Articles Tagués ‘OFFTA’

Texte : Karine Tessier

Visuels créés par les artistes Pénélope et Chloë.

Du 25 mai au 3 juin, à Montréal, les murs s’abattent. Entre les différentes disciplines artistiques. Entre ceux qui foulent les planches et le public. Mais aussi dans les profondeurs insondables de notre imaginaire. À OFFTA, festival d’arts vivants, on laisse à une cinquantaine d’artistes du théâtre, de la danse et de la performance tout l’espace nécessaire pour créer. Pour cette 12e édition, ils s’interrogent sur les frontières, un thème aussi rassembleur que polarisant. Morceaux choisis d’une programmation débridée, qui fait la part belle à l’hybridité.

Danse Mutante, c’est le relai chorégraphique imaginé par l’incontournable Mélanie Demers et sa compagnie MAYDAY. Prenant racine dans la métropole, la création poursuivra sa route à New York, Bamako, Anvers/Rotterdam, avant de se poser à nouveau à Montréal, à l’automne 2019, à l’occasion d’un événement-marathon. On savourera chaque mouvement esquissé par Francis Ducharme et Riley Sims, sur des mélodies de Mykalle Bielinski.

Si vous êtes charmé par les rimes et les notes envoûtantes de cette dernière, sachez qu’elle proposera, à OFFTA, son concert immersif Mythe, où s’entrelacent chant polyphonique, poésie orale et improvisation. La communion de six femmes, qui chanteront leur rapport au temps, à l’autre, à elles-mêmes.

À mille lieues de l’univers éthéré de Mykalle Bielinski, MAC(DEATH), de Jocelyn Pelletier. Sur scène, l’œuvre de Shakespeare prend des airs de concert métal. L’artiste fait un doigt d’honneur aux codes traditionnels, désireux de faire résonner les classiques ici et maintenant.

Il y a 70 ans, ce sont les signataires du manifeste Refus global qui se questionnaient sur les contraintes sociales. Leur percutant texte trouve-t-il encore écho auprès des Québécois, des décennies après sa parution? L’exposition Refus Contraire, à laquelle une vingtaine d’artistes et d’intellectuels ont contribué, se penche sur la question. À voir à la Galerie de l’UQAM, du 16 mai au 16 juin.

Vous vous passionnez pour l’envers du décor? Tendez l’oreille à la quotidienne OFF.Radio, qui proposera, tout au long du festival, des panels et des performances en lien avec sa programmation. Les émissions, enregistrées au Monument-National, seront disponibles sur les différentes plateformes de l’événement. Parmi les thèmes abordés : la notion de frontière dans le processus de création, la mémoire collective, les arts du cirque.

Pour son œuvre performative et expérimentale Nous serons universel.le.s, Kamissa Ma Koïta s’est nourrie autant des approches féministes, des mouvements altermondialistes et queer, que de la culture populaire. Une expérience immersive, où vous vous interrogerez sur les notions de privilèges sociaux.

L’une des six résidences de création présentées lors de cette 12e édition d’OFFTA, le projet Après la rue, de Mireille Camier et Ricard Soller i Mallol, juxtapose les récits de quatre artistes qui ont vécu de l’intérieur un mouvement de contestation populaire d’importance : la révolution verte à Téhéran en 2009, la révolution du jasmin à Tunis en 2011, les indignés à Barcelone en 2011, ainsi que le printemps érable à Montréal en 2012.

Aalaapi ᐋᓛᐱ, c’est un laboratoire conçu à partir d’un documentaire radiophonique, fruit d’une collaboration entre Québécois et Innus, qui donne la parole à des jeunes de 20 à 32 ans, qui se confient sur leurs passions, leurs peurs, leurs doutes.

Finalement, un rendez-vous incontournable de ce festival d’arts vivants, le MixOFF – Frontières & Boundaries, le résultat de plusieurs semaines de rencontres entre artistes et chercheurs, qui ont réfléchi ensemble sur le thème des frontières.

Pour tout savoir sur la programmation : offta.com

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CRITIQUE DE LA PIÈCE MA(G)MA DU COLLECTIF CASTEL BLAST

Texte : Karine Tessier

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

Au moment où les spectateurs prennent place dans les gradins, la pièce est déjà commencée. Un jeune garçon s’amuse en silence, assis sur le sol. Se met à défiler derrière lui, sur un écran noir, une suite de remerciements du collectif Castel Blast, de Jean-Paul Sartre à Walt Disney, en passant par le basketteur Lebron James et Céline Dion.

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

L’enfant se lève et s’éclipse. Entrent un à un sur la scène une vingtaine d’hommes au torse nu qui s’avancent, en regardant le public dans le blanc des yeux. Dans les premières minutes, ils esquissent des gestes lascifs, qui deviennent de plus en plus frénétiques. Les yeux des acteurs défient l’assistance, à mi-chemin entre la tentative de séduction arrogante et la provocation en duel. Ils se frappent, ils font des pompes au sol, ils transpirent. Après une montée dramatique d’une intensité presque insoutenable, le tableau prend fin, alors qu’une gracile jeune femme marche parmi les hommes et devient l’objet de leur convoitise.

D’autres filles rejoignent les gars. Nous sommes maintenant dans un bar, véritable meat market. La chasse est ouverte. Les deux sexes s’observent, se courtisent, se rapprochent. Les corps choquent et s’entrechoquent. La danse vire presque à l’orgie, avant que tous se laissent choir au sol, sorte de repos après l’amour.

