Archives de la catégorie ‘Théâtre et danse’

Texte : Karine Tessier

Le collectif d’art engagé ATSA, Quand l’Art passe à l’Action présente, du 16 au 19 novembre, un événement de mobilisation citoyenne et artistique pour contrer les paradis fiscaux et les iniquités qui en résultent. Pas d’Radis Fiscaux : l’État d’Urgence propose, à la place Émilie-Gamelin de Montréal, des activités artistiques, d’information et d’échange.

Ce rassemblement vient clore une année 2017 chargée pour le groupe, qui fête cette année son 20e anniversaire. Au printemps dernier, il nous avait conviés à l’imposant Cuisine ta Ville, sur l’esplanade de la Place des Arts, dans la métropole. Puis, ATSA, Quand l’Art passe à l’Action est parti en tournée avec sa bien connue activité Le Temps d’une Soupe dans plusieurs arrondissements montréalais, ainsi qu’à Vancouver, en France, au Royaume-Uni et en Autriche.

Un an après le scandale des Panama Papers, et quelques jours à peine après les révélations sur les Paradise Papers, le sujet de l’évasion fiscale défraie les manchettes plus que jamais. On peut dire que Pas d’Radis Fiscaux : l’État d’Urgence arrive à point. Les cofondateurs d’ATSA, Quand l’Art passe à l’Action, Annie Roy et Pierre Allard, travaillent depuis quatre ans à cet événement, qui vise à informer, dénoncer, mais également à réfléchir à des solutions pour éradiquer les inégalités. Parce que, si les thèmes abordés par le collectif sont durs, ses créations ne sont jamais dénuées d’espoir.

Photo : page Facebook de ATSA, Quand l’Art passe à l’Action.

La programmation

Pour lancer les activités, le 16 novembre, le Radis Fiscal, un objet insatiable qui bouffe tout ce qui l’entoure, sera démoli sur la place publique. La destruction de cette piñata géante servira de défouloir, tout en étant le symbole d’une libération des « petits » face à une élite vorace, qui cherche constamment à accroître son pouvoir et ses gains matériels.

Puis, pendant quatre jours, la population aura l’embarras du choix : conférences, kiosques d’information, projection de documentaires, prestations musicales, performances, expositions, activité Le Temps d’une Soupe… Le tout présenté gratuitement, à l’extérieur et sous des chapiteaux chauffés.

Photo : page Facebook de ATSA, Quand l’Art passe à l’Action.

Pour ceux qui n’auraient jamais participé au Temps d’une Soupe, il s’agit d’une rencontre entre deux personnes qui ne se connaissent pas, qui discutent d’un thème (cette fois-ci, les paradis fiscaux) en dégustant un bol de soupe fumante préparée par les restaurants Soupesoup. Avant de se dire au revoir, les participants prennent la pose, des portraits qui s’ajouteront aux 2 033 photos réalisées ici comme à l’étranger.

Vous aimeriez participer à la création d’une œuvre d’art visuel? Le génial Émmanuel Laflamme invite la population à construire avec lui un grand château de cartes de crédit. De son côté, avec Cartographie sociale, Emmanuelle Jacques poursuit sa fascinante démarche sur l’espace. Vous pourrez, à l’aide des estampes et cartes créées par l’artiste, décrire vos trajets quotidiens, vos endroits préférés ou, au contraire, ceux que vous évitez.

Si vous n’avez jamais assisté à la pièce Hidden Paradise, d’Alix Dufresne et Marc Béland, voilà votre chance de voir une répétition bonifiée de l’œuvre inspirée d’une entrevue donnée par le philosophie Alain Deneault (qui participe également à Pas d’Radis Fiscaux : l’État d’Urgence) sur les évasions fiscales.

Pour les mélomanes, les concerts du rappeur Emrical et du musicien Doctor Nativo, qui mélange habilement reggae, hip-hop, cumbia et musique traditionnelle maya, sont à inscrire à l’agenda.

Vues de la rue. Photo : Mikaël Theimer.

À voir aussi, l’exposition de photos Vues de la rue réelle, le regard que portent sur la métropole des personnes en situation d’itinérance ou à risque, en collaboration avec le photographe Mikaël Theimer.

Et, si vous avez envie de vous engager, sachez que les organisateurs sont toujours à la recherche de bénévoles!

Annie Roy et Pierre Allard, cofondateurs d’ATSA, Quand l’Art passe à l’Action. Photo : Jean-François Lamoureux.

3 questions à Annie Roy, cofondatrice d’ATSA, Quand l’Art passe à l’Action

Au printemps dernier, quelques jours avant l’événement Cuisine ta Ville, nous nous étions entretenus avec l’artiste. Morceaux choisis de cette rencontre avec une femme passionnée, jamais à court d’idées pour changer le monde.

ATSA, Quand l’Art passe à l’Action a 20 ans cette année, en 2017. Comment arrive-t-on à se renouveler constamment après tant d’années?

Pour nous, à chaque fois qu’on crée, c’est la découverte d’un nouveau monde. C’est ça qui est extraordinaire de notre travail. Il y a une thématique qui prend forme. Et on va faire une sorte d’architecture sociale autour de ça, un événement qui va nous fusionner, nous mettre ensemble, nous faire vivre quelque chose d’extraordinaire, on l’espère, et qui va briser aussi des exclusions. Quand on est dans la rue et qu’on invite du monde de partout, on surprend les gens, on les sort de leur zone de confort. Ça les fait aller vers l’autre différemment. On brise des idées préconçues.

Vous abordez dans vos œuvres des thèmes durs, mais elles ne sont jamais dénuées d’espoir.

Il faut avoir le courage de la paix. Je pense que, dans notre travail d’artiste, c’est devenu de plus en plus important de trouver des moyens de travailler à la compréhension de l’autre, tout en dénonçant et en critiquant certaines situations. C’est vraiment différent d’être en contact direct. C’est une autre manière de s’informer, qui n’est pas des statistiques, des lectures, de grosses nouvelles.

Est-ce pour cette raison que vous avez changé le nom de votre collectif en 2001?

À l’époque, quand on s’appelait Action Terroriste Socialement Acceptable, il y avait un peu de romantisme révolutionnaire derrière tout ça. C’était vraiment conceptuel : on va exploser dans l’espace public, on va être fortement médiatisés, on va mettre la lumière sur une cause. Mais sans violence réelle. De là le « Socialement Acceptable ».

Avec les années, la médiatisation des actes terroristes, les amalgames par rapport à certains groupes de personnes, le terme « terroriste » a perdu de sa connotation, je dirais, un peu plus large. En plus, on a des œuvres, maintenant, qui vont à l’international, qui vont à la rencontre de populations dans des endroits où de tels événements arrivent souvent. Et ça devient un manque de respect.

