CRITIQUE DE WEDDING DOLL (HATUNA MENIYAR) DE NITZAN GILADY

Texte : Véronique Bonacorsi

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Peut-on s’épanouir même si on ne saisit pas totalement la réalité qui nous entoure? Wedding Doll, du réalisateur et scénariste israélien Nitzan Gilady, met en scène un personnage original qui cherche à relever ce défi. Une touchante histoire de désir de liberté d’une beauté sous-estimée.

Hagit (Moran Rosenblatt) est une jeune femme, mi-vingtaine, atteinte d’une légère déficience intellectuelle. Dans une ville isolée du désert du Néguev, en Israël, elle travaille pour un petit producteur de papier de toilette, duquel elle utilise les retailles pour créer des mini poupées de mariées. La jeune femme espère d’ailleurs épouser un jour le garçon avec qui elle vit une amourette secrète : Omri (Roy Assaf), le fils du propriétaire de l’usine, Aryeh (Aryeh Cherner). Cette obsession du mariage et les aspirations de devenir dessinatrice de mode de Hagit inquiètent Sara (Assi Levy), sa mère dévouée et très protectrice. La fermeture imminente de l’usine de papier de toilette vient chambouler le quotidien relativement confortable des protagonistes et précipiter le déclin des ambitions romantiques de Hagit.

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La force de Wedding Doll repose surtout en son duo mère-fille. Gilady a su obtenir de ses actrices principales d’excellentes interprétations, tout à fait naturelles. Tandis que Rosenblatt joue avec précision les excentricités enfantines causées, en partie, par la condition de son personnage, Levy sait habilement rendre le tiraillement intérieur de la mère qui se retrouve à s’occuper seule de sa fille, devant du même coup délaisser trop souvent ses obligations professionnelles et mettre de côté ses désirs égoïstes de femme célibataire. L’une vit dans une bulle merveilleuse, dont les murs sont tapissés de découpages de revues de mariées et de robes. L’autre n’est que trop bien consciente des dangers de la réalité et en paie le prix, dont des relations familiales effritées. Mais malgré leurs différentes perceptions du monde, l’amour entre les deux femmes est indéniable et constitue le cœur du film.

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Il s’agit ici d’un impressionnant premier long métrage fictif pour Nitzan Gilady, un réalisateur de documentaires et ancien aspirant acteur. Il profite de son expérience comme documentariste pour ancrer son histoire, celle du complexe passage à l’âge adulte, dans des bases bien réelles. En fait, sa fiction s’inspire beaucoup de la relation entre son père et son frère. Ce dernier, qui rêvait de mariage comme Hagit, souffre de choc post-traumatique de la guerre au Liban, un trouble qui lui a causé que des peines amoureuses lorsque révélé à ses copines.

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L’autre graine d’idée pour Wedding Doll : la robe de papier de toilette, dépeinte sur l’affiche du film et portée à l’écran grâce au talent de la costumière Keren Eyal Melamed. Pendant une décennie, Gilady a gardé une photographie de femmes israéliennes portant cette robe, déambulant dans la rue dans le cadre d’une performance théâtrale, à la recherche d’un époux. Une image marquante, clé dans la création de Hagit, à qui le cinéaste a insufflé sa propre tendance artistique.

Ce genre de visuel fantaisiste, qui rend la protagoniste si charmante, contraste avec le vide du désert du Moyen-Orient. De la cinématographie, de Roi Rot, se dégage le symbolisme du personnage : devant l’horizon lointain et hostile, Hagit retrouve toujours la beauté et la lumière dont elle a besoin pour se réaliser, pour accomplir son but d’indépendance, un but auquel elle croit dur comme fer.

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Certes, ce rêve se base sur une construction préconçue, culturellement inculquée du mariage comme l’aboutissement d’une vie. Et même si le dénouement de cette quête surprend quelque peu par un changement de ton assez brutal, le spectateur de Wedding Doll ressort de son expérience contaminé par le naïf optimisme de Hagit.
Lauréat de plusieurs prix et distinctions depuis sa première au Festival international du film de Jérusalem, Wedding Doll a pris l’affiche au Québec le 3 juin dernier, en version originale en hébreu, avec sous-titres français ou anglais.

Site Web officiel du film : weddingdollthemovie.com

CRITIQUE DE FLOWER GIRL DE MICHELLE BELLO

Texte : Karine Tessier

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La fleuriste Kemi (Damilola Adegbite) n’en peut plus d’attendre que son petit ami avocat Umar (Chris Attoh) lui demande sa main. Mais voilà, le jeune homme, préoccupé par sa prochaine promotion, ne partage pas les visées romantiques de sa copine. Après une querelle, Kemi fait la connaissance d’un séduisant acteur de cinéma, Tunde (Blossom Chukwujekwu), qui propose de l’aider à reconquérir Umar.

