CRITIQUE DU SPECTACLE #PIGEONSAFFAMÉS, ÉCRIT ET MIS EN SCÈNE PAR ANNE-MARIE WHITE

Texte : Karine Tessier

Photo : Marianne Duval.

Photo : Marianne Duval.

Comment détermine-t-on qu’une personne fait « sa juste part » pour contribuer au bon fonctionnement de notre société? Parce qu’elle donne de son temps ou de son argent pour une bonne cause? Parce qu’elle signe des pétitions pour appuyer un projet ou dénoncer une situation? Parce qu’elle fait ses emplettes avec des sacs en coton, consomme bio et équitable, roule en bicyclette?

Et si notre motivation à poser ces gestes était moins une poussée altruiste qu’un moyen d’étouffer notre sentiment de culpabilité face aux nombreuses inégalités qui séparent les habitants de notre planète?

Grâce à la surabondance d’informations disponibles, à l’omniprésence des réseaux sociaux, à la multiplication des experts en tous genres, il est aisé de dénicher quelque preuve que ce soit pour légitimer nos habitudes et choix de vie, et ainsi se rassurer.

Photo : Marianne Duval.

Photo : Marianne Duval.

L’auteure et metteure en scène Anne-Marie White a eu envie d’explorer ce phénomène, qu’elle a nommé la Dolce Vita, dans son troisième spectacle #PigeonsAffamés, produit par Le Théâtre du Trillium. D’abord créée à Ottawa en 2015, l’œuvre est présentée du 23 au 25 novembre au Théâtre Aux Écuries à Montréal, dans le cadre d’une tournée canadienne qui se poursuivra en 2017.

Le travail d’écriture de la pièce s’est amorcé avec les gestes. Épaulée par la chorégraphe Mylène Roy, Anne-Marie White a exploré le mouvement, auquel se sont par la suite greffés des textes. Un processus qui aura duré deux ans.

Photo : Marianne Duval.

Photo : Marianne Duval.

Pour interpréter le spectacle, une demi-douzaine d’acteurs triés sur le volet. Des artistes qui se sont totalement abandonnés au projet, s’entraînant pendant trois ans pour être le plus à l’aise possible, et le plus juste, sur les planches. Leur dur labeur n’aura pas été vain. Les hommes et les femmes de #PigeonsAffamés font rire autant qu’ils émeuvent, enchaînent déplacements saccadés et déhanchements lascifs, prêtent leur voix puissante au rap ou à des harmonies vocales rythmn and blues.

Les protagonistes de cette œuvre multidisciplinaire réfléchissent à leur rapport au bonheur, au sexe, à la productivité. Ils dénoncent avec sarcasme le sensationnalisme des nouvelles télévisées et s’amusent des commentaires souvent insipides publiés par les internautes sur les forums. Un message ponctué de références à la culture populaire, de l’hymne écolo de Marvin Gaye Mercy, Mercy Me à la ballade nostalgique I Can’t Stop Loving You de Ray Charles, en passant par la ritournelle publicitaire bien connue de McDonald’s I’m Loving It!

La prise de parole, dans #PigeonsAffamés, aurait pu être lourde et moralisatrice. Mais il n’en est rien. Anne-Marie White a tenu à faire de sa réflexion sur la perte de repères dans notre société actuelle une comédie musicale festive et nuancée, où les personnages sont ni totalement bons ni tout à fait méchants. À mille lieues de l’autoflagellation ou du cynisme, les constats que propose son spectacle nous bousculent, entre deux éclats de rire et une furieuse envie de danser. Une symphonie polyphonique réjouissante, on ne peut plus pertinente, alors que débute le temps des Fêtes.

Pour lire notre entrevue avec l’auteure et metteure en scène Anne-Marie White, c’est ici.

Le spectacle #PigeonsAffamés est présenté du 23 au 25 novembre 2016 au Théâtre Aux Écuries, à Montréal. Pour toutes les infos : auxecuries.com/projet/pigeonsaffames

Par la suite, il sera à l’affiche dans plusieurs autres villes canadiennes. Pour connaître les dates de la tournée : www.theatre-trillium.com/saison/paroles/pigeonsaffames1

ENTREVUE AVEC L’AUTEURE ET METTEURE EN SCÈNE ANNE-MARIE WHITE

Texte : Karine Tessier

#PigeonsAffamés_affiche

Quelque part entre la nostalgie d’une époque où tous les rêves étaient permis et la perte de repères actuelle, les #PigeonsAffamés virevoltent devant nos yeux. Spoken word, musique expérimentale, chant a capella, beatbox, mouvements de danse : tous les moyens sont bons pour nous livrer leurs réflexions, nous inciter à l’action. Une prise de parole qui bouscule, mais aussi qui fait éclater de rire et donne envie de danser. #PigeonsAffamés est le troisième spectacle écrit et mis en scène par Anne-Marie White, produit par Le Théâtre du Trillium. L’œuvre effervescente est présentée du 23 au 25 novembre au Théâtre Aux Écuries à Montréal, dans le cadre d’une tournée canadienne qui se poursuivra en 2017. Rencontre avec la créatrice aux multiples chapeaux.

Comment est né le spectacle #PigeonsAffamés?

Il y a quatre ou cinq ans, je regardais une émission de télé matinale. L’invitée était une femme qui parlait de tout l’effet que peut avoir sur le cerveau le geste de donner. Puis, en conclusion, on faisait la promotion de La Grande guignolée des médias. J’ai réalisé que notre cerveau est en quelque sorte formaté à recevoir n’importe quoi. À l’approche de Noël, donner aux gens défavorisés nous fait du bien, nous permet de taire notre culpabilité. Il y a de plus en plus de plates-formes qui nous donnent cette possibilité, d’experts qui nous confortent dans cette idée. Il y a une perte de repères… Non, je dirais plutôt une surabondance de repères. Peu importe nos choix et habitudes de vie, il nous est possible de tracer une logique qui légitime nos actions.

Photo : Marianne Duval.

Photo : Marianne Duval.

