Port, pour se rendre voir nos œuvres à la galerie, sur le boulevard Saint-Laurent.

Qu’allez-vous proposer aux amateurs d’art et aux curieux pour l’édition 2017?

Sera présenté le travail d’Alan Ganev (qui expose également à la galerie jusqu’au 6 mai 2017), de Jef Aérosol, de Laurence Vallières, de Mr. Brainwash, de Stikki Peaches et de Whatisadam.

Quelle place occupent les médias sociaux pour une galerie d’art contemporain en 2017?

Puisque nous sommes spécialisés en street art, nous sommes très actifs sur Instagram. Je suis toujours fascinée par le nombre de clients qu’on peut y trouver. Je dirais même qu’on entre dans une époque de post-street art, puisqu’il n’est même plus nécessaire de se déplacer pour admirer des œuvres! On peut le faire entièrement en surfant sur Internet!

Beaucoup de nos ventes se font aux États-Unis et en Europe, par le biais du Web. Nous utilisons même Facebook Live pour que nos fans à l’étranger puissent assister, à distance, à nos vernissages.

Galerie Station 16, fondée en 2008, est une galerie d’art urbain, présentant des œuvres influencées par la culture pop, le graffiti et le street art.

www.station16gallery.com

« Sans titre », de la série Hors-piste, de Normand Rajotte (2015).

Galerie Trois Points

Entrevue avec Marie-Christine Dubé, directrice adjointe.

Depuis quand la Galerie Trois Points participe-t-elle à la foire Papier?

Depuis la toute première édition. En 2007, le marché local a vécu un gros questionnement. On s’est demandé comment aller chercher de la visibilité et une nouvelle clientèle. Pour l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC), qui organise Papier, c’était un passage obligé pour Montréal et le milieu des arts visuels d’avoir leur propre foire d’art contemporain. Les grands pôles tiennent toujours ce genre d’événement incontournable.

L’impact de Papier est-il facilement perceptible sur les affaires de votre galerie?

Pour la Galerie Trois Points, la meilleure année a été 2016, en termes de chiffre de ventes. Près de 50 % des gens qui ont acquis de nos œuvres à la foire étaient de nouveaux clients.

Évidemment, c’est une foire commerciale. Les galeries y sont présentes pour vendre. Mais les transactions sont effectuées de façon plus décontractée, plus accessible. On peut y rejoindre un plus vaste auditoire, discuter avec les visiteurs. Souvent, les artistes y sont aussi présents.

Tout ça permet de briser cette espèce de facteur intimidant, qui peut empêcher certaines personnes de pousser les portes des galeries le reste de l’année. C’est une préoccupation de plus en plus pour les galeries, plus que les œuvres elles-mêmes et leur prix.

Qu’allez-vous proposer aux amateurs d’art et aux curieux pour l’édition 2017?

Les artistes que nous avons sélectionnés cette année sont Elmyna Bouchard, Sylvain Bouthillette, Evergon, Milutin Gubash, Anne-Renée Hotte, Mathieu Lévesque, Natalie Reis et Mario Côté.

Aussi, à chaque édition de Papier, nous essayons d’avoir un invité. Pour nous, c’est important. Une foire, c’est le prétexte idéal pour tester différents marchés. Cette année, il s’agit d’Olivia McGilchrist. D’ailleurs, dès le 6 juin, à la Galerie Trois Points, nous proposerons une exposition duo de Mario Côté et Olivier McGilchrist, à qui nous avons donné carte blanche.

Le comportement des acheteurs lors d’une foire est-il différent de celui de ceux qui visitent une galerie?

Complètement! Souvent, les visiteurs d’une foire ont prévu faire un achat. Ils se font un budget au préalable.

Le modèle des galeries est appelé à évoluer depuis une dizaine d’années. On repense les façons de faire les choses, de rejoindre les gens. On est de plus en plus dans l’instantanéité, les médias sociaux. À Papier 16, l’année dernière, nous avons même finalisé quelques transactions par messages textes!