La cinéaste Michelle Bello a rédigé le premier jet du scénario de Flower Girl alors qu’elle étudiait à la maîtrise en communication dans une université américaine. Grande fan de comédies romantiques hollywoodiennes, elle décide d’adapter le genre pour rejoindre les jeunes couples de la classe moyenne de Lagos. Elle confie ensuite son texte à son frère Jigi, qui signera la version finale, sortie dans les salles nigérianes en 2013.

Peuplé de personnages colorés, dont la délicieuse Stella (Bikiya Graham-Douglas), le film a connu un beau succès sur grand écran au Nigéria, là où beaucoup d’œuvres connaissent une courte sortie dans les cinémas, avant d’être lancées en DVD. Il a aussi remporté trois prix aux Nolly Awards 2014, l’équivalent des oscars dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

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Le second long métrage de Michelle Bello, certes, n’impressionne pas par ses prouesses techniques. On y remarque même quelques faux pas en ce qui a trait au montage ou à la bande son. Mais tout amateur de rom coms américaines y trouvera son compte. En effet, l’œuvre emprunte allègrement aux codes hollywoodiens du genre : du potinage entre copines, une héroïne qui subit une métamorphose beauté, des parents qui s’investissent un peu trop dans la vie amoureuse de leurs enfants, des quiproquos à profusion, des secrets mis au jour…

Ajoutons à cela des personnages au look d’enfer, des scènes de fête glamour, des images superbes de Lagos et des stars charismatiques. Ce serait bien dommage de bouder son plaisir devant ce conte de fée moderne.

Le film Flower Girl de Michelle Bello a été présenté au Festival international de cinéma Vues d’Afrique de Montréal dans le cadre d’un partenariat avec la NollywoodWeek de Paris.

Site Web officiel du film : flowergirlthemovie.com

Site Web officiel du Festival international de cinéma Vues d’Afrique : www.vuesdafrique.com

Site Web officiel de la NollywoodWeek de Paris, qui aura lieu du 2 au 5 juin prochains : www.nollywoodweek.com

CRITIQUE DE ITAL EL LAYL (THE NARROW FRAME OF MIDNIGHT) DE TALA HADID

Texte : Karine Tessier

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Des êtres qui cherchent, qui se cherchent. D’abord, un homme (Khalid Abdalla) qui suit la trace de son frère disparu au Maroc, en Turquie, puis en Irak. Et aussi, une fillette orpheline (Fadwa Boujouane) qui multiplie les tentatives pour s’affranchir d’un couple, qui planifie la vendre pour faire un gros coup d’argent (Hocine Choulri et Majdouline Idrissi).

Toute la distribution brille dans Itar el layl, scénarisé et réalisé par Tala Hadid, proposant une interprétation sensible, subtile, où les regards et les petits gestes sont d’une importance cruciale. Fadwa Boujouane, qui n’avait que sept ans au moment du tournage et pour qui c’est le premier film, y est bouleversante.

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Dans cette coproduction Maroc-Royaume-Uni-France, sortie en 2014, beaucoup de silences, infiniment plus évocateurs que les mots, qui n’arriveraient pas à dire tous les secrets gardés enfouis par les protagonistes et à expliquer toutes leurs blessures, dont certaines qui ne nous seront jamais racontées. On capte des bribes de souvenirs, de rêves. On recolle les morceaux de ces personnages brisés, mais résilients.

Ce premier long métrage de fiction de Tala Hadid, également photographe, est empreint de poésie. Les personnages y sont baignés d’une lumière dorée. Quant à la direction photo, elle sublime cette fable cruelle. Une vue d’une grande beauté, qui nous apprend qu’il est parfois essentiel de se perdre pour ensuite trouver le chemin qui nous ramènera à la maison. À voir absolument.

Présenté dans le cadre du Festival international de cinéma Vues d’Afrique à Montréal, Ital el layl est reparti avec une mention spéciale du jury, bien méritée.

Site Web officiel du film : www.thenarrowframeofmidnight.com

Site Web officiel du Festival international de cinéma Vues d’Afrique : www.vuesdafrique.com

Texte : Karine Tessier

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Embrasser large. Voilà le thème qu’a choisi le Festival du Jamais Lu pour son 15e anniversaire. Une déclaration d’amour à la langue, au théâtre, au public, à la vie. Une invitation à (re)penser le monde. Un engagement à continuer de débattre de sujets qui défraient les manchettes et enflamment les cœurs : le féminisme, la vie privée, la technologie, la performance, le capitalisme.

