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CRITIQUE DE LA PIÈCE LA VAGUE PARFAITE, DE GUILLAUME TREMBLAY ET OLIVIER MORIN, MISE EN SCÈNE PAR GUILLAUME TREMBLAY

Texte : Karine Tessier

En 2016, à l’affiche au Théâtre Espace Libre, puis au Théâtre Aux Écuries, La Vague parfaite avait cartonné. Présentée à guichet fermé dans les deux salles, la pièce avait ravi à la fois le public et les critiques. Le Théâtre du Futur complète cet été son tour du chapeau en présentant son opéra surf au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, dans le cadre des festivités entourant le 375e anniversaire de Montréal.

Photo : Toma Iczkovits.

Quelque part entre demain et dans 100 ans, sur l’île de Tahiti, une dizaine de jeunes athlétiques et bronzés coulent des jours heureux. Une existence de rêve faite de jus verts, de yoga, de surf et de polyamour. Mais leur vie n’est pas sans défi! En effet, les membres des deux clans, les Cools et les Wannabes, multiplient les efforts pour atteindre le sommet de la hiérarchie du groupe.

Les changements climatiques ayant déréglé la planète, on annonce l’arrivée prochaine d’un tsunami, que nos joyeux surfeurs considèrent comme la vague parfaite, sorte de Saint Graal pour les amateurs de planche. Ils y voient l’occasion idéale pour réaliser l’exploit d’une vie et, ainsi, atteindre le plus haut niveau de coolness.

Photo : Toma Iczkovits.

Lorsque le raz-de-marée déferle sur leur paradisiaque île du Pacifique, certains perdent la vie, alors que les autres trouvent refuge sur un radeau construit avec des planches de surf. Est-ce la fin de l’espoir pour ces demi-dieux, comme « un sandwich au beurre de peanuts de quelqu’un allergique au beurre de peanuts »? Ou trouveront-ils asile dans un autre pays ou même sur Tahi Slande 3D, une bulle en verre?

En 2012, le Théâtre du Futur nous avait offert sa première production, un opéra rock désopilant sur le controversé expert en marketing Clotaire Rapaille. Dès le départ, Guillaume Tremblay, Olivier Morin et l’auteur-compositeur-interprète Navet Confit ont choisi de créer des œuvres critiquant de façon acerbe la société dans laquelle nous vivons, le tout enrobé d’un humour aussi absurde que délicieux.

Photo : Toma Iczkovits.

La Vague parfaite ne fait pas exception. Dans ce délire irrévérencieux, on se moque allègrement de ces douchebags trop occupés à se regarder le nombril pour se préoccuper des autres habitants de leur île ou des conséquences des changements climatiques. On se paie la gueule de ceux qui misent tout sur l’apparence et la branchitude. Et on observe avec sarcasme une société qui voue un culte à la performance, tout en faisant l’apologie du mieux-être et de la relaxation. Une fable d’anticipation, certes, mais dans laquelle on se reconnaît tous au moins un petit peu.

Photo : Toma Iczkovits.

Derrière ce bordel hautement jouissif, se cache une démarche artistique aussi riche que rigoureuse. Les rôles principaux sont incarnés par des interprètes lyriques à la technique impeccable, qui chantent, en plusieurs langues, avec une intensité dramatique des textes déjantés, ponctués de « dudes » et de propositions grivoises. Le tout sur des mélodies complexes, magnifiques, jouées sur scène par le talentueux Philippe Prud’homme.

Photo : Toma Iczkovits.

À l’instar des opéras plus traditionnels, des surtitres sont projetés sur un écran, afin de traduire les chansons. Un procédé qui, entre les mains de ces comiques créateurs, ne sera qu’un moyen de plus de faire rigoler le public. Et ce n’est qu’une des références aux productions lyriques que l’on retrouve dans La Vague parfaite. Les auteurs du spectacle, se donnant comme mission de décloisonner l’opéra, s’en sont donné à cœur joie, comparant le sommeil des personnages sur le radeau « au deuxième acte à l’Opéra de Montréal » et projetant sur une planche de surf le visage de Marc Hervieux, qui surmonte un corps aux abdominaux d’acier.

Photo : Toma Iczkovits.

La dernière production du Théâtre du Futur propose au public montréalais le mélange idéal pour la saison d’été : un humour osé, des airs irrésistibles, des artistes de talent, ainsi qu’une réflexion pertinente sur les travers du monde dans lequel on vit. Si vous n’avez pas assisté à l’une des représentations de cette pièce en 2016, c’est votre chance. Allez, laissez-vous emporter par la vague!