Galerie Trois Points a été fondée en 1988 par trois amoureux des arts… d’où les « trois points ».

galerietroispoints.com

« For Whom You Build », de Mitch Mitchell, (2014 – en cours).

Galerie Robert Poulin

Entrevue avec Robert Poulin, propriétaire et sculpteur de formation.

Depuis quand votre galerie participe-t-elle à la foire Papier?

Nous y sommes depuis 2010. Pour moi, l’événement est essentiel! Il apporte à ma galerie de la visibilité et une nouvelle clientèle. Les gens se rendent de moins en moins dans les galeries. Si on ajoute le prix des loyers, les taxes, les problèmes de circulation, ça devient de plus en plus difficile.

Papier 16, l’an dernier, a été un succès pour nous en termes de ventes. Et le nombre de transactions est croissant d’année en année.

Qu’allez-vous proposer aux amateurs d’art et aux curieux pour l’édition 2017?

Je défends les œuvres que j’aime ou que j’achète personnellement. Les discours, les C.V., je n’y crois absolument pas! Ce qui m’intéresse, c’est le travail de la main.

Le public de Papier 17 pourra découvrir le travail de Daniel Erban, Adrian Williams, Balint Zsako, Marc Leduc, Osvaldo Ramirez-Castillo, Shaun Morin, Nathan Alexis Brown et Henriette Valium.

Galerie Robert Poulin est un espace dédié aux œuvres qui montrent une filiation avec l’art brut, underground, la bande dessinée et l’univers Lowbrow.

galerierobertpoulin.com

« The Goose Wife and Her Children », de Ningeokuluk Teevee (2015).

Papier 17, du 21 au 23 avril 2017 à l’Arsenal, Art contemporain, à Montréal.

Pour toutes les informations : papiermontreal.com

Pour en apprendre plus sur la foire Papier 17, ainsi que sa programmation, c’est ici.

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Texte : Karine Tessier

Papier 16. Photo : Jean-Michael Seminaro.

L’an dernier, 17 000 visiteurs avaient envahi le Hangar 16, dans le Vieux-Port de Montréal, pour visiter la plus importante foire d’art contemporain au Québec, Papier 16. L’événement d’envergure avait alors généré des ventes dépassant le million de dollars.

Papier 16. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Ce printemps, du 21 au 23 avril, les amateurs d’art, collectionneurs, professionnels et les curieux se donnent rendez-vous à l’Arsenal, Art contemporain, dans le quartier Griffintown, un ancien chantier naval fondé en 1853, pour découvrir le travail de 300 artistes, représentés par 39 galeries canadiennes.

Papier 16. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Papier 17, la 10e édition de cette fête dédiée au médium du papier, ouvre non seulement ses portes gratuitement à tous les intéressés, mais on peut également s’y porter acquéreur d’œuvres à des prix plus accessibles que ce qu’on peut généralement voir à l’intérieur des murs des galeries.

Papier 16. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Bien plus qu’un lieu d’exposition et de vente, la foire se veut un lieu d’échange et d’éducation. Des visites guidées y sont offertes tous les jours. À ne pas manquer, les tables rondes, qui seront pour la première fois enregistrées et rediffusées sur les plateformes Web de Papier 17. Les présentations vous aideront à démystifier l’art thérapie, comprendre les enjeux du marché de l’art au Canada, vous feront réfléchir sur l’art numérique et la performance dans les musées, en plus de vous présenter le métier de galeriste.

Papier 17, du 21 au 23 avril 2017 à l’Arsenal, Art contemporain, à Montréal.

Pour toutes les informations : papiermontreal.com

Pour lire nos entrevues avec trois galeristes présents à Papier 17, soit Galerie Station 16, Galerie Trois Points et Galerie Robert Poulin, c’est ici.

Papier 16. Photo : Jean-Michael Seminaro.

