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Texte : Karine Tessier

Photo : Amber Dawn Bellemare.

Des miroirs. Une série de photographies dissimulées sous un foulard. Une tringle à laquelle sont suspendus des sous-vêtements de dentelle. Des rideaux de mousseline immaculés. Mais, surtout, des centaines d’égoportraits disposés sur un immense mur blanc. Bienvenue dans le boudoir de Amber Dawn Bellemare, lieu de présentation de son exposition/performance The Parlour Project : Spider, Fly, and Web, à laquelle se grefferont un livre et un documentaire.

L’œuvre immersive de la Montréalaise, à la fois provocante et sensible, illustre la réalité vécue par l’artiste en tant qu’ex-travailleuse du sexe, utilisant les contributions de ses clients pour financer ses créations. Amber Dawn Bellemare y explore les multiples facettes de la femme, réfléchit sur la marchandisation de son corps, le pouvoir, les normes sociales ou les médias sociaux. Encore davantage, elle souhaite raconter le plus vieux métier du monde en allant au-delà de la superficialité, des préjugés, de la honte. Rencontre avec une artiste pour qui rien n’est tout noir ou tout blanc.

Comment vous est venue l’idée de départ de cette exposition/performance?

Je ne pourrais pas dire qu’elle est venue d’une seule chose. Comme je réalise des documentaires, c’est cette partie du projet qui m’a d’abord intéressée. Les égoportraits, pris avant et après chacun de mes rendez-vous avec mes clients, et parfois pendant, n’étaient que pour moi. Lorsque je les montrais à mes amis proches, chacun avait quelque chose de différent à dire. C’était le point de départ de multiples conversations.

Ça m’a fait réaliser à quel point ces photographies – il y en a plus de 1 800 – étaient pleines de sens, mettaient au défi les gens. C’est une opportunité d’aller au-delà de l’image, de vraiment voir la personne qui se cache derrière. On y voit la beauté de la vérité, et c’est ce que je voulais exprimer avec ces portraits de moi.

Photo : Amber Dawn Bellemare.

Quelle réaction vous souhaitez susciter auprès du public qui visitera votre studio?

Je souhaite qu’ils voient quelque chose en eux qui les aidera à adoucir leur cœur, à s’élever. Toutefois, si les gens ne voient dans mon œuvre qu’un objet sexy qui les allume, je ne les jugerai pas. Ce sera suffisant. Ça suscitera d’autres types de conversations.

J’espère créer un moment d’intimité avec le public, connecter avec lui. Il y a plusieurs niveaux à cette interaction. Les gens qui viendront visiter mon boudoir, ils s’offriront, en quelque chose, et j’en suis pleine de gratitude. Ensuite, il y a la connexion, l’espace où nous pourrons nous rejoindre.

Comment s’est passée votre collaboration avec Sharon Bass, artiste, aînée et mentor Anishinaabe, White Thunderbird Woman?

Lorsque nous nous sommes rencontrées à Vancouver, nous avons immédiatement connecté. Elle dirigeait un cercle de guérison. Et elle m’a prise sous son aile. Elle m’a enseigné qu’on doit cultiver qui nous sommes vraiment. L’identité, c’est l’histoire de notre vie.

Sharon m’a guidée dans le processus créatif, qui permet l’exploration de notre identité et la guérison de l’âme. J’ai voulu créer un espace sécuritaire, avec des rituels spécifiques, pour réfléchir et partager. Parce qu’il est nécessaire d’apaiser les deux parties pour arriver à un dialogue ouvert et sincère, puis à une réconciliation.

Comment The Parlour Project vous a-t-il changée?

Je ne me sens plus vulnérable, désormais. Il m’a permis de me libérer à l’aide de la vérité. Ç’a été une guérison pour moi. Et j’ai aussi pu assister à la guérison d’autres personnes, dans le processus. Me présenter en tant qu’artiste, plutôt que comme travailleuse du sexe, ça ouvre des canaux de communication, notamment avec ma famille. Les gens ont accepté ma démarche. Et c’est très apaisant, thérapeutique, de se défaire de la honte ou du jugement.

Vous dépeignez le travail du sexe d’une manière inédite, qui va au-delà du traumatisme, qui a même certains aspects positifs.

Beaucoup de travailleuses du sexe se décriraient comme thérapeutes. Le sexe est souvent utilisé comme un remède. Bien sûr, je ne parle pas pour toutes. Mais, d’une certaine manière, comme c’est le cas avec le reiki, la massothérapie, la psychologie, nous connectons avec les gens qui nous paient.