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

Les scènes se succèdent, offrant aux spectateurs un ballet brut, instinctif sur le passage de l’enfance à l’âge adulte. Un conte aussi sensible que robuste, qui se clôt sur un fouillis inextricable d’émotions et de souvenirs, vécus par une quarantaine de personnages animés par des pulsions de vie et de mort.

Pour ouvrir sa saison, le Théâtre Espace Libre ose avec Ma(g)ma, dont l’écriture scénique, la mise en scène et la chorégraphie sont signées par le collectif Castel Blast, qui rassemble Olivia Sofia, Léo Loisel, Xavier Mary et Guillaume Rémus. Le spectacle, présenté jusqu’au 10 septembre, a d’abord vu deux de ses étapes de création être présentées à Zone Homa à l’été 2015, puis au OFFTA au printemps dernier.

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

Né il y a à peine un an, le quatuor mise d’abord sur les ambiances pour bousculer le public, l’émouvoir et le faire réfléchir. Il y a une économie de mots dans Ma(g)ma. Le voyage initiatique qu’on nous présente se fait surtout en gestes et en musique. Les acteurs tracent une succession de mouvements tantôt enveloppants, tantôt menaçants, mais toujours 100 % puissants. La chorégraphie se déroule sur des rythmes hypnotiques, rappelant par moments les pulsations cardiaques, diffusés par un système de son ambiphonique, qui permet aux mélodies d’entourer les spectateurs.

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

Castel Blast explore dans sa dernière création les thèmes toujours pertinents de la vie, de la mort, de l’amour et du sexe, sans chercher de réponses précises aux questions que se posent les hommes et les femmes, de la genèse à la création de Tinder.

Cette abstraction confère à la pièce une portée universelle. À l’instar des personnages du spectacle, le public est invité à s’interroger sur sa propre perte d’innocence, ce point de non-retour où on prend connaissance de l’influence, du pouvoir qu’il est possible d’exercer sur ses semblables. Ma(g)ma, c’est un rendez-vous avec sa propre violence, en compagnie d’un groupe d’artistes dont on ne peut que tomber amoureux.

Pour toutes les infos sur la pièce Ma(g)ma, présentée au Théâtre Espace Libre : www.espacelibre.qc.ca/spectacle/saison-2016-2017/magma

Critique de la pièce PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine)

Texte : Karine Tessier

Crédit : Festival OFFTA

Crédit : Festival OFFTA

Créé en parallèle du Festival TransAmériques, le Festival d’arts vivants OFFTA programme les œuvres de jeunes créateurs d’avant-garde issus du théâtre, de la danse, de la performance… ou de tout cela à la fois. L’occasion tout indiquée de découvrir des artistes dont les noms seront bientôt sur toutes les lèvres. Pour cette 8e édition, OFFTA est resté fidèle à lui-même. À l’agenda : des soirées ludiques qui nous ont fait réfléchir sur le monde qui nous entoure.

« Nous vous invitons à prendre part à ce délicat rituel de la représentation.

Celui qui ouvre une brèche dans nos présents.

Celui qui modifie notre regard sur le monde. »

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Ce questionnement a pris des formes tout à fait étonnantes dans PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine) de Mélissa Larivière, Simon-Pierre Lambert, Charles Dauphinais et Maxime Carbonneau. Leur spectacle tient autant du théâtre expérimental, du laboratoire scientifique que du manifeste politique.

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Sur scène, les quatre artistes, vêtus de combinaisons dignes de celles d’agents de décontamination nucléaire, sont entourés de caméras, d’un écran, d’ordinateurs, d’un four à micro-ondes, de jouets. Ils évoluent dans ce bric-à-brac sur la musique du génial Navet Confit, qui emprunte cette fois au cinéma de science-fiction des années 1950, à la pop américaine, aux chants russes orthodoxes et à certains discours politiques célèbres.

PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine), c’est la biographie fantasmée de Léon Thérémine, un ingénieur russe né en 1896, disparu en 1938, retrouvé dans les années 1980 et décédé en 1993. Et l’inventeur du premier instrument de musique électronique, qui porte son nom, dont on joue en bougeant les mains dans le champ électromagnétique émis par deux antennes. Un destin tragique qui a alimenté les rumeurs les plus folles : a-t-il été enlevé par les extraterrestres? Gardé prisonnier pour des raisons politiques? Le mystère plane toujours.

Ce retour sur la vie et l’œuvre de Léon Thérémine est le point de départ d’une réflexion pas banale sur les rapports humains, la célébrité et la noblesse de l’art. Peut-on vraiment connaître quelqu’un en lisant la page Wikipédia qui lui est consacrée? On y apprend des informations plus profondes que celles échangées autour d’un verre à l’heure de l’apéro, non? Et comment s’inscrit-on dans la mémoire collective? Par son travail, ou plutôt par les scandales dans lesquels on a été impliqué?

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Des questions dans l’air du temps, soulevées autant par les médias de masse, la blogosphère que nos copains le samedi soir. Mais à aucun moment les interrogations du charismatique collectif de PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine) ne nous saoulent. Le travail de Mélissa Larivière, Simon-Pierre Lambert, Charles Dauphinais et Maxime Carbonneau est rafraîchissant, décoiffant. Et il sème en nous, entre deux éclats de rire, l’envie de changer le monde. Une invitation inusitée à l’action, qui se conclut par la mélodie de Eye of the Tiger du groupe Survivor, tirée de la bande originale de Rocky 3. Pas banale, on vous disait.

Site Web officiel du Festival d’arts vivants OFFTA : http://www.offta.com/