Depuis 15 ans, Jamais Lu donne une vitrine aux dramaturges émergents et contemporains, par l’entremise de la lecture de leurs textes. Au fil du temps, l’événement a fait des petits. D’abord, à Québec. Puis, à Paris. Pour cette nouvelle édition montréalaise, ce grand rendez-vous des amoureux du théâtre proposera une vingtaine de textes, lus par des acteurs ou par leurs auteurs. Aussi, des 5 à 7 et un bal littéraire. Un gros party de fête, du 28 avril au 6 mai 2015, au Théâtre Aux Écuries. Morceaux choisis d’une programmation enthousiaste.

Les auteurs participant au 15e Festival du Jamais Lu, le soir du lancement de la programmation. Photo : Festival du Jamais Lu.

Les auteurs participant au 15e Festival du Jamais Lu, le soir du lancement de la programmation. Photo : Festival du Jamais Lu.

En ouverture du festival, la soirée Vendre ou rénover, qui a emprunté son titre à une émission de Canal Vie. Ici, les participants ne brandiront pas marteau et perceuse, mais s’affronteront avec les mots. Mis en scène par Alexandre Fecteau, ce combat théâtral opposera huit auteurs, qui se demanderont s’il vaut mieux remonter les classiques ou faire table rase au profit de nouvelles créations. Un échange fascinant, autant qu’une réflexion sur le devoir de mémoire, la prise de parole et l’héritage culturel.

Sur la destination des espèces, de Jean-Philippe Baril-Guérard, transpose la vie du naturaliste Charles Darwin… en 2016. Professeur de biologie renommé, l’Anglais lance un bouquin sur ses recherches, ce qui provoque des débats fougueux sur les réseaux sociaux et au sein des communautés religieuses. Le tout à la sauce hip-hop. Unique.

Facebook, Twitter et autres Instagram et Snapchat font également partie du propos de Rien à cacher : No Way to Feel Safe, de François Édouard Bernier, Patrice Charbonneau Brunelle, Marilou Craft et Dominique Leclerc. Entre documentaire et fiction, cette lecture se veut un compte rendu des conférences d’Edward Snowden. A-t-on encore une vie privée en 2016?

Au Centre d’achats d’Emmanuelle Jimenez, un lieu autant poétique que toxique, une galerie de personnages feront face à leur destin entre deux présentoirs d’aubaines à ne pas rater. Quand la quête humaine transcende l’objet pour toucher l’universel.

Puis, il y a Elsie, qui vient de perdre sa mère, et Matt, à la recherche de traces de son passé. Dans Havre, de Mishka Lavigne, les souvenirs côtoient les regrets, et le vide est lourd à porter.

En début de soirée, les codirecteurs du Jamais Lu vous proposent de faire la connaissance de leurs auteurs coups de cœur, en entrevue et en prestation. Ils viennent de la France, de la Suisse, de la Belgique, des Comores ou de la République démocratique du Congo, et ils prendront un verre avec vous aux 5 à 7 Frenche la planète.

Que serait un 15e anniversaire sans célébration? On pratique ses meilleurs pas de danse pour le Bal littéraire AZERTY-QWERTY. Le concept de la soirée promet : quatre auteurs, deux Québécois et deux Français, ont le mandat d’écrire une histoire en 10 épisodes… en seulement 48 heures! Chaque segment se termine par le titre d’une chanson entraînante, sur laquelle le public est invité à se trémousser. Fun!

Site officiel du Festival du Jamais Lu : www.jamaislu.com

15e Festival du Jamais Lu – Dévoilement from Jamais Lu on Vimeo.

CRITIQUE DE DES HOMMES ET DE LA GUERRE DE LAURENT BÉCUE-RENARD

Texte : Véronique Bonacorsi

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Après avoir conquis la critique avec son premier film, De Guerre lasses (Living Afterwards : Words of Women), le cinéaste français Laurent Bécue-Renard poursuit sa réflexion sur les douleurs de la guerre avec le deuxième opus de sa trilogie Une Généalogie de la colère (Genealogy of Wrath). Des Hommes et de la guerre (Of Men and War) témoigne de la réalité des jeunes vétérans ayant combattu en Irak et en Afghanistan.