Le traumatisme peut être incroyable! Il s’agit d’une opportunité de grandir, de développer une plus grande compassion pour l’être humain. Je choisis de voir le beau dans l’être humain.

 

L’exposition/performance The Parlour Project : Spider, Fly, and Web de Amber Dawn Bellemare est présentée du 19 au 28 septembre au studio du Wolf Lab, un collectif montréalais de femmes artistes.

Pour toutes les informations : www.theparlourproject.com

Texte : Karine Tessier

Visuels créés par les artistes Pénélope et Chloë.

Du 25 mai au 3 juin, à Montréal, les murs s’abattent. Entre les différentes disciplines artistiques. Entre ceux qui foulent les planches et le public. Mais aussi dans les profondeurs insondables de notre imaginaire. À OFFTA, festival d’arts vivants, on laisse à une cinquantaine d’artistes du théâtre, de la danse et de la performance tout l’espace nécessaire pour créer. Pour cette 12e édition, ils s’interrogent sur les frontières, un thème aussi rassembleur que polarisant. Morceaux choisis d’une programmation débridée, qui fait la part belle à l’hybridité.

Danse Mutante, c’est le relai chorégraphique imaginé par l’incontournable Mélanie Demers et sa compagnie MAYDAY. Prenant racine dans la métropole, la création poursuivra sa route à New York, Bamako, Anvers/Rotterdam, avant de se poser à nouveau à Montréal, à l’automne 2019, à l’occasion d’un événement-marathon. On savourera chaque mouvement esquissé par Francis Ducharme et Riley Sims, sur des mélodies de Mykalle Bielinski.

Si vous êtes charmé par les rimes et les notes envoûtantes de cette dernière, sachez qu’elle proposera, à OFFTA, son concert immersif Mythe, où s’entrelacent chant polyphonique, poésie orale et improvisation. La communion de six femmes, qui chanteront leur rapport au temps, à l’autre, à elles-mêmes.

À mille lieues de l’univers éthéré de Mykalle Bielinski, MAC(DEATH), de Jocelyn Pelletier. Sur scène, l’œuvre de Shakespeare prend des airs de concert métal. L’artiste fait un doigt d’honneur aux codes traditionnels, désireux de faire résonner les classiques ici et maintenant.

Il y a 70 ans, ce sont les signataires du manifeste Refus global qui se questionnaient sur les contraintes sociales. Leur percutant texte trouve-t-il encore écho auprès des Québécois, des décennies après sa parution? L’exposition Refus Contraire, à laquelle une vingtaine d’artistes et d’intellectuels ont contribué, se penche sur la question. À voir à la Galerie de l’UQAM, du 16 mai au 16 juin.

Vous vous passionnez pour l’envers du décor? Tendez l’oreille à la quotidienne OFF.Radio, qui proposera, tout au long du festival, des panels et des performances en lien avec sa programmation. Les émissions, enregistrées au Monument-National, seront disponibles sur les différentes plateformes de l’événement. Parmi les thèmes abordés : la notion de frontière dans le processus de création, la mémoire collective, les arts du cirque.

Pour son œuvre performative et expérimentale Nous serons universel.le.s, Kamissa Ma Koïta s’est nourrie autant des approches féministes, des mouvements altermondialistes et queer, que de la culture populaire. Une expérience immersive, où vous vous interrogerez sur les notions de privilèges sociaux.

L’une des six résidences de création présentées lors de cette 12e édition d’OFFTA, le projet Après la rue, de Mireille Camier et Ricard Soller i Mallol, juxtapose les récits de quatre artistes qui ont vécu de l’intérieur un mouvement de contestation populaire d’importance : la révolution verte à Téhéran en 2009, la révolution du jasmin à Tunis en 2011, les indignés à Barcelone en 2011, ainsi que le printemps érable à Montréal en 2012.

Aalaapi ᐋᓛᐱ, c’est un laboratoire conçu à partir d’un documentaire radiophonique, fruit d’une collaboration entre Québécois et Innus, qui donne la parole à des jeunes de 20 à 32 ans, qui se confient sur leurs passions, leurs peurs, leurs doutes.

Finalement, un rendez-vous incontournable de ce festival d’arts vivants, le MixOFF – Frontières & Boundaries, le résultat de plusieurs semaines de rencontres entre artistes et chercheurs, qui ont réfléchi ensemble sur le thème des frontières.

Pour tout savoir sur la programmation : offta.com