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CRITIQUE DE LA LA LAND, DE DAMIEN CHAZELLE

Texte : Véronique Bonacorsi

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Un garçon et une fille tombent amoureux. Quoi de plus banal? L’histoire éternelle se transforme en une œuvre majestueuse et ambitieuse pour la dernière sortie cinématographique du scénariste et réalisateur émergent Damien Chazelle (Whiplash). Véritable chanson d’amour aux arts, La La Land, Pour l’amour d’Hollywood en français au Québec, offre une relation des temps modernes dans une réinvention irrésistible des comédies musicales de l’âge d’or hollywoodien.

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Los Angeles d’aujourd’hui, la cité des étoiles à en devenir. Mia (Emma Stone), une barista qui aspire à devenir actrice, est découragée par sa ribambelle d’auditions vaines. Son chemin croise sans cesse celui de Sebastian (Ryan Gosling), un pianiste de jazz entêté qui tient voracement aux glorieuses années d’une musique oubliée. Dans un monde de dures déceptions et d’obligations, la rencontre de ces réticents amoureux viendra lancer leurs passions respectives dans des firmaments insoupçonnés.

Pour incarner en chanson et en danse ce couple aux ambitions plus grandes que nature, il fallait trouver une paire d’acteurs à la Fred Astaire et Ginger Rogers. La chimie effervescente de Emma Stone et Ryan Gosling – qui se retrouvent en tandem à l’écran pour la troisième fois – combinée à leur talent musical faisaient de ce duo un choix rêvé pour le cinéaste Damien Chazelle. Pour La La Land, les deux ont dû se soumettre à un entraînement intense de trois mois de leçons de chant et de différents types de danse. Gosling a aussi appris à jouer du piano, avec une aise qui a rendu jaloux le musicien de R&B John Legend, qui campe son premier rôle au cinéma. Leurs efforts ont clairement porté fruit, comme en témoignent les plans-séquences des numéros musicaux du film, prouvant que les vedettes n’ont fait appel à aucune doublure lors de ces scènes charnières.

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Le projet de Chazelle, qui n’en est étonnamment qu’à son deuxième long métrage, requérait de plus un univers sonore précis, évoquant toute une gamme d’émotions, passant de l’allégresse à la mélancolie. Ami du scénariste et réalisateur depuis leurs années à Harvard, Justin Hurwitz – qui a collaboré à Whiplash – a composé une trame sonore à la fois accrocheuse et bouleversante. Les mélodies, fondamentalement jazz, s’apparentent beaucoup à celles de Les Parapluies de Cherbourg, du réalisateur français Jacques Demy, une idole de Chazelle et Hurwitz. Avec les paroles sensibles de Benj Pasek et Justin Paul, le spectateur a droit à une œuvre de la trempe des intemporels de Disney.

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Visuellement, La La Land propose un festin coloré et en accord avec le glamour du old Hollywood. Il a même été tourné en CinemaScope! Les costumes sophistiqués de Mary Zophres (True Grit) évoquent les succès des années 1930-1950, les chorégraphies fluides de Mandy Moore (So You Think You Can Dance) s’allient parfaitement aux mouvements de la caméra, et la direction photo de Linus Sandgren capture impeccablement une ville mythique assez surréelle.

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Après six ans de préparation, Damien Chazelle réussit son but, c’est-à-dire créer une œuvre totalement originale, qui rend hommage aux grands classiques comme Singin’ in the Rain. Grâce à une histoire ancrée dans des paramètres très actuels, les manifestations de chant et de danse créent une atmosphère particulière, semblable au réalisme magique en littérature. La La Land, comme ses personnages, suit ses propres règles. Ainsi, le film laisse les spectateurs sur une note inspirante : osez aller au rythme de votre propre mélodie.

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Depuis sa première mondiale au Festival international du film de Venise en août dernier, La La Land s’est mérité plusieurs distinctions. À la 74e soirée des Golden Globes, le 8 janvier dernier, le long métrage a remporté les sept prix pour lesquels il était nommé : meilleur film (comédie ou musical), meilleure réalisation (Damien Chazelle), meilleure actrice (comédie ou musical) (Emma Stone), meilleur acteur (comédie ou musical) (Ryan Gosling), meilleur scénario (Damien Chazelle), meilleure chanson originale (City of Stars, de Justin Hurwitz) et meilleure musique originale (Justin Hurwitz).

La La Land, Pour l’amour d’Hollywood en français, est à l’affiche au Québec depuis le 25 décembre 2016.