Lorsque Laurent Bécue-Renard fut envoyé en Bosnie-Herzégovine en 1995, lors de la dernière année de la guerre, pour exercer les fonctions d’éditeur en chef pour le webzine Sarajevo Online, il était loin d’une carrière en cinéma. Mais la rencontre avec les veuves bosniaques de soldats, racontant leur deuil et leur colère en thérapie, éveilla en lui un besoin de montrer ces blessures. Ainsi naquit son premier documentaire.

Le cinéaste Laurent Bécue-Renard. Photo : Camille Cottagnoud, Alice Films.

Le cinéaste Laurent Bécue-Renard. Photo : Camille Cottagnoud, Alice Films.

Puis, l’idée de réaliser l’équivalent d’un point de vue masculin, de vétérans américains, s’imposa. Cependant, ce contexte précis, dans lequel des hommes en choc post-traumatique pouvaient se réunir et partager leurs expériences au combat, ne semblait tout simplement pas exister… jusqu’à la création de The Pathway Home. Avec l’accord de Fred Gusman, le thérapeute initiateur de ce projet pionnier, Bécue-Renard, armé de son calepin et de sa caméra, participa au processus de guérison de ces « héros ».

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

Des Hommes et de la guerre s’immisce dans l’intimité des résidants de The Pathway Home, un centre de transition à Yountville, Californie, pour anciens combattants. Là-bas, des hommes tentent de panser les plaies de leur esprit par la discussion, le récit de leur traumatisme, pendant des mois de psychothérapie. Chaque témoignage est bouleversant : tandis que l’un raconte avoir vu une partie de cerveau glisser de la tête d’un cadavre, un autre avoue avoir tiré dans le visage d’un ami, par distraction. Tous s’efforcent de réapprendre à vivre en famille, de réapprivoiser la société qu’ils ont tenté de défendre. Ils doivent surtout accepter qu’ils ne pourront pas redevenir la personne qu’ils étaient avant la guerre. Ce film rend hommage à ces survivants, et à leurs proches, qui garderont à jamais les séquelles d’une violente proximité à la mort.

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

L’œuvre de Bécue-Renard parvient intelligemment à rendre compte du mal des protagonistes mis en scène, par leurs mots, bien sûr, mais aussi par les petits moments, captés par des plans serrés de caméra, où leur gestuelle les trahit. Le spectateur voit que ces soldats, avec grande difficulté, délaissent leur fierté et se rendent vulnérables. Un travail impressionnant de recherche et de montage de la part du réalisateur, qui a côtoyé pendant des années les traumatisés et leur famille, a permis ce climat de confiance nécessaire à sa participation aux séances de thérapie. La caméra s’impose dans tous les aspects de la vie de ces gens. Or, elle apparaît comme un outil nécessaire à la guérison, et non comme un être envahissant.

L’environnement sonore du film, qui inclut une musique subtile et nuancée composée par le Turque Kudsi Ergüner, fait écho à l’angoisse bouillonnante caractéristique des conflits armés. Inconsciemment, le public, comme le combattant à la psyché brisée, se voit constamment rappeler le traumatisme.

Photo : Alice Films.

Photo : Alice Films.

Pour le spectateur du documentaire, il est choquant de savoir qu’il n’y a pas beaucoup plus de centres comme The Pathway Home. Il s’avère clair qu’il faut en finir avec cet héritage du silence qui entoure l’après-guerre. Impossible de penser guérir sans d’abord prendre connaissance de ses blessures. De plus, les souffrances et le sentiment d’impuissance que nous montrent ces personnes ne font que révéler la triste absurdité de toute la chose. Des guerres font encore rage un peu partout sur terre, preuves de l’échec de ces sociétés. Qu’ont donc réussi à accomplir ces hommes, outre leur propre déclin?

Une projection de Des Hommes et de la guerre se tiendra le jeudi 28 avril au Cinéma du Parc, organisée par les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), dans le cadre de RIDM+. Une session Skype avec le réalisateur Laurent Bécue-Renard suivra.

Site Web officiel de RIDM+ : www.ridm.qc.ca/fr/ridm-a-l-annee/ridmplus

Site Web officiel du film : www.deshommesetdelaguerre.com

Of Men and War (Des hommes et de la guerre), Bande Annonce, VOSTF from alice films on Vimeo.

Texte : Karine Tessier

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Du 21 au 24 avril, se tient dans la métropole la neuvième édition de Papier, une foire d’art contemporain sur… papier, l’une des plus importantes du genre en Amérique du Nord. Organisé par l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC), l’événement donne à voir les créations de 300 artistes d’ici et d’ailleurs, représentés par 38 galeries. Dessins, photographies, collages et autres sculptures vous attendent donc au Hangar 16, au quai de l’Horloge, dans le Vieux-Port, un espace de 2 300 mètres carrés.

