CRITIQUE DE LA FAMILLE BÉLIER D’ÉRIC LARTIGAU

Texte : Véronique Bonacorsi

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Caressez-vous un rêve? Et si l’atteinte de celui-ci entrait en contradiction avec vos responsabilités? C’est ce dilemme, avec une dimension particulière, auquel se retrouve confronté le personnage central de La Famille Bélier, un feel-good movie à la française réalisé par Éric Lartigau (Prête-moi ta main, Les Infidèles). Qui a dit que les Américains étaient les seuls à pouvoir rêver en grand?

Photo : Les Films Séville.

Photo : Les Films Séville.

Paula (Louane Emera) a 16 ans. Elle a toutes les apparences d’une adolescente normale : elle se rend à l’école en transport en commun, a une meilleure amie qui parfois la frustre et se sent gênée autour des garçons. C’est d’ailleurs parce que Gabriel (Ilian Bergala), le garçon sur qui elle a un œil, fait partie de la chorale de l’école que Paula décide de s’y joindre. La jeune fille se découvre alors un don, que son professeur de chant, M. Thomasson (Éric Elmosino), la pousse à développer jusqu’à sa pleine capacité, en participant à un concours national qui permettrait à Paula d’étudier le chant à Paris. Cette opportunité l’éloignerait par contre de la ferme familiale, où l’adolescente remplit une tâche vitale : interprète au quotidien pour ses parents (Karin Viard, François Damiens) et son frère (Luca Gelberg), tous sourds. Un fossé se creuse au cœur de la famille Bélier, tandis que Paula vit un tiraillement identitaire.

Photo : Les Films Séville.

Photo : Les Films Séville.

Quelque 80 jeunes filles ont auditionné pour le rôle principal, avant que le choix ne s’arrête sur Louane Emera, qui campe ici son premier rôle au cinéma. Les téléspectateurs français auront eu l’occasion d’entendre la voix de la soprano à la téléréalité The Voice en 2013, où elle a atteint les demi-finales de la compétition. Le plus grand défi pour Emera ne constituait donc pas l’aspect musical du film, mais l’apprentissage du langage des signes en parallèle avec le dialogue. Avec une candeur émouvante, la nouvelle actrice offre une performance naturelle, qui lui a d’ailleurs valu le César du Meilleur espoir féminin 2015.

Photo : Les Films Séville.

Photo : Les Films Séville.

La distribution de soutien brille tout autant. Outre les hilarantes répliques du pompeux Thomasson – délicieusement rendues par Éric Elmosino –, une bonne partie des émotions vécues par les personnages doivent transparaître sans un souffle de dialogue. Se dégage des gesticulations impétueuses de la mère et de la rudesse réservée du père un comique manque de pudeur, libéré par l’impossibilité d’être entendus. Les personnages secondaires ne constituent cependant pas de purs véhicules humoristiques : que ce soit la course à la mairie de Rodolphe Bélier ou la disparition du rêve de chanteur de Gabriel, chacun suit sa propre aventure en juxtaposition avec le parcours de Paula, raconté par les chansons de Michel Sardou. Et toutes les performances travaillent de concert pour nous communiquer l’essence émotionnelle de chaque scène : l’amour qui unit cette famille interdépendante.

Photo : Les Films Séville.

Photo : Les Films Séville.

La controverse entourant la décision du réalisateur de donner les rôles des parents à deux comédiens entendants – et reconnus – est compréhensible, mais elle s’avère assez absurde, vu l’efficacité de jeu de Viard et Damiens. Du propre aveu de Lartigau, des acteurs sourds – comme le garçon interprétant le frère de Paula – auraient très bien pu incarner Gigi et Rodolphe Bélier. Seulement, déjà en lisant le scénario initial de Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg, le cinéaste savait qui il voulait voir donner vie à ces personnages.

De plus, s’il a désiré porter à l’écran La Famille Bélier, c’est parce qu’il s’agit d’une histoire sur la famille. Un récit de la peur d’une séparation. Un conte de l’envol d’une fille qui devient femme. Ce film ne se veut pas un documentaire sur les sourds.

Photo : Les Films Séville.

Le cinéaste Éric Lartigau. Photo : Les Films Séville.

Peut-être que, malgré les leçons intensives de la LSF (langue des signes française), les acteurs ont gesticulé des signes qui ne voulaient malheureusement parfois rien dire. Qu’importe, lorsque les émotions désirées sont ressenties? La communauté sourde peut bien reprocher une « surutilisation » de la musique comme symbole du choc culturel entre les mondes entendant et non entendant, elle qui ne se plaint aucunement de n’avoir entendu une note de sa vie. Si c’est le cas – et sans vouloir manquer de respect –, c’est qu’elle n’est tout simplement pas apte à comprendre que la musique EST la chose la plus magique au monde. Oui, comme le chantait Michel Sardou : « La vie, c’est plus marrant, c’est moins désespérant en chantant… »

Vous pouvez maintenant essuyer vos larmes en privé : La Famille Bélier est disponible en DVD depuis le 18 août 2015.

Page Facebook officielle du film : www.facebook.com/lafamillebelier.lefilm

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