La Vague parfaite, de Guillaume Tremblay et Olivier Morin, mise en scène par Guillaume Tremblay, est présentée les 20 et 21 juin, puis les 6, 7, 9 et 10 juillet, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal.

Pour toutes les informations : www.theatredaujourdhui.qc.ca/vagueparfaite

 

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Texte : Adyt

Photo: MEG

Photo: MEG

C’est reparti pour une 16e édition du Montreal Electronique Groove (MEG), festival qui s’étale sur deux fins de semaine, du 24 juillet au 2 août, et qui permet de découvrir une belle brochette d’artistes électro, hip-hop, pop ou rock, d’ici et d’ailleurs.

Le MEG, qui a été créé en 1999, continue année après année à nous faire découvrir la relève dans plusieurs styles musicaux, tout en étant un point de rencontre pour les gens de l’industrie et une vitrine pour la scène urbaine montréalaise, en collaborant avec Osheaga et Piknic Électronik. Adeptes du FOMO (Fear Of Missing Out), n’ayez crainte! Voici nos suggestions :

Pif Paf Hangover, le 24 juillet au Divan Orange

Groupe formé en 2009, Pif Paf Hangover a sorti son premier album Curry Love en mars dernier, disque indie pop/rock/électro (imaginez donc!). Ce quatuor − Manu (synthé et voix), Frank (batterie), Maxo (guitare et voix), ainsi que Gab (basse et voix) – est un habitué de la scène. Avec leur premier EP, ils ont écumé les festivals : OUMF, Artefact, M pour Montréal… Vous pourrez les voir au Divan Orange avec L’Indice et Navet Confit.

 

The Posterz, le 24 juillet à La Sala Rossa

Phénomène hip-hop montréalais qui dépasse de plus en plus les frontières de la Belle Province, The Posterz nous a régalés avec son premier EP Starship & Dark Tints, en téléchargement gratuit, en octobre 2013. Offrant un mélange de trap et d’EDM (Electronic Dance Music), ce trio montréalais qui spit en anglais est souvent comparé à The Underachievers. Leur mixtape sera réédité fin juillet dans une version augmentée. Ils ont récemment sorti un vidéoclip pour accompagner le très bon morceau « All I Know ». Vous pourrez les voir à La Sala Rossa avec Les Anticipateurs et le beatmaker J.u.D..

 

Mozart’s Sister, le 25 juillet à La Sala Rossa

C’est la Montréalaise Caila Thompson-Hannant qui se cache derrière le moniker Mozart’s Sister, objet musical difficilement étiquetable. La chanteuse et musicienne se classe dans un nouveau genre, la dirt pop. On retrouve dans sa musique de la pop et de la house, qui accompagne des textes sombres. Après deux EP, Dear Fear et Hello, qui ont connu un succès certain, Mozart’s Sister s’apprête à sortir son premier album. Being, qu’elle a entièrement produit seule (composition, arrangements et enregistrement), sortira en août sur le label Asthmatic Kitty Records. Le premier extrait « Enjoy » est sorti en mai. Vous pourrez la voir à La Sala Rossa avec FOXTROTT et Propofol.

 

Soirée Soulection, le 25 juillet au Belmont

Soulection a été fondé en 2011 par Joe Kay, Guillaume Bonte et Andre Powers. Basé à Los Angeles, ce projet multiforme est à la fois une étiquette de disques, un collectif d’artistes (15 beatmakers et près d’une dizaine de D.J.) et une émission de radio. On retrouve sur le label deux artistes montréalais, Da-P et Modlee & Vlooper. Vous entendrez plusieurs membres du collectif sur les White Labels Series, quatre tracks gratuites d’un des artistes de la maison. Vous pourrez aussi les découvrir au Belmont avec les beatmakers Sango et Da-P, ainsi que les D.J. Andre Power et Eden Hagos.

 

Suuns, le 26 juillet à la SAT

Ce groupe montréalais a beaucoup fait parler de lui en 2013. Son album Images du Futur, sorti au Canada sur le label montréalais Secret City Records, était sur toutes les lèvres et dans tous les écouteurs. Le morceau « 2020 » s’est même retrouvé sur la bande originale du film Only God Forgives de Nicolas Winding Refn. Ce second effort, réalisé par Jace Lasek des Besnard Lakes, offre un mélange élégant de rock, de post-punk et de rock psychédélique. En live, le quatuor nous emmène dans une atmosphère oppressante et sensuelle. Vous pourrez les voir à la SAT avec deux autres groupes de Montréal, Seoul et Technical Kidman, qui vient de sortir un nouvel EP.