On a donc recentré le nom du collectif sur l’art, sur notre slogan, qui existe depuis de nombreuses années déjà. Le but n’est pas de faire table rase. Au contraire! Mais le monde a changé. Et, aujourd’hui, on a encore plus besoin d’événements comme les nôtres sur la place publique, pour mettre les gens en lien, contrer la violence et les préjugés.

 

Pas d’Radis Fiscaux : l’État d’Urgence, un événement de l’ATSA, Quand l’Art passe à l’Action, du 16 au 19 novembre 2017, à la place Émilie-Gamelin, à Montréal. Pour toutes les informations : www.atsa.qc.ca

Publicités

CRITIQUE DE LA PIÈCE QUAND LA PLUIE S’ARRÊTERA, D’ANDREW BOVELL, TRADUITE ET MISE EN SCÈNE PAR FRÉDÉRIC BLANCHETTE

Texte : Julie Baronian

C’est dans une atmosphère lugubre de fin du monde, avec des pluies perpétuelles et des inondations – sujet qui, étrangement, ne saurait être plus d’actualité – que s’ouvre la nouvelle saison de Duceppe. Quand la pluie s’arrêtera, d’Andrew Bovell, est une pièce dramatique et poignante. Des pans de vie entremêlés de quatre générations d’une même famille, sur deux continents, nous y sont révélés. Et les personnages de la pièce vivent drame après drame.

La pièce débute en Australie, en 2039, lorsqu’un poisson tombe aux pieds de Gabriel York, tel que l’avait prédit son grand-père en 1959, présageant la fin du monde. Attendant la visite de son fils Andrew, qu’il n’a pas vu depuis 20 ans, il décide de faire cuire ce poisson pour leur dîner. Puis, à Londres, en 1988, Gabriel Law décide de partir pour l’Australie, pour tenter de retracer son père Henry, disparu depuis des années. Et à travers leurs histoires, il y a aussi celles d’Elizabeth et Henry Law, en 1959, et de Gabrielle York et son mari Joe Ryan, en 2013.

Bien que le spectateur essaiera inévitablement de démêler le tout – époques, lieux et personnages – dans une gymnastique mentale quelque peu laborieuse, et que mille et une questions surgiront dans son esprit tout au long du spectacle, il ira de surprise en surprise et sera captivé. La force de cette pièce de Bovell réside justement dans son intelligente complexité.

On nous parle ici de drames familiaux, de cycles qui se répètent, de ce qui se transmet de génération en génération, de ce qu’on lègue à nos enfants, des répercussions de nos gestes… Mais il s’agit là, par le fait même, d’une judicieuse métaphore sur les nombreux bouleversements causés par les changements climatiques, dont nos propres actions en sont la source. Alors que les personnages de la pièce répètent les mêmes abandons, les mêmes trahisons, les mêmes erreurs, génération après génération, mais qu’ils se parlent, agissent, essaient de se sortir des drames de leur passé qui les hantent… peut-être est-il trop tard pour la planète et pour que les êtres humains changent leur façon de vivre sur celle-ci?

Andrew Bovell a créé Quand la pluie s’arrêtera en 2008, en Australie. Sa pièce a ensuite été présentée à New York en 2010, puis dans plusieurs pays à travers le monde, dont l’Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni, où elle a été partout acclamée. Elle a récolté de nombreux prix, entre autres en Australie et aux États-Unis.

Le texte est superbement bien traduit par Frédéric Blanchette, qui en a aussi assuré la mise en scène. Une mise en scène épurée, mais parfaite, qui relevait assurément du défi, avec ses va-et-vient continuels dans l’espace et dans le temps. Le décor est simple, mais inventif : de multiples cordes qui pendent, pour illustrer la pluie qui tombe, un plancher luisant, comme s’il était mouillé, une fenêtre, des chaises. Quelques accessoires : parapluies, valise, chapeaux, bols de soupe…

Le jeu des neuf acteurs est tout à fait juste, sans être larmoyant, avec une retenue d’émotions qui accentue le mystère. De belles découvertes, dont Véronique Côté et Paule Savard, deux comédiennes de Québec qui foulent les planches de Duceppe pour la première fois et qu’on aimerait revoir plus souvent à Montréal. Effectivement, puisque cette pièce est une coproduction avec Le Trident et Lab87, plusieurs rôles sont campés par des comédiens provenant de la capitale.

Dans le contexte actuel du réchauffement climatique et des inondations que nous connaissons, cette pièce en est une nécessaire. À quel point l’héritage laissé par nos ancêtres nous façonne-t-il? Peut-on échapper à notre passé? Sommes-nous condamnés à répéter incessamment les mêmes erreurs malgré nous? Peut-on garder une lueur d’espoir pour nous et pour notre monde? Pertinente et intelligente, la pièce de Bovell nous amène prises de conscience et réflexions… Un spectacle qui donne comme l’effet vitaminé d’une bonne soupe au poisson pour le cerveau.

La pièce Quand la pluie s’arrêtera, d’Andrew Bovell, traduite et mise en scène par Frédéric Blanchette, est présentée du 6 septembre au 14 octobre 2017 au Théâtre Jean-Duceppe.

Pour toutes les informations : duceppe.com/a-l-affiche/quand-la-pluie-sarretera

ENTREVUE AVEC QUENTIN BRUNO, CHANTEUR, DANSEUR ET COMÉDIEN

Texte : Karine Tessier

Lundi, en début de soirée, au Cabaret Café Cléopâtre. Le musicien montréalais Ian Baird est au piano, alors que les six artistes de la troupe travaillent une chanson du spectacle Naked Boys Singing, dont la première québécoise aura lieu deux jours plus tard, dans le cadre de Fierté Canada Montréal 2017.

Lorsqu’ils débarquent dans une ville pour y présenter leur comédie musicale, les chanteurs, danseurs et comédiens doivent faire de petits ajustements, s’adapter aux lieux, répéter avec le pianiste (un musicien local est choisi pour chaque arrêt de la tournée). Mais, cette fois, à Montréal, les choses se sont compliquées. Deux des membres du groupe ont dû s’absenter pour des raisons familiales et ont été remplacés, seulement 48 heures avant la première représentation devant le public.

« Je n’ai aucun souci, lance en souriant Quentin Bruno, un des interprètes du spectacle, en prenant place à nos côtés le temps d’une brève entrevue. On va travailler demain, on va travailler mercredi matin… Mercredi soir, on aura quelque chose de parfait pour les spectateurs de la métropole. »

Changement de costume

Le Franco-Américain de 27 ans, qui a étudié la danse et le théâtre musical autant aux États-Unis qu’en France, est un touche-à-tout. Il bosse sur les planches, à la télévision, comme mannequin, en plus d’être auteur-compositeur-interprète. Il fait partie de la bande de Naked Boys Singing depuis bientôt un an.