Hangar 16.

Hangar 16.

Désireuse de rejoindre le plus de gens possible, l’AGAC s’est donné comme mission de démocratiser l’art contemporain. D’abord, en favorisant la proximité entre le public et les exposants. Mais, également, en proposant aux amateurs d’art et, qui sait, futurs collectionneurs des œuvres plus abordables que celles que l’on retrouve souvent dans les musées et galeries. Pour compléter l’expérience, des visites guidées et des tables rondes sont prévues. Le panel de Lost and Found : Print Publishing After the Internet s’interrogera sur la possible fin du livre, alors que les mondes de l’édition et des médias vivent de nombreux bouleversements. Aussi, L’art contemporain pour les nuls… et les moins nuls, une discussion animée par le critique et professeur Nicolas Mavrikakis, qui permettra de démystifier l’art actuel, ainsi que d’en comprendre les enjeux esthétiques et intellectuels. Un échange incontournable pour ceux qui trouvent les musées et galeries un brin intimidants.

Papier15. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Papier15. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Papier15. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Papier15. Photo : Jean-Michael Seminaro.

Parmi les centaines d’artistes présents à Papier16, certains coups de cœur de Fragments Urbains. À l’espace de la Galerie Antoine Ertaskiran, les paysages destroy en teintes pastel de Kim Dorland, mais aussi les photos bouleversantes de Jacynthe Carrier, qui illustrent la relation entre l’homme et le territoire, qu’il soit rural ou urbain. Du côté de la Galerie Division, l’incontournable Nicolas Baier et ses créations énigmatiques. La Galerie Michel Guimont, quant à elle, vous présente entre autres le travail de Donigan Cumming, des représentations crues de l’humanité et de ses tabous.

Vous êtes fana de films de peur? Passez voir les photos de Natascha Niederstrass au kiosque de la Galerie Trois Points. L’artiste s’inspire en effet du cinéma d’horreur et des faits divers. Si c’est plutôt les créations éclatées qui vous plaisent, vous plongerez volontiers dans l’univers coloré de Dan Brault, à l’espace Laroche/Joncas, un trip d’acide qui mêle collage et graffiti. Et on s’en voudrait de ne pas mentionner aussi le travail de Stikki Peaches, qui vous attend au stand de Station 16, bien connue pour ses portraits trash d’icônes de la pop, réalisés à l’aide de collage, de peinture acrylique et de sérigraphie.

Toutes les informations ici: papiermontreal.com

Papier16 x Scorpion Dagger from AGAC on Vimeo.

CRITIQUE DE TRUMBO DE JAY ROACH

Texte : Véronique Bonacorsi

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Scénariste prolifique, Dalton Trumbo n’était pourtant pas populaire auprès de l’élite hollywoodienne pour ses idées politiques. Le film de Jay Roach accorde désormais la vie éternelle à une figure de l’histoire cinématographique américaine que Hollywood a jadis tenté de faire taire.

Suite aux périodes de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre mondiale, la crainte du communisme règne chez les studios de cinéma américains. Cette paranoïa les pousse à persécuter et à emprisonner, pour un an, les artistes soupçonnés d’affiliation au parti. Considéré l’homme le plus radical de cette liste noire – le « Hollywood Ten » –, Dalton Trumbo (Bryan Cranston) refuse de se laisser intimider. Ainsi, suite à son incarcération, Trumbo réussit à signer un nombre impressionnant de scénarios sous des pseudonymes, lui valant en cours de route quelques prestigieux oscars, mais aussi des ennemis anticommunistes influents et des tensions au sein de ses relations familiales.

Bryan Cranston stars as Dalton Trumbo/ Credit: Hilary Bronwyn Gail

Photo : Hilary Bronwyn Gail.

Le scandale de Dalton Trumbo et du « Hollywood Ten » constitue une saga méconnue du grand public et même des artisans de la sphère cinématographique, à commencer par le scénariste de Trumbo lui-même, John McNamara. Lorsqu’il apprend que son ami Ian McLellan Hunter n’a pas écrit le célèbre Roman Holiday, et qui en est son véritable auteur, McNamara entreprend l’adaptation de la biographie du controversé scénariste, écrite par Bruce Cook.  Le but : exposer à un plus large public le drame de l’homme derrière le cirque médiatique.

Jay Roach, réalisateur.

Jay Roach, réalisateur.

