CRITIQUE DE BIG EYES DE TIM BURTON

Texte : Véronique Bonacorsi

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Si le modus operandi de Tim Burton (Alice in Wonderland, Frankenweenie) des 10 dernières années peut se résumer à mêler histoire farfelue, effets spéciaux colorés et Johnny Depp, Big Eyes détonne dans ce parcours cinématographique. Sa dernière aventure au grand écran raconte sobrement la fable véridique – mais assez étonnante – de la peintre Margaret Keane.

Dans la contrée non lointaine et tout à fait tangible de San Francisco, dans les années 1950, Margaret, mère divorcée et artiste inappréciée, rencontre Walter Keane. Après leur union, les Keane se retrouvent propulsés dans un monde de beatniks, où ils cherchent à faire connaître leurs peintures respectives. Lorsque les tableaux de Margaret commencent à gagner en popularité, non seulement son nouvel époux s’approprie le mérite, mais il parvient à convaincre sa femme de l’accompagner dans cette supercherie. Plus le couple s’embourbe dans ce mensonge – la plus grande fraude artistique de l’histoire – plus Margaret, transformée en usine humaine d’œuvres d’art, se perd, en tant qu’artiste et en tant que femme.

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Ayant eu du succès avec plusieurs biographies portées à l’écran (Man on the Moon, Ed Wood, aussi réalisé par Tim Burton), les partenaires d’écriture Scott Alexander et Larry Karaszewski se sont sentis interpellés par l’aspect incroyable de l’histoire de Margaret. Cette émouvante leçon de bravoure personnelle représentait aussi l’occasion d’aborder la culture parfois problématique de la consommation de l’art, ainsi que l’éveil du mouvement féministe, des thèmes toujours d’actualité. Les scénaristes, avec le souci de véracité, rencontrent Margaret Keane, afin de s’assurer des détails, mais surtout qu’elle se sente à l’aise avec ce qui allait être mis en scène.

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Pendant près d’une décennie, le scénario a maintes fois failli être porté au cinéma. Un souhait seulement concrétisé lorsque Tim Burton, un producteur très tôt dans le projet, se voit disponible pour immortaliser la vie d’une artiste qu’il a longtemps admirée, sans le savoir. Les peintures de « Walter » Keane étaient omniprésentes dans le paysage de la jeunesse de Burton – en tant qu’adulte, après la révélation de la fraude, il en a même commandé directement de la peintre – et il paraît évident qu’elles ont influencé le look signature de ses films.

Le réalisateur Tim Burton.

Le réalisateur Tim Burton.

Big Eyes constitue certainement la création la moins reconnaissable du réalisateur. Produite à petit budget, l’oeuvre repose sur le tourment d’un personnage central non verbal. L’esprit fantaisiste de Tim Burton opère ici dans les paramètres limités de la réalité. On parvient tout de même à sentir le caractère « surréel », à la manière d’un conte de fées, dans sa façon de présenter les mots de Alexander et Karaszewski, un scénario qui se veut inspirant, mais qui tombe parfois dans les clichés du film hollywoodien au happy ending.

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La plus belle prouesse de ce film biographique est accomplie par le duo de Amy Adams et Christoph Waltz. Les interprètes de Margaret et Walter Keane parviennent à nous faire croire en cette relation si invraisemblable psychologiquement, entre la douce peintre et le pro raconteur. Si Waltz paraît souvent, mais légitimement, caricatural dans son interprétation, il rend à merveille la dualité charmant-menaçant du personnage. De Adams, la vraie Margaret Keane, pour qui Big Eyes représente une expérience à la fois thérapeutique et traumatisante, parle d’une performance fantastique, et avec raison. L’actrice a su incarner la dignité et la délicatesse de son sujet, au lieu de la faiblesse qu’il s’en dégage à première vue. Et enfin, le public peut connaître la véritable âme qui se cachait derrière tous ces grands yeux.

Margaret Keane et Amy Adams.

Margaret Keane et Amy Adams.

Big Eyes réunit aussi quelques collaborateurs réguliers de Tim Burton, dont la costumière Colleen Atwood (Alice in Wonderland), gagnante de trois oscars. Lana Del Rey a coécrit la chanson titre, nommée aux Golden Globes. Amy Adams a reçu plusieurs nominations pour son rôle, et a même été récompensée du Golden Globe de la meilleure actrice.
Le DVD est disponible depuis le 14 avril 2015.

Site Web officiel du film : bigeyesfilm.com

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