
Elle est bien plus que la femme de Gilles et la mère de Jacques. Joanne Villeneuve a souvent été dans l’ombre de son époux et de son fils. Pourtant, elle en connaît un bail sur le sport automobile et les voitures de collection. Lorsqu’on discute avec elle, ses histoires sont toujours ponctuées de faits historiques et de statistiques, qu’elle lance sans aucune hésitation. Parce qu’elle est une véritable passionnée et qu’elle est incollable sur le sujet. Pas étonnant qu’on lui ait demandé de participer, pour la première fois, à Élégance Trois-Rivières, qui aura lieu les 13 et 14 juin prochains. Une cinquième édition toute spéciale, dédiée à son célèbre mari, pour célébrer le 50e anniversaire de sa victoire en Formule Atlantique, au Grand Prix de Trois-Rivières.

« L’histoire de Gilles montre à quel point quelqu’un qui part de rien, mais qui a un rêve peut arriver à accomplir de grandes choses, avec de la détermination », affirme Joanne Villeneuve. C’est d’ailleurs le message qu’elle souhaite laisser au public qui assiste aux conférences qu’elle donne avec son grand ami Bertrand Godin, comme celle prévue à l’événement trifluvien. « Même si on n’atteint pas tous les buts qu’on s’est fixés, on en garde une discipline, une endurance… On ne repart pas les mains vides. »
Gilles Villeneuve n’était pas, comme le sont plusieurs pilotes de Formule 1, issu d’une famille multimillionnaire. S’il a pu percer et connaître du succès sur les circuits, c’est grâce à son immense talent, mais peut-être encore plus à sa persévérance. Et sûrement aussi grâce au soutien inconditionnel de son entourage, en particulier de sa complice Joanne.

« Je n’ai pas vu ça comme des sacrifices. Son rêve, on l’a construit ensemble. On a vécu dans un motorisé pendant deux ans, mais j’ai adoré cette vie de bohème! On est partis avec les enfants qui étaient tout petits, le chien… On pouvait se le permettre. On était toujours sur la route, alors que Gilles évoluait en Formule Atlantique, et j’adorais ça! »
Joanne, c’était son grand amour, sa meilleure amie, sa confidente… mais aussi sa collègue dans les paddocks.

« Chez Ferrari, j’étais impliquée. C’est moi qui chronométrais sur les circuits. Et je participais aux débriefings avec les ingénieurs, après les essais libres ou les qualifications. J’avais mon poste, je n’étais pas là que pour regarder Gilles piloter. Après le repas du soir, on pouvait donc discuter de course parce que j’étais au courant de tout ce qui s’était passé dans la journée. »

Joanne Villeneuve se réjouit, d’ailleurs, de l’engouement des femmes pour le sport automobile. Elles sont de plus en plus présentes en piste, notamment avec la FI Academy, mais aussi dans les garages, en mécanique ou en génie.
« L’année dernière, lors d’un concours d’élégance en Ontario, j’ai participé à un panel avec l’ancienne pilote américaine Lyn St. James et Leah Penny, qui a travaillé sur le nouveau moteur de l’écurie Red Bull. C’est passionnant pour moi de voir une jeune femme arriver comme ça jusqu’au sommet, parce que ç’a longtemps été un monde réservé aux hommes. »

Pour Joanne Villeneuve, le monde de la course est fascinant, du pilote en piste jusqu’aux ingénieurs, en passant par les photographes et les bénévoles. Et elle souhaite ardemment que davantage de Québécois s’y taillent une place et portent à leur tour le flambeau que Gilles a été le premier à soulever, suivi de pilotes d’ici, comme leur fils Jacques, Bertrand Godin, Patrick Carpentier ou Alexandre Tagliani.

Il faut dire que, dans les derniers mois, les initiatives pour rendre hommage au légendaire pilote se sont multipliées. Les membres de la famille Villeneuve organisent des événements et lancent des produits à son effigie. Un film sur sa vie, réalisé par Yan Lanouette Turgeon, sortira en salle l’automne prochain. Et il a été désigné personnage historique du Québec, le mois dernier, par la première ministre Christine Fréchette.
« On a reconnu un homme qui a porté le drapeau du Québec à travers le monde, et dans un sport qui était, à son époque, encore méconnu ici. Je trouve exceptionnel qu’aujourd’hui, on souligne tout ce qu’il a apporté sur la scène internationale. Et c’est comme si on soulignait aussi, en quelque sorte, ma contribution à son parcours. Mon rôle, c’était souvent de minimiser les déceptions et les inquiétudes, pour aider Gilles à rester tout le temps performant. »
Et cette fin de semaine, il y a Élégance Trois-Rivières, avec la commémoration de sa victoire au Grand Prix là-bas, en 1976. Les visiteurs pourront d’ailleurs admirer la monoplace de Formule Atlantique avec laquelle il a accompli cet exploit. Et Joanne Villeneuve y présentera la Ford Mustang Boss 351 1971 qu’elle a conduite, avec son mari, sur les routes de la province.

Des décennies après son décès tragique, lors des qualifications du Grand Prix de Belgique, en 1982, sa coéquipière de vie déploie toujours autant d’énergie à garder Gilles bien vivant dans le cœur des Québécois. Pour elle, ça n’a jamais été lourd à porter, être la femme du légendaire pilote. « La vie de Gilles, c’est aussi la mienne. Ce sont tous les beaux souvenirs qu’on a créés. Ses plus grands succès, mais aussi ses débuts, lorsqu’on avait peu d’argent, mais tellement de plaisir! »

Ces fragments du passé, elle les raconte comme si c’était arrivé la veille, avec ferveur et générosité. Aux journalistes, mais surtout aux fans, lors de ses conférences ou le temps d’une dédicace. C’est d’ailleurs la partie de son travail qu’elle préfère. Parce que chaque rencontre lui rappelle des moments différents du parcours du grand homme qu’a été Gilles Villeneuve et de la grande femme qu’elle a été à ses côtés.




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