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CRITIQUE DE DES HOMMES ET DE LA GUERRE DE LAURENT BÉCUE-RENARD

Texte : Véronique Bonacorsi

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Après avoir conquis la critique avec son premier film, De Guerre lasses (Living Afterwards : Words of Women), le cinéaste français Laurent Bécue-Renard poursuit sa réflexion sur les douleurs de la guerre avec le deuxième opus de sa trilogie Une Généalogie de la colère (Genealogy of Wrath). Des Hommes et de la guerre (Of Men and War) témoigne de la réalité des jeunes vétérans ayant combattu en Irak et en Afghanistan.

Lorsque Laurent Bécue-Renard fut envoyé en Bosnie-Herzégovine en 1995, lors de la dernière année de la guerre, pour exercer les fonctions d’éditeur en chef pour le webzine Sarajevo Online, il était loin d’une carrière en cinéma. Mais la rencontre avec les veuves bosniaques de soldats, racontant leur deuil et leur colère en thérapie, éveilla en lui un besoin de montrer ces blessures. Ainsi naquit son premier documentaire.

Le cinéaste Laurent Bécue-Renard. Photo : Camille Cottagnoud, Alice Films.

Le cinéaste Laurent Bécue-Renard. Photo : Camille Cottagnoud, Alice Films.

Puis, l’idée de réaliser l’équivalent d’un point de vue masculin, de vétérans américains, s’imposa. Cependant, ce contexte précis, dans lequel des hommes en choc post-traumatique pouvaient se réunir et partager leurs expériences au combat, ne semblait tout simplement pas exister… jusqu’à la création de The Pathway Home. Avec l’accord de Fred Gusman, le thérapeute initiateur de ce projet pionnier, Bécue-Renard, armé de son calepin et de sa caméra, participa au processus de guérison de ces « héros ».

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

Des Hommes et de la guerre s’immisce dans l’intimité des résidants de The Pathway Home, un centre de transition à Yountville, Californie, pour anciens combattants. Là-bas, des hommes tentent de panser les plaies de leur esprit par la discussion, le récit de leur traumatisme, pendant des mois de psychothérapie. Chaque témoignage est bouleversant : tandis que l’un raconte avoir vu une partie de cerveau glisser de la tête d’un cadavre, un autre avoue avoir tiré dans le visage d’un ami, par distraction. Tous s’efforcent de réapprendre à vivre en famille, de réapprivoiser la société qu’ils ont tenté de défendre. Ils doivent surtout accepter qu’ils ne pourront pas redevenir la personne qu’ils étaient avant la guerre. Ce film rend hommage à ces survivants, et à leurs proches, qui garderont à jamais les séquelles d’une violente proximité à la mort.

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

L’œuvre de Bécue-Renard parvient intelligemment à rendre compte du mal des protagonistes mis en scène, par leurs mots, bien sûr, mais aussi par les petits moments, captés par des plans serrés de caméra, où leur gestuelle les trahit. Le spectateur voit que ces soldats, avec grande difficulté, délaissent leur fierté et se rendent vulnérables. Un travail impressionnant de recherche et de montage de la part du réalisateur, qui a côtoyé pendant des années les traumatisés et leur famille, a permis ce climat de confiance nécessaire à sa participation aux séances de thérapie. La caméra s’impose dans tous les aspects de la vie de ces gens. Or, elle apparaît comme un outil nécessaire à la guérison, et non comme un être envahissant.

L’environnement sonore du film, qui inclut une musique subtile et nuancée composée par le Turque Kudsi Ergüner, fait écho à l’angoisse bouillonnante caractéristique des conflits armés. Inconsciemment, le public, comme le combattant à la psyché brisée, se voit constamment rappeler le traumatisme.

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

Pour le spectateur du documentaire, il est choquant de savoir qu’il n’y a pas beaucoup plus de centres comme The Pathway Home. Il s’avère clair qu’il faut en finir avec cet héritage du silence qui entoure l’après-guerre. Impossible de penser guérir sans d’abord prendre connaissance de ses blessures. De plus, les souffrances et le sentiment d’impuissance que nous montrent ces personnes ne font que révéler la triste absurdité de toute la chose. Des guerres font encore rage un peu partout sur terre, preuves de l’échec de ces sociétés. Qu’ont donc réussi à accomplir ces hommes, outre leur propre déclin?

Une projection de Des Hommes et de la guerre se tiendra le jeudi 28 avril au Cinéma du Parc, organisée par les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), dans le cadre de RIDM+. Une session Skype avec le réalisateur Laurent Bécue-Renard suivra.

Site Web officiel de RIDM+ : www.ridm.qc.ca/fr/ridm-a-l-annee/ridmplus

Site Web officiel du film : www.deshommesetdelaguerre.com

Of Men and War (Des hommes et de la guerre), Bande Annonce, VOSTF from alice films on Vimeo.

Texte : Karine Tessier

Festival_du_film_brésilien_de_Montréal_affiche

Succès au box-office, œuvres d’auteur, documentaires… La neuvième édition du Festival du film brésilien de Montréal offre aux cinéphiles le meilleur du septième art brésilien contemporain, du 23 au 29 octobre, au Cinéma du Parc. Des longs métrages ardents, qui racontent la famille, l’amour, la guerre, mais également le combat contre la toxicomanie, la réalité homosexuelle et l’histoire de la musique. Fragments Urbains vous partage ses coups de cœur de la programmation.

En ouverture : Une Seconde mère (Que Horas ela Volta?), scénarisé et réalisé par Anna Muylaert, sélectionné par le Brésil pour le représenter aux Oscars. Cette production douce-amère relate les retrouvailles houleuses de Val, une domestique partie travailler il y a plus de 10 ans pour une famille de São Paulo, et de sa fille Jessica. Déjà présenté dans plus d’une vingtaine de pays, le film sera prochainement distribué dans les salles montréalaises.

Dans une clinique de réhabilitation, un adolescent de 17 ans fait la connaissance d’une trentenaire, qui n’en a plus pour très longtemps. De cette rencontre naîtra un amour fougueux, déjà condamné, que raconte la cinéaste Caroline Jabor dans Bonne chance (Boa Sorte). À voir pour la performance sensible de Deborah Secco et João Pedro Zappa.

Vous rêvez depuis longtemps de visiter le Brésil au moment du Carnaval de Rio? Mais connaissez-vous l’histoire de cet événement mythique? Inspiré de faits réels, le long métrage Trinta, de Paula Mchline, retrace comment Joãosinho Trinta, un danseur classique autodidacte, a fait du Carnaval une fête de renommée mondiale dans les années 1970.

Présenté par la nouvelle consul Maria Elisa T. de Luna et suivi d’une discussion, le documentaire Nul ne me privera de mon vécu (Esse Viver Ninguém me Tira), de Caco Ciocler, est le récit de la vie de Aracy Moebius de Carvalho, épouse de l’écrivain João Guimarães Rosa. Cette héroïne anonyme, responsable de l’émission de passeports au Consulat du Brésil de Hambourg, en Allemagne, a contribué à sauver la vie de plusieurs Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale, en leur permettant d’émigrer vers le Brésil.

Sur une note plus lègère, Samba & Jazz : Rio de Janeiro – New Orleans, de Jefferson Mello, explore les similarités culturelles entre ces deux villes à travers le regard de musiciens passionnés. Après le film, Paulo Ramos offrira aux cinéphiles une prestation, lui qui a déjà foulé les scènes du Festival international de jazz et du Festival international Nuits d’Afrique à Montréal.

Site Web officiel du Festival du film brésilien de Montréal : www.ffbm.net