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ENTREVUE AVEC IZRA L DU GROUPE H’SAO

Texte : Karine Tessier

H'Sao

C’est dans les années 1990 que se forme le groupe H’Sao, qui signifie Hirondelle des Sao, les ancêtres des Tchadiens. Au départ, les frères Rimtobaye et leurs amis d’enfance performent dans les églises. En 2001, ils débarquent pour une première fois en sol canadien pour les Jeux de la Francophonie, où ils remportent la médaille de bronze au concours de chansons. Séduits, ils déménagent leurs pénates à Montréal. Depuis, la formation a conquis le public partout sur le globe avec ses voix envoûtantes et ses mélodies, qui allient le gospel, la soul, le jazz et les sonorités traditionnelles africaines.

Au Festival international Nuits d’Afrique, H’Sao montera sur la scène du Théâtre Fairmount de Montréal pour lancer son quatrième album, Saar, qui marque un retour aux sources, avec le style dépouillé qui est devenu sa marque de commerce. Fragments Urbains s’est entretenu pour l’occasion avec le benjamin du quatuor, Izra L.

H’Sao existe depuis une vingtaine d’années. Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de travailler, dans votre musique?

Déjà, l’environnement. Depuis plusieurs années, nous vivons au Québec. C’est un grand changement. Nous avons ici plus de facilité à faire les choses comme on le veut. Au Tchad, nous n’avions qu’une guitare. Ça nous a permis de développer notre côté vocal; nous imitions les instruments de musique. Ici, nous avons découvert de nouvelles influences, ajouté des instruments. Le groupe a toujours été ouvert aux musiques modernes, qu’elles viennent de l’Amérique du Nord ou de l’Europe.

À vos débuts, vous étiez reconnus pour vos prouesses a cappella.

Au départ, ce n’était pas un choix, mais une nécessité puisque nous n’avions pas d’instruments! Mais ce n’était pas frustrant. Nous avions du plaisir à chanter, d’abord à l’église, puis à la maison. Les gens appréciaient nos voix. Mais, arrivés ici, nos performances a cappella sont devenues notre marque de commerce.

H'Sao_Saar

Sur votre nouvel album, Saar, vous faites un retour aux sources, avec un son plus dépouillé.

Oui, avec seulement nos voix, une guitare et un peu de percussions. Ça faisait un bail qu’on nous le demandait! Au départ, on voulait faire un album carrément a cappella. Puis, on s’est retrouvés à travailler avec une guitare, comme nous le faisions à nos débuts.

H’Sao donne maintenant des concerts au Canada, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Europe, en Asie, en Australie… Comment les différents publics réagissent-ils à votre musique?

Leurs réactions sont communes. Les gens sont toujours ébahis, captivés quand nous chantons a cappella. Pour eux, c’est du jamais vu, du jamais entendu. Même s’ils ne comprennent pas un mot de ce que nous chantons, ils se retrouvent dans notre musique. Elle leur fait du bien. De notre côté, ça nous donne la force et la joie de continuer. Voir que le public adore nos spectacles, qu’il chante et danse avec nous, c’est un sentiment extraordinaire!

Vos fans ne comprennent pas toujours vos paroles, mais ils ressentent les émotions qui se dégagent de votre musique.

Exactement! C’est toujours la même chose partout. Comme quoi, au fond, on est différents, mais, à l’intérieur, spirituellement, on est tous de la même couleur.

 

Votre musique est empreinte de spiritualité. Quelle importance a la religion dans votre parcours artistique?

Notre père est pasteur. Donc, notre aventure a vraiment commencé à l’église, avec le gospel à l’africaine. Et ça nous a suivis jusqu’à aujourd’hui, c’est dans notre sang. Jeunes, on écoute et on accepte. Après, en vieillissant, on remet beaucoup de choses en question. Nous croyons toujours en Dieu, nous sommes toujours chrétiens, mais nous sommes très ouverts. Nous voyons la vérité en face, nous discutons. Nous assumons totalement ces remises en question; nous sommes bien là-dedans. Mais nous reconnaissons également que la religion est la base qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Sur vos albums, vous abordez des thèmes durs, comme la discrimination, l’exil, la guerre… Pour vous, un artiste se doit-il d’être engagé?

Ce n’est pas obligatoire. Nul besoin de tout intellectualiser. C’est un choix que nous avons fait. H’Sao s’est donné comme mission d’éduquer les gens, de dénoncer les choses qui ne vont pas. Surtout venant d’un pays comme le nôtre, qui n’est pas vraiment stable. Là-bas, c’est la dictature, la guerre, les gens opprimés et les mariages forcés. Nous avons eu la chance de nous établir ici, où nous avons appris beaucoup de choses, et nous voulons partager notre expérience. La population au Tchad ne sait pas qu’elle a des droits, une liberté, qu’elle n’a pas à subir ça. C’est un devoir, mais que nous accomplissons dans le plaisir.

