
Bertrand Godin est un passionné de l’automobile. Un vrai. Que ce soit comme pilote, comme analyste ou comme conférencier, il sait transmettre cet amour inconditionnel au public, qui le suit depuis de nombreuses années. C’est donc sans hésitation qu’il a repris son rôle de porte-parole d’Élégance Trois-Rivières, dont la cinquième édition se tiendra les 13 et 14 juin prochains. Un événement dédié aux voitures de collection et qui revêt une signification particulière pour le Québécois, puisqu’on y soulignera le 50e anniversaire de la victoire de son héros, Gilles Villeneuve, au Grand Prix de Trois-Rivières, en Formule Atlantique, en 1976.
Cette première place à la course trifluvienne a propulsé le regretté pilote sur la scène internationale. Plusieurs coureurs de Formule 1 avaient été invités à prendre le départ. Parmi eux, le Britannique James Hunt, qui allait, cette année-là, être sacré champion du monde de la série reine du sport automobile. Impressionné par le jeune québécois, c’est lui qui l’a recommandé à ses patrons chez McLaren. Le reste appartient à l’histoire.
Gilles Villeneuve a été le premier pilote de chez nous à se tailler une place en Formule 1, d’abord avec McLaren, puis avec Ferrari. C’est avec l’écurie italienne qu’il a remporté six épreuves, entre 1978 et 1981.
« C’est lui qui a ouvert la porte aux Québécois dans cette discipline. Quand il a gagné le Grand Prix du Canada, à Montréal, en 1978, ç’a été comme une bougie d’allumage pour moi. Il tenait le drapeau à damier dans ses mains. Et moi, du haut de mes 10 ans, je me suis mis à rêver, à me dire que j’aimerais, un jour, vivre ce genre de sensation », se souvient Bertrand Godin.
Pour lui, ce qui fait de Gilles Villeneuve un athlète et un homme d’exception, c’est bien plus que ses succès derrière le volant. « Les gens comme lui, qui vont au bout de leur passion, c’est inspirant. Et pas juste en piste! Ça peut aussi influencer notre attitude dans toutes les sphères de notre vie. Gilles était persévérant, il se donnait à fond, malgré les difficultés. Parce qu’une bonne performance ne donne pas toujours de bons résultats. À Montréal, en 1981, il a terminé troisième. Mais il l’a fait sous la pluie, avec un aileron brisé. Et ça, c’est remarquable. »
Quarante-quatre ans après son tragique décès, survenu pendant la séance de qualifications sur le circuit de Zolder, en Belgique, l’héritage de Gilles Villeneuve est reconnu plus que jamais. Il a été désigné personnage historique du Québec par la première ministre Christine Fréchette, le mois dernier. Un film sur sa vie, réalisé par Yan Lanouette Turgeon, sortira en salle l’automne prochain.
Et depuis plusieurs mois, les membres de la famille Villeneuve organisent des événements et lancent des produits à son effigie, question de garder sa légende bien vivante.
Et il y a aussi cet hommage rendu par Élégance Trois-Rivières. Un atelier sur les grandes étapes de sa carrière sera présenté par Bertrand Godin et Joanne Villeneuve, la femme du pilote. Et les visiteurs pourront y admirer trois voitures marquantes dans la vie de Gilles Villeneuve. D’abord, la véritable Formule Atlantique qu’il a conduite lors de sa victoire là-bas, en 1976. Mais aussi la Ford Mustang Boss 351 1971 que lui et son épouse ont conduite sur les routes du Québec. Et Bertrand Godin y présentera sa Ferrari 308 GTS, identique à celle de son idole.
« Quand j’ai vu Gilles la conduire dans une publicité d’American Express, en 1979, c’est tout de suite devenu ma voiture de rêve. Il y a quelques années, j’ai eu la chance d’en faire l’acquisition. Elle représente Gilles, bien sûr, mais aussi le pilote autrichien Niki Lauda, l’âme d’Enzo Ferrari… et même le détective de la série télé Magnum, P.I.! Quand je passe par le garage pour sortir le bac de recyclage, j’ai le même sentiment en regardant ce bolide que lorsque j’étais enfant! Wow! »
En avril dernier, Bertrand Godin a pu réaliser un autre de ses rêves de jeunesse, en prenant le départ du Grand Prix historique sur le magnifique et mythique circuit de Monaco. « Le sentiment que j’ai, c’est comme lorsqu’on se réveille après avoir fait un super beau rêve. On se dit : j’aurais bien dormi encore deux heures de plus! (rires) »
Il a tout aimé de cette expérience hors du commun. « À 58 ans, plusieurs ont décroché, mais pas moi. Peut-être parce que je trouve que je n’en ai pas fait assez. Pour Monaco, j’ai intensifié mon entraînement physique, mais aussi mental, notamment sur un simulateur à la maison. Je me suis glissé pour la première fois derrière le volant de la voiture, la A1 1978 de la défunte équipe Arrows, en novembre, en Italie. Puis, en mars, j’ai rencontré celui qui la pilotait à l’origine, Riccardo Patrese. »

Parti sixième, il a réussi à gagner deux positions, pour terminer quatrième de la catégorie F Classe 2. Mais les souvenirs qu’il a gardés de l’événement dépassent largement le résultat et les statistiques. « J’ai supprimé toute pression de performance. J’ai savouré le moment. J’ai pris le temps d’apprécier chaque petite sensation : la musique du moteur, les changements de vitesse, l’approche des virages… »

En l’écoutant raconter en détail le déroulement de la course, n’importe quel amateur en aurait des frissons. Bertrand Godin, c’est aussi un formidable conteur, une source intarissable d’anecdotes. S’il n’a pas pu cocher tous les souhaits sur sa liste de petit garçon, il aura fait de sa passion de jeunesse une carrière certainement prolifique. Et au fil des années, il sera devenu l’un des plus illustres porte-parole du sport automobile que le Québec a connus.



Laisser un commentaire