« J’avais déjà fait quelques performances nu, mais c’était des œuvres très contemporaines. Alors, c’était un peu différent, se souvient Quentin Bruno. Les premières fois devant un public, on se demande : oh, mon Dieu, pourquoi je fais ça? Il y a une petite appréhension. Pendant 15 secondes. Et, après, on réalise qu’on est là pour raconter une histoire, et on oublie. La nudité devient notre costume. On s’habitue. Parce que, en fait, on n’est pas dans l’intimité, on est sur une scène. C’est comme aller à une plage naturiste! »

Tous identiques

Si Naked Boys Singing est présenté sur la route depuis un an, il est à l’affiche Off-Broadway depuis 1999. D’abord une comédie, la revue musicale se veut également touchante et nostalgique.

Les six gars de la troupe ne ménagent pas les efforts pour faire rigoler les spectateurs, mais espèrent tout autant faire ressentir des choses à ceux qui viennent les voir. Au fil de la quinzaine de chansons qui composent la pièce, des histoires se développent, des relations naissent. On y parle de désir, d’amour, d’être soi-même.

« C’est vraiment une œuvre universelle, affirme Quentin Bruno. Notre public est, certes, homosexuel, mais on attire toutes sortes de monde. Parce que le but final, c’est de dire : quand on est nus, on est tous identiques. On a tous un corps, on est tous des êtres humains sensibles. »

Naked Boys Singing est-elle donc une création engagée? Le volubile interprète fait une pause, choisit ses mots. « Je ne sais pas si, en lui-même, le spectacle a un message engagé. Je pense que la période et le monde dans lesquels on vit font qu’il est peut-être plus engagé qu’il ne l’était auparavant. »

Pour Orlando

Si la revue présentée ces jours-ci à Montréal n’est pas d’emblée porteuse d’un message politique, elle est on ne peut plus symbolique pour les artistes qui l’interprètent, qui tous vivent ou ont travaillé à Orlando, en Floride, là où, en juin 2016, une fusillade a fait près d’une cinquantaine de morts au Pulse, une boîte de nuit populaire dans la communauté LGBTQ. Une attaque revendiquée par le groupe État islamique.

« C’est un peu un échange culturel commémoratif, explique Quentin Bruno. C’est une façon de ne pas oublier ce drame et aussi de sensibiliser les gens. Qu’il y ait eu des tragédies comme celles du Pulse ou du Bataclan, à Paris, où j’ai vécu, ne doit pas nous empêcher de sortir. Continuons à vivre, à grandir en tant que communauté humaine, à se rassembler, à aller au théâtre, à boire des coups, à voir des choses qui sont belles, à être touchés. Soyons humains. »

Naked Boys Singing, créé par Robert Schrock, mis en scène par Tim Evanicki et produit par Acts to Grind Theatre, est présenté du 16 au 20 août 2017 au Cabaret Café Cléopâtre de Montréal, dans le cadre de Fierté Canada Montréal 2017.

Pour toutes les informations : www.fiertemontrealpride.com/project/naked-boys-singing

Page Facebook officielle de la compagnie Acts to Grind Theater : www.facebook.com/actstogrind

Site Web officiel de Quentin Bruno : www.iamquentinbruno.com

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Texte : Karine Tessier

À l’occasion de la 27e édition du festival Présence autochtone, du 2 au 9 août 2017, les Montréalais et les touristes ont l’embarras du choix! De la musique, de la danse, du cinéma, des arts visuels, de la gastronomie, des conférences… Une tonne d’activités, dont plusieurs tout à fait gratuites, pour aller à la découverte des cultures des Premières Nations d’ici et d’ailleurs. L’occasion rêvée, en cette année du 375e anniversaire de la métropole, de tisser des liens d’amitié entre les communautés et d’embrasser les différences. Morceaux choisis d’une programmation à la fois engagée et festive.

Parmi les grands événements à ne pas rater, Nikamotan Mtl, un rendez-vous doux entre des auteurs-compositeurs-interprètes de la relève autochtone et des artistes bien connus de la scène musicale québécoise. Quatre duos qui vous offriront des pièces à deux et en solo : Natasha Kanapé-Fontaine et Random Recipe, Matiu et Dramatik, Esther Pennell et La Bronze, Laura Niquay et Sunny Duval (ancien membre des Breastfeeders). Le 4 août à la Place des Festivals.

 

Le lendemain, le rassemblement artistique et festif Nova Stella, qui célèbrera l’art d’être différents ensemble, enflammera la Place des Festivals dès l’heure du dîner. Le point culminant, en soirée, sera un grand spectacle musical qui réunira notamment sur scène Mamselle Ruiz, Karim Diouf, Pierre Kwenders, Jacques Jacobus (de Radio Radio), le groupe Sonido Pesao, Jenny Salgado, Loco Locass et Nomadic Massive.

Du 3 au 6 août, la Place des Festivals se métamorphose! Vous y retrouverez une maison longue et des tipis, des structures animalières lumineuses dans les fontaines, des spectacles, des courts métrages, de la création en direct par des artistes visuels, de la street food autochtone… Ça vaut le détour.

LUMIÈRES SUR L’EAU de Ariel St-Louis Lamoureux et Nicolas Lachapelle – BANDE ANNONCE from Les Films du 3 mars on Vimeo.

Pour ceux qui préfèrent l’ambiance feutrée des salles de cinéma, Présence autochtone a programmé des dizaines de courts, moyens et longs métrages, de fiction tout autant que documentaires. Parmi nos coups de cœur, le documentaire Lumières sur l’eau, d’Ariel St-Louis Lamoureux et Nicolas Lachapelle. Pendant un an, on y suit des enfants de Waswanipi, une communauté crie du Nord du Québec, aux multiples influences culturelles et en plein questionnement sur leur identité.

Two Soft Things, Two Hard Things (Official Trailer) from Mark Kenneth Woods on Vimeo.

Abordant aussi les thèmes de la jeunesse et de l’identité, Two Soft Things, Two Hard Things est un documentaire de Mark Kenneth Woods et Michael Yerxa sur la préparation d’un défilé LGBTQ au Nunavik, après 60 ans de colonisation durant lesquels, au nom de la religion, on a condamné le point de vue de la communauté innue sur la sexualité et la famille.

Les fans de musique se régaleront avec Rumble : the Indians Who Rocked the World, de Catherine Bainbridge et Alfonso Maiorana, un documentaire qui explore l’influence des musiciens des Premières Nations sur la musique pop en Amérique.

Tribal Justice Trailer from Makepeace Productions on Vimeo.

La cinéaste Anne Makepeace, de son côté, s’est penchée sur les tribunaux autochtones, axés sur des principes traditionnels de réparation et de guérison, plutôt que sur la justice punitive. Elle nous présente le fruit de ses recherches dans son documentaire Tribal Justice.