#PigeonsAffamés parle de ce confort sur lequel on surfe. C’est comme un cri intérieur, qui nous révèle que ce n’est pas vrai que nous sommes si bien que ça! Mais on arrive à taire cette petite voix, à la zapper assez aisément, pour se lover dans ce que j’appelle dans le spectacle la Dolce Vita. C’est ce que j’ai voulu creuser dans ma dernière création, mais, cela dit, sans aucune intention de lancer la pierre. C’est fait avec beaucoup d’humour. Et, moi-même, je ne suis pas épargnée. Il y a une scène où une cliente de la chaîne de fast-food Valentine se sent jugée par une femme qui offre des croquettes bio à l’extrait de thé vert à son chien. Cette dernière, c’est moi! (rire)

Est-on vraiment prêts à laisser aller un peu de notre confort pour aider les plus démunis? Si quelqu’un nous offrait une solution pour instaurer l’égalité sur terre, embarquerait-on? Ce sont des questions qui me font mal quand je me les pose.

Cette réflexion pourrait également s’appliquer à la mobilisation sur les réseaux sociaux. Par exemple, l’utilisation de #JeSuisCharlie, à la suite de l’attentat à Charlie Hebdo, à Paris. Est-ce que, concrètement, on parvient à changer les choses?

Je ne fais pas partie des gens qui affirment que ça ne va rien améliorer. Mais je crois qu’on pourrait être un peu plus humbles ou nuancés. On n’est ni bons ni méchants. Ce serait trop facile de se camper dans une position, dire qu’on est tous manipulés. Moi, ce qui m’intéressait particulièrement, dans la création de #PigeonsAffamés, c’est notre façon d’apaiser notre conscience, pour se sentir bien ensuite : pétitions, consultation de psychologues, dons de toutes sortes… C’est un aspect que je trouve très drôle chez l’humain! En même temps, cette fiction est nécessaire! Si on enlève toute superficialité, on ne peut plus vivre dans la société. On se détache et on ne contribue plus à rien. On a un moment à passer sur la terre. Je crois qu’on devrait le vivre le mieux possible, sans faire de mal aux autres.

Photo : Marianne Duval.

Photo : Marianne Duval.

Pour vous, l’engagement est inévitable lorsque vous créez une œuvre?

Oui. Mais je pense que… J’ai l’impression que, même dans le théâtre intime, où il n’y a pas clairement de questionnement politique ou social, il y a une forme d’engagement quand on nous présente un point de vue particulier, quand l’auteur porte un regard unique sur la vie. Ce qui m’attire, au théâtre, c’est le regard du créateur. La chose regardée n’a pas à être extraordinaire! Mais, si le regard vient d’une vie qui n’est pas la mienne, ça me désarçonne. C’est le partage d’une vision.

Votre parcours professionnel est jalonné de projets multidisciplinaires.

Oui. Avant, je faisais de la mise en scène. Depuis que j’écris, je plonge dans ce qui est le plus près de moi, la fille de frontières. Théâtre, danse, musique… Je n’aime pas catégoriser. Dans #PigeonsAffamés, les interprètes ne sont pas des danseurs, mais bien des acteurs qui bougent. Mylène Roy, avec qui j’ai collaboré pour la chorégraphie, est allée chercher quelque chose de vrai, d’esthétique, de poétique. Le théâtre que je crée s’exprime par différents médiums. Mais, dans mes pièces, on sent bien la fille de théâtre, de structure, ce qui fait écho à mon parcours de dramaturge.

Photo : Marianne Duval.

Photo : Marianne Duval.

#PigeonsAffamés a été présenté à plusieurs reprises depuis la première, en septembre 2015, à Ottawa. Quelle a été la réaction des spectateurs à leur sortie de la salle?

La réaction est forte, enthousiaste! Ce que j’ai entendu le plus, c’est des remerciements. Les gens sont presque bouche bée. J’ai comme l’impression que le spectacle touche une corde qui donne envie de se garrocher, de mordre dans la vie, sans perdre trop notre temps. L’œuvre fait du bien, dans le sens où elle nous botte le cul! Les spectateurs me confient leur envie de plonger, d’être, d’exister, de s’exprimer… pas tant de s’exprimer, mais de réaliser. Ils me parlent de leurs rêves, de leurs projets. Ils sont complètement allumés! Et, ça, c’est un énorme cadeau pour moi. J’en suis très touchée.

Pour lire notre critique de la pièce, c’est ici.

Le spectacle #PigeonsAffamés, écrit et mis en scène par Anne-Marie White, est présenté du 23 au 25 novembre 2016 au Théâtre Aux Écuries, à Montréal. Pour toutes les infos : auxecuries.com/projet/pigeonsaffames

Par la suite, il sera à l’affiche dans plusieurs autres villes canadiennes. Pour connaître les dates de la tournée : www.theatre-trillium.com/saison/paroles/pigeonsaffames1

CRITIQUE DE LA PIÈCE LE TERRIER DE DAVID LINDSAY-ABAIRE,
MISE EN SCÈNE PAR JEAN-SIMON TRAVERSY

Texte : Karine Tessier

Photo : Cédric Lord.

Photo : Cédric Lord.

Il y a quelques mois, Danny, quatre ans, le fils unique de Becca et Louis, a été happé mortellement devant leur résidence. Depuis, le couple s’efforce de vivre, de survivre. La mère envisage de vendre la maison, souhaitant effacer tous les souvenirs liés à leur petit garçon, des souvenirs aussi beaux que douloureux. Pour Louis, c’est plutôt la fuite en avant, s’étourdir en participant à maintes activités, comme des groupes de soutien pour les personnes endeuillées.

Les semaines passent. Becca et Louis refoulent questions, larmes et colère. Le temps semble suspendu. Mais plus pour très longtemps. La femme et l’homme brisés se retrouvent devant un choix qui décidera du reste de leur existence : rester paralysés quelque part entre le rêve et la réalité… ou rouvrir leurs plaies, dans l’espoir d’être heureux à nouveau.

Photo : Cédric Lord.

Photo : Cédric Lord.

Les comédiens Rose-Anne Déry et André-Luc Tessier, interprètes d’Isa, la sœur enceinte de Becca, et de Jason, l’adolescent qui a heurté Danny, ont découvert la pièce Le Terrier il y a cinq ans, pendant qu’ils poursuivaient leurs études au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Cet automne, ils ont choisi d’en faire leur première production, après avoir fondé leur compagnie Tableau Noir.

