CRITIQUE DU FILM THE TREE DE JULIE BERTUCCELLI

Texte : Karine Tessier

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Dans les terres arides du Queensland, Simone, une blondinette de huit ans, s’amuse à proximité d’une voie ferrée. Ses éclats de rire résonnent, empreints de cette irrésistible naïveté que seuls les enfants possèdent. Des éclats de rire qui se taisent avec la mort soudaine de son père Peter, terrassé par une crise cardiaque.

Alors que ses proches trouvent refuge tantôt dans le mutisme, tantôt dans le travail, Simone (étonnante Morgana Davies) persiste à croire que son père ne les a pas vraiment quittés, qu’il reviendra pour les protéger. D’ici là, elle discute avec lui à travers les branches d’un majestueux figuier qui s’élève tout à côté de la maison familiale. Elle passe bientôt de plus en plus de temps grimpée dans l’arbre, chérissant ces murmures qu’elle perçoit entre les feuilles. Elle y fait même son nid, entourée de ses objets fétiches, comme la montre que son père lui a remise juste avant de mourir.

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Lorsque sa mère Dawn (impeccable Charlotte Gainsbourg) fait appel à George (Marton Csokas) pour enlever les racines qui obstruent les canalisations autour de la demeure, le bonheur retrouvé de Simone s’assombrit. Pendant que la jeune veuve s’éveille au contact du rustre plombier, l’arbre se fait envahissant, menaçant. La famille n’a plus le choix et doit se débarrasser du figuier. Refusant de voir abattre le seul lien qui subsiste entre elle et son père, Simone y grimpera encore plus haut et refusera d’en redescendre.

Sept ans après Depuis qu’Otar est parti (césar du meilleur premier film), la Française Julie Bertuccelli revient avec une deuxième fiction, The Tree. D’abord présenté à Cannes en 2010, le long métrage a conquis le public, qui lui a réservé une ovation de sept minutes. Quelques mois plus tard, le l’œuvre récolte trois nominations méritées aux césars, pour meilleure adaptation, meilleure actrice (Charlotte Gainsbourg) et meilleure musique originale.

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La scénariste et réalisatrice désirait depuis longtemps construire une œuvre avec, comme point central, un arbre. Elle choisit finalement de transposer sur grand écran le roman de Judy Pascoe Our Father Who Art in the Tree. Pendant qu’elle travaille à l’adaptation du bouquin, son époux, le directeur photo Christophe Pollock, est foudroyé par la maladie et s’éteint. Cette disparition aura évidemment une influence sur l’écriture de Julie Bertuccelli, même si celle-ci insiste pour dire que The Tree n’est en rien autobiographique.

Alors qu’on pourrait s’attendre à un drame lourd et larmoyant, la proposition de la cinéaste est un film singulier sur la consolation. D’abord, il y a le deuil, dévastateur. Et soudain, la lumière, douce et bienfaisante. Pour illustrer son propos, Julie Bertuccelli a choisi de tracer un parallèle entre les sentiments humains et les paysages spectaculaires de l’Australie. Cette idée emprunte beaucoup au romantisme, apparu à la fin du 18e siècle en Allemagne. Les artistes se réclamant de ce courant artistique font la part belle dans leurs créations à la nature, vue comme un reflet de l’âme, mais aussi au fantasme. La petite Simone choisit d’être heureuse et s’évade pour échapper à la souffrance. En cela, elle nous rappelle un peu la petite Jeliza-Rose de Tideland de Terry Gilliam. La douleur causée par la perte d’un parent, l’imagination débordante d’une gamine dégourdie, l’arbre comme point d’entrée vers une sorte de monde parallèle où les pleurs font place à l’espoir.

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Malheureusement, à quelques moments dans The Tree, la magie se brise, les symboles étant trop appuyés. La scène où les lourdes branches du figuier se détachent et tombent sur la chambre de Dawn, après que celle-ci eut embrassé George, nous apparaît un peu facile. Un petit défaut qu’on oublie rapidement, tant le jeu des acteurs est sincère et les images d’une beauté sans faille.

The Tree de Julie Bertuccelli est disponible en DVD depuis octobre 2011.

Site Web officiel du film: http://www.thetreefilm.com/

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