Site Web officiel du film : www.lalaland.movie

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CRITIQUE DE BIG EYES DE TIM BURTON

Texte : Véronique Bonacorsi

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Si le modus operandi de Tim Burton (Alice in Wonderland, Frankenweenie) des 10 dernières années peut se résumer à mêler histoire farfelue, effets spéciaux colorés et Johnny Depp, Big Eyes détonne dans ce parcours cinématographique. Sa dernière aventure au grand écran raconte sobrement la fable véridique – mais assez étonnante – de la peintre Margaret Keane.

Dans la contrée non lointaine et tout à fait tangible de San Francisco, dans les années 1950, Margaret, mère divorcée et artiste inappréciée, rencontre Walter Keane. Après leur union, les Keane se retrouvent propulsés dans un monde de beatniks, où ils cherchent à faire connaître leurs peintures respectives. Lorsque les tableaux de Margaret commencent à gagner en popularité, non seulement son nouvel époux s’approprie le mérite, mais il parvient à convaincre sa femme de l’accompagner dans cette supercherie. Plus le couple s’embourbe dans ce mensonge – la plus grande fraude artistique de l’histoire – plus Margaret, transformée en usine humaine d’œuvres d’art, se perd, en tant qu’artiste et en tant que femme.

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Ayant eu du succès avec plusieurs biographies portées à l’écran (Man on the Moon, Ed Wood, aussi réalisé par Tim Burton), les partenaires d’écriture Scott Alexander et Larry Karaszewski se sont sentis interpellés par l’aspect incroyable de l’histoire de Margaret. Cette émouvante leçon de bravoure personnelle représentait aussi l’occasion d’aborder la culture parfois problématique de la consommation de l’art, ainsi que l’éveil du mouvement féministe, des thèmes toujours d’actualité. Les scénaristes, avec le souci de véracité, rencontrent Margaret Keane, afin de s’assurer des détails, mais surtout qu’elle se sente à l’aise avec ce qui allait être mis en scène.

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Pendant près d’une décennie, le scénario a maintes fois failli être porté au cinéma. Un souhait seulement concrétisé lorsque Tim Burton, un producteur très tôt dans le projet, se voit disponible pour immortaliser la vie d’une artiste qu’il a longtemps admirée, sans le savoir. Les peintures de « Walter » Keane étaient omniprésentes dans le paysage de la jeunesse de Burton – en tant qu’adulte, après la révélation de la fraude, il en a même commandé directement de la peintre – et il paraît évident qu’elles ont influencé le look signature de ses films.

Le réalisateur Tim Burton.

Le réalisateur Tim Burton.

Big Eyes constitue certainement la création la moins reconnaissable du réalisateur. Produite à petit budget, l’oeuvre repose sur le tourment d’un personnage central non verbal. L’esprit fantaisiste de Tim Burton opère ici dans les paramètres limités de la réalité. On parvient tout de même à sentir le caractère « surréel », à la manière d’un conte de fées, dans sa façon de présenter les mots de Alexander et Karaszewski, un scénario qui se veut inspirant, mais qui tombe parfois dans les clichés du film hollywoodien au happy ending.

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La plus belle prouesse de ce film biographique est accomplie par le duo de Amy Adams et Christoph Waltz. Les interprètes de Margaret et Walter Keane parviennent à nous faire croire en cette relation si invraisemblable psychologiquement, entre la douce peintre et le pro raconteur. Si Waltz paraît souvent, mais légitimement, caricatural dans son interprétation, il rend à merveille la dualité charmant-menaçant du personnage. De Adams, la vraie Margaret Keane, pour qui Big Eyes représente une expérience à la fois thérapeutique et traumatisante, parle d’une performance fantastique, et avec raison. L’actrice a su incarner la dignité et la délicatesse de son sujet, au lieu de la faiblesse qu’il s’en dégage à première vue. Et enfin, le public peut connaître la véritable âme qui se cachait derrière tous ces grands yeux.

Margaret Keane et Amy Adams.

Margaret Keane et Amy Adams.

Big Eyes réunit aussi quelques collaborateurs réguliers de Tim Burton, dont la costumière Colleen Atwood (Alice in Wonderland), gagnante de trois oscars. Lana Del Rey a coécrit la chanson titre, nommée aux Golden Globes. Amy Adams a reçu plusieurs nominations pour son rôle, et a même été récompensée du Golden Globe de la meilleure actrice.
Le DVD est disponible depuis le 14 avril 2015.

Site Web officiel du film : bigeyesfilm.com