CRITIQUE DE WEDDING DOLL (HATUNA MENIYAR) DE NITZAN GILADY

Texte : Véronique Bonacorsi

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Peut-on s’épanouir même si on ne saisit pas totalement la réalité qui nous entoure? Wedding Doll, du réalisateur et scénariste israélien Nitzan Gilady, met en scène un personnage original qui cherche à relever ce défi. Une touchante histoire de désir de liberté d’une beauté sous-estimée.

Hagit (Moran Rosenblatt) est une jeune femme, mi-vingtaine, atteinte d’une légère déficience intellectuelle. Dans une ville isolée du désert du Néguev, en Israël, elle travaille pour un petit producteur de papier de toilette, duquel elle utilise les retailles pour créer des mini poupées de mariées. La jeune femme espère d’ailleurs épouser un jour le garçon avec qui elle vit une amourette secrète : Omri (Roy Assaf), le fils du propriétaire de l’usine, Aryeh (Aryeh Cherner). Cette obsession du mariage et les aspirations de devenir dessinatrice de mode de Hagit inquiètent Sara (Assi Levy), sa mère dévouée et très protectrice. La fermeture imminente de l’usine de papier de toilette vient chambouler le quotidien relativement confortable des protagonistes et précipiter le déclin des ambitions romantiques de Hagit.

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La force de Wedding Doll repose surtout en son duo mère-fille. Gilady a su obtenir de ses actrices principales d’excellentes interprétations, tout à fait naturelles. Tandis que Rosenblatt joue avec précision les excentricités enfantines causées, en partie, par la condition de son personnage, Levy sait habilement rendre le tiraillement intérieur de la mère qui se retrouve à s’occuper seule de sa fille, devant du même coup délaisser trop souvent ses obligations professionnelles et mettre de côté ses désirs égoïstes de femme célibataire. L’une vit dans une bulle merveilleuse, dont les murs sont tapissés de découpages de revues de mariées et de robes. L’autre n’est que trop bien consciente des dangers de la réalité et en paie le prix, dont des relations familiales effritées. Mais malgré leurs différentes perceptions du monde, l’amour entre les deux femmes est indéniable et constitue le cœur du film.

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Il s’agit ici d’un impressionnant premier long métrage fictif pour Nitzan Gilady, un réalisateur de documentaires et ancien aspirant acteur. Il profite de son expérience comme documentariste pour ancrer son histoire, celle du complexe passage à l’âge adulte, dans des bases bien réelles. En fait, sa fiction s’inspire beaucoup de la relation entre son père et son frère. Ce dernier, qui rêvait de mariage comme Hagit, souffre de choc post-traumatique de la guerre au Liban, un trouble qui lui a causé que des peines amoureuses lorsque révélé à ses copines.

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L’autre graine d’idée pour Wedding Doll : la robe de papier de toilette, dépeinte sur l’affiche du film et portée à l’écran grâce au talent de la costumière Keren Eyal Melamed. Pendant une décennie, Gilady a gardé une photographie de femmes israéliennes portant cette robe, déambulant dans la rue dans le cadre d’une performance théâtrale, à la recherche d’un époux. Une image marquante, clé dans la création de Hagit, à qui le cinéaste a insufflé sa propre tendance artistique.

Ce genre de visuel fantaisiste, qui rend la protagoniste si charmante, contraste avec le vide du désert du Moyen-Orient. De la cinématographie, de Roi Rot, se dégage le symbolisme du personnage : devant l’horizon lointain et hostile, Hagit retrouve toujours la beauté et la lumière dont elle a besoin pour se réaliser, pour accomplir son but d’indépendance, un but auquel elle croit dur comme fer.

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Certes, ce rêve se base sur une construction préconçue, culturellement inculquée du mariage comme l’aboutissement d’une vie. Et même si le dénouement de cette quête surprend quelque peu par un changement de ton assez brutal, le spectateur de Wedding Doll ressort de son expérience contaminé par le naïf optimisme de Hagit.
Lauréat de plusieurs prix et distinctions depuis sa première au Festival international du film de Jérusalem, Wedding Doll a pris l’affiche au Québec le 3 juin dernier, en version originale en hébreu, avec sous-titres français ou anglais.

Site Web officiel du film : weddingdollthemovie.com

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