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CRITIQUE DE LA PIÈCE ANTIGONE AU PRINTEMPS, DE NATHALIE BOISVERT, MISE EN SCÈNE PAR FRÉDÉRIC SASSEVILLE-PAINCHAUD

Texte : Karine Tessier

D’abord, la voix cristalline de Mykalle Bielinski. Une envolée vocale bouleversante qui annonce déjà la tragédie qui nous sera racontée. Puis, s’amènent nonchalamment trois frères et sœur de 20 ans, Étéocle (Xavier Huard), Polynice (Frédéric Millaire-Zouvi) et Antigone (Léane Labrèche-Dor), qui se remémorent leur enfance au chalet, au bord de la rivière Éternité. Des souvenirs caressants qui font vite place à une mémoire amère, alors que les jeunes sont devenus la cible de moqueries, fruits de l’inceste entre leurs parents Jocaste et Œdipe.

Devenus adultes, dans un Montréal fictif où tonne la révolte populaire, Étéocle, Polynice et Antigone doivent prendre parti. Le premier joint les rangs des forces de l’ordre, menées par le corrompu Créon, qui réprime toute protestation au nom de la prétendue paix sociale. Les deux autres sont avec le peuple. Lors d’une émeute, les frères se battent, et Polynice meurt. Sa dépouille devient une pièce à conviction pour les autorités, qui souhaitent incriminer les protestataires.

Photo : Francis Sercia.

Présentée du 4 au 22 avril 2017 à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, Antigone au printemps est une production de la jeune compagnie Le Dôme – créations théâtrales, fondée il y a deux ans. En se regroupant, Nathalie Boisvert, Frédéric Sasseville-Painchaud et Olivier Sylvestre se sont donné comme mission de réenchanter le monde, de proposer une parole qui incite l’humain à reprendre son destin, individuel et collectif, en main. Là où s’arrête la raison, l’espoir, l’émotion et le rêve animent l’homme.

Lorsqu’elle écrit, Nathalie Boisvert s’inspire beaucoup de ce qui défraie les manchettes : les manifestations du printemps 2012 au Québec, les centaines d’oiseaux retrouvés morts, notamment aux États-Unis et en Italie, la même année. Pour ce nouveau spectacle, elle a choisi d’ancrer dans l’actualité les personnages de la pièce de Sophocle. L’héroïne, née à l’Antiquité, est intemporelle. Alors que les hommes combattent, elle se tient debout, seule, le poids du monde sur ses épaules. Il est souvent plus aisé d’éviter le débat et de rester dans le rang. Antigone, elle, affirme que, parfois, il faut savoir dire non, enfreindre la loi pour servir la justice. L’histoire de toutes les révolutions. L’œuvre, d’abord un récit sur le rapport au pouvoir, aborde également des thèmes universels : la liberté, les droits humains, la corruption, la famille, la solitude. Ce qui en fait bien plus qu’un spectacle politique.

Photo : Francis Sercia.

Pour mettre en scène ce texte lucide, les deux complices de Nathalie Boisvert au Dôme – créations théâtrales, Frédéric Sasseville-Painchaud, assisté d’Olivier Sylvestre. Ceux-ci ont placé les acteurs dans un décor tout de roche et de bitume. Percutants, Huard, Millaire-Zouvi et Labrèche-Dor déclament leurs lignes comme on le ferait avec un manifeste. Une abondance de mots livrés par moments telle une pétarade, ce qui fait écho au tumulte qui se produit dans ce Montréal fictif. Une poésie théâtralisée au rythme haletant, qui laisse à peine au spectateur le temps de reprendre son souffle.

Photo : Francis Sercia.

 

La scénographie, signée Xavier Mary, se veut toute horizontale, linéaire. Comme une ligne du temps qui lie les événements du passé, du présent et de l’avenir. Puisque, oui, le combat n’est pas sans appel. Les créateurs d’Antigone au printemps suggèrent l’espoir, alors que filtre à maintes reprises la lumière sur cette scène plongée dans la pénombre. De très beaux éclairages réalisés par Chantal Labonté.

Photo : Francis Sercia.