Du côté des arts visuels, on vous suggère d’aller admirer les créations de Carmen Hathaway, des pièces où se côtoient la culture traditionnelle et les nouvelles technologies. L’exposition From Smoke to Cyber Signals est présentée à l’Espace culturel Ashukan jusqu’au 1er septembre prochain.

Du côté de La Guilde, jusqu’au 19 août, vous pourrez découvrir les sculptures d’Abraham Anghik Ruben, un artiste inuvialuit qui s’inspire des mythes et des légendes des peuples nordiques. Dans Les Esprits se rencontrent : interactions Vikings-Inuits, chaque œuvre est accompagnée de son dessin préparatoire.

Et pour ceux qui ne pourront se rendre au festival cette année, vous pouvez toujours visionner, du 2 au 9 août, sur le site Web de l’événement deux documentaires sur les luttes de communautés pour préserver leur patrimoine face à la menace d’entreprises.

La 27e édition de Présence autochtone est présentée à Montréal du 2 au 9 août 2017. Pour tout savoir sur le festival : www.presenceautochtone.ca

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

CRITIQUE DE LA PIÈCE LA VAGUE PARFAITE, DE GUILLAUME TREMBLAY ET OLIVIER MORIN, MISE EN SCÈNE PAR GUILLAUME TREMBLAY

Texte : Karine Tessier

En 2016, à l’affiche au Théâtre Espace Libre, puis au Théâtre Aux Écuries, La Vague parfaite avait cartonné. Présentée à guichet fermé dans les deux salles, la pièce avait ravi à la fois le public et les critiques. Le Théâtre du Futur complète cet été son tour du chapeau en présentant son opéra surf au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, dans le cadre des festivités entourant le 375e anniversaire de Montréal.

Photo : Toma Iczkovits.

Quelque part entre demain et dans 100 ans, sur l’île de Tahiti, une dizaine de jeunes athlétiques et bronzés coulent des jours heureux. Une existence de rêve faite de jus verts, de yoga, de surf et de polyamour. Mais leur vie n’est pas sans défi! En effet, les membres des deux clans, les Cools et les Wannabes, multiplient les efforts pour atteindre le sommet de la hiérarchie du groupe.

Les changements climatiques ayant déréglé la planète, on annonce l’arrivée prochaine d’un tsunami, que nos joyeux surfeurs considèrent comme la vague parfaite, sorte de Saint Graal pour les amateurs de planche. Ils y voient l’occasion idéale pour réaliser l’exploit d’une vie et, ainsi, atteindre le plus haut niveau de coolness.

Photo : Toma Iczkovits.

Lorsque le raz-de-marée déferle sur leur paradisiaque île du Pacifique, certains perdent la vie, alors que les autres trouvent refuge sur un radeau construit avec des planches de surf. Est-ce la fin de l’espoir pour ces demi-dieux, comme « un sandwich au beurre de peanuts de quelqu’un allergique au beurre de peanuts »? Ou trouveront-ils asile dans un autre pays ou même sur Tahi Slande 3D, une bulle en verre?

En 2012, le Théâtre du Futur nous avait offert sa première production, un opéra rock désopilant sur le controversé expert en marketing Clotaire Rapaille. Dès le départ, Guillaume Tremblay, Olivier Morin et l’auteur-compositeur-interprète Navet Confit ont choisi de créer des œuvres critiquant de façon acerbe la société dans laquelle nous vivons, le tout enrobé d’un humour aussi absurde que délicieux.

Photo : Toma Iczkovits.

La Vague parfaite ne fait pas exception. Dans ce délire irrévérencieux, on se moque allègrement de ces douchebags trop occupés à se regarder le nombril pour se préoccuper des autres habitants de leur île ou des conséquences des changements climatiques. On se paie la gueule de ceux qui misent tout sur l’apparence et la branchitude. Et on observe avec sarcasme une société qui voue un culte à la performance, tout en faisant l’apologie du mieux-être et de la relaxation. Une fable d’anticipation, certes, mais dans laquelle on se reconnaît tous au moins un petit peu.

Photo : Toma Iczkovits.

Derrière ce bordel hautement jouissif, se cache une démarche artistique aussi riche que rigoureuse. Les rôles principaux sont incarnés par des interprètes lyriques à la technique impeccable, qui chantent, en plusieurs langues, avec une intensité dramatique des textes déjantés, ponctués de « dudes » et de propositions grivoises. Le tout sur des mélodies complexes, magnifiques, jouées sur scène par le talentueux Philippe Prud’homme.

Photo : Toma Iczkovits.

À l’instar des opéras plus traditionnels, des surtitres sont projetés sur un écran, afin de traduire les chansons. Un procédé qui, entre les mains de ces comiques créateurs, ne sera qu’un moyen de plus de faire rigoler le public. Et ce n’est qu’une des références aux productions lyriques que l’on retrouve dans La Vague parfaite. Les auteurs du spectacle, se donnant comme mission de décloisonner l’opéra, s’en sont donné à cœur joie, comparant le sommeil des personnages sur le radeau « au deuxième acte à l’Opéra de Montréal » et projetant sur une planche de surf le visage de Marc Hervieux, qui surmonte un corps aux abdominaux d’acier.

Photo : Toma Iczkovits.

La dernière production du Théâtre du Futur propose au public montréalais le mélange idéal pour la saison d’été : un humour osé, des airs irrésistibles, des artistes de talent, ainsi qu’une réflexion pertinente sur les travers du monde dans lequel on vit. Si vous n’avez pas assisté à l’une des représentations de cette pièce en 2016, c’est votre chance. Allez, laissez-vous emporter par la vague!

La Vague parfaite, de Guillaume Tremblay et Olivier Morin, mise en scène par Guillaume Tremblay, est présentée les 20 et 21 juin, puis les 6, 7, 9 et 10 juillet, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal.

Pour toutes les informations : www.theatredaujourdhui.qc.ca/vagueparfaite

 

Enregistrer

Enregistrer

CRITIQUE DE LA PIÈCE LES LAISSÉS POUR CONTES, D’UN COLLECTIF D’AUTEURS, MISE EN SCÈNE PAR VALÉRIE LE MAIRE

Texte : Karine Tessier

Des histoires qui auraient pu nous arriver, à vous comme à moi. Des gens ordinaires, qui deviennent chacun à leur façon des héros extraordinaires. Des personnages qui prennent leur courage à deux mains pour s’affirmer, exiger le respect, confier leurs regrets, défricher des terrains jusqu’ici inexplorés au fond d’eux-mêmes, dénoncer des événements tragiques.