Entre en scène le réalisateur Jay Roach, qui doit la majeure partie de son succès aux populaires franchises Austin Powers et Meet the Parents, ainsi qu’à Game Change, portant sur le phénomène de Sarah Palin durant la campagne présidentielle de 2008. Roach possédait donc à la fois la qualité de rendre accessible l’histoire de Dalton Trumbo et l’expérience de la mise en scène de faits réels. Pour Trumbo, le cinéaste a choisi de complémenter le ton d’un scénario intelligent, sérieux et drôle – les piques de fin de scène sont particulièrement amusantes – entre autres par la recréation d’archives des procès, mettant bien en contexte toute l’ampleur des événements. La rapidité de l’enchaînement des scènes s’avère appréciable, mais elle souligne d’autant plus le problème de beaucoup de films biographiques : le désir de couvrir tous les aspects de la vie d’un individu en moins de deux heures. Trumbo demeure néanmoins divertissant.

Photo : Hilary Bronwyn Gayle.

Photo : Hilary Bronwyn Gayle.

Au coeur de ce spectacle se retrouve Bryan Cranston. Ceux qui ont vu la série télévisée Breaking Bad savent que l’acteur est passé maître dans l’art de rendre sympathique un personnage antagonique. Cranston, nommé aux derniers Oscars et Golden Globes pour ce rôle, éblouit dans son interprétation de Dalton Trumbo, disparaissant dans l’âme de son alter ego sans jamais tomber dans la caricature. Ce qui aurait pourtant pu être facile, vu certains éléments plutôt ridicules du sujet, tels que son habitude de travailler à sa machine à écrire plusieurs heures par jour dans son bain. Cranston fait preuve d’un habile jeu de nuances pour incarner le paradoxe de cet écrivain acharné, riche célébrité, communiste autoproclamé et défenseur du plus faible.

Photo : Hilary Bronwyn Gail.

Photo : Hilary Bronwyn Gail.

Les acteurs des protagonistes de second plan devaient se rendre à l’évidence : ils ne servaient que d’instruments à la brillance du jeu de leur leader. Helen Mirren, dans le rôle de la chroniqueuse Hedda Hopper, offre – sans surprise – une excellente performance de « vilain ». Par son personnage de Arlen Hird, un composite de différents noms sur la liste noire, Louis C.K. apporte une touche bienvenue d’humour et de réalisme.  Et Elle Fanning émeut par son innocence et impressionne par son interprétation farouche de Nikola, la fille aînée de la famille Trumbo.

Photo : Hilary Bronwyn Gail.

Photo : Hilary Bronwyn Gail.

Non seulement Trumbo raconte une tranche importante de l’histoire de Hollywood, mais il possède une résonance sociale encore pertinente de nos jours.  En 2016, dans un monde où la terreur tente d’éclipser la liberté d’expression, le petit homme se bat toujours pour le droit à ses opinions. Le combat de Dalton Trumbo nous rappelle la fragilité de la démocratie. L’influence des mots fera toujours peur à ceux qui n’en comprennent pas le sens. Ce film inspire le courage de ne pas laisser gagner le silence.

Trumbo de Jay Roach est disponible en DVD depuis le 16 février.

Site Web officiel du film : www.trumbomovie.com

CRITIQUE DE KNIGHT OF CUPS DE TERRENCE MALICK

Texte : Véronique Bonacorsi

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Suis-je toujours en train de rêver? La question se pose lorsqu’on se trouve confronté au portrait impressionniste de Knight of Cups, la plus récente plongée cinématographique de l’énigmatique Terrence Malick. Le créateur de The Tree of Life et The New World pousse ici à son paroxysme son style surréaliste incomparable pour attirer le spectateur dans un voyage introspectif.

Même s’il a atteint le plus grand succès dans sa carrière de scénariste, se vautrant dans les plaisirs matériels et charnels, Rick (Christian Bale) se voit tourmenté par un vide identitaire. Le « Cavalier de coupe » déambule dans une Los Angeles aux allures mystiques, mais avant-gardistes, avec un interlude à Las Vegas, perdu dans ses souvenirs, ses désirs et ses regrets. Dans son épopée intérieure, des figures-clés tantôt le hantent, tantôt le tentent. L’indocile Della (Imogen Poots). Son frère troublé Barry (Wes Bentley) et son père vieillissant (Brian Dennehy). Son ex-femme Nancy (Cate Blanchett). Le mannequin Helen (Freida Pinto). Une amante non disponible, Elizabeth (Natalie Portman). La strip-teaseuse libre d’esprit Karen (Teresa Palmer). Et Isabel (Isabel Lucas), une lueur d’espoir. Grâce à ces présences, Rick tente de s’actualiser dans la réalité.