Le Terrier est la version française de Rabbit Hole, qui a valu à l’Australien David Lindsay-Abaire le Pulitzer en 2007. Si l’œuvre vous semble familière, c’est qu’elle a aussi fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 2010, signée John Cameron Mitchell et mettant en vedette Nicole Kidman, Aaron Eckhart et Dianne Wiest.

Dans une sensible et juste traduction d’Yves Morin, la pièce raconte le deuil que vivent, chacun à leur façon, les membres d’une famille éprouvée, ainsi que le sentiment de culpabilité qui pèse sur eux depuis les tragiques événements. Et si je n’avais pas détourné mon attention, aurais-je pu empêcher l’accident? Et si je n’avais pas téléphoné à ma sœur? Et si, et si, et si.

Le Terrier, c’est également une poignante histoire d’amour entre un homme et une femme, qui sont devenus trois. Et qui, désormais, doivent réapprendre à n’être que deux. Est-il encore possible de s’aimer quand on est séparés par le fantôme d’un petit garçon?

Photo : Eva-Maude TC.

Photo : Eva-Maude TC.

La mise en scène de Jean-Simon Traversy, sobre, laisse briller la distribution, avec raison. Dans les rôles de Becca et Louis, Sandrine Bisson et Frédéric Blanchette sont bouleversants. Ils expriment cette peine quasi indicible sans jamais tomber dans l’outrance. La douleur nous est racontée avec retenue, ce qui rend les quelques manifestations de colère ou de désespoir de leurs personnages encore plus déchirants.

Dans le rôle de Nathalie, la mère de Becca, Pierrette Robitaille est lumineuse et franchement drôle. Les scènes où elle apparaît sont plus légères, telles de petites parcelles de clarté dans un quotidien devenu sombre et lourd.

Photo : Eva-Maude TC.

Photo : Eva-Maude TC.

Les personnages du Terrier nous racontent leur souffrance sur une scène sous laquelle on retrouve un vaste espace vide et illuminé. Y sont dispersés des souvenirs pêle-mêle de leur regrettée vie de famille : un gâteau d’anniversaire à épais glaçage, un cadeau à l’emballage brillant, des jouets, de minuscules chaussures… Un passé enfoui, mais encore tout près, qui ne demande qu’à refaire surface.

Photo : Eva-Maude TC.

Photo : Eva-Maude TC.

Dans sa chanson Anthem, le poète montréalais Leonard Cohen a écrit : « There is a crack in everything. That’s how the light gets in. » On ne pourrait mieux décrire les personnages de David Lindsay-Abaire. Bien qu’ils aient sombré dans le désespoir depuis la mort de Danny, tout n’est pas perdu. On ne guérit pas d’une perte aussi immense, mais on peut petit à petit l’apprivoiser.

Pour Becca, Louis et leurs proches, la vie ne sera plus jamais la même. Mais le bonheur est toujours possible. Autrement.

La pièce Le Terrier de David Lindsay-Abaire, mise en scène par Jean-Simon Traversy, est présentée du 1er au 19 novembre 2016 à la Salle Fred-Barry, du Théâtre Denise-Pelletier.

Pour toutes les informations : www.denise-pelletier.qc.ca/spectacles/53

Pour suivre les activités de la compagnie Tableau Noir : www.facebook.com/TN.Tableau.Noir

Le Terrier from Théâtre Denise-Pelletier on Vimeo.

Texte : Karine Tessier

En 2006, autour d’une tasse d’espresso sur la rue Crescent, deux Allemands récemment débarqués dans la métropole ont l’idée d’un événement pour faire connaître l’œuvre imposante du compositeur Johann Sebastian Bach (1685-1750), créateur notamment des Variations Goldberg et des Concertos brandebourgeois. Le but : offrir aux curieux autant qu’aux mélomanes des concerts classiques, à prix variés (certains mêmes gratuits!).

Dix ans plus tard, le Festival Bach Montréal aura présenté au public montréalais 200 concerts, en plus de classes de maître, de conférences, de films et de symposiums. Et il aura attiré plus de 120 000 amoureux de la musique.

Pour son 10e anniversaire, cet événement devenu incontournable propose 28 spectacles dans 10 lieux de la ville, de la petite église à l’imposante Maison symphonique. Rendez-vous du 18 novembre au 4 décembre pour découvrir des musiciens d’ici comme d’ailleurs, et surtout (ré)entendre les chefs-d’œuvre du compositeur allemand.

Sergei Babayan.

Sergei Babayan.

En ouverture, à la Salle Bourgie, une des pièces signatures de Bach, les Variations Goldberg, interprétée par le pianiste américain Sergei Babayan.

Des mélodies que vous avez maintes fois entendues, peut-être sans le savoir, puisqu’elles ont inspiré des artistes de tous les milieux, que ce soit la chorégraphe québécoise Marie Chouinard pour son œuvre bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_gOLDBERG en 2006 ou le romancier Thomas Harris pour The Silence of the Lambs en 1988. D’ailleurs, il est possible d’entendre les Variations Goldberg dans l’adaptation cinématographique de ce best-seller signée Jonathan Demme en 1991, ainsi que dans la série Hannibal diffusée en 2014.

Yo-Yo Ma. Photo : Jason Bell.

Yo-Yo Ma. Photo : Jason Bell.

Pour la toute première fois au Festival Bach Montréal, le grand violoncelliste américain Yo-Yo Ma, qui offrira au public trois des Suites pour violoncelle seul lors du Concert de gala 10e anniversaire, à la Maison symphonique.

Aussi à l’agenda, le fascinant spectacle Chemins cachés, mettant en vedette la violoniste Laura Andriani, la soprano Suzie Leblanc et la violoncelliste Elinor Grey, toutes trois canadiennes, à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Un événement qui est l’aboutissement de véritable « fouilles archéologiques », qui ont permis la découverte dans les œuvres pour violon solo des traces de chorals luthériens traditionnels qui les inspirèrent.

Konstantin Lifschitz. Photo : Sona Andreasyan.

Konstantin Lifschitz. Photo : Sona Andreasyan.