Le courage, c’est le thème de la cinquième édition des Laissés pour contes, une pièce présentée du 16 au 27 mai 2017 aux Ateliers Jean-Brillant, dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Suite à un appel de textes, sept contes urbains ont été sélectionnés et sont joués devant public dans un spectacle déambulatoire. La mise en scène de Valérie Le Maire privilégie la proximité entre l’assistance et les acteurs. Le public, séparé en petits groupes, visite les « ruelles des contes », dans lesquelles se retrouvent sept univers multisensoriels. Le sculpteur Jean Brillant signe la scénographie de l’œuvre, élaborée à partir de sa collection de sculptures, faites de matériaux naturels et industriels.

Le comédien David Bélanger, dans le conte « Madeleine », de Marianne Moisan. Photo : Thomas L. Archambault.

Dans Madeleine, de Marianne Moisan, un jeune homme (David Bélanger), nous raconte l’histoire de Madeleine, une cliente régulière au dépanneur où il bosse. Une femme qui rêvait de faire fortune. Entre une bouchée de croustilles et une rasade de boisson gazeuse, le jeune spécule sur ce qui a bien pu arriver à Madeleine, qui s’est mystérieusement mise à changer. Aurait-elle finalement remporté le gros lot? Un conte sur la foi, mais également la peur du changement, qui nous fait prendre conscience que c’est souvent le fait même de rêver qui nous rend heureux, et non la réalisation de nos souhaits les plus fous.

La comédienne Tania Kontoyanni dans le conte « Bleu Néon », de Pierre-Marc Drouin. Photo : Thomas L. Archambault.

La création de Pierre-Marc Drouin, Bleu néon, met en vedette Tania Kontoyanni (magnifique, avec une performance toute en subtilité). Ce soir, Laurence a un rancard avec un homme qui lui plaît beaucoup. Mais elle hésite. Avant de sortir, elle nous raconte la soirée de son anniversaire, il y a trois ans, alors qu’elle attendait une amie en sirotant un cocktail dans un bar miteux. Et sa rencontre, fulgurante, avec un bel et sombre inconnu. Si la soirée a d’abord pris des airs de flirt sensuel, elle s’est terminée dans l’horreur. Laurence a été violée. Une expérience traumatisante et humiliante qui l’a brisée. Un conte bien d’actualité, alors que les initiatives pour dénoncer la culture du viol et expliquer le consentement sexuel se multiplient au Québec, mais aussi à l’étranger.

La comédienne Carmen Sylvestre, dans le conte « Un temps avant la nuit », de Pierre Chamberland. Photo : Thomas L. Archambault.

Un de nos coups de cœur de la soirée : la merveilleuse Carmen Sylvestre, dans Un temps avant la nuit, de Pierre Chamberland. Dans le rôle de Marguerite, une vieille dame « parkée » dans un CHSLD par un de ses fils, la comédienne est infiniment touchante. Assise dans un fauteuil roulant suspendu à de lourdes chaînes, la femme révèle des parcelles de sa vie : son mariage avec son beau Marcel, la naissance de ses deux enfants, ses vacances au bord de l’eau. Des souvenirs doux qui contrastent avec les conditions navrantes dans lesquelles elle survit. Une prise de conscience implacable sur la perte de la dignité des aînés, dans une société où règnent en maîtres la performance et la productivité.

La comédienne Andréanne Théberge, dans le conte « Lucie-aux-phobies », de Marie-Ève Charbonneau. Photo : Thomas L. Archambault.

Lucie travaille dans un bureau. Elle a peur des autres. Quand sa psychologue lui suggère de sortir de sa zone de confort, la jeune femme se dit que le party de bureau de la période des Fêtes est l’occasion idéale pour commencer à déployer ses ailes. La soirée ne se déroulera pas tout à fait comme prévu. Après un dur réveil dans les toilettes de l’entreprise, la mine déconfite et la tête dans le brouillard, Lucie reprendra le contrôle de sa vie. Dans Lucie-aux-phobies, de Marie-Ève Charbonneau, la charmante Andréanne Théberge incarne une fille parfaite dans son imperfection, et surtout hyper attachante. Entourée d’une cinquantaine de classeurs métalliques rouillés, éclairés de l’intérieur, Lucie raconte ses petits et grands malheurs, mais non sans une bonne dose d’humour.

Le comédien Maxim Gaudette dans le conte « Christine », de Jean B. Couvrette. Photo : Thomas L. Archambault.

Dans une petite pièce remplie de casiers, qui évoque un vestiaire sportif, arrive un jeune homme (Maxim Gaudette), qui s’excuse de son retard. C’est qu’il a rencontré Christine, son amour de jeunesse, celle qui faisait battre son cœur quand il avait six ans. Puis, d’autres souvenirs déboulent. Les moments passés avec ses camarades de hockey à l’aréna. Ou dans la voiture, avec l’entraîneur. Tout jeune, il sentait bien que quelque chose ne tournait pas rond dans la vie de son ami. Les années ont passé, et il a compris. En dévoilant des secrets enfouis depuis trop longtemps, le personnage de Christine, de Jean B. Couvrette, se confie sur sa culpabilité, ses regrets de n’avoir pas fait davantage pour sauver son coéquipier des griffes de son agresseur. Un texte qui sert à merveille Maxim Gaudette, un acteur intense qu’on ne se lasse pas de voir au petit écran, au cinéma ou sur les planches.

La comédienne Véronique Pascal dans le conte « Mémoires », de Marie-Pascale Picard. Photo : Thomas L. Archambault.

Mémoires, de Marie-Pascale Picard, est un cri du cœur pour que la société accorde la dignité et le respect auxquels ont droit les membres des Premières Nations, dont plusieurs subissent, encore aujourd’hui, les conséquences des horreurs vécues dans les pensionnats autochtones. Une jeune métisse raconte la disparition de sa mère et les tentatives de sa grand-mère pour la retrouver dans les rues de la métropole. La comédienne Véronique Pascal livre son texte, cru et nécessaire, appuyée à La Fleur de macadam, une sculpture imposante, taillée dans l’acier et la pierre. Une création qui fait écho à la force de ces femmes, à leur résilience à toute épreuve.

La comédienne Ève Pressault dans le conte « Un pick-up pour quekpart », de Maryse Latendresse. Photo : Thomas L. Archambault.

Pour clore le spectacle, un conte plus léger, bien qu’il aborde la question du deuil d’un parent. Un pick-up pour quekpart, de Maryse Latendresse, c’est l’histoire d’un adolescent et de ses deux petites sœurs, qui, un soir, empruntent en secret le camion de leur beau-père pour se rendre à Montréal. Un road trip nocturne pour voir les feux d’artifice, sorte de signe que leur père disparu est toujours là, avec eux. Un joli texte interprété par la comédienne Ève Pressault.

