CRITIQUE DE LA PIÈCE LE TERRIER DE DAVID LINDSAY-ABAIRE,
MISE EN SCÈNE PAR JEAN-SIMON TRAVERSY

Texte : Karine Tessier

Photo : Cédric Lord.

Photo : Cédric Lord.

Il y a quelques mois, Danny, quatre ans, le fils unique de Becca et Louis, a été happé mortellement devant leur résidence. Depuis, le couple s’efforce de vivre, de survivre. La mère envisage de vendre la maison, souhaitant effacer tous les souvenirs liés à leur petit garçon, des souvenirs aussi beaux que douloureux. Pour Louis, c’est plutôt la fuite en avant, s’étourdir en participant à maintes activités, comme des groupes de soutien pour les personnes endeuillées.

Les semaines passent. Becca et Louis refoulent questions, larmes et colère. Le temps semble suspendu. Mais plus pour très longtemps. La femme et l’homme brisés se retrouvent devant un choix qui décidera du reste de leur existence : rester paralysés quelque part entre le rêve et la réalité… ou rouvrir leurs plaies, dans l’espoir d’être heureux à nouveau.

Photo : Cédric Lord.

Photo : Cédric Lord.

Les comédiens Rose-Anne Déry et André-Luc Tessier, interprètes d’Isa, la sœur enceinte de Becca, et de Jason, l’adolescent qui a heurté Danny, ont découvert la pièce Le Terrier il y a cinq ans, pendant qu’ils poursuivaient leurs études au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Cet automne, ils ont choisi d’en faire leur première production, après avoir fondé leur compagnie Tableau Noir.

Le Terrier est la version française de Rabbit Hole, qui a valu à l’Australien David Lindsay-Abaire le Pulitzer en 2007. Si l’œuvre vous semble familière, c’est qu’elle a aussi fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 2010, signée John Cameron Mitchell et mettant en vedette Nicole Kidman, Aaron Eckhart et Dianne Wiest.

Dans une sensible et juste traduction d’Yves Morin, la pièce raconte le deuil que vivent, chacun à leur façon, les membres d’une famille éprouvée, ainsi que le sentiment de culpabilité qui pèse sur eux depuis les tragiques événements. Et si je n’avais pas détourné mon attention, aurais-je pu empêcher l’accident? Et si je n’avais pas téléphoné à ma sœur? Et si, et si, et si.

Le Terrier, c’est également une poignante histoire d’amour entre un homme et une femme, qui sont devenus trois. Et qui, désormais, doivent réapprendre à n’être que deux. Est-il encore possible de s’aimer quand on est séparés par le fantôme d’un petit garçon?

Photo : Eva-Maude TC.

Photo : Eva-Maude TC.

La mise en scène de Jean-Simon Traversy, sobre, laisse briller la distribution, avec raison. Dans les rôles de Becca et Louis, Sandrine Bisson et Frédéric Blanchette sont bouleversants. Ils expriment cette peine quasi indicible sans jamais tomber dans l’outrance. La douleur nous est racontée avec retenue, ce qui rend les quelques manifestations de colère ou de désespoir de leurs personnages encore plus déchirants.

Dans le rôle de Nathalie, la mère de Becca, Pierrette Robitaille est lumineuse et franchement drôle. Les scènes où elle apparaît sont plus légères, telles de petites parcelles de clarté dans un quotidien devenu sombre et lourd.

Photo : Eva-Maude TC.

Photo : Eva-Maude TC.

Les personnages du Terrier nous racontent leur souffrance sur une scène sous laquelle on retrouve un vaste espace vide et illuminé. Y sont dispersés des souvenirs pêle-mêle de leur regrettée vie de famille : un gâteau d’anniversaire à épais glaçage, un cadeau à l’emballage brillant, des jouets, de minuscules chaussures… Un passé enfoui, mais encore tout près, qui ne demande qu’à refaire surface.

Photo : Eva-Maude TC.

Photo : Eva-Maude TC.

Dans sa chanson Anthem, le poète montréalais Leonard Cohen a écrit : « There is a crack in everything. That’s how the light gets in. » On ne pourrait mieux décrire les personnages de David Lindsay-Abaire. Bien qu’ils aient sombré dans le désespoir depuis la mort de Danny, tout n’est pas perdu. On ne guérit pas d’une perte aussi immense, mais on peut petit à petit l’apprivoiser.

Pour Becca, Louis et leurs proches, la vie ne sera plus jamais la même. Mais le bonheur est toujours possible. Autrement.

La pièce Le Terrier de David Lindsay-Abaire, mise en scène par Jean-Simon Traversy, est présentée du 1er au 19 novembre 2016 à la Salle Fred-Barry, du Théâtre Denise-Pelletier.

Pour toutes les informations : www.denise-pelletier.qc.ca/spectacles/53

Pour suivre les activités de la compagnie Tableau Noir : www.facebook.com/TN.Tableau.Noir

Le Terrier from Théâtre Denise-Pelletier on Vimeo.