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Résumer noir sur blanc Knight of Cups constitue sans doute la manière la plus organisée de présenter le film. Il faut savoir que Terrence Malick ne travaille pas avec un scénario : il fournit à ses artisans des textes de « monologues » ou pensées pour ses personnages, suggérant aussi des lectures connexes. Ce faisant, le cinéaste guide ses acteurs dans leur improvisation, espérant capturer l’essence la plus pure des protagonistes. Et ce long métrage, contrairement, par exemple, à The Thin Red Line de Malick il y a presque 20 ans, ne suit pas d’intrigue précise. La division par chapitres – chacun portant le nom d’une carte de tarot pour l’introduction d’une nouvelle personne dans la vie de Rick – sert plus à montrer une facette symbolique de notre héros qu’à nous éclairer sur la chronologie de possibles événements.

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On peut supposer que cette narration complètement éclatée génère une certaine pression sur la performance des acteurs. Bien que la présence de Christian Bale soit indéniable, difficile de juger de ses prouesses puisque Rick a peu à faire ou à dire à l’écran. En fait, on ne l’entend que rarement prononcer des mots en dehors de sa voix hors champ, qui vient ponctuer les scènes comme un murmure de son esprit. La tâche incombait donc aux interprètes de soutien de révéler les profondeurs de ce témoin passif devant sa propre vie.

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Parmi les personnages en orbite du « Cavalier » se succèdent une ribambelle de femmes, plus splendides les unes que les autres. Certains pourraient voir un problème de représentation de la féminité dans Knight of Cups, déplorant leur manque de dimensions. Or, il apparaît clair que Malick cherchait à explorer les archétypes féminins, humains, afin de composer son protagoniste central. Ces personnages nous sont montrés tels que Rick les perçoit. D’ailleurs, rien n’assure qu’ils existent en dehors de son imaginaire. Cela dit, notons des performances remarquables de la part d’Imogen Poots dans le rôle de Della, la jeune femme non conventionnelle au look de rocker, et surtout de Cate Blanchett, qui incarne l’ex-épouse chagrinée Nancy. Cette dernière semble même la seule réelle présence féminine tridimensionnelle, qui pourrait exister indépendamment de l’univers de Rick.

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Ce spectacle ésotérique contemporain de la dernière œuvre de Malick est exacerbé par les images époustouflantes de son collaborateur récurrent à la cinématographie, Emmanuel « Chivo » Lubezki, qui a remporté l’Oscar de la meilleure direction photo ces trois dernières années pour Gravity de Alfonso Cuarón, ainsi que Birdman et The Revenant de Alejandro G. Iñárritu. Utilisant une multitude de lentilles et de types de caméra, dont une GoPro attachée à Bale dans une incursion aquatique, Lubezki offre ici une collection particulièrement merveilleuse et unique de Los Angeles. Oui, on y retrouve les excès de la fortune qui caractérisent Hollywood, et dans lesquels Rick trouve réconfort. On nous montre aussi le côté plus brut et sauvage de la ville, par ses déserts tranquilles, son océan immense.

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Knight of Cups s’apparente ainsi beaucoup plus à une pièce d’art abstraite ou à un poème qu’à une œuvre de cinéma. La vie de Rick se déchaîne devant nos yeux comme des vagues, jouant avec les plans instables, des superpositions de voix et de couleurs, une chorégraphie de gestes envoûtante…  Si le public ne ressort pas nécessairement ému de son périple mystique, impossible de nier son intensité réflexive ou sa beauté artistique.

La première de Knight of Cups de Terrence Malick a eu lieu au Festival international du film de Berlin en 2015. Le long métrage est à l’affiche au Québec depuis le 18 mars 2016.

Site Web officiel du film : www.theknightofcupsmovie.com

Texte et photos : Karine Tessier

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Vous savez, quand vous quittez le salon de coiffure avec une nouvelle coloration et que votre chevelure est ultra brillante, avec du volume et du corps? Comme tout le monde, j’aimerais conserver ce look du tonnerre encore, et encore, et encore… jusqu’à mon prochain rendez-vous. Lorsqu’on a, comme moi, les cheveux châtains, notre crainte est que notre splendide brun espresso se délave à la vitesse de l’éclair après quelques shampoings ou devienne fade, sans relief. À défaut de connaître la formule magique qui m’assurera des tifs impeccables tous les jours (si vous détenez le secret, je suis preneuse!), je suis perpétuellement à la recherche de nouveaux shampoings, revitalisants, masques ou traitements efficaces, qui me rendront la vie plus facile et la tignasse plus pimpante.