Vous n’avez pu assister à l’une des représentations des Laissés pour contes cette année? Vous pouvez toujours faire la lecture des sept histoires en vous procurant le recueil sur le site de Coïncidences Productions.

www.coincidencesproductions.com/leslaissespourcontes.com

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

CRITIQUE DE LA PIÈCE ANTIGONE AU PRINTEMPS, DE NATHALIE BOISVERT, MISE EN SCÈNE PAR FRÉDÉRIC SASSEVILLE-PAINCHAUD

Texte : Karine Tessier

D’abord, la voix cristalline de Mykalle Bielinski. Une envolée vocale bouleversante qui annonce déjà la tragédie qui nous sera racontée. Puis, s’amènent nonchalamment trois frères et sœur de 20 ans, Étéocle (Xavier Huard), Polynice (Frédéric Millaire-Zouvi) et Antigone (Léane Labrèche-Dor), qui se remémorent leur enfance au chalet, au bord de la rivière Éternité. Des souvenirs caressants qui font vite place à une mémoire amère, alors que les jeunes sont devenus la cible de moqueries, fruits de l’inceste entre leurs parents Jocaste et Œdipe.

Devenus adultes, dans un Montréal fictif où tonne la révolte populaire, Étéocle, Polynice et Antigone doivent prendre parti. Le premier joint les rangs des forces de l’ordre, menées par le corrompu Créon, qui réprime toute protestation au nom de la prétendue paix sociale. Les deux autres sont avec le peuple. Lors d’une émeute, les frères se battent, et Polynice meurt. Sa dépouille devient une pièce à conviction pour les autorités, qui souhaitent incriminer les protestataires.

Photo : Francis Sercia.

Présentée du 4 au 22 avril 2017 à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, Antigone au printemps est une production de la jeune compagnie Le Dôme – créations théâtrales, fondée il y a deux ans. En se regroupant, Nathalie Boisvert, Frédéric Sasseville-Painchaud et Olivier Sylvestre se sont donné comme mission de réenchanter le monde, de proposer une parole qui incite l’humain à reprendre son destin, individuel et collectif, en main. Là où s’arrête la raison, l’espoir, l’émotion et le rêve animent l’homme.

Lorsqu’elle écrit, Nathalie Boisvert s’inspire beaucoup de ce qui défraie les manchettes : les manifestations du printemps 2012 au Québec, les centaines d’oiseaux retrouvés morts, notamment aux États-Unis et en Italie, la même année. Pour ce nouveau spectacle, elle a choisi d’ancrer dans l’actualité les personnages de la pièce de Sophocle. L’héroïne, née à l’Antiquité, est intemporelle. Alors que les hommes combattent, elle se tient debout, seule, le poids du monde sur ses épaules. Il est souvent plus aisé d’éviter le débat et de rester dans le rang. Antigone, elle, affirme que, parfois, il faut savoir dire non, enfreindre la loi pour servir la justice. L’histoire de toutes les révolutions. L’œuvre, d’abord un récit sur le rapport au pouvoir, aborde également des thèmes universels : la liberté, les droits humains, la corruption, la famille, la solitude. Ce qui en fait bien plus qu’un spectacle politique.

Photo : Francis Sercia.

Pour mettre en scène ce texte lucide, les deux complices de Nathalie Boisvert au Dôme – créations théâtrales, Frédéric Sasseville-Painchaud, assisté d’Olivier Sylvestre. Ceux-ci ont placé les acteurs dans un décor tout de roche et de bitume. Percutants, Huard, Millaire-Zouvi et Labrèche-Dor déclament leurs lignes comme on le ferait avec un manifeste. Une abondance de mots livrés par moments telle une pétarade, ce qui fait écho au tumulte qui se produit dans ce Montréal fictif. Une poésie théâtralisée au rythme haletant, qui laisse à peine au spectateur le temps de reprendre son souffle.

Photo : Francis Sercia.

 

La scénographie, signée Xavier Mary, se veut toute horizontale, linéaire. Comme une ligne du temps qui lie les événements du passé, du présent et de l’avenir. Puisque, oui, le combat n’est pas sans appel. Les créateurs d’Antigone au printemps suggèrent l’espoir, alors que filtre à maintes reprises la lumière sur cette scène plongée dans la pénombre. De très beaux éclairages réalisés par Chantal Labonté.

Photo : Francis Sercia.

Dans cet ensemble sombre, la distribution apparaît telle une armée de soldats de plomb, qui, même en évoquant des souvenirs douloureux de leur enfance, ne laissent jamais leur armure se fissurer. Leur prise de parole n’en est que plus intense, enflammée. Les trois comédiens butent à quelques reprises sur les mots, mais on leur pardonne aussitôt, le texte de Nathalie Boisvert représentant de toute évidence un défi impressionnant. En toutes circonstances, le trio tente de sauver sa peau, tout comme Étéocle, Polynice et Antigone font tout en leur pouvoir pour rester intègres, peu importe le camp choisi. Un courage qui nourrit notre propre réflexion et qui, le souhaite assurément l’équipe de la pièce, nous incite à passer à l’action.

Photo : Francis Sercia.

Antigone au printemps, de Nathalie Boisvert, mise en scène par Frédéric Sasseville-Painchaud, est à l’affiche du 4 au 22 avril 2017 à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier.

Pour toutes les informations : www.denise-pelletier.qc.ca/spectacles/60

Le texte du spectacle est également disponible dans les librairies depuis le 12 avril 2017.

CRITIQUE DE LA PIÈCE EXTRAMOYEN, SPLENDEUR ET MISÈRE DE LA CLASSE MOYENNE, DE PIERRE LEFEBVRE ET ALEXIS MARTIN, MISE EN SCÈNE PAR DANIEL BRIÈRE

Texte : Julie Baronian

Qu’est-ce que la classe moyenne? Est-elle une simple question de salaire ou de valeurs? Existe-t-elle vraiment ou a-t-elle seulement déjà existé? Et la consommation, serait-elle son unique raison d’être?