Dans cet ensemble sombre, la distribution apparaît telle une armée de soldats de plomb, qui, même en évoquant des souvenirs douloureux de leur enfance, ne laissent jamais leur armure se fissurer. Leur prise de parole n’en est que plus intense, enflammée. Les trois comédiens butent à quelques reprises sur les mots, mais on leur pardonne aussitôt, le texte de Nathalie Boisvert représentant de toute évidence un défi impressionnant. En toutes circonstances, le trio tente de sauver sa peau, tout comme Étéocle, Polynice et Antigone font tout en leur pouvoir pour rester intègres, peu importe le camp choisi. Un courage qui nourrit notre propre réflexion et qui, le souhaite assurément l’équipe de la pièce, nous incite à passer à l’action.

Photo : Francis Sercia.

Antigone au printemps, de Nathalie Boisvert, mise en scène par Frédéric Sasseville-Painchaud, est à l’affiche du 4 au 22 avril 2017 à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier.

Pour toutes les informations : www.denise-pelletier.qc.ca/spectacles/60

Le texte du spectacle est également disponible dans les librairies depuis le 12 avril 2017.

CRITIQUE DE LA PIÈCE EXTRAMOYEN, SPLENDEUR ET MISÈRE DE LA CLASSE MOYENNE, DE PIERRE LEFEBVRE ET ALEXIS MARTIN, MISE EN SCÈNE PAR DANIEL BRIÈRE

Texte : Julie Baronian

Qu’est-ce que la classe moyenne? Est-elle une simple question de salaire ou de valeurs? Existe-t-elle vraiment ou a-t-elle seulement déjà existé? Et la consommation, serait-elle son unique raison d’être?

Malgré qu’il soit omniprésent dans le discours politique ambiant et sur toutes les tribunes, le concept de la classe moyenne demeure flou. Extramoyen, splendeur et misère de la classe moyenne, une pièce qui se situe entre le théâtre documentaire et l’essai, tente de nous éclairer ou, du moins, de susciter notre réflexion à travers une douzaine de sketchs parsemés d’humour et de folie, tout en étant instructifs.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Le spectacle s’ouvre sur une scène familiale des années 1950, d’une famille typique dite de la classe moyenne. Tout au long de la pièce, les spectateurs suivront son évolution à travers les décennies. Ou plutôt sa non-évolution… Plusieurs décrochages des personnages – « en quelle année sommes-nous? » – nous montrent plutôt leur stagnation à travers la consommation, la surconsommation, le crédit, la dette, la précarité… Par exemple, de l’endettement pour l’achat d’un premier téléviseur, nous passons à la leçon d’une mère à sa fille voulant devenir vendeuse, à un couple endetté qui doit choisir entre son désir d’accéder à la propriété et celui d’offrir une éducation de qualité, mais onéreuse, à ses enfants dans une école privée.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Ces courtes saynètes, qui constituent la trame de fond, sont entrecoupées de vox pop de citoyens dans la rue, d’une courte comédie musicale à la façon Broadway, de citations et d’extraits d’entrevues de sociologues, de philosophes ou d’écrivains, d’un quiz télévisé hilarant – version québécoise de The Price Is Right -, d’un impressionnant théâtre d’objets, filmé simultanément sur grand écran, qui raconte, avec des jouets, l’histoire de la fabrication d’une lampe, à partir de l’extraction du minerai jusqu’à la livraison au consommateur, et même d’un sketch plutôt troublant ciblant les politiciens dans un État désengagé qui veut faire payer davantage la classe moyenne pour des services publics d’éducation aux enfants et de soins aux aînés.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Cette pièce de théâtre éclectique donc, pleine de surprises, mais toujours autour du même thème de la classe moyenne, met forcément en valeur la solide distribution, crédible et versatile, qui doit incarner de multiples et variés personnages : Marie-Thérèse Fortin, Jacques L’Heureux, Christophe Payeur, Mounia Zahzam et Alexis Martin, avec la participation filmée de Pierre Lebeau.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Avec cette nouvelle création, dans une mise en scène brillante et inventive de Daniel Brière, écrite par Alexis Martin – codirecteur du Nouveau Théâtre Expérimental – et Pierre Lefebvre – rédacteur en chef de la revue Liberté – le NTE s’est donné l’occasion de renouer avec le précieux collaborateur qu’est ce dernier, à qui l’on doit les textes des pièces Loups en 2005 et Lortie en 2008. La forme et la structure de la pièce Extramoyen sont d’ailleurs inspirées de sa manière de faire des documentaires radiophoniques, qu’il a réalisés pour Radio-Canada, enchevêtrant habilement le ludisme et le didactique, le jeu et l’érudition.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Le spectacle fort divertissant, sans être trop léger, réussit à poser les bonnes questions. Manifestement, dans une société et à une époque où l’économie fonctionne par la consommation et grâce au crédit, où l’être humain « de la classe moyenne » est souvent réduit à son simple rôle social de consommateur – non seulement par les entreprises, mais aussi par le gouvernement -, cette pièce de théâtre suscite une bonne réflexion. Une critique sociale qui s’impose comme une nécessité dans ce monde d’endettement et de surconsommation.

