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CRITIQUE DU FILM QUARTIERS SOUS TENSION, DE CAROLE LAGANIÈRE

Texte : Véronique Bonacorsi

Comment le petit café branché du coin ou la venue d’artistes dans un quartier considéré si peu cool il n’y a pas si longtemps peuvent-ils être reliés à l’exode forcé des habitants d’origine? Ces éléments représenteraient des symptômes de la gentrification. La documentariste Carole Laganière examine dans son dernier film, Quartiers sous tension, diffusé cette semaine à ICI Radio-Canada Télé, puis sur la plate-forme ICI Tou.tv, ce phénomène social et économique qui s’attaque aujourd’hui à sa ville natale de Montréal.

Rosemont-La Petite-Patrie, Hochelaga-Maisonneuve, Parc-Extension… L’embourgeoisement progressif de nombre d’arrondissements montréalais présente autant d’acteurs que de victimes. Alors que divers projets immobiliers hors de prix pour la population locale font leur apparition, de nouveaux entrepreneurs ouvrent des commerces au goût du jour, insufflant une revitalisation du quartier.

Quartiers sous Tension_BA from Laganière, Carole on Vimeo.

Avec Quartiers sous tension, Carole Laganière, qui a scénarisé et réalisé ce documentaire, dresse un portrait diversifié d’une transformation urbaine, à laquelle se retrouvent aussi confrontés les autres grands centres du monde, tels que Buenos Aires, Londres et Paris. À travers les témoignages de différents participants ou spectateurs, actifs ou impuissants, le discours entourant la gentrification se nuance.

Les uns connaissent la violence d’être expulsés de leur maison d’enfance. Les autres subissent du vandalisme sur leur boutique. Certains accueillent avec joie les jeunes familles dans leur voisinage. D’autres déplorent la tendance individualiste que symbolisent les condos. Mais tous ces groupes doivent-ils forcément s’opposer? Peut-être existe-t-il un moyen pour que ce désir de changement pour une ville meilleure ne se fasse pas au détriment des plus vulnérables…

Vous pourrez regarder le film Quartiers sous tension à ICI Radio-Canada Télé, le samedi 12 août à 21 h, dans le cadre de l’émission 1001 VIES. Le documentaire sera ensuite disponible sur la plate-forme ICI Tou.tv.

En attendant, vivez l’expérience interactive Gentriville, compagne du long métrage. Vous pourrez y visiter plusieurs quartiers de Montréal, mais également de Vancouver, de Paris, de Buenos Aires et de Londres. Vous irez à la rencontre de chercheurs, de militants, de résidents et de commerçants. Enfin, vous découvrirez votre profil dans l’échelle de la gentrification : ici.radio-canada.ca/gentriville

Page Facebook officielle du film Quartiers sous tension : www.facebook.com/QuartiersSousTension

Page Facebook officielle de l’expérience interactive Gentriville : www.facebook.com/Gentriville

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CRITIQUE DU FILM ROBERT DOISNEAU, LE RÉVOLTÉ DU MERVEILLEUX, DE CLÉMENTINE DEROUDILLE

Texte : Catherine Gignac

Le Baiser de l’hôtel de ville, de Robert Doisneau (1950).

Une femme. Un homme qui la serre contre lui, amoureux. Un baiser. Et des gens indifférents et pressés au beau milieu de Paris. Ce cliché en noir et blanc a fait le tour du monde. Il est aussi celui qui m’a fait connaître le grand photographe français Robert Doisneau. Tout de suite, j’en suis tombée amoureuse. Doisneau, un nom qui rappelle les oiseaux,  un nom discret. Doisneau qui s’immisce dans la foule et se pose, photographie les gens dans leur quotidien, capture des moments de tendresse et d’amitié. Doisneau qui immortalise la vie urbaine dans toute sa beauté et sa laideur. Rendre le quotidien poétique, c’est ce qu’aura réussi ce grand artiste au cours de sa carrière.