DANGER, le 1er août au Belmont

Derrière cet alias, se cache Franck Rivoire, musicien, D.J. et graphiste/designer. Représentant la nouvelle vague de la French Touch, DANGER est un serial remixer (Estelle, Midnight Juggernauts, La Roux). Il a sa propre étiquette de disques, 1789, et un autre projet, SUNSET. Ambiance assurée, puisque ses performances sont toujours agrémentées de visuel. Vous pourrez le voir au Belmont entouré de quatre Canadiens : Das Mörtal, Omni, Pomo et Mr. Nokturn.

 

Acid Arab, le 2 août à la Place des Festivals (gratuit)

Guido Minisky et Hervé Carvalho, le duo derrière Acid Arab, avait pour ambition de faire un mariage improbable de musiques à la marge, l’acid house aux États-Unis et la musique orientale en Europe. Pari réussi, avec cette musique qui vous fera nécessairement vous déhancher. Ils ont d’ailleurs fait appel à une quinzaine de producteurs pour réaliser Acid Arab Collections. Vous avez deux chances de les voir en live : sur la Place des Festivals ou encore sur le MEG Boat, pour une croisière endiablée.

 

Site Web officiel du MEG : http://www.megmontreal.com/fr/

Critique de la pièce PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine)

Texte : Karine Tessier

Crédit : Festival OFFTA

Crédit : Festival OFFTA

Créé en parallèle du Festival TransAmériques, le Festival d’arts vivants OFFTA programme les œuvres de jeunes créateurs d’avant-garde issus du théâtre, de la danse, de la performance… ou de tout cela à la fois. L’occasion tout indiquée de découvrir des artistes dont les noms seront bientôt sur toutes les lèvres. Pour cette 8e édition, OFFTA est resté fidèle à lui-même. À l’agenda : des soirées ludiques qui nous ont fait réfléchir sur le monde qui nous entoure.

« Nous vous invitons à prendre part à ce délicat rituel de la représentation.

Celui qui ouvre une brèche dans nos présents.

Celui qui modifie notre regard sur le monde. »

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Ce questionnement a pris des formes tout à fait étonnantes dans PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine) de Mélissa Larivière, Simon-Pierre Lambert, Charles Dauphinais et Maxime Carbonneau. Leur spectacle tient autant du théâtre expérimental, du laboratoire scientifique que du manifeste politique.

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Sur scène, les quatre artistes, vêtus de combinaisons dignes de celles d’agents de décontamination nucléaire, sont entourés de caméras, d’un écran, d’ordinateurs, d’un four à micro-ondes, de jouets. Ils évoluent dans ce bric-à-brac sur la musique du génial Navet Confit, qui emprunte cette fois au cinéma de science-fiction des années 1950, à la pop américaine, aux chants russes orthodoxes et à certains discours politiques célèbres.

PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine), c’est la biographie fantasmée de Léon Thérémine, un ingénieur russe né en 1896, disparu en 1938, retrouvé dans les années 1980 et décédé en 1993. Et l’inventeur du premier instrument de musique électronique, qui porte son nom, dont on joue en bougeant les mains dans le champ électromagnétique émis par deux antennes. Un destin tragique qui a alimenté les rumeurs les plus folles : a-t-il été enlevé par les extraterrestres? Gardé prisonnier pour des raisons politiques? Le mystère plane toujours.

Ce retour sur la vie et l’œuvre de Léon Thérémine est le point de départ d’une réflexion pas banale sur les rapports humains, la célébrité et la noblesse de l’art. Peut-on vraiment connaître quelqu’un en lisant la page Wikipédia qui lui est consacrée? On y apprend des informations plus profondes que celles échangées autour d’un verre à l’heure de l’apéro, non? Et comment s’inscrit-on dans la mémoire collective? Par son travail, ou plutôt par les scandales dans lesquels on a été impliqué?

Crédit : Alex Lagueste

Crédit : Alex Lagueste

Des questions dans l’air du temps, soulevées autant par les médias de masse, la blogosphère que nos copains le samedi soir. Mais à aucun moment les interrogations du charismatique collectif de PAN///POP///R// (Fantasmagorie sur Léon Thérémine) ne nous saoulent. Le travail de Mélissa Larivière, Simon-Pierre Lambert, Charles Dauphinais et Maxime Carbonneau est rafraîchissant, décoiffant. Et il sème en nous, entre deux éclats de rire, l’envie de changer le monde. Une invitation inusitée à l’action, qui se conclut par la mélodie de Eye of the Tiger du groupe Survivor, tirée de la bande originale de Rocky 3. Pas banale, on vous disait.

Site Web officiel du Festival d’arts vivants OFFTA : http://www.offta.com/