La pièce Extramoyen, splendeur et misère de la classe moyenne, une production du Nouveau Théâtre Expérimental, de Pierre Lefebvre et Alexis Martin, mise en scène par Daniel Brière, est présentée du 4 au 29 avril 2017 au théâtre Espace Libre de Montréal.

Pour toutes les informations : www.espacelibre.qc.ca/spectacle/saison-2016-2017/extramoyen

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ENTREVUE AVEC LA PERFORMEUSE CLAUDINE ROBILLARD

Texte : Karine Tessier

« Confiez-nous un projet inachevé qui vous hante. Nous vous en délivrerons. » Cette phrase, pleine de promesses, on peut la lire dans les documents promotionnels du spectacle Non Finito, qui sera présenté du 18 au 29 avril prochains, au Théâtre Aux Écuries de Montréal.

On a tous des travaux ou des rêves restés en chantier. L’artiste Claudine Robillard ne fait pas exception. Désireuse de partager son expérience personnelle avec les gens, elle a transformé sa quête en enquête. Après quelques années de laboratoire, elle montera sur les planches pour nous livrer le bilan de ses recherches. Une réflexion qui allie théâtre, performance et sociologie, dont elle assure la codirection avec sa complice Anne-Marie Guilmaine.

Nous avons rencontré Claudine Robillard quelques jours avant la première de Non Finito, un essai sur l’inachèvement, quelque part entre l’art et la vie.

On sait bien peu de choses sur Non Finito. En effet, sur les affiches et dans les textes qui font la promotion de la pièce, des dizaines de questions sont posées et restent sans réponse. C’est plutôt inhabituel, comme stratégie publicitaire!

Je vous avoue qu’on a eu beaucoup de discussions avec l’équipe des communications à ce sujet. On nous disait : « Si vous voulez des gens dans la salle, on doit leur dire quelque chose! » Moi et Anne-Marie, on tenait à l’économie de détails. On pense que l’expérience du spectacle va de pair avec la découverte.

Non Finito n’est pas un show spectaculaire. Les choses qui émergeront sur la scène auront une valeur et une beauté que si elles sont découvertes ici et maintenant.

Dans la pièce autant que dans les outils qui en font la promotion, plusieurs questions sont posées. Laquelle a été la genèse du projet?

Quoi faire des projets inachevés qui nous hantent, mais qu’on ne peut réaliser? J’ai vécu un questionnement très fort il y a quelques années, au point de faire naître une douleur. C’était insupportable.

Maintenant, est-ce que la scène peut nous aider à concrétiser ces projets, pour nous en libérer? Évidemment, nous ne sommes pas dupes au point de croire que le théâtre peut tout régler, guérir ceux qui se sentent tenaillés par ces projets inachevés! Mais un spectacle peut bel et bien avoir un impact dans le réel. Dans l’art et la poésie, il peut parfois y avoir un potentiel de guérison. Peut-être que, par le fantasme, le jeu de rôle, on peut se libérer des projets qui nous hantent.

La création de Non Finito s’est faite sur plusieurs années, notamment lors de plusieurs résidences.

Oui. On a eu la chance d’être trois semaines en résidence au Théâtre Aux Écuries, échelonnées sur un an. Aussi, on a fait d’autres courtes résidences dans les Maisons de la culture.