Clémentine Deroudille, la petite-fille de Robert Doisneau, porte à l’écran la vie de celui qui est rapidement devenu l’un des plus célèbres photographes au monde. Dans son film Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, elle dresse un portrait juste et émouvant de son grand-père. Clémentine Deroudille est la réalisatrice, mais aussi la scénariste et la narratrice du documentaire.  À travers des archives inédites, elle nous fait revivre la vie familiale et professionnelle de l’artiste.  Elle raconte comment ce dernier porte malgré lui, grâce à ses photographies, l’essence même d’une époque. « Partout où il peut rencontrer du monde, ça donne des photos », nous dit-elle.

Robert Doisneau à New York en 1960.

Dans ce documentaire, celui qui n’a fait que photographier des gens toute sa vie et qui s’est toujours posé en observateur se retrouve sous les projecteurs.  On s’intéresse à la personnalité de Doisneau, à son intimité, ses amitiés, sa jeunesse, ses motivations profondes.  On revisite son œuvre, sa vie, de sa naissance en 1912 à sa mort en 1997. On s’immisce dans son environnement, on fait la connaissance de ses amis proches. Ses amis, c’était le poète Jacques Prévert, l’écrivain Daniel Pennac, la photographe Sabine Weiss, pour ne nommer que ceux-là.

90 ans de Baba, Chatillon-sous-Bagneux février 1980, de Robert Doisneau.

Clémentine Deroudille livre une narration juste et pertinente, poétique même, qui rend justice à l’œuvre de son grand-père. Elle la parsème de réflexions sur l’art et sur la vie. La photographie y est d’ailleurs décrite comme une lutte perdue d’avance avec le temps qui file. C’est un art qui flirte avec la mort, puisque l’œuvre photographique appartient au passé dès l’instant où elle naît.

Argenteuil Cité champagne 1984, de Robert Doisneau.

La vie de Doisneau est une inspiration pour tous ceux qui ont des rêves. Alors qu’il s’est fait licencier des Industries Renault où il exerçait le métier de photographe, il a lancé sa carrière de manière indépendante, et c’est à ce moment qu’il a créé ses plus belles œuvres et qu’il s’est fait connaître.  Selon Doisneau, pour exercer le métier de photographe, il faut être curieux, désobéissant et avoir une patience de pêcheur à la ligne.

New York mars 1966, de Robert Doisneau.

Aux curieux, aux désobéissants, aux rêveurs, je recommande ce film. Peut-être vous reconnaîtrez-vous dans cette célèbre réplique du photographe : « Dans le fond, j’essaie peut-être de faire ma photo pour ne pas mourir. »

Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, de Clémentine Deroudille, sort en salles au Québec le 19 mai 2017.

Site Web officiel du film : funfilm.ca/fr/films/robertdoisneau

Site Web officiel du photographe Robert Doisneau : www.robert-doisneau.com

ROBERT DOISNEAU, LE RÉVOLTÉ DU MERVEILLEUX- la bande-annonce (en salle le 19 mai) from Funfilmdistribution on Vimeo.

CRITIQUE DE HISTOIRE HIPPIE (STONE STORY) DE JEAN-ANDRÉ FOURESTIÉ

Texte : Véronique Bonacorsi
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Le terme « hippie » dans l’imaginaire collectif est teinté de clichés parfois peu reluisants. Danse psychédélique, consommation allègre de marijuana, préférences de pilosité douteuses… Mais derrière le nuage de fumée et les notes de rock, ce mouvement s’impose d’abord et avant tout comme une contre-culture désirant mettre fin aux injustices sociales. Le film Histoire hippie relate le parcours d’un de ces fervents rebelles.

Bordelais d’origine, nouvellement arrivé à Montréal, l’aspirant cinéaste Jean-André Fourestié se met à la recherche d’un logement en ville. Il tombe alors sur une annonce d’une colocation si peu chère qu’elle le laisse perplexe. En se rendant au vétuste immeuble du Mile-End, Fourestié rencontre Martin Stone, un homme de l’âge de son père, mais qui pose un regard très différent, libéré, sur le monde.

Au cours de leur colocation – partagée avec trois autres personnes –, Martin raconte son vécu, fascinant et particulier, au documentariste. En admiration devant un homme qui a tenu à poursuivre ses idéaux devant l’adversité, Fourestié propose de transposer ce récit dans un film. Une idée rejetée au départ par Martin. Puis, ce dernier voit dans ce documentaire le potentiel d’appliquer son mantra – paix, amour et ondes positives – à plus grande échelle et de peut-être changer pour le mieux la vie des spectateurs.