Pour les férus d’histoire, Les Partitas pour clavier, jouées par le pianiste russe Konstantin Lifschitz, à la Salle Bourgie. Ces six Partitas sont les premières pièces que Bach publia, dans l’espoir de gagner un peu de sous et, surtout, la gloire. Son rêve, vous l’aurez deviné, a été exaucé.

Pour se préparer à la saison froide, les Cantiques d’hiver, par The Trinity Choir, sous la direction de Daniel Taylor, contre-ténor canadien de renommée mondiale, à la paroisse Saint-Léon de Westmount. Des œuvres chorales qui vous feront voyager du Moyen-Âge jusqu’à nos jours.

On ne saurait oublier les six Concertos brandebourgeois, interprétés par l’Orchestre de chambre McGill, sous la direction de Boris Brott, à la Christ Church Cathedral. Vous vous devez, au moins une fois dans votre vie, d’entendre en concert les concertos les plus célèbres du compositeur allemand.

Orchestre symphonique de Montréal.

Orchestre symphonique de Montréal.

Puis, en clôture du Festival Bach Montréal, la Passion selon saint Matthieu, un oratorio joué par l’Orchestre symphonique de Montréal, sous la direction de maestro Kent Nagano, dans une mise en espace d’Alain Gauthier, doyen du Cirque du Soleil, à la Maison symphonique. Toute sa vie, Bach aura été fasciné par l’opéra, sans jamais en composer pour la scène. La Passion selon saint Matthieu et la Passion selon saint Jean sont ses œuvres les plus près du théâtre lyrique.

Le Festival Bach Montréal, du 18 novembre au 4 décembre 2016, dans 10 lieux de la métropole. Pour toutes les informations : www.festivalbachmontreal.com

ENTREVUE AVEC LA METTEURE EN SCÈNE MILENA BUZIAK

Texte : Karine Tessier

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Photo : Adéral Piot.

Les images de réfugiés à la recherche d’un endroit sûr pour se refaire une vie se multiplient dans les médias. Ils sont des millions, des dizaines de millions, à espérer une existence meilleure, loin des bombes, des persécutions et de la pauvreté extrême. Mais que connaît-on vraiment à propos de ces hommes, femmes et enfants au courage et à la résilience hors du commun?

La pièce Traversée, d’Estelle Savasta, raconte l’histoire d’une de ces personnes déplacées, Nour, et de sa nourrice sourde Youmma. Un récit d’exil, de séparation et de reconstruction empreint d’espoir, interprété en français et en langue des signes québécoise.

Fragments Urbains a discuté avec Milena Buziak, la metteure en scène du spectacle, qui sera présenté du 9 au 20 novembre au MAI (Montréal, arts interculturels).

La pièce Traversée a été montée pour la première fois à Paris en 2011. Comment avez-vous découvert cette œuvre?

C’est mon conjoint qui m’a proposé de la lire puisqu’il connaît mes goûts. Elle a toutes les qualités d’un bon texte de théâtre. On y dit beaucoup de choses en peu de mots. Il y a aussi des images magnifiques. Mais, en même temps, le tout est très concret. C’est une pièce d’une grande actualité.

Photo : Adéral Piot.

Photo : Adéral Piot.

Comment avez-vous alors amorcé votre travail de mise en scène?

Quand j’ai lu Traversée, pour moi, la coupe de cheveux de Nour, qui doit se déguiser en garçon pour faire le voyage vers un autre pays, était un moment clé. Elle doit se travestir, perdre à la fois son identité et ses repères, devenir quelqu’un d’autre complètement. C’est un moment important pour sa signification, bien sûr, mais également en ce qui concerne le traitement esthétique.

Par hasard, j’ai rencontré l’artiste visuelle Khadija Baker, qui se sert de cheveux humains pour composer ses œuvres. Elle a traduit certaines images, parfois en texture, parfois de façon très claire, parfois avec une simple ligne composée de cheveux longs.

Puis, j’ai discuté avec l’auteure de la pièce Estelle Savasta pour connaître son point de vue et son processus de création. Pour écrire le spectacle, elle a interviewé quatre personnes réfugiées étant enfants. Si Traversée n’est pas du théâtre documentaire, il s’appuie néanmoins sur la réalité.

C’était la première fois que vous montiez une pièce avec une comédienne sourde, Hodan Youssouf. En quoi cela a-t-il modifié votre façon de travailler?

J’ai approché Hodan comme quelqu’un d’une autre culture que la mienne, qui parle une autre langue que la mienne. On a dû faire certains aménagements techniques. Par exemple, identifier des moments dans le spectacle où elle et l’autre comédienne, Florence Blain Mbaye, se regardent, question de savoir où elles en sont dans le texte.

La langue des signes québécoise, pour moi, est très belle, très théâtrale. Elle a servi de base pour la création de séquences de mouvements ou de signes faits à deux. Nous l’avons incluse dans l’esthétique générale de la pièce, elle n’est aucunement accessoire! Cela permet à l’œuvre d’être accessible au public sourd ET au public entendant, bien qu’elle ne soit pas entièrement bilingue. Je n’étais pas intéressée à des représentations spéciales ou à une traduction. Je voulais plutôt un discours double livré au public. On y découvre deux personnes qui, bien qu’elles ne parlent pas la même langue, sont complices et se comprennent.

Photo : Adéral Piot.

Photo : Adéral Piot.

Depuis quelques années, le destin tragique des réfugiés et des personnes déplacées défraie les manchettes partout sur le globe. Monter une pièce qui raconte la vie d’une de ces personnes, c’était un choix délibéré?

La crise des réfugiés dure depuis très, très longtemps. On en parlait beaucoup il y a quelques années, quand il y a eu la grosse crise aux frontières européennes. Le Canada a accueilli 25 000 de ces personnes. Même si, maintenant, ça semble moins d’actualité, la situation perdure! Il s’agit d’une des plus grandes crises humanitaires de notre temps! Mais, dans les médias, il se trouve toujours une nouvelle crise pour évacuer la précédente. Donc, en effet, ce n’est nullement un hasard si j’ai choisi de travailler sur un spectacle qui aborde le sujet. C’est quelque chose qui me tient à cœur et je trouve important d’en parler.