Et comment H’Sao poursuivra-t-il cette mission dans les prochains mois?

Le groupe a beaucoup de spectacles en vue, davantage aux États-Unis. Depuis l’an dernier, la demande se fait croissante là-bas. Puis, nous prévoyons repartir au Tchad. Et nous avons aussi l’intention d’amener le nouvel album en France.

Site Web officiel du groupe : http://www.hsao.ca/

Site Web officiel du Festival international Nuits d’Afrique : http://www.festivalnuitsdafrique.com/

Texte : Karine Tessier

Photo: Nuits d'Afrique

Photo: Nuits d’Afrique

Depuis une semaine, Montréal vibre au rythme du Festival international Nuits d’Afrique. À l’occasion de cette 28e édition, plus de 600 artistes venus de 35 pays sont en ville pour divertir petits et grands.

Toujours très populaire, le Village des Nuits d’Afrique s’installera au Quartier des spectacles pour cinq jours d’activités gratuites, du 16 au 20 juillet 2014. Parmi les nombreuses prestations offertes, voici celles que Fragments Urbains vous suggère d’inscrire à votre agenda.

Les Lions noirs – 16 juillet à 14:25

Ce groupe, formé l’an dernier, fait partie des Étoiles du Métro, un programme lancé en 2012 par la Société de transport de Montréal. D’origines multiples, les membres de la formation proposent des mélodies atmosphériques, ponctuées de percussions, dans un style qu’ils ont baptisé international groove. À découvrir à Nuits d’Afrique… avant de les recroiser dans une station de métro pendant votre trajet quotidien vers le bureau.

 

Féfé – 16 juillet à 20:05

Quelques jours après avoir mis le feu au Cabaret du Mile-End, le Coup de cœur de cette édition de Nuits d’Afrique remet ça à l’extérieur. Ex-membre de la formation hip-hop Saïan Supa Crew, ce Nigérian issu de la banlieue parisienne évolue en solo depuis 2009. Mais plusieurs l’ont découvert l’année suivante, alors qu’il a interprété en duo avec le rappeur K’Naan la version française de Wavin’ Flag, l’hymne officiel de la Coupe du monde de soccer 2010. Irrésistibles, les compositions de Féfé flirtent avec le hip-hop, la soul, le reggae, la chanson française et les rythmes africains, le tout assaisonné de quelques solos de guitare décoiffants. Cramponnez-vous, ça risque d’exploser.

Sierra Leone’s Refugee All Stars – 16 juillet à 21:30

L’histoire du groupe à elle seule mérite qu’on s’y attarde. À la fin des années 1990, le Sierra Leone est déchiré par une guerre civile qui dure depuis une décennie. Dans un camp de réfugiés, des musiciens se réunissent et jouent pour apaiser la souffrance de leurs compagnons d’infortune. Aidée par le Centre d’étude et de coopération internationale, une ONG canadienne, la formation lance un premier album en 2006. Sur des mélodies traditionnelles, auxquelles se mêlent jazz et reggae, les Refugee All Stars chantent l’espoir et la paix.

British Dependency – 17 juillet à 20:05

Originaire d’Anguilla, le trio propose un reggae teinté de soca, de zouk et de calypso. Créé en 2010, c’est trois ans plus tard qu’il se fait remarquer à l’international. Après avoir enregistré un troisième album à Kingston en Jamaïque, les membres de British Dependency sont partis en tournée aux États-Unis, invités par les célèbres Wailers, puis au Canada. Difficile de ne pas se laisser envoûter par les compositions sensuelles de ces Caribéens.

HK et les Saltimbanks – 18 juillet à 21:30

Vous avez sûrement déjà entendu le morceau « On lâche rien ». Chanson-thème du candidat d’extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon lors des présidentielles françaises en 2012, c’était aussi l’une des favorites des manifestants du Printemps Érable chez nous. La musique de HK et les Saltimbanks, qui plaira assurément aux fans de Zebda, allie chanson française, sonorités maghrébines, hip-hop, reggae et rock. Sur scène, les artistes livrent leurs textes revendicateurs dans une ambiance festive. Fait inusité : sur leur dernier album, lancé en 2012, on trouvait une version reggae… d’« Amsterdam » de Jacques Brel. Pas banal.

Tabou Combo – 20 juillet 21:30

Demandez à vos amis antillais, ils insisteront pour que vous assistiez à la prestation de ces ambassadeurs du kompa. Fondé à Pétionville en 1968, le groupe remporte l’année suivante un concours à la télévision haïtienne. En peu de temps, la formation devient l’une des plus célèbres du pays. Après un hiatus de quelques années, en raison de l’exil de certains membres, Tabou Combo reprend du service en 1971. Depuis, ces légendes enchaînent les albums et les tournées, qui les mènent de Miami au Japon, en passant par la France.

Site Web officiel du Festival international Nuits d’Afrique : http://www.festivalnuitsdafrique.com/