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Histoire hippie, c’est donc en premier lieu l’histoire d’un hippie, Martin Stone, un sympathique homme d’âge mur qui vit dans la marginalité. Dans son grand et vieil appartement montréalais, Martin a su réunir une grande famille éclatée, toujours changeante, composée autant de voyageurs, d’étudiants, d’immigrants, des anglophones et des francophones, qui y restent quelques mois ou plusieurs années. Afin de subvenir à ses besoins monétaires que lui impose la société conventionnelle, Martin travaille à temps partiel comme gardien de sécurité et aussi comme acteur. Entre les scènes de jasette sur le balcon et les séances de jams où tous les styles sont permis, Martin témoigne de ses choix de vie. Des choix dans l’optique de créer un monde meilleur, et pourtant qui lui ont coûté sur le plan familial. Documentaire choral, le film rencontre aussi les deux filles du principal protagoniste, Deborah et Jacqueline, l’ex-conjointe de Martin, Suzanne, ainsi que le deuxième mari de celle-ci, Alan Katz.

Tel un membre invisible de la famille élargie de Martin Stone, la caméra s’intègre parfaitement aux scènes du quotidien des personnages. Il faut dire que ce quatrième film documentaire, premier en format long métrage pour le réalisateur-scénariste-monteur, a été tourné sur trois ans, ce qui a permis cette intimité. La mosaïque d’exposés, sur les notions personnelles de la liberté et des moyens pour y parvenir, se déroule au rythme d’une trame sonore omniprésente, mais non envahissante. Composée par Freeworm (né Vincent Letellier), la musique aux influences tant jazz qu’électro suggère l’introspection dans laquelle le documentaire plonge ses sujets.

Plus qu’un récit individuel, Histoire hippie évoque un drame familial, voire humain dans son sens le plus global. Alors que son chemin « anti-establishment » connaît son paroxysme lorsqu’il rejoint, en 1966, la Hog Farm, la plus importante communauté hippie nord-américaine, Martin délaisse son mariage et son emploi dans une agence de publicité à New York. Il réussit toutefois à convaincre la mère de ses deux filles d’amener ces dernières avec lui, quelques mois par année, et ce, pendant six ans. Une décision qui a laissé des marques pour Deborah et Jacquie, qui, aujourd’hui, avec le recul, réalisent que leur enfance leur a en quelque sorte été soutirée. Vivant dans une communauté d’adultes, sans réel cadre ni discipline, elles ont bien entendu connu des moments magiques, mais elles ressentaient surtout le besoin d’être normales, dans une famille normale. Comment donc prétendre sauver le monde lorsqu’on ne peut pas prendre soin de son monde?

Le film ne porte aucun jugement sur les vies que mènent Martin Stone ou sa famille, ne « démonise »personne. Il présente des individus aux destins entrecroisés, qui tentent de se forger une place dans un monde qui ne concorde pas nécessairement aux valeurs de tous. Avec honnêteté, et aussi avec humour, les Stone partagent avec nous des réminiscences assez objectives et parfois douloureuses, de même que les échos du passé dans leur réalité présente. Un portrait humain touchant, à voir, qui fait réfléchir sur nos propres choix qui ont construit nos chemins de vie respectifs.

Le film Histoire hippie de Jean-André Fourestié est en salles au Québec depuis le 26 août 2015.

Page Facebook officielle du film : www.facebook.com/HistoirehippieStoneStory

CRITIQUE DE DES HOMMES ET DE LA GUERRE DE LAURENT BÉCUE-RENARD

Texte : Véronique Bonacorsi

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Après avoir conquis la critique avec son premier film, De Guerre lasses (Living Afterwards : Words of Women), le cinéaste français Laurent Bécue-Renard poursuit sa réflexion sur les douleurs de la guerre avec le deuxième opus de sa trilogie Une Généalogie de la colère (Genealogy of Wrath). Des Hommes et de la guerre (Of Men and War) témoigne de la réalité des jeunes vétérans ayant combattu en Irak et en Afghanistan.