C’est la première fois qu’on créait comme ça. Après chaque résidence, on présentait un laboratoire. Ça a beaucoup nourri le processus. On a dû ouvrir les portes de la création pour présenter chaque fois quelque chose, discuter avec le public, puis nous réajuster.

L’œuvre a beaucoup bougé depuis le début! Aucun de nos laboratoires ne ressemble à la forme finale de Non Finito! Par contre, nous ne sommes pas reparties de zéro chaque fois. On reconnaît certains éléments.

Vous avez fondé votre propre compagnie de création interdisciplinaire, Système Kangourou, en 2006 avec Anne-Marie Guilmaine et Jonathan Nadeau. Pourquoi avoir préféré cette démarche, plutôt que de joindre les rangs d’un groupe déjà établi?

Si on se reporte en 2006, on sortait de l’Université du Québec à Montréal, où nous avons fait notre baccalauréat et notre maîtrise. Anne-Marie et moi, on avait chacune notre démarche. Mais on se rejoignait dans une forme très ancrée dans le réel, dans l’action, une forme non linéaire. À l’époque, le terme « théâtre performatif » n’était pas très utilisé. On ne se reconnaissait pas dans d’autres démarches québécoises. Pour nous, ça allait de soi de fonder Système Kangourou.

Comment votre dernière création, Non Finito, est-elle ancrée dans le réel?

Le spectacle parle de mes projets inachevés, mais n’est pas pour autant narcissique. On a envie de poser des questions aux spectateurs pour qu’eux aussi se sentent concernés, pour que l’intime côtoie le collectif.

Nous sommes à l’ère du spectaculaire. Et, parfois, je trouve que ça va à l’encontre des questions de fond. On a envie de ramener ces interrogations, d’aborder une œuvre autrement qu’en mettant l’accent sur les vedettes qui se retrouvent sur scène.

La réalité a un potentiel poétique tellement fort! Nul besoin de se tourner vers la fiction. Il suffit d’entraîner notre œil à la poésie qui nous entoure. Bien sûr, un travail artistique est nécessaire pour la mise en forme, pour qu’un sens émerge. Mais le matériel de base est réel.

Photo : Anne-Marie Guilmaine.

À quelle réaction vous vous attendez de la part du public?

C’est drôle, c’est la première fois que je me pose la question sous cette forme. C’est sûr que le public repartira en se questionnant : est-ce que j’ai des projets inachevés? Est-ce que ça me hante? Qu’est-ce qui me retient de les finir ou pas?

Au-delà de ça, j’espère que les gens auront vécu un moment de rencontre, de partage, auront le sentiment d’avoir participé à une interaction vraie. Peut-être ressortir également avec l’envie de se parler, de partager ses trucs avec les autres. Enfin, j’espère!

Le spectacle Non Finito, de Claudine Robillard et Anne-Marie Guilmaine, sera présenté du 18 au 29 avril 2017, au Théâtre Aux Écuries de Montréal. Une rencontre-débat sur le thème La Course à la performance suivra la représentation du 27 avril prochain.

Pour toutes les informations : auxecuries.com/projet/non-finito-2016

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CRITIQUE DE LA PIÈCE LA BIBLIOTHÈQUE INTERDITE, DE DENIS PLANTE, MISE EN SCÈNE PAR BRIGITTE HAENTJENS ET SÉBASTIEN RICARD

Texte : Karine Tessier

Photo : Jean-François Hétu.

À Buenos Aires, en 1942, un poète (Sébastien Ricard), aussi concierge d’une bibliothèque, est incarcéré par un inspecteur de police, à la solde du gouvernement. Confiné dans une pièce dépouillée, il livre au représentant des forces de l’ordre un monologue, dans lequel il raconte sa passion des mots, défend la liberté d’expression et de création, clame son amour pour sa compagne, enceinte de leur enfant.