Au Canada, on ne vit pas la crise comme en Europe. Reste qu’on doit accueillir plus de gens, et leur fournir les services et l’aide appropriés pour s’intégrer. Sinon, cela crée un autre type de crise. Traversée raconte justement l’intégration d’une jeune fille réfugiée dans sa société d’accueil, un processus qui se fait à long terme. La pièce échappe aux stéréotypes et parle de façon très positive de l’intégration. Oui, le personnage de Nour vit un choc. Elle a mal d’avoir dû tout quitter. Mais elle apprendra à survivre, à vivre dans son nouveau pays.

Il faut garder en tête que Nour, au moment de son voyage, n’est qu’une enfant. Elle regarde tout ce qui lui arrive avec une vision d’enfant. Une vision naïve, peut-être, mais empreinte d’humour et d’espoir. Les événements sont racontés avec beaucoup de poésie. On est dans l’évocation des choses, on ne sombre jamais dans le misérabilisme.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre au public qui verra Traversée?

C’est une grande question, à laquelle je n’avais jamais pensé avant. Peut-être de venir avec l’esprit ouvert. Et dans l’esprit de partage également. Ce que je désire créer, c’est un échange entre le public et les deux comédiennes. Déjà, il y a plusieurs publics qui se mélangent : sourd, entendant, immigrant… C’est vraiment là-dessus que je me positionne. C’est même la mission de ma compagnie de création, Voyageurs immobiles, que j’ai fondée en 2009. Oui, voilà, l’ouverture vers l’autre et le partage. Je souhaite un dialogue.

La pièce Traversée, d’Estelle Savasta, mise en scène par Milena Buznik, est présentée du 9 au 20 novembre 2016 au MAI (Montréal, arts interculturels). Pour toutes les informations : m-a-i.qc.ca/fr/index.php?id=498

Pour suivre les activités de la compagnie de création Voyageurs immobiles : www.voyageursimmobiles.ca

Traversée au MAI – bande annonce from Voyageurs Immobiles on Vimeo.

Texte : Audrwey A.

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Du mannequinat au cinéma, en passant par la case météo dans l’émission Le Grand Journal de Canal +, Charlotte Le Bon a su laisser son « empreinte » sur le petit et le grand écran en côtoyant de grands personnages. Elle a eu notamment l’occasion de « travailler » au côté d’Astérix devant la caméra de Laurent Tirard, se faire habiller par le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert et prêter sa voix à Joie dans Vice-Versa.

Depuis le mois de septembre et jusqu’au 10 novembre prochain, c’est dans le troisième arrondissement parisien qu’on la retrouve à la Galerie Cinéma, pour sa première exposition intitulée One Bedroom Hotel on the Moon.

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À travers ses créations pleines d’humour, elle invite le public à venir découvrir son univers éclectique et poétique, où ses illustrations prennent vie sous les traits d’H.H. l’homme à la tête de cœur, de petites crottes devant lesquelles on ne peut s’empêcher de sourire, de peaux de banane, d’un monstre poilu et de petits mots « pour dire simplement de grandes choses ».

Après Charlotte Le Bon actrice et Charlotte Le Bon illustratrice, le public peut également faire connaissance, dans la salle de projection de la galerie, avec Charlotte Le Bon réalisatrice grâce à la bande-annonce de son court métrage Modern Monster tourné durant l’été 2015.

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L’exposition One Bedroom Hotel on the Moon de Charlotte Le Bon est présentée jusqu’au 10 novembre 2016 à la Galerie Cinéma.

Site Web officiel de la galerie : galerie-cinema.com

Site Web officiel de Charlotte Le Bon : www.lebonlebon.com

CRITIQUE DE LE CHANTIER DES POSSIBLES DE ÈVE LAMONT

Texte : Véronique Bonacorsi

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Qu’il s’agisse d’agriculture alternative ou de l’esclavage de l’industrie du sexe, le cinéma engagé d’Ève Lamont se soucie des réalités sociales oppressantes. Dans son dernier film, Le Chantier des possibles, la cinéaste présente une inspirante histoire de solidarité, celle des citoyens d’un quartier dont l’identité est menacée par la gentrification.

La réalisatrice Ève Lamont. Photo : Jacques Nadeau.

La réalisatrice Ève Lamont. Photo : Jacques Nadeau.

Depuis qu’Ève Lamont connaît Pointe-Saint-Charles, elle a toujours été impressionnée par une caractéristique intrinsèque au quartier montréalais : l’engagement de ses résidants. Ce secteur du sud-ouest, surnommé affectueusement « La Pointe », a connu plusieurs épisodes de mobilisation citoyenne. Lorsque l’Opération populaire d’aménagement est née en 2004, visant à lutter pour des outils et des aménagements mieux adaptés à sa clientèle, la nécessité de documenter ces histoires d’un peuple souvent démuni, mais fier, s’est imposée. Pendant 10 ans, jusqu’en juin de cette année, la réalisatrice et camérawoman s’est immiscée dans la communauté de Pointe-Saint-Charles, captant ses incessants combats.

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Avec la multiplication des projets immobiliers hors de prix et l’explosion du coût de la vie, l’embourgeoisement apparemment inévitable de La Pointe menace le bien-être de ses habitants. Mais ces derniers, aux racines ouvrières et au prompt militantisme, se tiennent debout, encore et toujours. Le Chantier des possibles retrace les pas de la tradition communautaire de Pointe-Saint-Charles, suivant particulièrement deux projets : la Cité des bâtisseurs, une résidence communautaire pour aînés, ainsi que le plan du Collectif 7 à nous pour transformer le Bâtiment 7, un ancien édifice du CN, en un lieu multifonctionnel pour et par les citoyens. Derrière les murs des condos qui se dressent et le patrimoine qui risque de s’écrouler, se manifeste une courageuse humanité.

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Le film d’Ève Lamont, qui a aussi exercé les rôles de scénariste et de directrice photo, présente un regard personnel qui devient celui du spectateur. Le combat de Pointe-Saint-Charles devient notre combat. Telles des diapositives, le côté historique du documentaire défile clairement à un rythme précis et régulier, qui pourrait lui valoir une place en musée.