Lorsque Laurent Bécue-Renard fut envoyé en Bosnie-Herzégovine en 1995, lors de la dernière année de la guerre, pour exercer les fonctions d’éditeur en chef pour le webzine Sarajevo Online, il était loin d’une carrière en cinéma. Mais la rencontre avec les veuves bosniaques de soldats, racontant leur deuil et leur colère en thérapie, éveilla en lui un besoin de montrer ces blessures. Ainsi naquit son premier documentaire.

Le cinéaste Laurent Bécue-Renard. Photo : Camille Cottagnoud, Alice Films.

Le cinéaste Laurent Bécue-Renard. Photo : Camille Cottagnoud, Alice Films.

Puis, l’idée de réaliser l’équivalent d’un point de vue masculin, de vétérans américains, s’imposa. Cependant, ce contexte précis, dans lequel des hommes en choc post-traumatique pouvaient se réunir et partager leurs expériences au combat, ne semblait tout simplement pas exister… jusqu’à la création de The Pathway Home. Avec l’accord de Fred Gusman, le thérapeute initiateur de ce projet pionnier, Bécue-Renard, armé de son calepin et de sa caméra, participa au processus de guérison de ces « héros ».

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

Des Hommes et de la guerre s’immisce dans l’intimité des résidants de The Pathway Home, un centre de transition à Yountville, Californie, pour anciens combattants. Là-bas, des hommes tentent de panser les plaies de leur esprit par la discussion, le récit de leur traumatisme, pendant des mois de psychothérapie. Chaque témoignage est bouleversant : tandis que l’un raconte avoir vu une partie de cerveau glisser de la tête d’un cadavre, un autre avoue avoir tiré dans le visage d’un ami, par distraction. Tous s’efforcent de réapprendre à vivre en famille, de réapprivoiser la société qu’ils ont tenté de défendre. Ils doivent surtout accepter qu’ils ne pourront pas redevenir la personne qu’ils étaient avant la guerre. Ce film rend hommage à ces survivants, et à leurs proches, qui garderont à jamais les séquelles d’une violente proximité à la mort.

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

L’œuvre de Bécue-Renard parvient intelligemment à rendre compte du mal des protagonistes mis en scène, par leurs mots, bien sûr, mais aussi par les petits moments, captés par des plans serrés de caméra, où leur gestuelle les trahit. Le spectateur voit que ces soldats, avec grande difficulté, délaissent leur fierté et se rendent vulnérables. Un travail impressionnant de recherche et de montage de la part du réalisateur, qui a côtoyé pendant des années les traumatisés et leur famille, a permis ce climat de confiance nécessaire à sa participation aux séances de thérapie. La caméra s’impose dans tous les aspects de la vie de ces gens. Or, elle apparaît comme un outil nécessaire à la guérison, et non comme un être envahissant.

L’environnement sonore du film, qui inclut une musique subtile et nuancée composée par le Turque Kudsi Ergüner, fait écho à l’angoisse bouillonnante caractéristique des conflits armés. Inconsciemment, le public, comme le combattant à la psyché brisée, se voit constamment rappeler le traumatisme.

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

Pour le spectateur du documentaire, il est choquant de savoir qu’il n’y a pas beaucoup plus de centres comme The Pathway Home. Il s’avère clair qu’il faut en finir avec cet héritage du silence qui entoure l’après-guerre. Impossible de penser guérir sans d’abord prendre connaissance de ses blessures. De plus, les souffrances et le sentiment d’impuissance que nous montrent ces personnes ne font que révéler la triste absurdité de toute la chose. Des guerres font encore rage un peu partout sur terre, preuves de l’échec de ces sociétés. Qu’ont donc réussi à accomplir ces hommes, outre leur propre déclin?

Une projection de Des Hommes et de la guerre se tiendra le jeudi 28 avril au Cinéma du Parc, organisée par les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), dans le cadre de RIDM+. Une session Skype avec le réalisateur Laurent Bécue-Renard suivra.