Les produits L’Oréal Paris se retrouvent assurément parmi les produits que j’achète le plus souvent et ce, depuis plus de 20 ans! Faciles à trouver sur les tablettes de la plupart des pharmacies et supermarchés, ils ne coûtent qu’une bouchée de pain et me donnent toujours de super résultats. Alors, quand Influenster et L’Oréal Paris Canada m’ont fait parvenir la nouvelle collection Hair Expertise Color Radiance pour la tester, j’avais de grandes attentes… et je n’ai aucunement été déçue.

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Le shampoing et le revitalisant nourrissent la crinière, la protègent des agressions extérieures et du soleil, grâce à leurs filtres UV. Besoin d’un petit plus? Le traitement Instant Miracle à rincer, qui ne nécessite aucun temps de pose (alléluia!), viendra en aide aux chevelures les plus déshydratées. Utilisé deux fois par semaine, ce power trio assure une couleur vibrante pendant huit semaines, et des cheveux en santé et brillants. Bye-bye, frisottis et bad hair days! Ça devrait faciliter grandement votre routine du matin, vous laissant même le temps de savourer votre latté ou votre smoothie vert bien calé dans votre sofa. C’est pas beau, ça?

Toutes les infos sur la gamme Hair Expertise Color Radiance sur le site Web officiel de L’Oréal Paris Canada juste ici.

Disclaimer: Les produits mentionnés dans cet article m’ont été offerts par Influenster, dans le but d’en faire l’essai. Les opinions exprimées sont les miennes. / I received these products complimentary from Influenster for testing purposes. The opinions are all my own.

CRITIQUE DE MAMAN? NON MERCI! DE MAGENTA BARIBEAU

Texte : Véronique Bonacorsi

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Un être humain, étant enfant, se voit présenter sa vie d’adulte comme un clés en main. On se marie, on s’achète une maison, puis viennent les enfants. Mais pourquoi donc assume-t-on que cette conception du destin correspond à l’idéal de tous? Maman? Non merci!, présenté en première mondiale aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), rencontre cet échantillon de la société occidentale qui ose affirmer son désir de vivre childfree.

Magenta Baribeau doit l’inspiration de son premier long métrage documentaire à l’exaspération. L’exaspération face à l’incompréhension, qui frôle parfois le mépris, de son entourage lorsque la réalisatrice affirmait ne pas vouloir d’enfants. Auto-investie de la mission de conscientiser la société à ce phénomène plutôt caché que constitue la non-maternité, Baribeau est parvenue, grâce à un blogue, à contacter d’autres « extraterrestres » comme elle. La jeune femme se devait de révéler au grand jour ces femmes – et ces hommes –, afin de faire cesser les préjugés.

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Maman? Non merci! se présente comme un tricot de témoignages des childfree et d’analystes de ce choix de vie. Ces différentes voix – de la vieille dame québécoise à l’auteure française, en passant par les fiers non-parents belges – véhiculent leur constante nécessité de se justifier devant les visions conservatrices et arrêtées voulant que le sens de l’existence se trouve en la recréant. Mettant à jour les pressions et les clichés inévitables qu’engendre l’audace de ne pas se reproduire, le film souligne une revendication féministe ignorée, mais, surtout, il propose une remise en question sociale.

Ce documentaire symbolise l’aboutissement de six ans d’une quête personnelle, d’abord, de la réalisatrice, dans le but de démontrer la validité d’une vie sans enfants. La qualité première du projet, dont la forme rappelle la rigueur d’une dissertation académique, repose dans la diversité des confessions, dressant un bon portrait de la réalité occidentale. Sans désirer faire l’apologie de la non-maternité, on dénonce les comportements condescendants, désobligeants, de certains parents ou aspirants parents à l’esprit fermé. En exposant les vérités de ces sujets, Maman? Non merci! nous dévoile les pressions qui pèsent sur les détentrices d’un utérus et nous confronte à un malaise qui reste aujourd’hui assez tabou. Ce film possède le potentiel de provoquer d’importantes discussions sur la perception des rôles des genres.

Pour connaître les dates des prochaines projections et de la sortie DVD de Maman? Non merci!, on consulte le blogue de la cinéaste Magenta Baribeau : mamannonmerci.blogspot.ca

La 18e édition des RIDM se déroule du 12 au 22 novembre 2015 dans plusieurs salles de la métropole. Au menu : 144 films, provenant de 42 pays, et présentés par une centaine d’invités. Mais aussi, des conférences, des débats, des expositions et des concerts. Site Web officiel : www.ridm.qc.ca