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commentaires
  1. Lucie Boisvert dit :

    Beau texte,belle pièce de théâtre.

    Le 15 novembre 2016 à 03:39, Fragments Urbains a écrit :

    > Karine Tessier a publié : »CRITIQUE DE LA PIÈCE LE TERRIER DE DAVID > LINDSAY-ABAIRE, MISE EN SCÈNE PAR JEAN-SIMON TRAVERSY Texte : Karine > Tessier Il y a quelques mois, Danny, quatre ans, le fils unique de Becca et > Louis, a été happé mortellement devant leur résidence. Dep » > Répondez à cet article en tapant votre texte au dessus de cette ligne > Nouvel article sur *Fragments Urbains* > Le Terrier : > enfin, la lumière > by Karine > Tessier > > CRITIQUE DE LA PIÈCE *LE TERRIER* DE DAVID LINDSAY-ABAIRE, > MISE EN SCÈNE PAR JEAN-SIMON TRAVERSY > > Texte : Karine Tessier > > [image: Photo : Cédric Lord.] > > > Photo : Cédric Lord. > > Il y a quelques mois, Danny, quatre ans, le fils unique de Becca et Louis, > a été happé mortellement devant leur résidence. Depuis, le couple s’efforce > de vivre, de survivre. La mère envisage de vendre la maison, souhaitant > effacer tous les souvenirs liés à leur petit garçon, des souvenirs aussi > beaux que douloureux. Pour Louis, c’est plutôt la fuite en avant, > s’étourdir en participant à maintes activités, comme des groupes de soutien > pour les personnes endeuillées. > > Les semaines passent. Becca et Louis refoulent questions, larmes et > colère. Le temps semble suspendu. Mais plus pour très longtemps. La femme > et l’homme brisés se retrouvent devant un choix qui décidera du reste de > leur existence : rester paralysés quelque part entre le rêve et la réalité… > ou rouvrir leurs plaies, dans l’espoir d’être heureux à nouveau. > > [image: Photo : Cédric Lord.] > > > Photo : Cédric Lord. > > Les comédiens Rose-Anne Déry et André-Luc Tessier, interprètes d’Isa, la > sœur enceinte de Becca, et de Jason, l’adolescent qui a heurté Danny, ont > découvert la pièce *Le Terrier* il y a cinq ans, pendant qu’ils > poursuivaient leurs études au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. > Cet automne, ils ont choisi d’en faire leur première production, après > avoir fondé leur compagnie Tableau Noir. > > *Le Terrier* est la version française de *Rabbit Hole*, qui a valu à > l’Australien David Lindsay-Abaire le Pulitzer en 2007. Si l’œuvre vous > semble familière, c’est qu’elle a aussi fait l’objet d’une adaptation > cinématographique en 2010, signée John Cameron Mitchell et mettant en > vedette Nicole Kidman, Aaron Eckhart et Dianne Wiest. > > Dans une sensible et juste traduction d’Yves Morin, la pièce raconte le > deuil que vivent, chacun à leur façon, les membres d’une famille éprouvée, > ainsi que le sentiment de culpabilité qui pèse sur eux depuis les tragiques > événements. Et si je n’avais pas détourné mon attention, aurais-je pu > empêcher l’accident? Et si je n’avais pas téléphoné à ma sœur? Et si, et > si, et si. > > *Le Terrier*, c’est également une poignante histoire d’amour entre un > homme et une femme, qui sont devenus trois. Et qui, désormais, doivent > réapprendre à n’être que deux. Est-il encore possible de s’aimer quand on > est séparés par le fantôme d’un petit garçon? > > [image: Photo : Eva-Maude TC.] > > > Photo : Eva-Maude TC. > > La mise en scène de Jean-Simon Traversy, sobre, laisse briller la > distribution, avec raison. Dans les rôles de Becca et Louis, Sandrine > Bisson et Frédéric Blanchette sont bouleversants. Ils expriment cette peine > quasi indicible sans jamais tomber dans l’outrance. La douleur nous est > racontée avec retenue, ce qui rend les quelques manifestations de colère ou > de désespoir de leurs personnages encore plus déchirants. > > Dans le rôle de Nathalie, la mère de Becca, Pierrette Robitaille est > lumineuse et franchement drôle. Les scènes où elle apparaît sont plus > légères, telles de petites parcelles de clarté dans un quotidien devenu > sombre et lourd. > > [image: Photo : Eva-Maude TC.] > > > Photo : Eva-Maude TC. > > Les personnages du *Terrier* nous racontent leur souffrance sur une scène > sous laquelle on retrouve un vaste espace vide et illuminé. Y sont > dispersés des souvenirs pêle-mêle de leur regrettée vie de famille : un > gâteau d’anniversaire à épais glaçage, un cadeau à l’emballage brillant, > des jouets, de minuscules chaussures… Un passé enfoui, mais encore tout > près, qui ne demande qu’à refaire surface. > > [image: Photo : Eva-Maude TC.] > > > Photo : Eva-Maude TC. > > Dans sa chans

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