Site Web officiel de RIDM+ : www.ridm.qc.ca/fr/ridm-a-l-annee/ridmplus

Site Web officiel du film : www.deshommesetdelaguerre.com

Of Men and War (Des hommes et de la guerre), Bande Annonce, VOSTF from alice films on Vimeo.

CRITIQUE DE LE PAS DE LA PORTE DE KARINE VAN AMERINGEN ET IPHIGÉNIE MARCOUX-FORTIER

Texte : Véronique Bonacorsi

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La mort. Le trépas. Le dernier passage. Autant d’expressions pour désigner la chose essentiellement commune à toute existence humaine. Mais avant que tout s’arrête, chacun apprivoise à sa manière la fin, donnant lieu parfois à des rituels en marge de l’effrayante industrie grandissante de la mort. Le tandem de documentaristes Karine Van Ameringen et Iphigénie Marcoux-Fortier explore quelques-uns de ces sentiers incongrus dans Le Pas de la porte. Discours intime sur la préparation pour le plus grand inconnu.

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Les cinéastes Karine Van Ameringen et Iphigénie Marcoux-Fortier.

Comment l’envie de parler d’un thème si tabou naît-elle? En 2003, alors qu’elles tournaient leur premier film au Mexique, le duo de scénaristes-réalisatrices a pu assister à de traditionnelles funérailles mexicaines. Un véritable choc culturel : loin des coutumes sobres et mélancoliques, ce moment de commémoration prend la forme d’une fête. Dans une atmosphère enjouée, on célèbre nos défunts, on mange sur leur tombe… Là-bas, on embrasse l’aboutissement de la vie.

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Et s’il existait aussi chez nous des approches de prime abord inusitées? Ou sommes-nous tous tombés dans le standard de la mort « prête à porter »? Comment vit-on la fin? S’ensuit le tourbillon infini de questions qui incombe le sujet.

Dans des régions plus décentrées de la province, quatre histoires nous amènent à réfléchir sur le grand potentiel mortuaire que possèdent les Québécois. On fait connaissance avec Gilles et Gaétane, un couple propriétaire d’un salon mortuaire familial qu’il s’apprête à vendre. Avec Lucienne, une femme approchant de ses 80 ans, qui prépare ses préarrangements funéraires avec une relative bonne humeur. Puis, nous accompagnons Diane Huguette dans son processus de fabrication de son propre cercueil, aidée de ses proches. Enfin, Nadia doit naviguer à travers les responsabilités et les émotions qu’engendre la perte de sa mère, sans oublier ses devoirs familiaux.

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Le_Pas_de_la_porte_cercueil

Grâce au documentaire Le Pas de la porte, le spectateur découvre des protagonistes, tout simples, dont le rapport avec l’inévitable trépas peut sembler surprenant. Leurs rituels, non conformes à ceux de l’industrie, nous révèlent les possibilités alternatives qui s’offrent à nous. Tandis que les personnages partagent ces moments uniques, Van Ameringen et Marcoux-Fortier nous proposent une suite de tableaux de vie dans lesquels on dévoile la normalité dans leurs approches. À travers la réalisation et la cinématographie se dégage un regard serein sur un sujet souvent nié. L’absence de musique extradiégétique – un choix judicieux – permet au public de ressentir la tristesse inhérente de la chose, mais sans effrayer ou angoisser. Les scènes d’archives personnelles soulignent d’autant plus la véracité fascinante des instants poignants d’intimité.

Le_Pas_de_la_porte_cimetière

Karine Van Ameringen et Iphigénie Marcoux-Fortier réussissent ici à désamorcer quelque peu les craintes face à la mort, car elles plongent dans ses douleurs, sa spiritualité. Cette coréalisation, qui a pris cinq ans à se construire, nous montre que le sujet mérite d’être discuté plutôt qu’évité. Comme quoi la mort n’a pas nécessairement à se vivre en solitaire.

Récipiendaire du Prix du public Télé-Québec, Le Pas de la porte a été projeté aux Rendez-vous du cinéma québécois, ainsi qu’au Festival de cinéma de la ville de Québec. Le documentaire long métrage est maintenant disponible en DVD sur le site Internet de Vidéo Femmes.

Site Web officiel du film : www.lesglaneuses.org/lepasdelaporte