Malgré qu’il soit omniprésent dans le discours politique ambiant et sur toutes les tribunes, le concept de la classe moyenne demeure flou. Extramoyen, splendeur et misère de la classe moyenne, une pièce qui se situe entre le théâtre documentaire et l’essai, tente de nous éclairer ou, du moins, de susciter notre réflexion à travers une douzaine de sketchs parsemés d’humour et de folie, tout en étant instructifs.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Le spectacle s’ouvre sur une scène familiale des années 1950, d’une famille typique dite de la classe moyenne. Tout au long de la pièce, les spectateurs suivront son évolution à travers les décennies. Ou plutôt sa non-évolution… Plusieurs décrochages des personnages – « en quelle année sommes-nous? » – nous montrent plutôt leur stagnation à travers la consommation, la surconsommation, le crédit, la dette, la précarité… Par exemple, de l’endettement pour l’achat d’un premier téléviseur, nous passons à la leçon d’une mère à sa fille voulant devenir vendeuse, à un couple endetté qui doit choisir entre son désir d’accéder à la propriété et celui d’offrir une éducation de qualité, mais onéreuse, à ses enfants dans une école privée.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Ces courtes saynètes, qui constituent la trame de fond, sont entrecoupées de vox pop de citoyens dans la rue, d’une courte comédie musicale à la façon Broadway, de citations et d’extraits d’entrevues de sociologues, de philosophes ou d’écrivains, d’un quiz télévisé hilarant – version québécoise de The Price Is Right -, d’un impressionnant théâtre d’objets, filmé simultanément sur grand écran, qui raconte, avec des jouets, l’histoire de la fabrication d’une lampe, à partir de l’extraction du minerai jusqu’à la livraison au consommateur, et même d’un sketch plutôt troublant ciblant les politiciens dans un État désengagé qui veut faire payer davantage la classe moyenne pour des services publics d’éducation aux enfants et de soins aux aînés.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Cette pièce de théâtre éclectique donc, pleine de surprises, mais toujours autour du même thème de la classe moyenne, met forcément en valeur la solide distribution, crédible et versatile, qui doit incarner de multiples et variés personnages : Marie-Thérèse Fortin, Jacques L’Heureux, Christophe Payeur, Mounia Zahzam et Alexis Martin, avec la participation filmée de Pierre Lebeau.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Avec cette nouvelle création, dans une mise en scène brillante et inventive de Daniel Brière, écrite par Alexis Martin – codirecteur du Nouveau Théâtre Expérimental – et Pierre Lefebvre – rédacteur en chef de la revue Liberté – le NTE s’est donné l’occasion de renouer avec le précieux collaborateur qu’est ce dernier, à qui l’on doit les textes des pièces Loups en 2005 et Lortie en 2008. La forme et la structure de la pièce Extramoyen sont d’ailleurs inspirées de sa manière de faire des documentaires radiophoniques, qu’il a réalisés pour Radio-Canada, enchevêtrant habilement le ludisme et le didactique, le jeu et l’érudition.

Photo : Marlène Gélineau-Payette.

Le spectacle fort divertissant, sans être trop léger, réussit à poser les bonnes questions. Manifestement, dans une société et à une époque où l’économie fonctionne par la consommation et grâce au crédit, où l’être humain « de la classe moyenne » est souvent réduit à son simple rôle social de consommateur – non seulement par les entreprises, mais aussi par le gouvernement -, cette pièce de théâtre suscite une bonne réflexion. Une critique sociale qui s’impose comme une nécessité dans ce monde d’endettement et de surconsommation.

La pièce Extramoyen, splendeur et misère de la classe moyenne, une production du Nouveau Théâtre Expérimental, de Pierre Lefebvre et Alexis Martin, mise en scène par Daniel Brière, est présentée du 4 au 29 avril 2017 au théâtre Espace Libre de Montréal.

Pour toutes les informations : www.espacelibre.qc.ca/spectacle/saison-2016-2017/extramoyen

Enregistrer

Enregistrer

ENTREVUE AVEC LA PERFORMEUSE CLAUDINE ROBILLARD

Texte : Karine Tessier

« Confiez-nous un projet inachevé qui vous hante. Nous vous en délivrerons. » Cette phrase, pleine de promesses, on peut la lire dans les documents promotionnels du spectacle Non Finito, qui sera présenté du 18 au 29 avril prochains, au Théâtre Aux Écuries de Montréal.

On a tous des travaux ou des rêves restés en chantier. L’artiste Claudine Robillard ne fait pas exception. Désireuse de partager son expérience personnelle avec les gens, elle a transformé sa quête en enquête. Après quelques années de laboratoire, elle montera sur les planches pour nous livrer le bilan de ses recherches. Une réflexion qui allie théâtre, performance et sociologie, dont elle assure la codirection avec sa complice Anne-Marie Guilmaine.

Nous avons rencontré Claudine Robillard quelques jours avant la première de Non Finito, un essai sur l’inachèvement, quelque part entre l’art et la vie.

On sait bien peu de choses sur Non Finito. En effet, sur les affiches et dans les textes qui font la promotion de la pièce, des dizaines de questions sont posées et restent sans réponse. C’est plutôt inhabituel, comme stratégie publicitaire!

Je vous avoue qu’on a eu beaucoup de discussions avec l’équipe des communications à ce sujet. On nous disait : « Si vous voulez des gens dans la salle, on doit leur dire quelque chose! » Moi et Anne-Marie, on tenait à l’économie de détails. On pense que l’expérience du spectacle va de pair avec la découverte.

Non Finito n’est pas un show spectaculaire. Les choses qui émergeront sur la scène auront une valeur et une beauté que si elles sont découvertes ici et maintenant.

Dans la pièce autant que dans les outils qui en font la promotion, plusieurs questions sont posées. Laquelle a été la genèse du projet?

Quoi faire des projets inachevés qui nous hantent, mais qu’on ne peut réaliser? J’ai vécu un questionnement très fort il y a quelques années, au point de faire naître une douleur. C’était insupportable.

Maintenant, est-ce que la scène peut nous aider à concrétiser ces projets, pour nous en libérer? Évidemment, nous ne sommes pas dupes au point de croire que le théâtre peut tout régler, guérir ceux qui se sentent tenaillés par ces projets inachevés! Mais un spectacle peut bel et bien avoir un impact dans le réel. Dans l’art et la poésie, il peut parfois y avoir un potentiel de guérison. Peut-être que, par le fantasme, le jeu de rôle, on peut se libérer des projets qui nous hantent.

La création de Non Finito s’est faite sur plusieurs années, notamment lors de plusieurs résidences.

Oui. On a eu la chance d’être trois semaines en résidence au Théâtre Aux Écuries, échelonnées sur un an. Aussi, on a fait d’autres courtes résidences dans les Maisons de la culture.

C’est la première fois qu’on créait comme ça. Après chaque résidence, on présentait un laboratoire. Ça a beaucoup nourri le processus. On a dû ouvrir les portes de la création pour présenter chaque fois quelque chose, discuter avec le public, puis nous réajuster.

L’œuvre a beaucoup bougé depuis le début! Aucun de nos laboratoires ne ressemble à la forme finale de Non Finito! Par contre, nous ne sommes pas reparties de zéro chaque fois. On reconnaît certains éléments.

Vous avez fondé votre propre compagnie de création interdisciplinaire, Système Kangourou, en 2006 avec Anne-Marie Guilmaine et Jonathan Nadeau. Pourquoi avoir préféré cette démarche, plutôt que de joindre les rangs d’un groupe déjà établi?

Si on se reporte en 2006, on sortait de l’Université du Québec à Montréal, où nous avons fait notre baccalauréat et notre maîtrise. Anne-Marie et moi, on avait chacune notre démarche. Mais on se rejoignait dans une forme très ancrée dans le réel, dans l’action, une forme non linéaire. À l’époque, le terme « théâtre performatif » n’était pas très utilisé. On ne se reconnaissait pas dans d’autres démarches québécoises. Pour nous, ça allait de soi de fonder Système Kangourou.