Ce sont les protagonistes de Le Chantier des possibles qui laissent la plus forte impression. À contre-courant des tendances urbaines déconnectées de la réalité, confrontés à des obstacles administratifs, à la défense des gens sans ressources, ils font constamment preuve d’entraide et de détermination à préserver leur village et leurs valeurs. Une belle leçon d’engagement pour le bien commun.

Le Chantier des possibles est à l’affiche à la Cinémathèque québécoise, à Montréal, depuis le 18 octobre 2016.

Pour être informé des prochaines projections du documentaire de la cinéaste Ève Lamont, consultez la page Facebook officielle du film : www.facebook.com/chantierdespossibles

Le chantier des possibles / Bande-annonce from Rapide Blanc on Vimeo.

ENTREVUE AVEC LA CRÉATRICE ET INTERPRÈTE DE LA PIÈCE REGARDS

Texte : Karine Tessier

Photo : Justine Macadoux.

Photo : Justine Macadoux.

Dans Regards, l’artiste multidisciplinaire Séverine Fontaine raconte la complexe évolution de l’enfant, de sa naissance à son entrée dans l’âge adulte, un processus marqué par les observations, les remises en question, puis les prises de décision. Comme elle l’a fait à maintes reprises avec ses précédents spectacles, la créatrice française y aborde des thèmes comme le regard de l’autre, la différence et la liberté. Rencontre avec une artiste qui milite pour le droit d’être soi.

Quelle a été la genèse de Regards?

Ç’a été un processus. J’ai beaucoup travaillé la question de l’humain dans mes précédents projets, souvent en faisant des entrevues. Pour Un Siècle de mémoires, en 2005, j’ai échangé pendant trois ans avec des personnes âgées en fin de vie. Par la suite, pour Filaments, en 2011, je me suis penchée sur ce qui relie l’humain à sa génération, à ses origines, etc., lui qui est confronté aux grandes questions existentielles. Cette fois, toujours pendant trois ans, j’ai interviewé des personnes âgées et des adolescents. Ces recherches ont été passionnantes, mais très prenantes!

Pendant ma résidence d’écriture à La Chartreuse, en France, j’ai réalisé que c’était le moment de partir de moi, de ma propre histoire. J’étais prête à le faire, avec le recul nécessaire, dans la joie et le partage. Ce n’était pas du tout une psychanalyse ou le règlement de problèmes non réglés! Et l’écriture s’est faite d’une manière assez évidente.

Votre plus récente pièce est donc en partie autobiographique. Est-ce intimidant de se révéler ainsi au public?

Pas du tout! Regards a été écrite avec différents plans de narration, ce qui permet de vivre les émotions du personnage avec une certaine distance. C’est inspiré de ma propre histoire, mais l’interprétation amène un décalage. Et l’écriture est telle que chacun peut s’y reconnaître. Les choses sont nommées de façon très subtile.

Quelle a été la réaction du public qui a vu Regards depuis sa création, en 2013?

Le spectacle a d’abord été joué à La Chartreuse, un petit espace. La réception a été directe, en raison de la proximité, de l’intimité. Ensuite, l’œuvre a été présentée une quarantaine de fois dans différents espaces.

Du début à la fin de l’œuvre, c’est une histoire que je raconte. Un lien très fort se crée avec les spectateurs puisqu’ils sont mes interlocuteurs. Ils ressortent de la salle avec des émotions qui les traversent, puisque nous sommes tous construits avec les regards des autres. Il s’agit d’un thème à portée universelle.

C’est la première fois que la pièce sera montée à l’extérieur de la France. Comment vous sentez-vous à la veille de votre tournée québécoise?

Je suis vraiment heureuse! C’est très excitant!

Ça fait trois ans que je fais des allers-retours entre la France et le Québec. Déjà, en 2014, le texte de Regards a été présenté au public québécois lors du Festival du Jamais Lu. Cet automne, ce sera la première fois que les gens pourront voir l’œuvre finalisée. Ces dernières années, j’ai fait de nombreuses rencontres ici. Alors, ça met une petite pression.

Photo : Alex Nollet.

Photo : Alex Nollet.

Regards est une création multidisciplinaire. Vos projets sont toujours réalisés avec plusieurs médiums?

Oui, depuis mon tout premier spectacle. J’écris, seule ou en collaboration, les textes, mais également les images, les sons, la musique, les regards des gens… De manière évidente, je visualise la mise en scène, je vois des choses qui, parfois, n’ont pas de texte. Des tableaux. L’ensemble est assez cinématographique. C’est la naissance d’un univers.

Outre les spectacles, je crée aussi des installations lumineuses, numériques. Et j’amène une théâtralité dans ces œuvres, de la poésie, une histoire à raconter.

Depuis quelques années, il est beaucoup question des standards de beauté, de la diversité dans les médias et sur Internet. Regards semble s’inscrire dans ce courant.

Quand le personnage entre dans la phase de l’adolescence, on traite du rapport au corps. La jeune femme se construit, et elle fait des choses malgré elle pour être aimée des autres et des hommes. C’est un sujet dont on parle peu, ça reste un tabou. Mais c’est extrêmement important! Nous sommes conditionnés malgré nous. On nous présente un modèle dans lequel on doit entrer.

Regards, c’est la parole d’une femme sur la différence, la question de la norme. D’abord, qu’est-ce que la norme? Il y a une absurdité dans le fait de concevoir le beau, le laid… Je ne veux pas dévoiler la forme du spectacle. Mais la fin est extrêmement positive, l’énergie qui s’en dégage est assez dynamique. Il existe une façon de se libérer de ces barrières qui nous empêchent de s’assumer comme on est.

Photo : Justine Macadoux.

Photo : Justine Macadoux.

Regards, de Séverine Fontaine, est présentée du 12 au 14 octobre au Théâtre Aux Écuries à Montréal. La représentation du 13 octobre sera suivie d’une rencontre-débat organisée en collaboration avec l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques et la revue Liberté, sur le thème « Au risque d’être soi ».

Puis, le spectacle sera à l’affiche le 18 octobre au Théâtre de la Rubrique à Saguenay et le 21 octobre au Théâtre du Bic à Le Bic.