Ce flic, jamais on ne le verra ou entendra. Pour toute réponse aux questions lancées par l’artiste, des notes de contrebasse. Sait-on même s’il existe vraiment? Ou est-il plutôt le fruit de l’imagination de l’homme interrogé, dont l’esprit semble glisser lentement dans la folie?

Photo : Jean-François Hétu.

L’opéra-tango La Bibliothèque interdite, dont les textes et les musiques sont signés Denis Plante, n’est ni un pamphlet politique ni un mélodrame sur les persécutions commises par un régime totalitaire. Le spectacle se veut davantage un amalgame de théâtre, de poésie et de tango, qui explore des thèmes graves, tout en étant généreusement ponctué d’un humour délicieux.

Au milonga, l’œuvre emprunte les mélodies autant que la passion brûlante. Le personnage de Sébastien Ricard pourfend ceux qui briment la liberté du peuple et imposent la censure aux artistes. L’auteur argentin Horacio Ferrer a dit : « Le tango est un port amical où s’ancre l’illusion. » Face à l’oppression, la création devient encore plus importante, arme de contestation massive, mais aussi échappatoire qui permet encore le rêve. L’esprit du poète vagabonde, et celui-ci nous livre ses réflexions en pièces détachées, laissant se confondre réalité et fiction.

En cela, les superbes textes de Denis Plante s’inscrivent dans le courant du réalisme magique (dont on vous a également parlé ici), cher à plusieurs grands noms de la littérature sud-américaine, tels Gabriel García Márquez, Isabel Allende ou Jorge Luis Borges. Le musicien québécois, leader du groupe Tango Boréal, reconnu internationalement, s’est aussi inspiré de la vie de ce dernier. L’Argentin Borges a en effet bossé dans des bibliothèques, en plus d’être témoin de la disparition de plusieurs artistes, dont les autorités voulaient taire les voix.

Dans le rôle du poète, un Sébastien Ricard au sommet de sa forme, au regard de braise, qui excelle autant dans les passages joués que chantés. Si on connaissait déjà ses talents de rappeur grâce aux chansons du trio Loco Locass, le comédien nous surprend agréablement avec sa voix aussi puissante que juste. Il sait naviguer entre le politique et le poétique, sans jamais flirter avec la caricature. L’entourent Denis Plante, au bandonéon, Matthieu Léveillé, à la guitare, et Francis Palma, à la contrebasse, des musiciens doués qui épaulent l’interprète principal juste ce qu’il faut.

Ricard et Plante ont fait connaissance il y a sept ans, dans le cadre d’un spectacle présentant des textes de Borges, au festival de littérature En toutes lettres, à Québec. Ils ont planché quelques années sur ce qui est devenu La Bibliothèque interdite. L’œuvre a connu plusieurs versions, puis a été épurée lorsque la metteure en scène Brigitte Haentjens s’est jointe au duo d’amis.

Photo : Jean-François Hétu.

Les choix sobres de Ricard et Haentjens font écho au manque criant de ressources du poète séquestré. Pour tout décor, des chaises, une marionnette de minotaure et une machine à écrire, qui fait également office d’instrument de percussion. La scène est baignée d’une lumière chaude, qui confère à la salle une atmosphère feutrée. Une intimité qui invite le spectateur à s’abandonner aux vers et aux notes qui défilent devant lui.

Que l’on soit ou non bien informé sur l’histoire politique argentine, que l’on maîtrise ou pas les pas du tango, difficile de résister au charme de La Bibliothèque interdite. La grande force de la pièce réside en la complicité parfaite de ce groupe d’artistes de grand talent, qui a su conjuguer un propos intelligent à un esthétisme sensuel. Devant une invitation à danser aussi séduisante, on ne peut que répondre par l’affirmative.

La Bibliothèque interdite, de Denis Plante, mise en scène par Sébastien Ricard et Brigitte Haentjens, est une production de la compagnie Sibyllines, présentée au Théâtre de Quat’Sous de Montréal du 5 au 13 avril 2017. L’œuvre est également disponible sur CD depuis le 7 avril 2017.

Pour toutes les informations : www.quatsous.com/1617/saison/la-bibliotheque-interdite.php

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