Comment votre dernière création, Non Finito, est-elle ancrée dans le réel?

Le spectacle parle de mes projets inachevés, mais n’est pas pour autant narcissique. On a envie de poser des questions aux spectateurs pour qu’eux aussi se sentent concernés, pour que l’intime côtoie le collectif.

Nous sommes à l’ère du spectaculaire. Et, parfois, je trouve que ça va à l’encontre des questions de fond. On a envie de ramener ces interrogations, d’aborder une œuvre autrement qu’en mettant l’accent sur les vedettes qui se retrouvent sur scène.

La réalité a un potentiel poétique tellement fort! Nul besoin de se tourner vers la fiction. Il suffit d’entraîner notre œil à la poésie qui nous entoure. Bien sûr, un travail artistique est nécessaire pour la mise en forme, pour qu’un sens émerge. Mais le matériel de base est réel.

Photo : Anne-Marie Guilmaine.

À quelle réaction vous vous attendez de la part du public?

C’est drôle, c’est la première fois que je me pose la question sous cette forme. C’est sûr que le public repartira en se questionnant : est-ce que j’ai des projets inachevés? Est-ce que ça me hante? Qu’est-ce qui me retient de les finir ou pas?

Au-delà de ça, j’espère que les gens auront vécu un moment de rencontre, de partage, auront le sentiment d’avoir participé à une interaction vraie. Peut-être ressortir également avec l’envie de se parler, de partager ses trucs avec les autres. Enfin, j’espère!

Le spectacle Non Finito, de Claudine Robillard et Anne-Marie Guilmaine, sera présenté du 18 au 29 avril 2017, au Théâtre Aux Écuries de Montréal. Une rencontre-débat sur le thème La Course à la performance suivra la représentation du 27 avril prochain.

Pour toutes les informations : auxecuries.com/projet/non-finito-2016

Enregistrer

CRITIQUE DE LA PIÈCE LA BIBLIOTHÈQUE INTERDITE, DE DENIS PLANTE, MISE EN SCÈNE PAR BRIGITTE HAENTJENS ET SÉBASTIEN RICARD

Texte : Karine Tessier

Photo : Jean-François Hétu.

À Buenos Aires, en 1942, un poète (Sébastien Ricard), aussi concierge d’une bibliothèque, est incarcéré par un inspecteur de police, à la solde du gouvernement. Confiné dans une pièce dépouillée, il livre au représentant des forces de l’ordre un monologue, dans lequel il raconte sa passion des mots, défend la liberté d’expression et de création, clame son amour pour sa compagne, enceinte de leur enfant.

Ce flic, jamais on ne le verra ou entendra. Pour toute réponse aux questions lancées par l’artiste, des notes de contrebasse. Sait-on même s’il existe vraiment? Ou est-il plutôt le fruit de l’imagination de l’homme interrogé, dont l’esprit semble glisser lentement dans la folie?

Photo : Jean-François Hétu.

L’opéra-tango La Bibliothèque interdite, dont les textes et les musiques sont signés Denis Plante, n’est ni un pamphlet politique ni un mélodrame sur les persécutions commises par un régime totalitaire. Le spectacle se veut davantage un amalgame de théâtre, de poésie et de tango, qui explore des thèmes graves, tout en étant généreusement ponctué d’un humour délicieux.

Au milonga, l’œuvre emprunte les mélodies autant que la passion brûlante. Le personnage de Sébastien Ricard pourfend ceux qui briment la liberté du peuple et imposent la censure aux artistes. L’auteur argentin Horacio Ferrer a dit : « Le tango est un port amical où s’ancre l’illusion. » Face à l’oppression, la création devient encore plus importante, arme de contestation massive, mais aussi échappatoire qui permet encore le rêve. L’esprit du poète vagabonde, et celui-ci nous livre ses réflexions en pièces détachées, laissant se confondre réalité et fiction.

En cela, les superbes textes de Denis Plante s’inscrivent dans le courant du réalisme magique (dont on vous a également parlé ici), cher à plusieurs grands noms de la littérature sud-américaine, tels Gabriel García Márquez, Isabel Allende ou Jorge Luis Borges. Le musicien québécois, leader du groupe Tango Boréal, reconnu internationalement, s’est aussi inspiré de la vie de ce dernier. L’Argentin Borges a en effet bossé dans des bibliothèques, en plus d’être témoin de la disparition de plusieurs artistes, dont les autorités voulaient taire les voix.

Dans le rôle du poète, un Sébastien Ricard au sommet de sa forme, au regard de braise, qui excelle autant dans les passages joués que chantés. Si on connaissait déjà ses talents de rappeur grâce aux chansons du trio Loco Locass, le comédien nous surprend agréablement avec sa voix aussi puissante que juste. Il sait naviguer entre le politique et le poétique, sans jamais flirter avec la caricature. L’entourent Denis Plante, au bandonéon, Matthieu Léveillé, à la guitare, et Francis Palma, à la contrebasse, des musiciens doués qui épaulent l’interprète principal juste ce qu’il faut.

Ricard et Plante ont fait connaissance il y a sept ans, dans le cadre d’un spectacle présentant des textes de Borges, au festival de littérature En toutes lettres, à Québec. Ils ont planché quelques années sur ce qui est devenu La Bibliothèque interdite. L’œuvre a connu plusieurs versions, puis a été épurée lorsque la metteure en scène Brigitte Haentjens s’est jointe au duo d’amis.

Photo : Jean-François Hétu.

Les choix sobres de Ricard et Haentjens font écho au manque criant de ressources du poète séquestré. Pour tout décor, des chaises, une marionnette de minotaure et une machine à écrire, qui fait également office d’instrument de percussion. La scène est baignée d’une lumière chaude, qui confère à la salle une atmosphère feutrée. Une intimité qui invite le spectateur à s’abandonner aux vers et aux notes qui défilent devant lui.

Que l’on soit ou non bien informé sur l’histoire politique argentine, que l’on maîtrise ou pas les pas du tango, difficile de résister au charme de La Bibliothèque interdite. La grande force de la pièce réside en la complicité parfaite de ce groupe d’artistes de grand talent, qui a su conjuguer un propos intelligent à un esthétisme sensuel. Devant une invitation à danser aussi séduisante, on ne peut que répondre par l’affirmative.

La Bibliothèque interdite, de Denis Plante, mise en scène par Sébastien Ricard et Brigitte Haentjens, est une production de la compagnie Sibyllines, présentée au Théâtre de Quat’Sous de Montréal du 5 au 13 avril 2017. L’œuvre est également disponible sur CD depuis le 7 avril 2017.

Pour toutes les informations : www.quatsous.com/1617/saison/la-bibliotheque-interdite.php

Enregistrer