Pour toutes les infos : auxecuries.com/projet/regards

Texte : Véronique Bonacorsi

Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Quelques semaines avant l’ADISQ, la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique s’est réunie pour célébrer les succès de ses membres. Pas moins de 45 trophées ont été remis le soir du 12 septembre, au Métropolis de Montréal, à une sélection d’artisans contribuant à la musique au pays. Une grande réunion de famille pas trop formelle où tous les invités sont gagnants.

Ariane Moffatt, auteure-compositrice de l'année. Photo : Benoît Rousseau.

Ariane Moffatt, auteure-compositrice de l’année. Photo : Benoît Rousseau.

Dix Prix Chansons populaires (francophones) ont été décernés. Parmi eux, Ariane Moffatt pour Debout, qui, pour reprendre les mots de l’artiste, n’est pas une chanson portant sur sa personne seule qui « se roule dans sa shit », mais plutôt sur la ténacité du couple. Moffatt a aussi été sacrée Auteure-compositrice de l’année, un accomplissement que la chanteuse attribue à sa virée pop.

Jean Leloup. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Jean Leloup. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Paradis City de Jean Leloup, favorite incontestée des radios, s’est mérité le même honneur, tout comme L’Amour est un monstre par les hommes de Valaire et Karim Ouellet, qui ont envahi la scène pour accepter leur prix et se lancer dans une prestation improvisée de Dégénération, un peu au désarroi de l’animateur de la soirée, le chanteur Stéphane Archambault de Mes Aïeux, qui tenait à ce l’on maintienne un certain décorum… Son appel ne semble pas avoir été entendu par les contributeurs de Fanny venus récolter leur trophée, Alex Nevsky et Yann Perreau, responsable de la mise en scène du gala, qui se sont mis à se relancer des obscénités à la blague.

High Klassified est reparti avec le Prix Musique électronique. Photo : Benoît Rousseau.

High Klassified est reparti avec le Prix Musique électronique. Photo : Benoît Rousseau.

 

Le chanteur Wesli, qui s'est vu remettre le Prix Hagood Hardy, dans la catégorie musique du monde. Photo : Benoît Rousseau.

Le chanteur Wesli, qui s’est vu remettre le Prix Hagood Hardy, dans la catégorie musique du monde. Photo : Benoît Rousseau.

Pour leurs prouesses à l’étranger, Coeur de Pirate et Grimes ont partagé le Prix international, dont les remerciements préenregistrés ont été relayés par vidéo. Carry On (Oublie-moi) de Coeur de Pirate s’est aussi valu un Prix Chanson populaire.

Le groupe Loud Lary Ajust a remporté le prix Musique urbaine. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Le groupe Loud Lary Ajust a remporté le Prix Musique urbaine. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

La SOCAN a récompensé plusieurs productions audiovisuelles : 30 vies, 19-2, Salmigondis, Food Factory en font partie, ainsi que Eduardo Noya Schreus pour le film Mommy. « Wow! Je savais pas que mon accent était si fort! », s’est exclamé le compositeur d’origine péruvienne en montant sur scène après la vidéo d’introduction où il expliquait son travail.

Le gagnant de "La Voix" Yoan a reçu le Prix Musique country. Photo : Benoît Rousseau.

Le gagnant de « La Voix » Yoan a reçu le Prix Musique country. Photo : Benoît Rousseau.

Un nouveau prix cette année, celui de l’éditeur de l’année, a été remis à Ho-Tune. Comme l’a rappelé la chef des affaires au Québec pour la SOCAN, Geneviève Côté, l’édition de la musique, ou tout ce qui touche à sa gestion, est souvent un rôle oublié, mais il s’avère essentiel à la survie des artistes.

Safia Nolin, lauréate du Prix Révélation. Photo : Benoît Rousseau.

Safia Nolin, lauréate du Prix Révélation. Photo : Benoît Rousseau.

Sur le thème de la nouveauté, Safia Nolin, qui a remporté le Prix Révélation pour 2016, a adorablement entamé son discours : « Allô, c’est gênant. J’ai envie de pipi », avant de lire les notes écrites sur sa main. Du côté des vétérans, Alain Chartrand s’est valu un Prix Hommage – et une chaude ovation! – pour son implication dans le festival Coup de cœur francophone.

Loud Lary Ajust, Klô Pelgag et Pierre Kwenders. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Loud Lary Ajust, Klô Pelgag et Pierre Kwenders. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Bien sûr, un gala sans performances musicales ne serait sans doute pas un gala réussi. De ce côté, le public a été assez choyé. La première prestation de la soirée réunissait Klô Pelgag, Pierre Kwenders et Loud Lary Ajust pour une intéressante reprise de Le Début d’un temps nouveau de Stéphane Venne, récipiendaire du Prix Empreinte culturelle. Dans ses remerciements, Venne a souligné qu’il avait écrit cette chanson il y a 46 ans, afin de documenter, en quelque sorte, la vie en 1970. « Écrivez pour la personne qui écoute », a-t-il conseillé à ses pairs aspirant à la longévité.

Le Prix Empreinte culturelle a été remis à Stéphane Venne. Photo : Benoît Rousseau.

Le Prix Empreinte culturelle a été remis à Stéphane Venne. Photo : Benoît Rousseau.

Roch Voisine a demandé au public de l’accompagner pour le refrain de Ma Mère chantait toujours, honorant le Classique de la SOCAN composé par Luc Plamondon et François Cousineau. Rigolant, Plamondon n’a pu s’empêcher de noter : « Ils me donnent la même photo depuis 20 ans! », désignant l’image ornant son trophée. Mais lorsqu’il est retourné sur scène pour Piaf chanterait du rock, un autre Classique, son message se voulait plus sérieux. Il accuse les radiodiffuseurs et télédiffuseurs d’ici de ne pas donner une assez grande place à la francophonie au profit des œuvres anglophones.

Éric Lapointe. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Éric Lapointe. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Un medley des désormais Classiques d’Éric Lapointe a été interprété : Fanny Bloom a démontré sa puissance vocale sur Terre promise (poussé par le vent), Matt Holubowski a fait ressortir la douce douleur de N’importe quoi,  et King Melrose a su donner du groove à Marie Stone. Preuve de la popularité de l’artiste, lorsque Lapointe s’est levé pour récupérer ses honneurs, toute la salle s’est mise à chanter N’importe quoi.

Richard Séguin. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Richard Séguin. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Un moment attendu de ce gala était l’hommage rendu à Richard Séguin, lauréat du Prix Excellence. Se sont joints Patrice Michaud, Elisapie Isaac, Luce Dufault, Coral Egan et Pierre Flynn pour une performance des grands succès de l’artiste, devant un montage photo de ce dernier. Le prix a été remis à Séguin par son ami Gilles Valiquette, membre du conseil d’administration de la SOCAN. L’homme a livré un discours parfois humoristique (« Un 45 tours, c’est comme un MP3 en plastique », a-t-il expliqué à la relève), mais aussi inspirant. Son travail prend tout son sens si des gens parviennent à y trouver des repères émotifs.

L'animateur de la soirée Stéphane Archambault pendant l'hommage rendu à la formation Les Colocs. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

L’animateur de la soirée Stéphane Archambault pendant l’hommage rendu à la formation Les Colocs. Photo : Frédérique Ménard-Aubin.

L’hommage rendu aux Colocs, dont cinq chansons se sont vu décerner le titre de Classique de la SOCAN, constituait un autre moment fort de la célébration. Avec un plaisir apparent, Stéphane Archambault lui-même a lancé le pot-pourri, suivi de Jonathan Painchaud – qui a prouvé les talents d’élocution de Dédé Fortin en s’enfargeant dans sa langue –, Philippe Brach, 2Frères et Alexe Gaudreault. Puis, les coauteurs de Juste une p’tite nuite ont témoigné du pouvoir catalyseur de leur défunt leader, rendu immortel grâce à l’organisme hôte. Réal et Sylvie Fortin, frère et sœur du chanteur, ont déploré l’absence de ce dernier, qui n’a pas eu la chance de monter sur cette scène, contrairement à tous les autres dans la salle. La sœur de Dédé a demandé aux gens de chercher de l’aide s’ils avaient des idées suicidaires. C’est sur cette note sombre que s’est terminée la soirée… avant que l’animateur invite tout le monde au buffet de burgers, grilled cheese et poutine bien arrosés!

Pour connaître tous les récipiendaires du Gala de la SOCAN 2016 et en savoir plus sur l’organisme : www.socan.ca/fr

CRITIQUE DE LA PIÈCE MA(G)MA DU COLLECTIF CASTEL BLAST

Texte : Karine Tessier

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

Au moment où les spectateurs prennent place dans les gradins, la pièce est déjà commencée. Un jeune garçon s’amuse en silence, assis sur le sol. Se met à défiler derrière lui, sur un écran noir, une suite de remerciements du collectif Castel Blast, de Jean-Paul Sartre à Walt Disney, en passant par le basketteur Lebron James et Céline Dion.

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

L’enfant se lève et s’éclipse. Entrent un à un sur la scène une vingtaine d’hommes au torse nu qui s’avancent, en regardant le public dans le blanc des yeux. Dans les premières minutes, ils esquissent des gestes lascifs, qui deviennent de plus en plus frénétiques. Les yeux des acteurs défient l’assistance, à mi-chemin entre la tentative de séduction arrogante et la provocation en duel. Ils se frappent, ils font des pompes au sol, ils transpirent. Après une montée dramatique d’une intensité presque insoutenable, le tableau prend fin, alors qu’une gracile jeune femme marche parmi les hommes et devient l’objet de leur convoitise.

D’autres filles rejoignent les gars. Nous sommes maintenant dans un bar, véritable meat market. La chasse est ouverte. Les deux sexes s’observent, se courtisent, se rapprochent. Les corps choquent et s’entrechoquent. La danse vire presque à l’orgie, avant que tous se laissent choir au sol, sorte de repos après l’amour.

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

Les scènes se succèdent, offrant aux spectateurs un ballet brut, instinctif sur le passage de l’enfance à l’âge adulte. Un conte aussi sensible que robuste, qui se clôt sur un fouillis inextricable d’émotions et de souvenirs, vécus par une quarantaine de personnages animés par des pulsions de vie et de mort.

Pour ouvrir sa saison, le Théâtre Espace Libre ose avec Ma(g)ma, dont l’écriture scénique, la mise en scène et la chorégraphie sont signées par le collectif Castel Blast, qui rassemble Olivia Sofia, Léo Loisel, Xavier Mary et Guillaume Rémus. Le spectacle, présenté jusqu’au 10 septembre, a d’abord vu deux de ses étapes de création être présentées à Zone Homa à l’été 2015, puis au OFFTA au printemps dernier.

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

Né il y a à peine un an, le quatuor mise d’abord sur les ambiances pour bousculer le public, l’émouvoir et le faire réfléchir. Il y a une économie de mots dans Ma(g)ma. Le voyage initiatique qu’on nous présente se fait surtout en gestes et en musique. Les acteurs tracent une succession de mouvements tantôt enveloppants, tantôt menaçants, mais toujours 100 % puissants. La chorégraphie se déroule sur des rythmes hypnotiques, rappelant par moments les pulsations cardiaques, diffusés par un système de son ambiphonique, qui permet aux mélodies d’entourer les spectateurs.

Photo : Jules Bédard.

Photo : Jules Bédard.

Castel Blast explore dans sa dernière création les thèmes toujours pertinents de la vie, de la mort, de l’amour et du sexe, sans chercher de réponses précises aux questions que se posent les hommes et les femmes, de la genèse à la création de Tinder.

Cette abstraction confère à la pièce une portée universelle. À l’instar des personnages du spectacle, le public est invité à s’interroger sur sa propre perte d’innocence, ce point de non-retour où on prend connaissance de l’influence, du pouvoir qu’il est possible d’exercer sur ses semblables. Ma(g)ma, c’est un rendez-vous avec sa propre violence, en compagnie d’un groupe d’artistes dont on ne peut que tomber amoureux.

Pour toutes les infos sur la pièce Ma(g)ma, présentée au Théâtre Espace Libre : www.espacelibre.qc.ca/spectacle/saison-2016-2017/magma